DEUXIÈME PARTIE
Affections da tégament externe.
oie sur quelques cas d'a£bciions de la peau, déi>exidani d'une influence du «ystème nerveux *.
Les observations suivantes méritent & plusieurs égards. Fatînlion des physiologistes :
Obs. I. — Eruption particulière siégeant sur la face dorsale '^ main et des doigts^ et probablement consécutive à la lésion des •«'1 nerveux qui se distribuent à ces parties.
^ nommé Rousseiot, Charles, journalier, ancien tisserand, «Ne 42 ans, (hôpital de la Pitié, salle Saint-Benjamin, n"" 24), ^t d*une assez forte constitution et n*a éprouvé aucune ma- ^ie grave jusqu'à Tépoque du début de la maladie actuelle. Il '^parait pas, en particulier, que dans son enfance il ait présenté ^cuQ symptôme d'affection scrofuleuse.
Dans le courant de Tannée 1852, à la suite de grandes fatigues, "^ plilegmon se déclare sur Tavant-bras et nécessite une large '^cision à la face dorsale du membre. L* année suivante, un nou-
l* Elirait du Journal de la physiologie de Vhomme et des animaux, t. II, ^, p. 108.
172 AFFECTIONS DU TÉGUMENT EXTERIfS
veau phlegmon siégeant celte fois à Tavant-bras gancbe, se déclare. La tuméfaction était considérable et 8*éteodait à la maine^ aux doigts, cinq larges incisions furent pratiquées dans l'espace de six jours ; elles donnèrent issue à une grande quantité de pus.
Peu de temps après, le malade commence à remarquer que ses forces diminuent dans Favant-bras et dans la main gauche; li sensibilité y devient d*abord obtuse, puis elle finit par s*y abolir complètement. En même temps, le malade éprouve dans lamtio, les doigts et Textrémilé supérieure de Tavant-bras, des picotements, des fourmillements s*exagérant par moments. Il s*y joinl* de temps à autres, des accès douloureux ayant le caractère névralgique, les élancements semblent partir d*une cicatrice dont il sera question plus loin, et se répandent dans la main elles doigts, principalement dans le pouce, l'index et le médius. La peau qui recouvre ces parties est aujourd'hui complètement ânes- Ihésiée. A ces phénomènes, se joignent bientôt un certain degré d'atrophie de la main et de Tavant-bras, des déformations delà main, et enlin une éruption particulière.
Voici en quoi consistent les déformations de la main : Il y a uoe rétraction des quatre derniers doigts qui sont en demi-flexion et qu^on ne peut fléchir ou élendre que difflciiement. Le pouce est déformé dans son articulation métacarpo-phalangienne; c'est surtout Texlrémité supérieure de la première phalange du pouce qui contribue ù celte déformation. Cette phalange paraît évidem* ment tuméfiée, surtout au voisinage de son articulation supérieure. L'articulation elle-même est privée de la presque totalité (le ses mouvements. La flexion ainsi que Tabduclion, sont encore jusqu'à un certain point possibles ; mais Tadduction,- ainsi que les mouvements d'opposition du pouce avec les autres doigts, sont impossibles. — Les autres doigts, outre la demi-flexion qu*on5 (ihsorve, ont la phalangette tuméfiée, ce qui donne à leur exlréniilé l'aspect d'un marteau; cette déformation est surtout appart^nle à l'index. — Le premier espace inlerosseux ne présente f^ Kou t^paisseur habituelle, les muscles qui entrent dans sa cumpo' «Uion sont très manifestement atrophiés; les muscles des autres j \'»)mce8 inlerosseux sont également atrophiés, mais à un degr^
iç moindre; ravant-bras enfin présente, surtout à sa partie infé- } rieare, une diminution de volume uniforme très remarquable. ç Sur Tavant-bras. on remarque la trace de cinq cicatrices ; Tune « dTelles, située sur le bord externe et un peu postérieur de Tavant- ^ brms, an niveau du tiers inférieur, mérite une mention spéciale. Elle a une longueur de deux centimètres environ ; elle est formée .par un tissu inodulaire de consistance très ferme; elle est rétractée* profonde et très manifestement adhérente aux tissus sousjaeents; elle répond assez exactement au trajet d'une branche importante du nerf radial (branche terminale superficielle ou cutanée de Cruveilhier). Il est probable que cette branche, comprise dans Tépaisseur du tissu inodulaire, y est comprimée et irritée.
Depuis un an et demi environ, la partie externe de la face dorsale de la main gauche et la face dorsale de Tindex, du médius et de l'annulaire, sont le siège d'une éruption de bulles analogues à celles du pemphigus. — Ces bulles se montrent, le plus souvent, ao voisinage d'une jointure ; elles apparaissent successivement, une à une, à des intervalles très inégaux. Une bulle se forme tout à coup, en quelques heures, et acquiert rapidement le volume d'une noisette. Elle est remplie de sérosité transparente qui s'échappe après la rupture spontanée ou artificielle de Tépiderme soulevée ; il reste alors une ulcération superficielle, rouge, qui marche assez vite vers la cicatrisation. L'apparition des bulles n'est pas accompagnée de douleur; elles ne sont jamais entourées d'une auréole inflammatoire; leur évolution complète et la cicatrisation des ulcérations qu'elles laissent après elles, se font dans l'espace de quinze ou vingt jours. Les cicatrices sont superficielles, ovalaires, d'une couleur plus rose que celle de la peau environnante, luisantes, d'un aspect rayonné, très légèrement déprimées. — Il s'est produit, jusqu'à présent, une quinzaine de ces bulles: dix environ ont siégé au voisinage de l'articulation métacarpo-phalangienne de l'index : quatre à la partie postérieure de l'articulation phalangino-phalangettienne du même doigt: une à la partie postérieure de l'articulation métacarpo-phalangienne de l'annulaire, et une enûn, qui, en ce moment, est en voie de
174 AFFECnONS DU TÉGUMENT KXTERNB
cicairisalion, siégeait au niveau de l'articulation moyeoDe du médius.
Pendant longtemps, la main et Tavant-bras gauches, ont été f^euls afTectés de la manière qui vient d*étre indiquée; mais il y A deux ans environ, le malade a commencé à ressentir de lafaif)Iessc dans la main et dans 1 avant-bras du côté droit ; peu à peu, le membre 8*est atrophié; enOn, il est survenu des engourdissements et des fourmillements, puis de Tinsensibilité. Aujourd*bai, il y a anesthésie, atrophie, faiblesse de la main et de Tavant-bras droit. Toutefois, ces phénomènes sont bien moins prononcés qu'à gauche. Enfin, depuis quelque temps, Tanesthésie parait gagner vers la racine des deux membres, si bien que la peau qui recouvre les mains, les avant-bras et les bras, est devenue à peu près insen. sible dans sa totalité, surtout à gauche.
