FIÈVRE JAUNE I DIAGNOSTIC
en les envisageant dans leur ensemble, dans leur mode de succession, et en tenant compte des caractères propres qu*ils présentent suivant chaque période, qu'on parvient au diagnostic de la fièvre jaune. L'ictère, par exemple, se montre dans les rémittentes bilieuses; la jaunisse et le vomissement noir, dans rictère grave ; Talgidité de la forme congestive se rencontre dans le choléra asiatique et dans certaines fièvres pernicieuses, etc. — Un des caractères les plus importants de la fièvre jaune peut être tiré de sa marche ; nous voulons parler de ce temps d'arrêt qui se manifeste, à un moment donné du cours de la maladie, dont les symptômes changent alors tout à coup, et se trouve, par suite, divisée en deux accès (première et troisième période), ayant une physionomie bien différente et presque indépendante l'une de l'autre ; mais ce caractère même ne lui est pas essentiellement propre. On le retrouve, par exemple, dans le choléra indien, lorsqu'on y voit, suivant Tingénieuse remarque de M. Litlré {loc. ciL^ p. 301), la période algide remplacée par une période typhoïde, qui joue, pour ainsi dire, par rapport à la première, le rôle d'une maladie nouvelle ; on le retrouverait aussi dans la fièvre intermittente, lorsqu'elle revêt au second accès, des symptômes pernicieux; on le rencontre à un haut degré, ainsi que ooQS allons le voir plus bas, dans le relapsvig fever des Anglais.
1. On sait qu'il règne encore beaucoup d'obscurité sur presque tous les points de l'histoire des fièvres rémittentes bifieoses des pays chauds (1719, G.); on comprend ainsi qoll nous soit difficile d'opposer les symptômes de ces fièvres i ceux de la fièvre jaune. Voici, en peu de mots, comment on trouve ce point de diagnostic établi dans un traité de pathologie devenu classique dans toute l'étendue des Étals-Unis d'Amérique (Wood, loc. cU.j p. 312, 313). Dans la fièvre
jaune, le mouvement fébrile n'existe, à proprement parler, (|ue pendant la première période, c'est-à-dire pendant les deux ou trois premiers jours de la maladie, et il s'y montre, dans la grande majorité des cas, sous le type continu. Il caractérise, au contraire, toutes les époques de la fièvre bilieuse, mais il se présente constamment alors avec des rémissions ou même des intermissions, qui se manifestent tous les deux jours. — Les évacuations bilieuses sont rares dans la fièvre jaune, elles sont habituelles, et en général très abondantes dans la rémittente bilieuse. On ne rencontre pas dans celte dernière maladie, la coloration pourpre de la face et des conjontives, qui est un des caractères de la fièvre jaune. — Il y a dans la fièvre rémittente des vomissements d'une matière homogène plus ou moins foncée. Mais celle inalière est évidemment de la bile altérée; elle diffère, par conséquent, de celle qui constitue le vomissement noir de lu fièvre jaune. — La fièvre jaune, lorsqu'elle existe sans cuniplication, ne dégénère jamais en intermittente régulière: c'est là, au contraire, une terminaison pour ainsi dire liabiluclle de la fièvre bilieuse. — On a dit que la fièvre jaune n'était que le plus haut degré de la fièvre bilieuse; il n'en esl rien : celle-ci comme celle-là peut se montrer extrémemenl nieurlrière, sans rien perdre de ses attributs caractéristiques. La fièvre jaune, par contre, peut être aussi bénigne que Test sjouvent la bilieuse rémittente. — Lorsqu'on a contracté b fièvre bilieuse pendant Tautomne, on est prédisposé à la contracter de nouveau pendant l'automne suivant, il est rare, au contraire, que la fièvre jaune atteigne deux fois un même individu. — La fièvre jaune se montre presque exclusivement au voisinage de la mer, sur le rivage des grands cours d'eau; la fièvre rémittente bilieuse ne reconnaît pas de limites géoj;raphiques aussi restreintes ; elle peut régner partout où il J a des marais, à l'intérieur des terres comme sur les côtes de
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lOcéan. Ou ne la voit guère dans les villes, tandis que la fièvre jaune sévit principalement dans les grands centres de population. — Dans les pays où elle est endémique, la fièvre jaune épargne les indigènes, tandis que la fièvre bilieuse n'y épargne personne. — Les lésions anatomiques qu'on rencontre î\ Tonverture des corps ne sont pas les mêmes dans les deux maladies. La rate, par exemple, dans la fièvre rémittente bilieuse, se montre presque toujours volumineuse et ramassée ; le foie présente une altération toute spéciale, bien différente de celle qui est propre à la fièvre jaune, et qui a appelé, dans ces derniers temps seulement, l'attention des médecins américains; il est volumineux, presque toujours ramolli, d'une couleur olive, bronzée, toute particulière (voyez sur les altérations du foie dans la fièvre rémittente bilieuse, Stavardson, Americ. Journ. of med, scienc, avril 1841, N. S. i, 289; Swett, ibid., IX, 29; Andersen, ibid., XI, 315; Slillé, îbid.^ p. 323 ; La Roche, loc. cit., t. II).
