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Obs. in. La nommée Roth, âgée de cinquante-sept an®» veuve Mande, née à Strasbourg, est admise à Thospice de la Salpêtrière, le 9 novembre 1860, el, depuis cette époque, elle est placée dans un des services de l'infirmerie, salle Saint- Alexandre, n* il.
Cette femme, mariée à vingt-six ans, a eu huit enfants; elle n'a jamais souffert de maladie grave, à part celle dont il s'agit actuellement. Pas d'antécédents syphilitiques, pas de rhumatisme articulaire ou autre. Elle a toujours été bien réglée, jusqu'à l'âge de cinquante-six ans, époque de la ménopause.
Jusqu'à 1856, elle a habité Strasbourg et s'est toujours trouvée dans une position assez aisée. Il y a douze ans, elle perdit son mari qui la laissa veuve avec quatre enfants; elle eut, par suite, de grands chagrins, mais cependant elle ne souffrit pas de privations.
En 1856, elle se décida à venir à Paris. A cette époque, elle a habité pendant quatre mois une chambre extrêmement humide. Les murs, dit-elle, laissaient suinter l'eau qui se répandait sur le parquet. Cependant, pendant ce séjour, elle n'a jamais éprouvé de dérangement notable de la sanlé.
Le début de la maladie actuelle remonte au mois de mai 1860. Alors douleurs dans le dos à peu près continues, mais s'exaspérant sous forme d'accès et accompagnée d'un sentiment de constriction thoracique. Douleurs dans les membres inférieurs, également avec exacerbations paroxystiques. Il y a eu de l'anorexie et probablement de la fièvre, à savoir: chaleur pendant la nuit et sueurs abondantes. Dès l'origine, marche difficile; les jambes se projetaient sans cesse en avant ou latéralement, de la manière la plus bizarre. Elles retombaient avec bruit sur le sol. Il semblait à la malade qu'elle marchait sur un plancher fragile. Troubles de la vision, et en particulier diplopie. Ces troubles ont depuis cessé complètement et n'ont point reparu. — Le traitement, pendant celle période dont la durée est de deux mois, a été : sangsues sur la région spinale, — frictions irritantes sur les membres in" férieurs, — administration de- quarante pilules, dont la nature na pas été déterminée.
Ce traitement n'ayant produit aucun amendement, la malade
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se rend à pied, mais soutenue par deux personnes, au Bureau central (juillet i860), d*où on la dirige immédiatement sur Thôpital delà Charité. La durée du séjour dans cet hôpital a été de cinq mois. LesafTusions froides ont constitué le fond de la thérapeutique employée ; mais il n'en est résulté aucune amélioration. La démarche devient de plus en plus diCQcile ; la malade peut à peine se traîner d'un lit à un autre ; souvent ses jambes s'embarrassent l'une dans l'autre, et alors elle tombe lourdement sur le parquet.
Fréquemment, la nuit, il y a des secousses, des convulsions douloureuses dans les membres inférieurs. Pendant les derniers mois, la malade est condamnée à rester presque constamment au lit, la station étant devenue à peu près impossible. Elle est envoyée à l'hospice de la Salpêtrière avec un certificat de maladie incurable.
L'admission à la Salpêtrière date du 9 novembre 1860. Pendant les deux premiers mois, Roth pouvait encore se lever et se traîner, bien qu'avec beaucoup de peine, jusqu'à la chaise percée ; mais, depuis ce moment jusqu'au 1^ janvier 1862, époque à laquelle nous la voyons, pour la première fois, elle n'a plus quitté le lit. Elle parait, d'ailleurs, pendant cette période de deux ans, n'avoir été soumise à aucune médication active.
Etat actuel. En janvier 1862. — La malade est pâle, profondément amaigrie ; les membres inférieurs surtout sont remarquablement atrophiés. Il y a de l'anorexie : on nous apprend que, depuis un an, elle mange à peine une portion d'aliments. Constipation habituelle, miction fréquente, mais jamais il n'y a eu d'évacuations involontaires. Nous constatons, en outre, les signes les mieux accusés d'une ataxie locomotrice progressive parvenue à un haut degré de développement et auxquels se surajoutent quelques symptômes qui n*appartiennent pas au type le plus commun de la maladie. Aux membres inférieurs le sens du tact est émoussé, mais une pression un peu forte ou un pincement léger produisent des impressions douloureuses. Le chatouillement est bien perçu. Les sensations de température sont bien conservées, et même Timpression du froid est péniblement supportée et
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8'accompagne de mouvements réflexes convulsifs qui persistent pendant quelque temps après Tapplication du corps froid. La sensibilité électrique persiste à un degré marqué. La force musculaire est remarquablement conservée dans les membres inférieurs.