Ce malade n'a jamais présenté de symptômes autres que ceux que nous venons d'indiquer, qui puissent être rapportés à une afîeclion du système nerveux; les membres inférieurs fonctionnent très bien et la démarche est assurée; les organes génitaux et urinaires fonctionnent aussi parfaitement, ainsi que les organes digestifs.
Cette observation me semble curieuse à plus d'un titre. En n'envisageant que ce qui se passe à la partie interne de Tavant-bras et dans la main gauche, à savoir: Tanesthésleà peu près complète de la peau, Tatrophie des muscles et leur paralysie, les douleurs assez vives avec fourmillement revenant par accès et parlant de celle des cicatrices qui correspond le mieux au trajet d'un nerf et qui rend la peau fortement adhérente aux tissus sous-jacenls; en considérant que Férup" tion buUeuse se fait presque exclusivement sur les parties de la peau qui correspondent aux divisions du nerf qu'on suppose comprimé, il me paraît bien évident que l'explication donnée par M. Brown-Séquard (voyez ci-après) est la bonne. Tout cela dépend de Tirrilation, de la compression dune branche du nerf radial comprise dans la cicatrice. — Mais d'où
rienneniratrophie et Tiasensibilitô de la partie supérieure de ravani-bras, du bras et de Tépaule, et surtout d'où viennent Pinsensibililé et l'atrophie de tout le membre supérieur droit? le rignore. Je vois, dans Romberg, qu'une lésion de nerf a pu pinsieurs fois, devenir le point de départ de névralgies ascendantes. Ainsi, une piqûre d'un nerf de la main détermine one névralgie des nerfs du bras et de Tavant-bras, de la face, Mms forme de tic douloureux, etc. J'ignore si, dans notre casi on pourrait proposer une explication analogue pour Tanes- Oiésie et l'atrophie, observées tant dans le membre droit que ians le gauche. Il faudrait un cas analogue à celui-ci pour le sompléler.
On ne peut croire qu'il y ait ici atrophie musculaire progrèsrive pure et simple. L'anesthésie est, dans noire cas, un phélomène prédominant, ce qui n'a pas lieu, ce me semble, dans 56 qu'on appelle l'atrophie progressive. Rien ne peut faire supposer l'existence d'une alTeclion du cerveau ou de la QQoelle.
On sait que la peau des parties, dont les nerfs sont affectés de névralgie, se recouvre quelquefois d'une éruption de vésicules d'herpès. Les auteurs ont rapporté un assez bon nombre d'exemples de ce genre ; on en trouverait des plus remarquables dans l'article Herpès^ du Traité des maladies de la peau, de M. Rayer, dans le Traité de Romberg, sur les maladies du système ?iei*veux, dans le premier volume de la Pathologie rationnelle de Henle, et enfin dans deux mémoires publiés récemment, l'un par M. le docteur Notla, l'autre par M. le iocleur Parrot. J'ai moi-même fait recueillir une observation lu même genre, dont voici le résumé :
Obs. II. — Herpès zosler survenant dans le cours d'une névralgie iciatique.
Un homme, âgé de quarante-trois ans (hôpital de Lariboisière,
17G AFFRCTIONS DU TÉGUMENT EXTEKKE
salle Saiiil-Gharles, juillet 1857), a été attaqué a deux reprises, séparées par une année dlntervalle, de névralgie Bciatique gauche très rebelle. Pendant le deuxième accès, quinze ou vingt jours après le début des douleurs, la peau de la jambe et de la partie inférieure de la cuisse gauche a été recouverte de vésicules d'herpès, disposées par groupes nombreux et conQuents. Cctle éruption a opéré son évolution en quinze jours à peu prés. La névralgie n'a cédé que plusieurs semaines après la disparilion des vésicules.
l'ne éruption analogue à celle décrite dans Tobservation précédente a été signalée dans des cas où Taffection douloureuse d'un nerf avait pris naissance à la suite d'une lésion trauinalique. J*ai vu un fait de ce genre; en voici le résumé:
Obs. III. — Névralgie consécutive à une lésion traumatiquc et accompagnée (Tune éruption de vésicules d'herpès.
Un homme admis dans le service de M. Rayer, en 1851, avait, pendant les affaires de juin 1849, reçu une balle à la partie inférieure et postéro-externe de la cuisse. Quelque temps après la guérison de la plaie, surviennent dans la jambe de vives douleurs, presque continues, mais s*exaspérant par accès. Ces douleurs, qui semblent partir de la cicatrice, se répandent jusque sur le dos du pied et suivent évidemment le trajet des nerfs. Celle névralgie, qui a résisté à tous les moyens employés, s'est accompagnée, il plusieurs reprises, pendant le séjour du malade à la Charité, d'une éruption de vésicules d'herpès, disposées par groupes, tout à fait semblables à celles de Therpès zosterle, siégeant sur la peau des parties douloureuses.
L'éruption buUeuse observée chez le malade de rob?ervation première, diffère, sans doute, sous quelques rapports/de ces éruptions herpétiques consécutives aux affections douloureuses des nerfs. Il serait difficile, toutefois, de méconnaî'.fc l'analogie qui existe entre ces deux ordres de faits, et, dans
les deux cas, Téruption culanée nous paratt devoir être considérée comme une expression des lésions de nulrition qui surviennent dans les parties auxquelles se distribue le nerf affecté. L'atrophie musculaire et Thypertrophie osseuse observées chez notre malade, reconnaissent, sans doute aussi, la même origine.
M. le docteur Brown-Séquard a fait suivre la Note de
M. Charcot de remarques sur le mode dinfluence du système
nerveux sur la nutrition, remarques auxquelles M. Charcot a
fait allusion plus haut, et que, pour cette raison, nous croyons
devoir reproduire.
Là pathologie abonde en faits intéressants qui démontrent, de la manière la plus positive, que le système nerveux est capable de produire des altérations extrêmement variées de la nutrition dans les différents organes. Les faits mentionnés par M. Charcot, sont des preuves de plus de l'existence de celle influence. Nous ne leur aurions pas donné place dans ce journal, malgré les deux qualités qu'ils possèdent d'avoir été observés avec soin par un observateur aussi instruit en physiologie qu'en pathologie, et de présenter quelques particularités très importantes, si nous û*avions cru utile de nous en servir, pour établir une distinction capitale entre deux séries de faits qui sont, chaque jour, confondues Tune avec l'autre par un grand nombre de médecins et phyûoiogistes. Grâce à cette confusion, ils soutiennent que les actions des divers tissus et organes, de même que leur nutrition, sont 80US la dépendance du système nerveux. Nous allons faire voir wmbien ils se trompent.
La comparaison des effets de la section à ceux de la compression <lun nerf, montre qu'il y a des différences très considérablîs entre Ces deux cas. Il en est de même à l'égard des centres nerveux.
