ULCÈRES SIMPLES
Les faits d'ulcères simples de Testomac sont déjà nomireux dans la science. Depuis que M. Cruveilhier a attiré Tatenlion des médecins sur celle maladie à peu près inconnue Yant lui, elle a donné lieu k d'importants travaux, surtout en Jlemagne, où elle a été étudiée par MM. Rokitansky, Jaksch, ppolzer et plusieurs autres.
Les recueils périodiques, les Bulletins de la Société anatO' ïiçue de Paris, en particulier, en contiennent des exemples a assez grand nombre ; aussi a-t-on déjà cherché plusieurs Û8 à tracer, k Taide de ces matériaux, une histoire dogmaque de cette maladie. Mais les ulcères simples de Testomac B présentent avec tant de variétés, soit sous le rapport anaomique, soit sous le rapport symptomatique, que chaque fait ^rticulier offre presque toujours des circonstances plus ou moins saillantes qui le distinguent des faits précédents et lui donnent un certain intérêt. C'est \k ce qui nous a engagé k publier cette observation, dont nous allons faire ressortir quelques détails.
Le sujet de cette observation était un jeune homme qui a ressenti, kYkge de 23 ans, les premières atteintes de sa maladie, à la suite d'excès alcooliques répétés chaque jour pendant une année. Plusieurs faits déjà publiés montrent que Tinfluence des excès alcooliques sur le développement des ulcères simples de l'estomac n'est pas douteux. Tous les auteurs qui ont écrit sur l'ulcère simple de l'estomac ont aussi Qoté la coïncidence fréquente des tubercules pulmonaires que l'on rencontre à peu près dans le tiers des cas ; le malade dont nous avons donné l'histoire était tuberculeux ; mais il n'a commencé à tousser que quatre ans après le début de son Klfeclion stomacale.
n est admis généralement que chez les malades atteints ^'ulcères simples de l'estomac, la nutrition demeure presque intacte ; notre malade, qui avait été fortement constitué, s'était
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beaucoup amaigri ; mais il faut remarquer qu*il vomissait tous les jours après chaque repas, et qu'une très petite partie des aliments ingérés devait franchir le pylore.
Le siège de l'ulcère principal, qui se trouvait au pylore, et qui avait produit un rétrécissement très marqué de cet orifice, explique la distension considérable de Testomac après TiDgeslion des aliments et des boissons. Ces matières s'accumulaioit dans Testomac ; une quantité considérable de gaz s*était produite, et alors l'estomac se gonflait de telle sorte que Ton reconnaissait sa forme en examinant la paroi abdominale. C'est alors aussi qu'on percevait surtout la fluctuation stomacale par la succussion abdominale. Au bout de deux ou trois heures» l'orifice pylorique commençait à ôtre franchi avec peine par quelques matières déjà chymifiées ; mais l'ulcère situé près de cet orifice se trouvait soumis à des frottements et des Uraillements douloureux ; de là augmentation de la gastralgie ; de là peut-ôtre aussi phénomènes réflexes dont le résultat était le vomissement. Après ce vomissement qui suivit régulièrement chaque repas pendant plusieurs mois, l'estomac s'affisissait aussitôt et il devenait impossible de sentir de nouveau la fluctuation stomacale. Plus tard, lorsqu'il entra à l'hôpital, le malade ne vomissait plus après chaque repas. Un mois avant sa mort, il cessa de vomir complètement ; il est vrai qu'affaibli par la marche rapide de ses tubercules, par la fièvre, par une diarrhée incessante, il ne mangeait presque plus. Depuis le moment où il a cessé de vomir, on n'a plus senti la fluctuation stomacale, et l'estomac ne s'est plus gonflé conmie auparavant.
