FIÈVRE TYPHOÏDE AFFECTIONS: LARYNGÉES
Des affections larjrngées dans la fièvre typhoïde *
Une observalion recueillie tout récemment par M. le docteur E. Baudot, à Thôpital de Lariboisiëre^ dans le service de M. Hérard, appelle Tatlention sur un sujet peu connu en France et pourtant très digne d'intérêt : nous voulons parler des affections laryngées qui accompagnent ou suivent les fièvres typhiques. Dans cette observation {Union médicale ^ Il juillet 1859), il s'agit d'une jeune fille qui, se trouvant en pleine convalescence d'une fièvre typhoïde, dont le début remontait à trois mois, fut prise tout à coup de dyspnée.
On remarqua alors une aphonie qui s'était déclarée antérieurement, à une époque mal déterminée. Les accès de dyspnée se renouvelèrent; le larynx devint le siège d'une très gènepénible, et un jour la malade rejeta par la bouche, dans un accès de toux, deux petits séquestres osseux, ayant, dit H. Baudot, quelque analogie avec des portions d'arythé- Qoldes ossifiés. La phonation se rétablit à peu près complètenaenl.
Ce fait est des plus intéressants, mais la nécrose n'est pas la ^^ule forme sous laquelle se manifestent les maladies laryn» 9^e$ typhiques, et les accidents qu'elles ont déterminés dans
*• En collaboration arec M. A. Decbasibre, extrait de la Gazette hebdo- •^/fliVv, 1859, p. 465.
Ai XALADU^ I.\F£CTIEI>ES
beaucoup de cas ont appelé — trop souvent sans succès — les ressources extrêmes de la thérapeutique, y compris la trachéotomie.
Nous venons de dire que cette catégorie d'affections est peu connue en France, et c'est pourtant à un médecin français, à M. Louis, qu*on en doit la première mention.
Dans son traité de la Gastro-entérite (t. I, p. 411), le célèbre observateur avait fait remarquer que la fièvre typhoïde se distingue des autres maladies par une « modification profonde imprimée aux tissus membraneux, qui les dispose à Tulcéralion ; en sorte que, sous ce rapport, l'affection typhoïde est aux autres maladies aiguès ce qu'est la phthisie aux maladies chroniques. » Dans le domaine de sa propre pratique, M*. Louis avait noté surtout les ulcérations pharyngées, trachéales, stomacales, intestinales (celles-ci occasionnant les coliques secondaires) ; quant aux ulcérations laryngées^ il ne les avait rencontré que deux fois sur cinquante sujets *. Ces observations, bien qu'elles aient été confirmées de tout point dans leur sens général, c'est-à-dire en tant qu'établissant l'existence d'une diathèse ulcéreuse dans la phase ultime de la fièvre typhoïde, n'avaient guère rencontré, en France, que de l'indifférence ou de Topposilion, en ce qui concerne spécialement les ulcérations du larynx; surtout on s'était peu préoccupé des formes pathologiques autres que l'ulcération. Ainsi, quelques auteurs, comme Valleix,ne signalentmème pas celte dernière lésion au chapitre de la fièvre typhoïde ; d'autres comme Grisolle, se bornent à la mentionner, d'après l'aulorilé de M. Louis. Les auteurs du Compendhnn (t. VIII, p. 483) écrivent : « Les ulcérations du larynx sont excessivement rares ; nous ne sommes pas bien convaincus qu'il existe quel-
1. A ces diverses ulcéralions des membranes muqueuses, il faut joindre celle de la surface interne de la vésicule biliaire ; l'un de nous.Pa rencontrée plusieurs fois chez des sujet qui avaient succombé à uDe période avancée de la fièvre typhoïde.