La science abonde en faits montrant que la section complète don nerf n'est pas suivie d'autres altérations dénutrition qu'une Sophie, assez lente à se produire, dans toutes les parties para- Cbarcot. Œuv. compl., t. vin, 2« part., Affections cutanées, 12
lysées. 11 serait inutile de rapporter ici des exemples de faits si communs. Les expériences sur les animaux montrent aussi la même al>sence d'altération de nutrition, après la section des nerfs des membres. Nous avons signalé, ailleurs, les causes auxquelles sont dues les gangn^nes que Schrœder Van der Kolk et d'autres ont cru pouvoir considérer comme des eflfels de Tabsence d'une action nécessaire ù la nutrition, après la section des nerfs d'un membre. Nous avons fait voir que ces altérations ne se produisent pas dans les parties paralysées, quand le sol est recouvert de colon, de son ou de foin. (Voy. Comptes-rend, de la Soe, de Bioi., vol. I, 1849, p. 136, et mes Exper. fiesearches, 1853, p. 10.) Si Ton compare les effets de la compression des nerfs à ceux de la section, on voit qu'ils en diffèrent beaucoup. Ainsi, dans un cas rapporté par M. James Pagel, et observé par l'un des plus distingués chirurgiens de Londres, M. Hilton, un homme qui avait eu une fracture de l'extrémité inférieure du radius, guérie après production d'une quantité d*os considérable, d'os nouveau, eut le nerf médian comprimé. Son pouce s'ulcéra, ainsi que l'indicateur et le médiu*. Ces ulcérations résistèrent à plusieurs modes de trailemenl, et ne se guérirent que lorsqu'on eut ployé le poignet, de telle sorte que, par le relâchement des parties da côté de la paume de la main, la pression sur le nerf eut cessé. Tant que cet état de choses fut continué, tout alla bien à l'égard des ulcères; mais aussitôt après qiie l'on eut permis à Thomnic de se servr de sa main, la pression sur le nerf se renouvela, et l'ulcération des parties où il se distribue reparut. {Surgical Patkology, etc., by J. Pagel, vol. 1, p. 43.) Un autre cas. à peu près semblable à celui-là, observé par M. Swan, est rapporté ptf M. Paget.
Ce sont là des cas d'im^a/ion des nerfs, et les chirurgiens qa' ont traité ces malades auraient pu les guérir d*emblée en coupant les nerfs irrités.
Notre ami, le docteur Ch. Rouget, nous a rapporté un ca» ayant quelque analogie avec les précédenis et avec la trobièP* observation de M. Charcot.
Un cultivateur, en sautant un fossé, reçut la charge de plom'^
4 lièvre de son fusil, k la face inlerne da bras gauche, vers la partie moyenne. Au fond de la plaie, qui était large de huit centimètres, on apercevait Tarière humérule, la veine basilique déchirée et plusieurs nerfs, et surtout le brachial cutané interne, contusionné. La plaie se cicatrisa assez vite, mais environ deux mois et demi ou trois mois après, il survint à la partie postérieure et interne de l'avant-bras, une éruption ressemblant à du zona, occupant une surface de quatre à cinq centimètres de diamètre, dans une partie de Tavant-bras privée de sensibilité.
Relativement à la moelle épiniere, on observe tous les jours des faits qui établissent nettement la distinction entre Virritatton et la cessation cTaction. Sir B. Brodie a vu le talon commencer à se gangrener 24 heures après une lésion du rachis: est-il peu de chirurgiens qui n'aient vu des ulcérations, des escharres môme, se montrer au sacrum et ailleurs, dans la première semaine après une fracture ou une luxation du rachis. Si Ton compare ces cas à ceux dans lesquels, au c(>nliairc, les escharres ne paraissent que très tard après la lésion du rachis, on voit que, dans les premiers, la moelle épiniere est coni[»rimée et, conséquemment, irritée, et quelle ne Test pas dans les seconds. Ainsi donc, ici encore, ce n'est pas la paralysie, ce nest pas Vabsence d'action du système nerveux qui est cause de ralléralion de nutrition, et c'est, au contraire, une action moi bide de ce système, par suite de Tirritalion qui produit cette aliéralion. J'ai vu, au moins, plusieurs centaines d'animaux, survivre des mois entiers, à la seclion de la moelle épiniere, et ne préscnler aucune autre lésion de nutrition dans les parties par.»ly'^«3es ([iTune atrophie, en général, assez lenle à se montrer. Dans deux cas, au contraire, où des exostoses se sont formées à l'endroit de la section de la moelle el comprimant le bout iuft'rieur, il y a eu une atrophie considérable en cinq ou six jours et une ulcération gangreneuse du sacrum et de quelques points «I«î la cuisse.
Il faut donc distinguer les efTels de l'irritation de la moelle épinières et des nerfs, de ceux de la paralysie ou simple cessation d'action de ces parties; en d'antres lerm*^«" *' " effets de Y action morbide^ de ceux df* '
Quant aux altérations de nutrition à une distance plus ou moins grande du point irrité, la pathologie abonde en faits semblables. Ce sont là des faits d*altération de nutrition par action réflexe, et le premier cas de noire ami, M. Charcot, appartient à cette sorte de faits morbides.
20IfA DU COU 481
Sur un cas de zona du cou avec altération des nerfo du plexus cervicad et des ganglions correspondants des racines spinales postérieures * .
M. Charcot a appelé plusieurs fois rattenlion de la Sociélé
sur les dépôts cancéreux qui se forment fréquemment dans
Tépaisseur du corps des vertèbres, chez les sujets atteints du
cancer du sein. Ces dépôts secondaires, dont Texistence, en
pareil cas, avait été signalée déjà par M. Cazalis, occupent,
comme on sait, le plus communément la région lombaire.
I^Ds les cas où ils déterminent le ramollissement et, par
Suite, Taffaissement d'un certain nombre de corps vertébraux,
^l se produit habituellement des symptômes de paraplégie
^uloureiise^ dus principalement à l'irritation ou à la compres-
^on que subissent les branches nerveuses lombaires, soit
^ns la cavité rachidienne, soit au moment où elles traversent
«sirousde conjugaison. (Voir une communication faite sur ce
*^jel, par M. Charcot, à la Société médicale des hôpitaux ^ le
22 mars i 865. — Voir, tome V, p. 308.)
La présente observation est un nouvel exemple de cancer ^condaire de la colonne vertébrale, survenu chez une femme ^lleinle d'un cancer de la glande mammaire ; mais elle diffère
!• En collaboration avec M. Gotard ; Extrait des Mémoires de la Société * ^oiogie, 186j, p. 41.
de celles qui ont été recueillies jusqu'ici par plusieurs particularités intéressantes et qui méritent d'être signalées.
