ANAPHRODISIE DUE AUX PRÉPARATIONS ARSENICALES
Avaient conservé, cependant, toutes les apparences de l'état normal. J*avais alors connaissance des observations de M. Rayer que j*ai relatées plus haut, et je crus devoir attribuer Tétat d'anaphrodisie où se trouvait mon collègue à l'abus qu'il avait fait de Tar- Moic. Je lui donnai le conseil de s'abstenir complètement, au moins pendant un espace de temps assez long, de Tusage de ce médicament. Il se conforma à ma prescription et recouvra progressivement <» mais seulement après quatre ou cinq mois d'observance, — l'énergie première de ses fonctions sexuelles.
Obs. n. •— M.-J. N..., employé, &gé de trente-cinq ans, avait été admis, le 24 mars 1860, à l'hôpital Saint-Louis, pavillon Gabrielle, lit n®i7, dans le service de mon excellent collègue H. le docteur Hillairet, que je remplaçais alors par intérim. H. N... avait été atteint une première fois de psoriasis vers l'âge de seize ans; mais à cette époque les plaques, bien qu'elles fussent assez larges et répandues à peu près sur toute la surface du corps, avaient disparu complètement à la suite d'un traitement qui n'avait pas duré plus de trois mois et qui avait consisté, au dire du malade, en onctions faites sur les plaques à l'aide d'une pommade mercurielle. L'affection cutanée se reproduisit cinq ou six ans après dans toute son intensité première. Ce fut alors que H. N... eut, pour la première fois, recours à l'arsenic. A partir de cette époque et pendant une période de près de dix années, il se soumit ainsi qu'il suit à la médication arsenicale : il prenait pendant trois on quatre mois, sans interruption, des pilules d'arséniate dépotasse (?) dont il portait progressivement le nombre jusqu'à douze ou quinze par jour ; après quoi, il suspendait la médication pendant quatre ou cinq mois, pour la reprendre ensuite de nouveau suivant le même mode. Sous l'influence du médicament, les plaques de psoriasis s'effaçaient et disparaissaient même parfois pour un temps. Hais la plupart d'entre elles se reproduisaient par la suite, peu à peu, avec les mêmes caractères qu'auparavant.
Vers la fin de cette période de dix années, Jean avait acquis, principalement au voisinage des plaques persistantes ou en la
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place même de celles qui avaient disparu, une coloration noirâtre, analogue à celle dont il a été question dans l'observation précédente. En 1855, les pilules d'arséniate de potasse furent échangées contre la solution de Fowler : M. N... fit pendant plus de deux ans un usage presque incessant de cette solution, qu'il portait fréquemment à des doses fort élevées, et qu'il supportait cependant, paratt-il, sans en éprouver d'inconvénients notables.
Vers le milieu de 1858, toutefois, il remarqua que depuis quelque temps l'énergie des fonctions sexuelles s'était chez lui considérablement amoindrie ; fortuitement, il arriva qu'il suspendit définitivement vers la même époque, pendant une année, l'emploi de la solution de Fowler ; néanmoins, les organes génitaux tombèrent dans un état d'inertie complète ; c'est au point que M. N..., qui auparavant recherchait le coït deux ou trois fois par semaine resta, assure-t-il, pendant près d'un an, sans éprouver la moindre érection. Par suite, vraisemblablement, de la suspension prolongée de la médication arsenicale, Tanaphrodisie disparut peu à peu; mais en même temps l'afi'eclion cutanée reprit une grande intensité. En mai 1859, M. N... se détermina à faire usage encore une fois de la solution de Fowler, qu'il prit pendant cinq mois consécutifs presque sans interruption. L'état d'anaphrodisie se reproduisit bientôt comme par le passé ; il avait persisté depuis et persistait encore le 28 mai 1860, époque à laquelle nous avons perdu de vue le malade.