FIÈVRE TYPHOÏDE I ACCIDENTS LARYNGÉS tô
îlatioQ de cause à eiTet entre la fièvre typhoïde et les ; du larynx. » Et plus loin : « Les ulcéralions de Tépiet du larynx qui ont élé trouvées par M. Louis nous lent être des complicalions purement accidentelles. » larthez et Rilliet, dans leur Traité des maladies des s (t. II, p. 706), rangent aussi Tangine et la laryngite les complications accidentelles de la fièvre typhoïde ; il i de dire que leur assertion s'applique aux pharyngites et îles pseudo-membraneuses, qui se présentent, en effet, rement dans cette circonstance.
seul auteur français paraît avoir accordé une imporréeile à la laryngite typhique ; c'est le regrettable Sesconsacre un long paragraphe de son beau Traité de le laryngée œdémateuse (1852) et étudie précisément, et m soin particulier, la forme morbide observée par idot, et qu'il désigne sous le nom de laryngite fiécroligne. « La fièvre typhoïde, dit-il, est, en particulier, l'une jses prédisposantes les plus remarquables de Tangine ^'laryngée. En effet, cette angine est survenue vingt- )is dans le cours ou pendant la convalescence de la lont nous parlons (p. 116). » Puis il spécifie les diverses ; observées et leurs proportions respectives. Dans les is survenus en cours de fièvre typhoïde, le point de de l'œdème laryngé a été trois fois une inflammation ^-membraneuse de Tarrière-bonche et du larynx, et, îs deux autres cas, une inflammation gangreneuse du et une tumeur purulente de la gorge. Dans les dixas survenus pendant la convalescence de la fièvre Je, l'œdème a été occasionné trois fois par une larynécrosique. Chez les deux derniers sujets, le point de de l'infiltration est resté douteux, ier insiste sur cette « nécrose aiguë et partielle des cardu larynx, du cricoïde surtout; nécrose accompagnée
le plus ordinairement d*abcës et parfois d'ulcérations ayant été la conséquence du travail nécrosique et suppurant des tissus placés au-dessous de la membrane muqueuse ». La nécrose s'est montrée tantôt au commencement, tantôt à une époque avancée de la convalescence. « Il est donc imposable, dit Tauteur en terminant, de méconnaître l'influence toute spéciale de cette fièvre {typhoïde) sur le développement de Tangine laryngée œdémateuse... Les abcès et la nécrose du larynx ne sont... que des expressions locales de la diathèse purulente, gangreneuse et nécrosique, qui caractérise la fièvre typhoïde... Le larynx, une fois atteint de nécrose, d'abcès, d^ulcéralion, la débililation profonde des convalescents, l'état suLfibrineux de leur sang, sont autant de circonstances qui favorisent l'apparition de l'œdème laryngé. »
Beaucoup de médecins étrangers accordent aujourd'hui une très sérieuse attention au sujet qui nous occupe ; et quelques-uns ont constaté si souvent la laryngite typhique, qu'on est forcé de se demander si cette affection est plus commune en Allemagne qu'en France^ ou si, — ce qui est plus vraisemblable, — elle n'acquiert pas, dans des circonstances pa^ liculières, une fréquence insolite. A ce dernier point de vue, on peut citer surtout une relation de M. Ileschl, de laquelle il résulte que, pendant une épidémie de typhus dont Vienne a été le théâtre en 1853, les affections laryngées concomitantes étaient extrêmement rares en ville, tandis que, suivant le rapport du docteur Hassinger, elles étaient, au contraire, très fréquente?, presque constantes parmi les militaires casernes au voisinage de Vienne {Ztsch der K. K. Gessellschy der Aerzte zu Wien, 1853, n*5). Suivant M. Griesinger, la seule ulcération laryngée existe sur un cinquième environ des cadavres d'individus emportés par la fièvre typhoïde [Wifchow's Handb, t. II, p. 160). M. Emmet a rencontré 30 fois V œdème de la glotte sur 1.931 cas de typhus; 23 fois il a été
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.6 que cet œdème était lié à des ulcérations du larynx.
ireusement Fauteur englobe dans son calcul les cas de
fever et ceux de fièvre typhoïde. {On œdema gloUidis
%g from typhus fever in the American Journal of the
Sciences^ yaiWti 1856). Bornons-nous à ajouter, pour
trop multiplier les citations, que les classiques allemands
msky, Canstatt, etc.) ne manquent jamais dans This-
e la fièvre typhoïde, de consacrer un chapitre spécial à
ils nomment le laryngo-typhus secondaire. M. Roki-
a d'ailleurs décrit spécialement [Pathol. Anat., 3" Bd.