En premier lieu, contrairement à ce qui se voit le plus généralement dans les cas de ce genre, Taltération cancéreuse des vertèbres, à peine accusée à la région lombaire, portait spécialement sur les vertèbres du cou ; plusieurs de celles-ci étaient ramollies, aplaties, écrasées, et à leur niveau la colonne cenicale s'était légèrement infléchie vers la droite. Consécutivement, les branches nerveuses cervicales du côté droit avaient été irritées et comprimées dans leur trajet à travers les trous de conjugaison et, à Tautopsie, elles ont été trouvées en ces points-là rouges, tuméfiées, évidemment enflammées. Les ganglions intervertébraux présentaient des altérations analogues. Pendant la vie, l'irritation des troncs nerveux s'était révélée par d'atroces douleurs occupant le trajet des diverses branches du plexus cervical du côté droit.
On remarquera surtout, en second lieu, l'éruption de zom qui, aune certaine époque, s'est produite dans les régions de la peau auxquelles se distribuent les filets nerveux émanant de ce plexus, évidemment sous l'influence de raffeclion des nerfs ou des ganglions spinaux.
Observation I. — Cancer du sein, — Douleurs névralgiques if répaule droite, de la moitié di^oite du cou et de la nuque. — Ervftion de zona sur les régions douloureuses^ répondant au raineau i» plexus cervical droit. — Pleurésie double : mort. — Autojmt'* Noyau cancnreux du sein, des plèvres, des ganglions de taissellf droite, des côtes répondant au sein droit, du foie, des vertèbres eer* vicales ; — affaissement tic la quatrième vertèbre cervicale ; — dié" rations des ganglions spinaux de la région cervicale droite; — eX9r men histologique de ces ganglions.
Il sagit d'une femme âgée de 78 ans (Elisabeth B...), «*• Irée à la Salpîlrière, le 16 janvier i865, avec un cancer non ulcéré du sein droit. Opérée en août, elle entre à l'infirmerie gêné-
OBSERVATION Di: ZONA DU COU 183
le, le 9 octobre de la même année, se plaignant de vives douurs qui occupent Tépaule droite, la moitié droite du cou et de la ique, la région sus-claviculaire du côté droit. Ces douleurs, qui ïi paru pour la première fois dans les premiers jours d*octobre, nt continues, mais présentent des exacerbations pendant lestelles la malade parait souffrir atrocement et pousse des cris, i pression réveille les douleurs et les rend très vives, principaleent lorsqu'elle porle sur les apophyses épineuses des vertèbres rvicales ; la palpation fait percevoir un certain degré d*empàment dans la partie droite du cou, en arrière du muscle îmo-cléido-mastoïdien .
Sor la cicatrice du sein et dans son voisinage, on observe quelles tubercules cancéreux, occupant l'épaisseur de la peau et qui
sont développés tout récemment, au dire de la malade. Pluîurs ganglions volumineux très durs se rencontrent dans Tais- Ile. Le membre supérieur droit n'est pas tuméfié. Vers le 15 décembre, une éruption de zona apparaît sur toute
moitié droite du cou, en arrière, en avant, sur les parties térales ne dépassant pas soit en avant, soit en arrière, la ligne lédiane. Les groupes de vésicules herpétiques, parfaitement iractérisés, sont assez uniformément répandus et très rapprobés sur la nuque et sur la région sus-claviculaire ; quelques-uns e voient disséminés sur le moignon deTépaule, sur la partie la »las inférieure de la joue et la région mastoïdienne, et enfin sur la ^on sous-claviculaire même, au-delà du bord supérieur du (îand pectoral. On voit que cette éruption occupe toutes les paries de la peau auxquelles se distribuent les rameaux du plexus î^ical du côté droit.
L'apparition et le parfait développement de Téruption n*ont ^ené, d'ailleurs, aucun amendement dans l'intensité des dou- Icurs, que des doses élevées d*opium parviennent à peine à altélucr. Il se développe enfin une fièvre assez vive, de l'oppression» H l'examen du thorax fait reconnaître la présence d'un double 'Panchement pleural. Dans les derniers temps dosa vie, la malade eoait sa tête fortement inclinée sur l'épaule droite. La mort a lieu (26 décembre J865.
A Vaulopsie^ on trouve de nombreux noyaux cancéreux siégeant dans Tépaisscur de la cicatrice du sein et de la peau avoisinante; les deux plèvres sont couvertes de tubercules cancércnx d'un petit volume et renferment une certaine quantité de liquide séro-purulent; à droite, les ganglions de Taisselle ont subi la dégénérescence cancéreuse ; il en est de même des côtes, dans les parties qui correspondent au sein droit. Plusieurs masses cancéreuses sont disséminées dans le foie.
Les corps des vertèbres ont subi dans diverses régions la dégénéralion cancéreuse, mais Taltération est surtout prononcée à la région cervicale. Ici la colonne vertébrale paraît tuméfiée, molle, flexible, fortement incurvée du côté droit. En plusieurs points, les corps vertébraux ont la consistance du cartilage et se laissent aisément entamer par le scalpel. Le ramollissement des os n'occupe pas seulement, ainsi que cela a lieu en général, le corps dei vertèbres ; il s'élend aux lames vertébrales et aussi aux apophyses verticales épineuses et transversales. I^ quatrième vertèbre cervicale est surtout profond ''ment altérée; soncorp^est pour ainsi dire complètement affaissé, surtout dans sa moitié directe, où il n'est plus représenté que par une même lamelle de tissus osseux ramolli : c'est en grande partie à Taflaissement de cette vertèbre qu'est due l'incurvation latérale que présente la colonne vertébrale au cou.
La moelle épinière et les racines des nerfs ont été examinées en place dans le canal rachidien,avec le plus grand soin, surtout à la région cervicale. Les racines, ainsi que la moelle, n'ont présenté aucun changement do coloration ou de consistance; la moelle ne paraissait pas avoir subi la moindre compression. On s'est assuré plus tard que ces diverses parties ne présentaient aucune altéralion appréciable dans la structure, soit à l'œil, soit au microscope.
