‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 33 sur 94 · CHOLÉRA · texte numérisé non relu

CHOLÉRA

Rapport sur diverses communications relatives au

choléra ^

J'ai eu à examiner, comme rapporteur, quarante-trois lettres, notes ou mémoires, adressés à l'Académie et relatifs an traitement du choléra asiatique. J'ai le regret de^ dire que, dans Taccomplissement de cette t&cbe, je n'ai pas été plus heureux que ne Tavait été mon confrère, M. Yulpian, dans une circonstance analogue. Mon examen, en effet, ne ma fourni aucun résultat qui mérite d'être pris en considération.

La plupart de ces lettres (trente-sept) ont été adressées par des personnes étrangères à la profession médicale et plus généralement aux sciences biologiques. Il ne faut pas s'étonner, par conséquent, qu'elles contiennent presque toujours des naïvetés qui prêteraient à rire si le cas n'était pas aussi sérieux. Il faut d'ailleurs tenir compte des bonnes intentions. Tontes ces lettres, en effet, n'ont pas été dictées par l'amour du lucre ou de la notoriété, car souvent les auteurs ont discrètement gardé l'anonyme. Il faut plutôt y voir, en général, pensons-nous, l'un des effets de la manie d'improviser en médecine^ travers encore si communément répandu, on le sait,

1. Ao nom d*une Commission composée de MM. Gosselin, Vulpian, Maret, BerU Richet, Pasteur, Boulay; Charcot, rapporteur.

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môme parmi les gens éclairés. L'un considère les évacnadons cholériques comme représentant un effort de la nature qu*ii ne faut pas contrarier et conseille aux malades de boire de grandes quantités d'eau de source; deux autres conseillent ringeslion d'huile d'olives. Celui-ci préconise la saignée, celui-là voudrait que l'on but de l'urine d'enfant, etc.

Les Notes ou Mémoires émanant de médecins ou d'étadiants en médecine ont nécessairement un tout autre caractère. Blalbeureusement on n*y trouve guère que des théories plus ou moins ingénieuses sur ce que Ton appelle « la nature» du choléra, avec des projets de médication déduits plus oa moins logiquement de ces théories. La sanction expérimentale fait absolument défaut. Les principaux moyens proposés sont les injections hypodermiques, soit de phénate de quinine (?), soit de chlorure de pilocarpine. L'emploi à l'intérieur du sulfate de quinine à haute dose, de l'eau oxygénée, de la limonade sulfurique.

Une note sur t enchabiement des lésions et tes symptômes de choléra asiatique et sur les indications qui en dérivent^ povf le traitement préventif et curatif de cette maladie^ mérite une place à part, parce qu'elle a été adressée par M. le D' Duboué (de Pau), auquel on doit la publication de plusieurs travaux importants. L'auteur cherche d'abord à établir, en se fondant sur les résultats obtenus par quelques anatomo-pathologistes, que l'agent cholérique, introduit primitivement par les voies respiratoires, pénètre ensuite dans le système des artères et des capillaires de l'arbre aortique, où il détermine la desquamation de l'endothélium vasculaire. L'agent pénètre consécutivement dans l'intestin, oîi il provoque la desquamation de Tépithélium de la membrane muqueuse. La diarrhée qui se produit, en conséquence, est due à une sorte de filtration du sérum du sang qui se fait à travers la mince couche de chorion des villosilés intestinales dépouillées de leur épithélium*

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£n thérapeutique, la conséquence de cette théorie est qu'il n'y a qu'une seule indication pour le traitement préventif individuel et deux indications pour le traitement curalif.

L'indication du Iraitemenljoréu^i/;/ consiste h, fortifier (sic) à l'avance tout le système endothélial et épithélial, de façon à leur permettre de résister lorsque Tagent cholérigène viendra à pénétrer dans l'organisme. Cela s'obtiendra en administrant journellement aux personnes exposées à la contagion deux doses de gr. 23 chacune de tannin pur préparé à Téther.

Pour ce qui est du traitement curalif^ la première indication consiste surtout à rétablir la circulation interrompue. Le moyen d'obtenir ce résultat a déjà été employé par un grand nombre de médecins. Il s'agit de pratiquer des injections exlraveineuses abondantes d'un sérum artificiel auquel il conviendra, selon M. Duboué, d'ajouter l gr. par litre de tannin à Téther.

La seconde indication sera remplie en reprenant, dès que la circulation sera rétablie, l'emploi du tannin, à la dose de 3 gr., 6 gr. et 8 gr. par jour, dans le but de favoriser la régénération des endothéliums et des épithéliums.

Nous nous sommes borné à exposer, sans vouloir entrer dans la critique. Il sufGra de remarquer, pensons-nous, qu'une série d'observations cliniques et d'expériences thérapeutiques régulièrement instituées pourraient seules permettre d'atteindre le but visé par l'institution du prix Bréant \

I. Comptes rendus de r Académie des sciences, 1884, t. XCIX, p. 22i.

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