La malade peut, au lit, mouvoir à son gré ses membres dans toutes les directions, et même avec force, mais habituellement elle dépasse le but et coordonne mal. La notion de position est pour les membres inférieurs singulièrement amoindrie. La contractilité électrique persiste dans ces membres, mais il est difBcile d'en donner la mesure, parce que l'excitation électrique provoque des mouvements réflexes convulsifs intenses.
La station, et à plus forte raison la marche, sont tout à fait impossibles: dès que la malade, tirée de son lit et soutenue par deux aides est placée dans la situation verticale, elle s'afl^aisse aussitôt et ses membres inférieurs, pris de mouvements contradictoires, s'élancent dans les directions les plus opposées ; rachialgie, sentiment de constriction thoracique et abdominale ; douleurs revenant par accès, comparées à celles que produiraient un fer rouge et qui, des talons, remontent dans toute Tétendue des jambes. La nuit, de temps à autre, soubresauts des membres inférieurs, assez forts pour réveiller la malade.
Du 19 /ïm^r au 15 mar«. — Le 19 février, frisson violent de trois heures de durée, bientôt suivi d'une réaction fébrile intense. A partir de cette époque, il survient dans les membres inférieurs des convulsions, revenant par accès cinq ou six fois par jour, et plusieurs fois encore pendant la nuit. Lors de ces accès, qui éclatent sans cause appréciable, mais que l'on peut toujours provoquer par les excitations les plus diverses, principalement par l'application d'un corps froid sur la peau des cuisses, les membres inférieurs sont pris de mouvements convulsifs désordonnés, tantôt avec extension et flexion brusques se succédant rapidement, tantôt, et le plus souvent, avec extension prédominante et de manière à figurer les convulsions strychniques. Ces convulsions, qui durent de cinq à dix minutes, sont accompagnées de douleurs violentes dans les membres inférieurs et le long
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du rachis. En même temps, il y a de la somnolence, la langue se sèche, les narines sont pulvérulentes. Le pouls est fréquent, la peau chaude: Tétai est des plus graves. Application d*un long vésicatoire sur le rachis. Extrait de belladone à doses croissantes, à commencer par gr., 05 dans les vingt-quatre heures ; on a été jusqu'au gr., 15. Cette médication a été continuée pendant près de vingt jours.
Du 15 mars au 19 avril, — Le 15 mars la malade était revenue à Tétat où nous l'avions vue antérieurement au 19 février.
19 avril. — On administre pour la première fois le nitrate d argent, après avoir de nouveau constaté que la malade est dans l'impossibilité absolue de se tenir dans la situation verticale. Nitrate d'argent, 2 pilules deOgr., 01 chaque; prendre une de ces pilules avant chaque repas.
24 avril. — Le nombre des pilules est porté à trois par jour.
Le 25, la malade dit ne plus éprouver dans ses membres inférieurs le sentiment du froid très vif qu'elle éprouvait autrefois habituellement. Elle dit, en outre, se sentir de Tappétit. On prescrit deux portions d'aliments. A partir de cette époque, l'appétit devient de plus en plus prononcé ; les digestions s'opèrent très régulièrement.
29 avril, — La malade est tirée de son lit et soutenue par deux aides, on la place dans la situation verticale. On remarque avec élonnement que la station est devenue possible. Roth ne s'affaisse plus sur elle-même comme elle le faisait autrefois. Les membres sont roides, mais ils ne sont plus le siège de mouvements désordonnés. Elle peut faire plusieurs pas, soutenue par une seule personne. Les membres inférieurs sont alors lancés en avant d'une fn^on exagérée, de manière à rappeler la démarche qu'on fait ^pn^lquefois prendre aux conscrits dans certains exercices mili- U4iv«; mais ils ne sont plus guère portés latéralement. En «nmiii^^ il y a une amélioration entièrement remarquable et dniA 2^«(e$ les personnes du service sont vivement frappées.
i «KAk -->La pâleur des téguments est manifestement moindre ; ^ tTHî)^ ;^M)t moins tirés, l'appétit persiste. L'application d'un ««m^frtuà $«r la peau des cuisses ne provoque plus de mouve-
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ments conviilsifs dans les membres inférieurs, comme cela avait lieu avant le traitement. — Il y a eu encore quelques progrès dans la marche et dans la station. Roth peut se tenir quelques instants immobile dans la station verticale, sans le secours d'une aide et sans avoir recours à aucun appui.