t. Les fièvres pernicieuses algides, comateuses, délirantes ou convulsives, lorsqu'elles débutent par des accès de fièvre intermittente simple, ne sauraient guère être confondues avec la fièvre jaune. L'erreur serait possible, pour un instant peutètre^ si les symptômes pernicieux venaient à se manifester dès Torigne. Mais labsence de la douleur lombaire, de Tinjection de la face et des conjonctives, de Tictère, des hémorrhagies multiples, et des péléchies, du vomissement noir, et de tant d'autres symptômes, qui se montrent toujours, au moins en partie, dans la fièvre jaune, alors même qu'elle revêt une forme anormale, mettrait sur la voie du diagnostic.
V. Il suffira, sans doute, d'esquisser rapidement le tableau symptomatologique du relapsing fever (fièvre à rechute), des médecins anglais, pour faire ressortir les analogies et mon-
ioO MALADIES INFECTIEUSES
(rer les diOTérences qui existent entre cette maladie et la fièvre jaune, à laquelle on Ta comparée ^ L'invasion est brusque, et s'opère, le plus souvent, par un frisson; puis, céphalalgie vive, douleurs musculaires et articulaires simulant celles du rhumatisme; fièvre intense: le pouls bat de 100 à 120 fois par minuta; la peau est chaude et sèche; anorexie, souvent épigaslralgie, nausées et vomissements bilieux ; jactitation, insomnie et quelquefois délire. Absence habituelle de symptômes abdominaux, tels que météorisme, douleurs iliaques» diarrhée. Assez fréquemment, il se manifeste parliellement, dès le troisième ou le quatrième jour, une coloration légèrement bronzée des téguments, qui, bientôt, est remplacée par une teinte iclérique générale, plus ou moins foncée. Alors les vomissements bilieux deviennent plus fréquents ; quelquefois même, mais seulement dans les cas les plus graves, en même temps qu'il s'opère des hémorrhagies par diverses membranes muqueuses, le malade rend des selles noir&tres et vomil, comme cela se voit dans la fièvre jaune, une matière noire semblable au marc de café. Vers le cinquième, sixième ou septième jour de la maladie, alors que tous les syroplômes paraissent avoir atteint leur plus grande violence, ils s'amendent ou même disparaissent tout à coup, le plus souvent, à la suite d'une sueur copieuse. — La convalescence qui se
i . La fièvre à rechute {relapsing fever) a élé aussi quelquefois désignée sous les noms de five days fever, seven days fevei* (fièvre de cinq joarst fièvre de sept jours), bilious rémittent fever, mild yellow fetfer (fièvre jaune bénigne). — Elle parait avoir été remarquée pour la première fois à Dublin, lors d'une épidémie qui a sévi, en cette ville, en 1739. En 1817 et en 1818, elle a régné h Edimbourg, où elle a élé décrite par Welsh et Christison. Elle y a reparu ensuite en 184 i et 1843, et c'est surtout à Tétade qui en a été faite à cotte époque par les docteurs Mackensie, Cormack, Craigie et autres, qu'elle doit d'avoir pris rang dans les cadres nosologiques. Elle s'est montrée h. Londres, en 1817, où elle a été soigneusement observée et décrite par le docteur Jenner, qui s'est efforcé de la distinguer du typhus lever et de la fièvre typhoïde. (Voyez Tarticle qui a élé consacré à l'histoire de celte aflection dans British and foreign medico^chirwr* gicat Review, iu'iWei 1851.)