* A l'autopsie, ce qui nous a frappés d'abord, c'est de toir
Testomac à peine dilaté, tandis que pendant la vie, il nons avait été facile de constater qu'il avait de grandes dimensions- Mais après l'avoir fendu sur la grande courbure de l'orifice caf'
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iqne k Torifice pylorique, nous avons reconnu, par l'épaîsur de ses parois, par l'exagération des plis de sa muqueuse, e Testomac était revenu sur lui-môme. Ce retrait de Testoic s'était assurément fait pendant le dernier mois, lorsque le dade ne mangeait plus et lorsque son estomac avait été isi soustrait aux aliments qui l'avaient précédemment disidu. Le môme fait a été déjà remarqué par l'un de nous dans cas de dilatation de l'estomac, suite d'un rétrécissement lorique. (Voy. Société de biologie^ 1851, p. 289.) La muqueuse de l'estomac était boursouflée et congestion- B. L'ulcère le plus rapproché du pylore, et qui était concen- {ue au pourtour de cet orifice, était accompagné d'un décollent très prononcé de la muqueuse. C'est là un point qui as semble digne de remarque, parce qu'il pourrait faire ipçonner que l'altération spéciale qui produit les ulcères iples du tube digestif ne siège pas de prime-abord dans le m môme de la membrane muqueuse, mais qu'elle serait it-6tre dans le réseau vasculaire sous-muqueux. Les ulcérations des intestins étaient de date bien plus relie que celles de l'estomac. C'est seulement dans les derirs temps de sa vie que la diarrhée est venue accuser les ions intestinales. Un intervalle de quatre années entre les ïoiiers phénomènes gastriques et la diarrhée produite par les érations de l'intestin, nous permet de nier que les altéraos de l'estomac et celles des intestins soient nées sous la \me influence, la diathèse tuberculeuse ; d'ailleurs, nous ons aussi fait déjà remarquer que les premiers signes des bereules pulmonaires ne se sont manifestés que trois mois ant la mort.
Plusieurs des symptômes ordinaires des ulcères simples de estomac ne se sont point montrés chez ce malade; c'est ainsi d'il n*a jamais vomi de sang pur ou altéré et que ses maires fécales n'ont jamais eu les caractères des selles san-
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glantes. La douleur de la région racbidienne, douleur que M* le professeur Cruveilhier regarde comme presque constante, n'a pas été non plus observée.
Malgré Tabsence de ces symptômes, nous avions été amenés k poser, avec réserve toutefois, le diagnostic : Ulcères simples de r estomac siégeant près du pylore. Tous les symptômes indiquaient un obstacle au pylore ; nous n'avions pu trouver aucune trace de tumeur dans Tabdomen ; bien que la palpation fût facile à pratiquer; le foie et les reins ne semblaient pas malades ; Testomac paraissait le siège d'une douleur fixe et continue qu'exaspérait Tingestion des aliments; les vomissements se répétaient après le repas; le malade avaitfait longtemps des excès alcooliques; il n'y avait pas dans sa famille d'antécédents qui pussent appuyer l'idée d*un cancer pylorique; enfin la langue était naturelle et le pouls, avant que ses tubercules eussent pris une marche rapide, était normal : ce sont là les principales circonstances qui nous avaient dirigés dans notre diagnostic que l'autopsie est venue confirmer.
TOMissEMBirrs : cristaux de taurine 283
Tomissements d'une matière présentant une coloration vert-pomme, et contenant de nombreux cristaux de Taurine'.
Observation. — Cancer de Vutérus. — Vomissementt abondants ^e mucosités de couleur vert-pomme. — Diarrhée abondante, — Cachexie. — Mort. — Autopsie : ukération cancéreuse du col et du as^fond de la vessie. — Examen microscopique de la matière verte ontenue dans l* estomac. — Algues du froment. — Cristaux de ^narine.
La nommée Cochot (Reine), &gée de 36 ans, entre le 10 juillet 854, salle Saint- Vincent, n^" 25, hôpital de la Charité. Elle préente un teint cachectique extrêmement marqué et une maigreur •xtrême. Depuis un an environ, elle éprouve de vives douleurs BLDcinantes ou gravatives dans le bas-ventre ; elle a eu plusieurs hémorragies utérines, des pertes blanches, fétides, souvent saniQinolentes. Le toucher permet de constater Texistence d'une tut^éfaction évidemment de nature cancéreuse, et ayant déformé le oldeTutérus et envahi le corps de cet organe, qui est lui-même l'es dur. On soumet la malade à Tusage de Topium, à la dose de ^05 centigrammes par jour.
Le 18 juillet, la malade est prise, sans cause appréciable, de
1« Extrût des comptes rendus de la Soeiéié de biotogie, 1854^ p. 89. En '^^UaborAtion avec M. Gh. Robin.