9 mat. — Depuis quelques jours, transpiration très abondante dans la nuit. — La sensation habituelle de froid dans les membres inférieurs paraît avoir tout à fait disparu. — La station et la marche sont dans le même état que ces jours passés.
Du 9 au SO mai. — Il n'y a pas eu de nouveaux progrès. La station et la marche sont dans le même état que le 9 mai. — L'appétit est toujours très bon ; la malade a très manifestement engraissé. Tous les jours, on lui fait faire quelques pas dans la salle, soutenue par une aide. Ce petit exercice ne paraît pas produire de fatigue. — On a continué sans interruption l'emploi du nitrate d*argent à la dose de gr., 03 par jouF.
A partir du 20 mai environ, on porte la dose du médicament à 0,04. Vers la fin du mois de mai, la malade peut faire quelques p€is à l'aide de béquilles, sans aucun autre soutien; les membres inférieurs sont encore faibles, mais les mouvements ataxiques ont disparu.
La maladie, dans le cas qui va suivre, datait de cinq ans environ. Les membres inférieurs étaient seuls atteints : jamais il n'y avait eu de troubles de la vue. Les caractères de Tataxie locomotrice progressive étaient, d'ailleurs, bien accusés. Le 25 avril, on prescrit 2 pilules de gr., 01 de nitrate d'argent, et, le 2 mai, on porte la dose à 3 pilules. Ce jour-là môme, on constate déjà une amélioration consistant surtout en une disparition des soubresauts, des tiraillements douloureux dans les membres inférieurs, et en une augmentation marquée de l'appétit. Les mouvements reprennent peu à peu de la force, de la précision, et, en même temps, les diverses sensations cutanées deviennent plus nettes. Le 30 mai, on a
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constaté que ramélioration a fait de nouveaux progrès : la malade avait pris jusque là gr., 99 de nitrate d'argent.
Obs. IV. — La nommée L..., Marie-Françoise, Âgée de cinquante-six ans, née à Paris, a été longtemps fille de service dans une des salles de l'hospice de la Salpètrière. Cette salle était extrêmement humide. Pendant les deux ou trois ans qui ont précédé l'apparition de la paralysie, la femme L... ressentit des douleurs qui parcouraient tout le corps, mais qui étaient surtout très vives dans les membres inférieurs. Jamais les jointures n'ont été particulièrement affectées.
C'est vers la fin de l'année 1857 que la paralysie des membres inférieurs a commencé à se montrer. Apparition presque soudaine d'un engourdissement considérable dans la jambe gauche: l'engourdissement augmente peu à peu, et au bout d'un an, paralysie complète du membre inférieur gauche. A l'Age de cinquante trois ans, ménopause ; depuis lors, chaque mois, surviennent dans ce membre de violentes douleurs, accompagnées de mouvements involontaires et suivies bientôt d'une sensation pénible de barre transversale dans le ventre, puis de vomissements pour ainsi dire incessants. Ces sortes de crises durent un, deux ou trois jours, et cessent plus ou moins complètement. Cette femme est entrée plusieurs fois à l'infirmerie de l'hospice : actuellement, elle y est depuis le 19 juillet 1861, salle Saint-Mathieu, n® 3.
A ce moment, le membre inférieur gauche était encore seul paralysé, mais le membre inférieur droit se prend à son tour peu de temps après, et maintenant (avril 1862), il y a plusieurs mois que ce membre est très faible ; cependant, elle peut encore se tenir pendant quelques instants debout sur ce membre en s'appuyant fortement à l'aide des mains sur son lit. Les membres supérieurs sont tout à fait dans l'état normal ; il n'y a jamais eu aucun trouble de la vue.