L'existence d'un affaiblissement plus ou moins prononcé et plus ou moins durable des fonctions sexuelles se produisant, chez l'homme, sous l'influence de l'emploi prolongé des préparations arsenicales, nous paraît établie suffisamment par tout ce qui précède, et il n'est point nécessaire, ce nous semble, d'enlrer à ce propos dans une discussion en règle. Nous voyons, en effet, dans nos observations, cette sorte de paralysie des organes génitaux se déclarer pendant le cours de la médication, chez des sujets dans la force de Tâge, vigoureux, bien constitués, sans qu'il soit possible de reconnaître, en de-
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hors de raction prolongée du médicament, aucune circonstance capable d'expliquer le développement d*uu pareil accident. Dans nos deux cas, Tanaphrodisie a disparu plusieurs mois après la cessation du traitement, mais dans un de ces cas, elle s'est bientôt reproduite, à la suite de l'administration de nouvelles doses d'arsenic, et ainsi, l'influence spéciale de cet agent est devenue des plus manifestes.
En raison de leur très petit nombre, les observations que noas avons rapportées ne nous permettent guère d'aller audelà de l'énoncé pur et simple du fait sur lequel nous appelons Tattention ; elles font voir toutefois que l'inertie des organes génitaux, déterminée par la médication arsenicale, peut exister h un très haut degré, se montrer même, pour ainsi dire, absolue ; qu'elle peut, en outre, persister pendant un temps fort long, peut-être même indéfiniment après la suspension du remède : ce serait donc là, en définitive, un accident fort sérieux, fort à redouter, s'il devait se produire toujours avec le caractère d'intensité qu'il a présenté jusqu'ici ; mais, par contre, c'est là très vraisemblablement un accident fort rare. En effet, on ne le trouve mentionné, — à une exception près, — par aucun des auteurs qui ont étudié avec le plus de soin l'emploi thérapeutique de l'arsenic *. De plus, — autant qu'on peut en juger d'après ce que nous avons observé, — il ne se produisait que dans les circonstances tout à fait exceptionnelles où le médicament est porté à des doses très élevées et administré durant un laps de temps qui dépasse de beaucoup les limites auxquelles on s'arrête dans la grande majorité des cas. Il importe de remarquer, cependant, que l'anaphrodisie arsenicale pourra se montrer moins rare lorsqu'elle aura suffisamment fixé l'attention des médecins et que, d'un autre
1. n n'est point fait mention, par exemple, de ce symptôme de Tarsenicisme dans le traité de MM. Trousseau et Pidoux, non plus que dans ceux de J. Pereira {The Klements of MaletHa medica, etc., 4« édit., 1. 1, p. 700, 1854), et d'Œiterlen (Handbuch der Heilmitteilehre, Tubinge, 1856).
Chargot. Œutt. compl. t. viii, 5« partie : T thérapeutique. 23
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côlé, elle a pu, dans uii cas, se manifesler à la suite d'un traitement qui n'a pas duré plus de trois mois, et pendant lequel la dose de \^ solution (/«Fou;/^ n'a jamais été portée au-delfc de 20 gouttes par jour.
Quoi qu'il en soit, dans la série des symptômes de Yarsenicisme chronique^ Tanaphrodisie paraît devoir être comptée au nombre des plus tardifs : ceux-ci, très variés dans leur forme, mais remarquables presque toujours par leur grande ténacité, ne se manifestent guère qu'à la suite d'un long usage de l'arsenic, dans les cas, par exemple, où il s'agit de modifier lentement l'organisme occupé par une maladie constitutionnelle.
Dans le but de prévenir, en pareil cas, ces accidents, plusieurs auteurs ont proposé de modifier la méthode la plus généralement adoptée et qui consiste h administrer l'arsenic à doses graduellement croissantes, jusqu'à production des eSels thérapeutiques, à partir du moment où la tolérance s*est établie.
Les uns, avec Bardsley ' et MM. Hunt *, font décroître les doses aussitôt que les premiers effets pathogéniques, — tels que la salivation, l'ardeur de la gorge, la tuméfaction des paupières, etc., — se sont produits ; les autres, avec les docteurs Kellie ' et Hunt ^ veulent qu'en outre, à la même époque, la médication soit suspendue pendant quelques jours. Il est vraisemblable qu'en suivant la méthode ainsi modifiée, on évitera presque toujours l'accumulation excessive du médicament ; mais Ton s'exposerait sans doute à bien des mécomptes, si Ton considérait les accidents primaires de l'arsenicisme