, p. 19) une des formes de celte affection, Vulcère
é étyphique[typhose larynxgeschwûr).
e description figure au chapitre des inflammations
fées diphtéritiques ; iXïais il importe de bien remarquer
mot diphthérite n'a pas pour les pathologisles alle-
le même sens que pour nous. Ils désignent, en effet,
e nom une sorte d'infiltration des couches superficielles
mftmbrane muqueuse par une substance cTun gris jau-
fut se substitue au tissu normal, et le change bientôt en
yitus amorphe^ de texture grenue et d aspect pseudo-
f'oneux.'
plaques qui en résultent ne peuvent se détacher sans ler dans la membrane une perte de substance, une Lion, d'où il semble résulter que la diphthérite des Aileest notre fausse diphthérite. Peut-être répond-elle à 'inflammation ulcéro-membraneuse.
i qu'il en soit, en réunissant les travaux déjà publiés matière, tant en France, qu'à l'étranger, et en prenant t pour guides SeslieretMM. Griesinger, Rokitansky et h, on est aujourd'hui en mesure de donner une nosoe assez complète du laryngo-typhus. 11 faut d'abord y ^er deux formes principales : la formt ulcéreuse et la nécrosique.
1 ' L"cil«:ère Iiryn s4 typhique sîeçe snr la paroi postérieure du larynx. Il intéresse pnoiîtifement cette partie de la membrane miiq'j^a^e cnî rect?aTre les muscles arythénoïdiens. On obsene d'ab-^rd ace eu plusiecrs plaques diphthériiiqxtes fausse dîphthênte . aai»^el*.^s succèdent une ou plusieurs ulrérations plus ou moins profondes. Les ulcérations gagnent peu à peu en êlendae et en pn:- fondeur: les cartilages arythénoîles. ou même le carlî:?.ee cricoïle, peuTent êlre ainsi mis à nu, se nécroser et se détacher complètement. Il n'est pas rare non plus de Toir des abcès se former sous la membrane muqueuse, à la partie postérieure du larynx. Cette aSection peut se montrer pendant le cours du deuxième ou du troisième se; ténaire de hCèvre typhoïde ; mais elle appartienne plus communément aux phases ultimes de la maladie, ou même à la convalescence. Elle ne s'annonce souvent par aucun symptôme : on observe seulement un peu de raucité de la voix, un peu de toux : le larynx est quelquefois douloureux à la pression. Mais à côté de ces cas où Taffection peut rester et reste en effet souvent latente, il en est d autres où elle s*accompagne de symptômes graves : c'est quand le larynx est rétréci par suite de la présence d'un abcès sous-muqueux, d'un fragment de cartilage prêt à se détacher, etc. D'autres fois, un œdème des replis arythéno-épiglottiques se développe. Enfin, il n*est point rare devoir celte affection secondaire revêtir les allures d'une maladie chronique et dégénérer en phlhisie larjngée.
2* La laryngite nécrosique, qu'on pourrait appeler (f^wA/^S a son point de départ dans l'enveloppe des cartilages du larynx, du cricoïde ^\XTio\ii{per%chondritis cricoïdea — Ditlrich, Seslier). La membrane muqueuse n'est pas primitivement
1. Voir, avec Sesticr, Ditlrich {derichondrilis Sat^/ngea vnd ihr Verhali" nhs zu anderen KrankhelUpronessen^ Prager Vierleljahr., 1850, 3 bd.).