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vomissements abondants et répétés, formés de mucosités presque transparentes. Pour les combattre, on met en osage Topiam (0,10 centigrammes d'extrait thébaïque), puis Tipécacuanha à la dose d*un gramme. Mais ces médicaments restent sans succès, les vomissements persistent, mais ils changent de nature, ils devieDnent moins abondants et prennent en même temps une couleur vert-pomme ou vert-de-gris très prononcée et très singulière. Bientôt une diarrhée aqueuse extrêmement abondante se manifeste, la malade va continuellement sous elle, 8*affaibUt graduellement et meurt le 22 juillet 1854.
A Tautopsie, on ne trouve pas, dans le tube gastro-intestind^\^ lésions caractéristiques du choléra. La membrane muqueuse de Testomac ne présente ni injection, ni ramollissement. On tronye dans sa cavité, ainsi que dans le duodénum, une grande quantité de matière verte entièrement semblable à celle que la malade avait rejetée par le vomissement la veille de sa mort.
Le /oie parait sain, d*un volume normal ; il est remarquablement p&le.
La rate a un volume normal. Malheureusement, les voies biliaires n'ont pas été examinées.
A Vutéf'us, on trouve une vaste ulcération cancéreuse qui a détruit le col et gagné le bas-fond de la vessie. — Les autres viscères n'ont rien présenté de remarquable.
Examen microscopique de la matière verte contenue dans r estomac. — La matière contenue dans Testomac est d'un vert de bile très tranché ; elle est demi-liquide ou p&teuse, 1^ gèrement grenue sous les doigts. Elle se compose : l^'de matière amorphe granuleuse ; 2' de granulations et gouttes dliuile jaunfttre, sans cristaux de corps gras ; 4"* il existe en outre dans cette matière une grande quantité à'altfue du /roment (crypotococcus cerevisiœ, Kiitzinc). Elle forme à elle seule environ la moitié de la masse des matières stomacales ; chaque cellule est teinte en vert p&le, jaun&tre, par la matière colo-
TOrnSSEMBHTS : CRISTAUX DE TAURINB 285
raDte de la bile, fait qui s'observe très souvent dans le cas où ce parasite 8*est développé dans la cavité stomacale (Y. Ch. Ko-lin y Histoire fuUurelie des végétaux parasites. Paris, 1853, iQ-8'', pi. 13) ; 5"* le reste de la masse est composé entièrement de cristaux, tous à surface un peu rugueuse, bien qu'à arêtes nettement déterminées. Ils sont lous également teintés <n brun verd&lre ou jaune sale. La plupart de ces cristaux sont des prismes rectangulaires, en aiguilles ou en lamelles. Xes prismes sont terminés par des sommets à quatre ou k six pans ; eux-mômes sont k quatre ou à six faces. Leurs décroissements montrent qu'ils dérivent du prisme rhomboldal ou rectangulaire droit. Quelques lamelles rectangulaires ou hexagonales, avec deux grandes arêtes prédominantes, ont près <3'un dixième de millimètre de long. Un certain nombre également sont remarquables par leur forme régulièrement ou presque régulièrement hexagonale, mais elles sont plus petites que les précédentes. Elles sont moins épaisses et moins régulières que celles de la cystine ; elles ont en effet assez souvent deux côtés plus grands que les quatre autres. Elles réfractent moins fortement la lumière que la cystine. Ces cristaux ne se dissolvaient pas dans l'alcool anhydre. Us se dissolvaient, mais lentement, dans l'eau bouillante. L'acide sulfurique les dissout en se teintant légèrement de brun ; il les laissait déposer à mesure qu'il absorbait Tbumidité de l'air, et alors tous prenaient la forme hexagonale, avec des stries parallèles aux arêtes et concentriques autour d*une dépression Centrale de la lamelle hexagonale. L'acide nitrique est, de tous les réactifs, celui qui dissolvait le plus facilement ces cristaux, même lorsqu'il était étendu. La forme de ces cristaux et leurs réactions rapprochent ce principe de la taurine, et nul autre corps connu ne représente le même ensemble de caractères. Or, comme il existait des matières biliaires dans l'estomac en grande quantité, et comme le choléate de soude, au contact
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de la potasse oa de Tacide chlorydrique, se dédouble en U rine qui en retient tout le soufre, et en acides choloidique cholalique^ il ne serait pas impossible que ces principes, i n^existent pas normalement dans l'économie, se formas» dans quelques conditions accidentelles au contact du suc g trique, entratnant, comme les réactifs précédents, un.déd blement de choléate de soude ou taurocholate de soude.
