‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 70 sur 94 · ANAPHRODISIE DUE AUX PRÉPARATIONS ARSENICALES · texte numérisé non relu

ANAPHRODISIE DUE AUX PRÉPARATIONS ARSENICALES

yoici dans quels termes il s'exprime à ce sujet, dans Tarlicle arsenic du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques <L m, p. 373, § XIV, 1829).

« Indépendamment, dit-il, des altérations que les préparations arsenicales peuvent déterminer dans les organes digestifs, et que peuvent faire prévoir la connaissance de leurs operative effects, indépendamment des tremblements et des paralysies des membres, observés par plusieurs auteurs, le fait suivant et deux faits analogues dont j*ai eu connaissance, tendent à établir qu*elles peuvent déterminer quelquefois une véritable paralysie des parties génitales. J*ai soigné, à Thôpital de la Charité^ de la lèpre et d'une entérite chronique, un compositeur en imprimerie, &gé de vingt-trois ans, jouissant habituellement d'une bonne santé, quoique d'une constitution assez faible, atteint depuis cinq ans d'une lèpre vulgaire, qui, d'abord bornée aux coudes et aux genoux, s'étendit ensuite, les années suivantes, à toutes les autres parties du corps. Les deux premières années, elle fut combattue par les bains simples, les bains sulfureux et d'autres préparations de soufre. La troisième année, il ât divers remèdes, et fut enfin soumis à l'action de la solutioti de Fowler, qu'il prit progressivement depuis 5 jusqu'à 20 gouttes, pendant trois mois. Peu de temps après avoir fait usage de ce remède, il éprouva des douleurs à l'estomac, les digestions devinrent pénibles, il perdit ses forces, fut pris d'une diarrhée assez abondante, et les organes de la génération furent frappés d'une véritable paralysie. Elle a persisté depuis dix-huit mois, et il m'assure aujourd'hui que la diarrhée est r ppelée par le plus léger écart de régime. »

Il m'a été donné de recueillir deux faits qui viennent à l'appui des observations de mon savant maître ; je crois devoir en reproduire les principaux détails :

Obs. I. — M. X..., un de mes anciens condisciples, atteint de-

puis l*âge de quinze ans d*un psoriasis à plaques conQuentes et étendu à presque toute la surface du corps, commença, vers le milieu de Tannée 1849, étant alors âgé de vingt-sept ans» à faire un usage habituel des préparations arsenicales. A partir de cette époque jusqu'au commencement de 1852, il ne négligea jamais de se soumettre, chaque année, à cette médication pendant deux ou trois moi& à peu près sans interruption, en élevant progressivement les doses. A plusieurs reprises même, la cure arsenicale fut répétée deux fois et plus dans le courant d'une même année. Toujours à la suite de ces cures, l'afiTection cutanée s'amendait ; les plaques pâlissaient ou même disparaissaient en partie, mais, constamment aussi, au bout de quelques semaines ou au plus de quelques mois, elles se reproduisaient et reprenaient bientôt leur ancien caractère. L'accoutumance, à la longue, était devenue telle chez M. X..., qu'il avait pu maintes fois, assurait-il, élever les doses jusqu'à prendre 5 centigrammes d'acide arsénieux dans les vingt-quatre heures, sans interruption pendant plusieurs semaines. Les seub accidents un peu intenses qu'il éprouvait eo pareil cas, consistaient en un ptyalisme abondant et en troubles gastro-intestinaux, bientôt conjurés d'ailleurs par la suspension momentanée de la médication. L'usage aussi prolongé des préparations arsenicales n'avait pas encore ébranlé sensiblement la constitution originairement vigoureuse de M. X..., lorsqu*il vint me consulter pour la première fois vers la fin de Tannée 1851. Toutes les fonctions s^exécutaient alors régulièrement ; seulement, le tégument externe avait pris chez lui, depuis plus d'un an, une teinte indélébile d*un brun sale, principalement marquée sur les points qui restent habituellement à Tabri du contact de la lumière. En avril 1852, M. X... vint me trouver de nouveau pour m'entretenir d'un symptôme qu'il éprouvait depuis trois mois environ, qui TafOigeait beaucoup et qui môme avait fait naître chez lui un état de profonde mélancolie. Les fonctions génésiques, qui autrefois s'exerçaient très énergiquement, avaient subi une atteinte sérieuse; les érections étaient devenues rares, imparfaites, de manière à rendre le coït à peu près impossible, ou tout au moins presque toiiyours incomplet. Les organes génitaux externes

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