Les canaux de conjugaison ont ensuite été ouverts à la région cervicale, à droite et à gauche, de manière à permettre l'examen comparatif des nerfs cervicaux encore attachés à la moelle par leurs racines. Voici le résultat de cet examen : tandis que les ra-
LÉSlOffS DES NERFS DU PLEXUS CERVICAL 185
ant antérieures que postérieures, ont conservé ellesà droite comme à gauche, leur volume et leur coloration s à droite, les ganglions spinaux, ainsi que les troncs nerrmés par la réunion des racines spinales, présentent une uméfaction et une injection vasculaire marquée par une )n d*un rouge vif. Ces particularités sont surtout remarlorsque Ton compare les ganglions et les nerfs cervicaux droit aux mêmes parties du côte gauche, celies-ci ayant § tous les caractères de Tétat normal. En dehors des ie conjugaison, la coloration rouge des troncs nerveux peu à peu, et elle n'est plus guère appréciable sur les rveux émanant du plexus cervical.
nen microscopique des ganglions et des troncs nerveux, *i tuméfiés, a démontré ce qui suit : dans les ganglions, les nerveuses ne présentaient pas d'altérations appréciaes contenaient une grande quantité de granulations pigîs très foncées; mais celles-ci existaient avec les mêmes es, et à peu près en même quantité dans les corpuscules maires du côté gauche. Le réseau vasculaire des gan- [ait vivement injecté, et Taddition diacide acétique faisait :re dans la trame lamineuse des noyaux plus nombreux at normal. Dans les troncs nerveux, le névrilème présenlement une injection très prononcée des vaisseaux capilît sous l'influence de Tacide acétique apparaissent des très nombreux. Quant aux tubes nerveux, ils avaient î tous les caractères de Tétai physiologique.
oit qu'en somme les altérations appréciables portaient ement sur le tissu iamineux des ganglions et des
consistaient en un injection vive des capillaires qui se int dans ce tissu avec hypergénèse des éléments con-
II y avait donc là une véritable névrite, sans altération liante appréciable des corpuscules ganglionnaires et îs nerveux. Les circonstances de l'observation ne per-
mettent guère de douter que réniption de zona s'était produite sous Tinfluence de Talléralion du tissu nerveux, et qu'en outre celle-ci avait été déterminée par la pression qu'exerçaient sur les ganglions et sur les troncs nerveux, au niveau des trous de conjugaison, les apophyses transverses des vertèbres ramollies et affaissées.
L*observation présentée par MM. Charcot et Cotard doit être rapprochée d*un fait publié il y a deux ans par le docteur \. Bdierensprung {Beitraege zur kenntuiss des Zosles. Arch.f. Anatom. und Physiologie, n* 4, 1865, et Canstatt's Jahresb. 1864, t. lY, p. 188) et dont voici la substance :
Ubs. II. — Un enfant âgé d*un an et demi succomba à la phlhisie pulmonaire, peu de temps aprrs avoir souffert d*un zona qui siégeait sur le trajet des sixième, septième et huitième nerfs intercostaux. M. V. Baerensprung examine avec soin ces nerfs, ainsi que leurs racines et les ganglions intervertébraux correspondants. Les ganglions des cinquième et neuvième racines dorsales étaient sains; ceux des sixième, septième et huitième racines présentaient au contraire des altérations remarquables. Ils étaient tuméfiés et vivement injectés, surtout le septième. Le tissu connectif qui enveloppe les corpuscules ganglionnaires était épaissi, friable, et renfermait des granules pigmenlaires et des noyaux plus nombreux qu'à l'état normal ; quant aux cellules nerveuses, elles n'offraient aucune altération appréciable. La rougeur et la tuméfaction inflammatoire s'étendaient vers la périphérie jusqu'au lien d'entre-croisement des racines antérieures et postérieures, d même, dans une certaine étendue, aux deux branches des neris spinaux ; mais dans les troncs nerveux, comme dans les ganglions, les altérations portaient seulement sur les éléments conjonctifs et consistaient en une injection vasculaire très prononcée, avec infiltration de granulations pigmentaires et multipliet* tion des noyaux embryoplasliques. Les tubes nerveux présentant çà et là des varicosités, mais d'ailleurs pas d*autres modificatiooi appréciables dans leur structure. Les racines antérieures et aussi
les racines postérieures, enire les ganglions spinaux et la moelle, n étaient nullement altérés et contrastaient, par leur coloration pâle, avec les branches nerveuses spinales et les ganglions.
A ne considérer que Taltération des nerfs et Téruption cutanée qui Ta suivie, il existe, comme on voit, la plus frappante analogie entre Tobservalion qui fait l'objet principal de la présente note et celle qu'a publiée le docteur Y. Baerunsprung. Seulement, dans ce dernier cas, Taffection des nerfs parait s'être développée spontanément, tandis que, dans le premier, elle s'est produite sous l'influence d'une cause mécanique, à savoir la compression exercée parles parties osseuses sur les ganglions intervertébraux et sur les branches nerveuses dans leur trajet à travers les trous de conjugaison. Mais dans les deux cas — et c'est là le fait qu'il importe surtout de mettre en lumière, — l'injection vasculaire et l'hypergénèse du tissu lamineux sont restées limitées aux ganglions ainsi qu'aux nerfs spinaux et à leurs divisions principales, sans s'étendre soit aux racines antérieures, soit aux racines postérieures, entre le ganglion et la moelle.
Ces dernières circonstances ont été relevées par M. Baerensprung, dans son observation, comme particulièrement dignes de fixer Tattention, et, à ce propos, il a exprimé l'opinion que c'est surtout, sinon exclusivement, à l'inflammation des ganglions intervertébraux qu'il faut rapporter, dans les cas de zona consécutifs à une affection des nerfs, le développement de l'éruption cutanée. Celte éruption, conformément à llijpothèse émise par M. Baerensprung, se produirait sous IMuence de l'irritation subie parles corpuscules ganglionnaires et les tubes nerveux avec lesquels ils sont en connexion directe.
Nos connaissances concernant la structure des ganglions des faines postérieures des nerfs rachidiens et leur mode de connexion avec ces nerfs peuvent, jusqu'à un certain point, être
188 AFFECTIONS DU TÉGUME^iT EXTERNE
invoquées à Tappui de lliypothëse soutenue par H. Baerensprung. Les recherches de M. Slannius, AxmanD, Remak, Ecker, Kôlliker, Vulpîan, celles plus récentes de M. Baereu* prung lui-même, tendent en effet à démontrer que, chez In mammifères et chez Thomme, les ganglions des racines poi» térieures rachidiennes sont formés à peu près exclusivemeol de cellules unipolaires ; les tubes nerveux venus de la moelle épiniëre ne font que traverser le ganglion. Le rameau afférent est constitué en partie par les tubes du rameau afférent provenant de la moelle, qui ont traversé le ganglion, et en partie par des tubes émanés des cellule^ ganglionnaires. « Il 71 donc, dit M. Vulpian [Journal de Brown-Séquard^ t. V, p. 3J, 1862', dans tous les nerfs rachidiens, deux catégories de tubes nerveux : les unssensilifs ou moteurs, qui ontdescon* nexions directes avec la moelle épinière ; les autres, moios nombreux, dont Texlrémité centrale se trouve dans les ganglions spinaux. » Les tubes nerveux émanés des cellules ganglionnaires et isolés anatomiquemenl de la moelle épinière, sont-iN, après cela, doués de propriétés spéciales ; sont-ill destinés à constituer, ainsi que le suppose M. Baerensprung, les nerfs trophiques? On comprendrait facilement, s il en était ainsi, que Tirrilation des cellules ganglionnaires et des tubes nerveux qui en émanent ont pour conséquence presque obligée une altération de nutrition des parties où ces nerfs se répandent, tandis que pareille chose n'aurait pas lieu lorsque Tirrilalion porte seulement sur les tubes nerveux des racines antérieures ou sur ceux qui constituent les racines postérieures entre le ganglion et la moelle. Dans les cas pathologiques qui nous occupent, l'éruption d'herpès serait l'expression sensible des troubles nutritifs survenus dans le tégument externe, sous l'influence de Tirrilation des corpuscules ganglionnaires et des tubes nerveux auxquels ils donnent naissance.