Membres inférieurs un peu atrophiés. Couchée sur son lit, la malade peut les soulever, fléchir et étendre fortement leurs divers
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segments les uns sur les autres ; toutefois, l'énergie des mouvements est un peu inférieure à la normale.
Tous ces mouvements présentent une ataxie remarquable : impossibilité de lever ou d'abaisser lentement les membres qui dépassent toujours, lorsque la malade les soulève, la limite qu'on a indiquée. Une fois levé, le membre droit ou le membre gauche oscille involontairement de l'adduction à l'abduction et réciproquement.
Mise à terre, et soutenue dans la station verticale sous les deux bras, la malade exécute les mouvements de la marche, mais elle projette sans mesure ses jambes, qui s'embarrassent souvent Tune dans l'autre, ou bien le pied droit est lancé en dehors et heurte les jambes de la personne qui est de ce côté. D'ailleurs, même ainsi soutenue, elle ne peut faire que quelques pas et s'affaiisse bientôt. Station impossible, les yeux étant fermés.
Sensibilité tactile obtuse. Les excitations telles que pincement ou piqûre de la peau causent une douleur d'un autre genre et plus insupportable que celle qui est produite de la même façon dans les membres supérieurs.
Les impressions produites par le froid sont très vivement senties et déterminent des mouvements réflexes énergiques de flexion et d'extension successives, mouvements qui se répètent à certains moments plusieurs fois après un seul contact. Froid habituel aux jambes. Notions de position sans la moindre précision.
La faradisation cutanée ne détermine qu'une légère sensation de brûlure. La faradisation des muscles montre que l'irritabilité musculaire est à peu près intacte et que la sensibilité musculaire est très affaiblie. Simple sensation de fatigue : les mouvements provoqués par les courants ne sont pas perçus.
De temps à autre, contractions fibrillaires et fasciculaires des muscles des jambes et des cuisses. Il y a aussi assez souvent, même en dehors des époques de crises, des soubresauts des jambes qui se fléchissent brusquement sur les cuisses pour retomber presque aussitôt dans la résolution : ces soubresauts sont accompagnés d'une vive douleur : des douleurs très pénibles et d'assez longue durée, sans coïncidence de soubresauts, se mani-
GHiRGOT. Œurr. eompl. t. vm, 5* partie: Thérapeutiqtte, 25
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festeat égalemeiit parfois, surtout au niveau des jointures.
Appétit très faible, constipation habituelle et assez opiniâtre, miction difficile. Jamais aucun traitement régulier.
25 avril. — Deux pilules contenant chacune i centigramme de nitrate d'argent.
2 mat. — Amélioration réelle. Station plus facile. L'appétit renatt. Plus de soubresauts ni de tressaillements dans les membres inférieurs. 3 pilules.
iAmai. — La malade se tient quelques instants debout, sans soutien. Hier, douleurs, comme coups de hache dans la région des reins ; jamais elle n'a ressenti de douleurs de cette nature. Pas de crises, pas de vomissements à Tépoque ordinaire. La malade peut lever et abaisser lentement les membres, mais il y a encore des oscillations lorsqu'ils sont levés. Elle reconnaît dans quel sens sont croisés ses pieds. Lorsqu'elle marche, soutenue sous les deux bras, elle ne lance plus ses jambes avec aussi peu de mesure qu'auparavant.
30 mai. — L'état général est très bon, et l'appétit est assez considérable. Il y a de nouveaux progrès relativement à la sensibilité et à la motilité.
Elle éprouve dans toutes les parties du corps, mais principalement dans les membres inférieurs, une sorte de frémissement qui commence ordinairement à se manifester une demi-heure après l'ingestion de chaque pilule, et qui dure pendant deux ou trois heures. Elle assure qu'elle a ressenti ce travail intérieur (pour employer son expression) presque dès le début du traitement*
Notre cinquième observation est relative à une malade chez laquelle Tataxie locomotrice progressive date de quinze ans au moins. L'état de la malade, déjà bien grave, il y a sept ans, avait été heureusement amendé, alors par la faradisation; mais, peu de temps après Tinterruption du traitement, les membres inférieurs s'affaiblissent de nouveau progressivement et cette femme rentre de nouveau à Thôpital où elle subit trois applications de cautères qui paraissent avoir produit une ag-