RftTRBCiSSEMBNT OR6ANI0UB DG PYLORE 287
Sur un cas de rétrécissement organique de l'anneau py
lorique. -— Atrophie du foie '.
Observation. — Vomissements alimentaires^ puis vomissements fune matière noirâtre. — Contispation. — Amaigrissement. — ^pigastralyie. — Gargouillement stomacal. — Œdème des membres ^férieurs. — Ascile. — Diarrhée. — Muguet. — Marasme. Mort, autopsie. — Sérosité abondante dans la cavité abdominale. — adhérences de la région pylorique de la face inférieure du foie. — ^élrécissemetU organique du pylore. — Rétrécissements non-orga^ ^ue$ du côlon transverse^ du côlon descendant et de tS iliaque.
Un homme âgé de 54 ans (salle Saint-Michel, n* 1, service de I. Rayer, hôpital de la Charité), s'était toujours bien porté et 'avait jamais fait d*excès alcooliques, lorsque, il y a dix-huit ^ois environ, il commença à éprouver habituellement des vomissements qui survenaient environ deux heures après le repas u soir. Ces vomissements ne furent d*abord composés que de Matières alimentaires nageant dans une quantité variable de mui^visqueax; mais il y a un an, se manifestèrent pour la pre- Uère fois des vomissements d'une matière noirâtre ^ analogues à e la suie, qui se reproduisirent par la suite deux ou trois fois encore avec le même caractère.
Depuis ce temps, les matières rejetées sont toutes composées
i. Extrait des Comptes rendus de la Société de biologie, 1851 > p. 103.
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d*an mucus visqueux incolore contenant les aliments, tant6t d'une substance ayant une coloration café au lait ou même chocolat.
Dès le début de la maladie, la constipation est opiniâtre, et le malade ne peut aller à la selle qu'à l'aide de lavements. L'amaigrissement et la perte des forces ne tardent pas à se montrer à ei haut degré. De vives douleurs, dont le siège principal est la légion de l'estomac, mais qui s'irradient dans tout l'abdomen, m montrent principalement avant et pendant les vomissemenU; mais elles ne cessent jamais complètement d*exister et sont exaapérées par la pression.
L'abdomen est habituellement volumineux ; tantôt il est mati la percussion dans la plus grande partie de son étendue, et, dam ce cas, la palpalion fait reconnaître au niveau de la région de l'estomac un gargouillement stomacal très prononcé, que le mi^ lade perçoit d'ailleurs parfaitement quand il s'agite, et qu'on peat alors entendre à distance ; d'autres fois, au contraire, la plm grande partie de Tabdomen est sonore, et alors, le gargoaill^ ment n'est plus perçu. Le premier phénomène est surtout évideot quand les vomissements ne se sont pas montrés depuis deux ou trois jours, et le malade prévoit alors qu'ils vont bientôt se diclarer ; le deuxième se montre, au contraire, quand ils viennent d'être abondants. Il existe enfin quelquefois un état de rabdotneo intermédiaire aux précédents; dans ce dernier cas, rhypochondre gauche est très sonore, ainsi que la partie supérieure delà régioe épigastriquc. La région ombilicale au contraire, ainsi que le flanc gauche, sont mats et résistent au doigt qui percute. Cette matité se limite en bas par une ligne courbe à grand rayon, dontlacon* cavité regarde en haut. Supérieurement, la limite de la matité se fait par une ligne horizontale, quand le malade est assis ; pliisoo moins oblique, quanrl il cî^I couché sur un des côtés du corps- Cette zone mate permet de déterminer d'autant mieux la liffli^* inférieure de l'estomac que les intestins sont plus sonores ; quand ils sont, au contraire, remplis de matières et mats eux-mêmes,** palpation fait encore souvent reconnaître à la partie moyenne de Tabdomen une tumeur molle et fluctuante, terminée du côté de