A ces vues hypothéliques, on peut opposer de sérieuses objections : entre autres, il est incontestable, d'un côté, que, dans certaines circonstances données, la moelle, épinière influence, dans une certaine mesure, la nutrition de la peau (voir Brown-Séquard, Journal de physiologie ^ t. II, p. 112, 4859); d'un autre côté, il est certain que les tubes nerveux qui ne font que traverser les ganglions et qui n'ont pas de communication visible entre les cellules, sont cependant soumis, jusqu'à un certain point, à l'influence de ces cellules. Autrement, il serait impossible de se rendre compte des résultats de Texpérience dans laquelle M. Aug. Waller, après avoir coupé la racine postérieure d'un nerf rachidien, entre la moelle épinière et le ganglion, voit la partie de la racine qui tient à la moelle s'altérer, tandis que le segment qui demeure en rapport avec le ganglion, conserve sa structure intacte. (Vulpian, lac. cit., p. 33.)
Mais l'argument le plus décisifsera tiré de Tordre pathologique. Il existe aujourd'hui, dans la science, des faits assez nombreux qui démontrent que des éruptions cutanées, au moins fort analogues au zona, se développent quelquefois sur la peau des extrémités, consécutivement à des altérations de c^se mécanique ou traumatique, portant sur la partie périphérique des nerfs des membres^ loin du lieu d'origine de ces nerfs. Or, il est à peine admissible que les ganglions des racines postérieures soient affectes en pareil cas. Un des faits dont il s'agit a été publié par M. Charcot dans une Note *w quelques cas d affection de la peau dépendant dune influence du système nerveux {Journal de Brown-Séquard^ ^•11, p. lii, 1859]. (Cette note a été reproduite in extenso à la page 171 du présent volume.)
Des faits analogues au précédent ont été rapportés par MM. Ch. Rouget [Journal de Brown-Séquard, loc, cit. y p. 1 15); Henle [Handbuch der rationnelle Pathologie, t. I, 1846) ; Sa-
muel (Die tropischen Nerven, Leipzig, 1860, p. 148), et par M. Charcot lui-même dans le travail cité plus haut. Tout récemment, M. G. Gehrardt a signalé deux cas d'éruption vésiculeuse du menton survenue à la suite de l'application du courant constant sur le nerf mentonnier, au point oîi il sort da canal dentaire. [Centralblatt fur die Medic. Wissenschaften, 1866, 27 janvier, xV" 4, p. 61.)
On pourrait aisément multiplier ces exemples; c'en est assez, sans doute, pour établir que les éruptions vésiculaires consécutives aux affections de certains nerfs peuvent se développer par le seul fait de Taltération de ces nerfs et sansTmtervention obligée d'une affection des ganglions des radnes postérieures. Mais quelles sont les conditions particulières qui font que certaines affections des nerfs déterminent des éroptions de la peau, tandis que d'autres affections de ces mômes nerfs, semblables aux premiers, du moins en apparence, ne sont pas suivies du même résultat? L'ensemble des faits cliniques et nécroscopiques tend à faire admettre que le comt symptomatique se développe de préférence dans les cas oùrif" feclion des troncs nerveux consiste en une véritable névrite; mais il faut, par contre, reconnaître immédiatement que les cas où une névrite s*accompagne d'une affection de la peau sont relativement peu nombreux. La question, quant à présent, est donc encore enveloppée d'obscurité et appelle de nouvelles études.
CANITIE SURVBNUE TRÈS RAPIDEMENT 19i
i propos d'un cas de canitie survenue très rapidement.
Un correspondant du London Médical Times ayant annoncé [Q*il désirait réunir des faits bien constatés de décoloration ipide des cheveux, M. le docteur P. Parry, chirurgien-major i Aldershatty publia le cas suivant, dont il avait noté par écrit Bsprincipales circonstances peu de temps après en avoir été imoin : « Le vendredi i9 février 1859, la colonne du général ^anks, qui opérait dans la partie méridionale du royaume )ode, eut un engagement, près du village de Chamba, avec corps de rebelles ; plusieurs prisonniers furent faits aux émis: Fun d'eux, un cipaye de Tarmée du Bengale, âgé nquanle-quatre ans environ, fut conduit devant les au- ^s pour y subir un interrogatoire. J'eus alors occasion ?rver directement sur cet homme, au moment même où produisirent, les faits dont je vais donner la relation. Le nier parut avoir, pour la première fois, conscience du qu'il courait à l'instant où, dépouillé de son uniforme plètement nu, il se vit entouré de soldats ; il se mit à trembler violemment, la terreur et le désespoir se nt sur ses traits, et, bien qu'il répondit aux questions adressait, il paraissait véritablement stupéfié par la , sous nos yeux mômes, et dans l'espace d'une demipeine, ses cheveux, que nous avions vus d'un noir
brillant, grisonnëreDl uniformément sur toutes les parties de la tète. Un sergent qui avait fait le prisonnier s'écria tout à coup : « II tourne au gris » (he is ttirning gray\ et appela ainsi le premier noire attention sur ce singulier phénomène, dont nous pûmes ensuite, ainsi que plusieurs autres personnes, suivre Taccomplissement dans toutes ses phases. La décoloration des cheveux s'opéra d'une manière graduelle ; mais elle devint complète et générale dans le court espace de temps qui a été indiqué. »
La science possède, sans doute, un bon nombre de Dails qu'on pourrait mettre en parallèle avec celui que nous venons d'emprunter à un journal de médecine publié à Dublin {Dubhn Médical Press^ numéro du 8 mai 1861, p. 332). Quelques recherches faites à lah&le ont, en effet, bientôt mis sous nos yeux plusieurs de ces cas, dont l'authenticité nous semble dlflicilement contestable. Nous croyons utile de consigner id les principaux d'entre eux, non seulement parce qu'ils nous paraissent, en général, assez peu connus, mais encore et surtout parce que des observateurs distingués * ont cru, dans ces derniers temps, devoir envelopper d'une même proscription tous les exemples de canilie presque subite ou rapide, et les reléguer parmi les récils apocryphes et fabuleux.