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déclare ensuite peul être franche et aboutir, en définitive, à une guérison complète ; mais c'est le plus rare et, en règle générale (19 fois sur 20), de cinq à huit jours après la cessalion de ce qu'on peut appeler le premier accès, il survient une rechute, dans laquelle tous les symplômes que nous avons énumérés, se montrent de nouveau^ tantôt avec plus de violence, tantôt, au contraire, avec une intensité moindre. Ces deux accès constituent habituellement tous les symptômes de la maladie ; on a vu cependant les rechutes se reproduire une seconde et même une troisième fois. — La fièvre à rechute est rarement mortelle ; on n'a guère vu succomber dans Tépidémie, qui a sévi à Edimbourg, en 1842-43, que des enfants, des vieillards ou des adultes d'une constitution délabrée. — A Touverlure du corps, on a trouvé, le plus souvent, la rate volumineuse, la membrane muqueuse de l'intestin injectée ; d'ailleurs, aucune altération des glandes de Peyer ou des follicules isolés. — Cette maladie ne paraît avoir été observée jusqu'à ce jour, qu'en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et dans l'Amérique du Nord. On a essayé, mais presque toujours sans succès, de prévenir, par l'administration du sulfate de quinine, l'apparition de la rechute ou des rechutes qui la caractérisent.
0. C'est à l'époque oîi nous étudierons l'affection qui a été décrite sous le nom d'ictère grave, et quelquefois aussi sous celui de fièvre jaune sporadique, que nous aurons à rechercher en quoi elle se rapproche et en quoi elle diffère de la fièvre jaune proprement dite.
PRONOSTIC
Il en est de la fièvre jaune comme de la peste ; dans certains cas, c'est une affection très bénigne et qui peut être presque
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inaperçue; mais, le plus souvent, bien qu'il y ail sous ce rapport d'assez grandes différences^ suivant les épidémies, c*esl une des maladies les plus meurtrières. Ses allures insidieuses permellent, d*ailleurs, rarement de porter un pronostic assuré ; il faut se garder surtout de se laisser tromper par ce moment de calme qui survient habituellement après Taccomplissement de la première période : tel malade chez qui les plus graves accidents ont disparu comme par enchantemcnt et qu'on peut croire sauvé est pris tout à coup du fatal vomissement noir et succombe en quelques heures. Ce dernier sunplôme annonce presque toujours une mort prochaine. Les déjections noires, les pétéchies, une teinte très foncée des téguments, la suppression des urines, le ralentissement très marqué du pouls, Talgidité, la syncope, les mouvements coiiviilsifs, sont aussi des signes du plus f&cheux augure. La forme congestive est en général beaucoup plus grave que la forme inflammatoire. — On doit^ suivant M. Dutroulau (/oc. r//., p. 449), considérer la complication paludéenne dans la lièvre jaune comme étant toujours fâcheuse, en ce que le plus souxent, dans les cas isolés, endémiques ou sporadiques, elle donne, au début de la maladie, une marche ou une physionomie insidieuse qui rendent le traitement incertain et Tissue plus fréquemment funeste. — Parmi les signes favo'rables, on a noté surtout la prolongation du mouvement fébrile au-delà du temps accoutumé, Tapparition de sueurs, pour peu qu'elles surviennent du quatrième au sixième jour; la disparition de rô[àgastralgie, des vomissements et des évacuations bilieuses. La maladie est en général d'autant plus grave qu'elle attaque d(îs individus non acclimatés; chez les jeunes enfants et chez les jeunes gens dont la conslitution est épuisée, elle eft presque toujours morîelle.
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