Voici d'abord un intéressant passage que nous extrayons du Traité des maladies de la peau de Lorry [De morb. cuUin. Paris, n77, p. 602) : « Pleni sunL auctorum librî exemplo- « rum canitiei prœ timoré intra brève spatium accersitse. Face mosa est historia illa ab Iladriano Junio recensita nobilis <c Hispani Didaci, qui, cum ob furtivos amores illicilos, f^a^ (( taque claustri regii jura, capitali supplicioplectendus esset, « ita canitiem undequaque contraxil^ ut Fernandus rex, mise-
1. Voyez entre autres: Reissner, Beitrœge zur Kenntniss der Haare, etc.» Breslau, 1854, s. i.6; — et Baerensprung, Die Hautkranhheitcn, Erlangen. 1859, p. It4.
DE LA CANITIB 193
ricordia motus, ipsi capul remiseriL Simile habet exem-
plum Julius Scaliger ; et in nostra historia viro nobili de
Saint-Valiier cujus in graliam Diana Pictavis ejus filia regios
i concubitus passa est, eadem improvisa canities ad ven tasse
X legitur. At nil mémorandum magis quam quod aulicis
« narrabat œtemiœ mémorise rex noster Henricus I V, se scil-
« licet mœrore et me tu confecttim, in barbam simul atque
^ capillosmanuincubuisseper2i horas, lanienae illius Bar-
« tholomœanae tempore^ eoque exactOy hanc et barbœ et
« capiilorum partem fuisse in canitiem conversam^ quam
K ostentabat. » La circonstance si remarquable nolée dans le
récit précédent, d'une canitie partielle survenue rapidement,
elliroitée aux parties du système pileux soumises, pendant un
certain temps; à la pression de la main, reparaît dans le fait
qui suit : « Ilsignore cfAndelot», dit Guerrazî (Isabella Orsini,
S'ediz., Firenze, 1845, p. 128, i29), « tenendo la faccia ap-
« pogiata alla mano quando gli portaroîio la notizia del sup-
« plicio del suo fratello ordinato dal duca di Alva come
« complice dei conti di Egmont e di OrneSy tutta quelea parie
« iella barba e del sopraciglio compressa dalla mano muto
« tolorCj e parve vi fosse caduta sopra farina. »
Dans ce même ouvrage, Guerrazi signale encore deux personnages célèbres à divers titres : Guarini (de Vérone), Tun des restaurateurs des lettres classiques en Italie, et Ludovic Sforza, dit le More, comme ayant été presque subitement hppés de canitie : le premier, au moment oîi on lui annonça I* perte, en mer, de manuscrits grecs qu'il avait, à grand'peine, rassemblés à Constantinople; le second, dans la nuit ntime qui suivit le jour où il tomba au pouvoir de Louis XII, ^mortel ennemi *.
f* On a souvent dit et répété que Marie-Antoinette avait blanchi complètent dans la nuit qui suivit sa condamnation. Cette circonstance n'est *i|D«lée ni dans les Révolutions de Paris de Prudhomme, ni dans VHistoire ^ Marte-AntomeUe^ de Montjoye (Paris, 1814). Elle n'est pas mentionnée
Cbakcot. Œuvr. comp. t. viii, 2*' pi. Affeciions de la peau. 13
— Les faits qui précèdent peuvent avoir été primitivement recueillis par des écrivains étrangers à Tétude des sciences naturelles, et qui, dans leurs récits, ont peut-être cédé à l'attrait du merveilleux ; il y a là un motif plus ou moins légitime de suspicion qui toutefois ne saurait plus être invoqué à l'égard des exemples suivants : Schenk, llannemann et Pechlin, cités par Yoigtcl [Ilandbuch derpath. anai.j Halle, 4804. Bd. I, p. 90), ont rapporté chacun un cas de canitie rapide ou presque subile survenue à la suite d*une terreur profonde. On trouve encore dans le même ouvrage de Voigtel un fait emprunté aux Mémoires de la Société de médecine de Londres pour 1792 (t. III) : « Une jeune fille brune, &gée de treize ans, s'aperçut un malin, en se levant, qu'une mèche de ses cheveux avait totalement blanchi pendant la nuit. Au bout de quelques jours, d autres mèches blanchirent de même, puis d'autres encore. En même temps, la peau des diverses parties du corps, qui jusque-là avait été brune, se décolora peu i peu et prit une teinte rosée. » L'absence d'une émotion violenle parmi les circonstances étiologiques et la coïncideDce, évidemment fort remarquable, d'une décoloration notable du tégument externe avec la canitie, distinguent notablement ce dernier exemple à la fois de ceux qui précèdent et de ceux qui vont suivre. Bichat [Anafomie générale, t. IV, p. 815) dit avoir connu une personne qui, à la suite d'une nouvelle funeste, blanchit presque entièrement dans l'espace d'une nuit M. Rayer enfin, dans son Traité des maladies de la pettu (t. III, p. 733), rapporte un cas recueilli par M. Cassau, et relatif à une nommée Perat, femme Leclère, qui, citée devant la chambre des pairs pour déposer dans le procès de Louveli
non plus dans VHi'toirede la captivité de Louis XVI (Paris, !8i7). MM. M" mond et Jules de (loncourt {Histoire de Marie-Antoinette. Paris, 1858) diiOl^ bien que la reine avait les cheveux tout blancs le jour où elle monta ior réchafaud (p. 419); mais ils disent également (p. 345) qu'elle avait dfjà grisonné à l'épo<{ue de la mort du roi.
DE LA GANITIE i95
en éprouva une révolution si grande que, dans Tespace d une nuit, ses cheveux blanchirent complëlement. Les cas de canilie plus ou moins complële, développée dans Tespace de cinq ou six jours, sont vraisemblablement moins rares que les précédents; Bichat en a cité quatre ou cinq, et le docteur Richter, dans sa pratique, en a observé plusieurs qu'il a communiqués récemment à M. J. Moleschott. [Physiolog, Skiz* zenhtich. Giessen, 1861, p. 232)
Nous ne voyons guère sur quel principe on pourrait s'appuyer pour rejeter, ainsi qu'on Ta tenté, loin du domaine sdenlifique les faits que nous venons de rassembler. Plusieurs d'entre eux, en effet, ont été directement constatés par des observateurs dignes de foi ; les autres proviennent, à la vérité, de sources moins pures ; mais, en général, ils ont avec les premiers une conformité parfaite, et cette considéralion leur prèle incontestablement un caractère de véridicilé qu'ils n'offriraient sans doute point, du moins au même degré, présentés isolément*. Voudra-t-on, après cela, arguer contre
1- Les faits de c&nitie sont beaucoup plus communs qu'on ne le croirait âc prime abord par la lecture des journaux de médecine. On les trouve P^ut6ld«DS les liyres relatifs aux choses réputées extraordinaires ou dans l^joarnaux poliliMues. En voici quelques-uns, que nous avons notés au l«M^e:
^** Plusieurs emprisonnez pour forfaicts,elimaginans perte de leur vie, en ^iCDuict, de Doirs ou rousseaux et blonds qu'ils estoyent, comme en fleur ^'^, sont devenus tout blancs comme vieillards. » {Histoires admirables ^ ^arables de noire iempSy Arras, 1604, p. 361.)
^ Ud ieune gentil-homme en la court de l'Empereur Charles V, s'estant
•"•ffloaraché d'vnc Damoiselle, fit tant que partie par amour, partie par
^^> il cueillit la fleur de la virginité d'icelle : ce qu'estant descounert,
^ avoir surtout commis l'acte au logis de l'Empereur, ayant esté em-
2^oné, il fut condamné à perdre la teste : dont ayât eu auis le soir que
'^lendemain termineroit sa vie, celte nuict lu luy fut si espouuantable et
^ 1^ effecls, que le lendemain, venant & sortir de prison, pour comparoir
'^iMflt le siège de iustice, afin d'ouir la sentence de mort, tous le mesco-
Isoitsoient, et l'Empereur mesme. Car la peur l'auoit tellement changé,
4*'en lieu que le iour precedAt, il auoit vne couleur vermeille, le poil bl6d,
Jm jeoi aggreables, tout le traict du visage faict pour regarder : lors il
Citoit deuenu comme vn corps déterré, et auoit les cheucux et la barbe
MiDcbe, ainsi qu'vn septuagénaire, et semblait plustost à quelque pendu
fo'à VD home viuAt. L'Empereur estimant qu'on eust faict quelque fraude,
ces faits de leur singularité môme? Mais, suivant la juste remarque de M. Moleschott {loc. cii.^ p. 233), qu*ont-ils de plus étrange que ces exemples bien avérés de perturbalioas
et que ce fust vn antre criminel supposé en la place du ieune genlilhomme, lequel n auoit pas atteint Taage de vingt-huict ans, fit soodalD enquérir et rechercher d'où venoit ce merveilleux et subit changement et considérer de près la chose : puis regardant de fort près ce paurre eriminel eiïrayé, le désir de iusle végeance se conuertit en miséricorde : et comme reuenu d'un prorond eslonnement en sa pensée, luy dict : le te pardonne ton forfaict, il commanda qu'on le laissast aller, adioustant qu'il auoit esté assez ohastié des-ia de son forfaict : sans y laisser encores la teste. • {Ibid., p. ."iSS.)
:}o • Un autre ieune gentil-homme espagnol, nommé lacques OsoriOi né d'illustre famille, deuenu amoureux d'vne Damoiselle de la Cour, ayant faict quelque complot aucc elle, grimpe en vng arbre toufu du iardio da Roy, et s'y cache attendant sa commodité. La dessus vn petit chien suruicnt, lequel par ses abbois, descouure le personnage, que Ton faict descendre pour aller en prison, afin de respondre aux dcspens de sa teste, celte faute tenue capitale en ces lieux pour diuerses raisons. L*arrestde mort donné contre luy Tcspouvanta si fort que le lendemain matin estât deuenu tout hlAc comme vn vieillard de quatre-vingts ans, on ne le recognoissoit non plus (fue l'autre. Aussi obtint-il grAce du Roy d'Espagne, ayeui de Cha. les rinquiesme. • {Und.^ p. 539).
4<> • Vn chasseur cherchant au haut de certain rocher des petits d*espe^ uicr, sentant que la corde dont il s'aydoit pour descendre se rompolt, conccut telle peur, <iue soudain le potl luy devint tout blanc, • (/6i</i p. -40).
jo Les journaux politiques du 6 novembre 188."), ont raconté qu*an ouvrier mécanicien de M. KilTel, nommé Mamesch, ayant été tué, l'annonce de cette nouvelh*, à sa femme, Agée de 33 ans, détermina chez celle-ci une impression tellement vive qu'elle s'évanouit. Lorsqu'elle revint à elle, f^i chertnx Haient d'i'efiux tout llnnrs,
Co Au mois (h' mai 1SS8, les journaux ont donné de longs détails sur oa puisatier, Dulilleux, enfoui dans un puits, à Hlancheface. Quand, au bout de 13 jours, on a retrouvé le cadavre, on a constaté que les cheveux d« Dutilleux, qui étaient grisonnants, étaient devenus d'une blancheur à» nei^c.
70 L'arrière-prand'uïére de deux de nos malades de Bicétre, les cnlkotf Visco..., <|ui était une belle brune, est devenue toute blanche du soiri» lendemain matin, en apprenant que son mari lui était inOdèle et, sous pr^ ti'xie d'alTaircs, venait de Scnlis à Paris, pour faire la noce arec des femmes.
On sait aussi qu'il n'est pas rare d'observer des cas de canitie partieDSi non plus d'origine émotionnelle, mais de nature héréditaire. • Les Roha avaient pour signe une touife de cheveux d'albinos au milieu du frooL * (luternu^diaire dex chercheurs et des curieux , iH87, p. 428.)
A rapprocher de ces faits les cas de changements périodiques de la chevelure, relatés par ('. Heinard (Virchow's ArrhiVj 1884, et The Boston m'.i» \ at.d. Su» g. Journal, 1S84, vol. ex, p. 214), et un Cax evtraordinaire d'incû- •neiçeuce des cils, publié par F. l'onto {Union méd. de la Gironde, 1859, p. 4Tî).
DE LA CANITIB iOl
cérébrales plus ou moins profondes, passagères ou durables, développées tout à coup sous Tinilaence d*un saisissement, d'une émotion violente? Viendra-t-on enfin faire ressortir qu'il est difficile ou peut-être même impossible d'expliquer les cas de canitie rapide, au point de vue de la physiologie actuelle? Un tel argument serait de peu de poids, car la constatation empirique des faits biologiques, bien qu'elle ne soit qu'un premier pas dans la connaissance scientifique, n'en fournit pas moins, bien évidemment, des notions fondamentales et qui peuvent subsister par elles-mêmes. Où en serait-on, par exemple en pathologie, s'il fallait méconnaître les faits dont la raison physiologique nous échappe encore ! D'ailleurs, d'après les travaux les plus récents, les poils paraissent doués d'une vilaUlé bien plus grande qu'on ne Tavait dabord pensé, et il serait alors moins difficile de concevoir qu'ils puissent participer quelquefois aux brusques et violentes perturbations de l'organisme.
L'incrédulité qu'ont plusieurs fois rencontrée les exemples de canitie rapide nous suggère une remarque par laquelle BOUS terminerons : c'est que la véritable rigueur scientifique B*arien de commun avec ce penchant qui porte certains esprits à accueillir avec défaveur les observations qui se présentent avec un caractère insolite. En pareille matière, le scepticisme arbitraire n'est pas moins passible d'une critique sévère que ne l'est la crédulité naïve. Tous deux, en effet, sont également contraires au progrès ; car si l'une encombre la science de faits et d'opinions sans valeur, l'autre tend à l'ap- JMovrir en repoussant des matériaux qui, à un moment donné, peuvent trouver une application utile \