NITRATE D ARGENT DANS L*ATAX1B LOCOMOTRICE
gravation très notable. Un nouveau traitement par réletftricité détermine encore une légère amélioration ; mais l'affection reprend bientôt après sa marche progressive, et la malade est admise à l'hospice de la Salpètrière, comme incurable, en
Comme chez la malade de l'observation précédente, Tataxie locomotrice progressive était ici très prononcée et bornée aux membres inférieurs ; cependant, il y avait depuis quelque temps, au moment oîi l'on commence le traitement, des fourmillements dans les doigts : de plus, cette femme avait eu, dès le début, et avait encore, de temps à autre, un peu de diplopie.
Le 29 avril 1862, on prescrit 2 pilules de gr. 01 de nitrate d'argent (une le matin et une le soir).
Au bout d'une dizaine de jours, il y avait un mieux très sensible. Le S juin, la malade, qui depuis son entrée à la Salpôtrière n'avait jamais pu que se traîner, pour ainsi dire, autour de son lit, en s'y tenant fortement, peut demeurer debout pendant plusieurs instants près de son lit, sans aucun soutien ; elle marche dans la salle à l'aide d'une chaise qu'elle pousse devant elle avec les mains, ou bien encore en prenant la main de deux personnes, sans presque s'y appuyer. Lorsqu'elle marche ainsi, il n'y a réellement plus d'ataxie des mouvements. La santé générale est très remarquablement améliorée.
Obs. V. — La nommée M..., Rose-Ainaée, âgée de quarantesix ans, née aux Minières (Eure), a été admise comme incurable à l'hospice de la Salpêtrière le 13 juillet 1858. Aucune maladie nerveuse chez ses parents. Attaques d'hystérie depuis Tâge de vingt et un ans ; la dernière a eu lieu il y a deux ans. Deux enfants : depuis lors, sujette à des congestions et des flux hémorrhoïdaires. Encore réglée maintenant ; jamais d'irrégularit(5 notable de la menstruation.
Début de la maladie actuelle, il y a quinze ans au moins. Vers
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cette époque, la femme M... habita pendant deux ans dans un logement très humide ; elle y était à peine depuis deux ans qu'elle commença à éprouver des douleurs dans les membres inférieurs et la région lombaire, puis bientôt une faiblesse et une incoordination des mouvements, lesquelles augmentèrent progressivement. Jamais, d'ailleurs, elle n'a eu une véritable arthrite rhumatismale. A la même époque aussi, quelques légères atteintes de diplopie, et ce trouble visuel se reproduit encore maintenant de temps à autre.
Depuis 1848, surdité incomplète. Il y a sept ans, la marche était devenue tout à fait impossible. Elle fut soignée alors à l'hôpital de la Pitié pendant quatre mois : traitement par l'électricité, amélioration considérable. Peu de temps après qu'elle a quitté cet hôpital, les membres inférieurs s'affaiblissent de nouveau. Séjour de trois mois à l'hôpital Lariboisière, second séjour de vingt et un mois à l'hôpital de la Pitié. Là elle subit trois applications successives de cautères sur les régions latérales de la colonne vertébrale, et ce traitement aurait été suivi d'une aggravation très prononcée. Elle entre enfin à l'Hôtel-Dieu et y reste onze mois. Nouveau traitement par l'électricité ; nouvelle amélioration, mais bien moindre que celle qui avait été obtenue pour la première fois. C'est alors qu'elle est admise à la Salpétrière. Depuis son admission, elle est entrée trois fois à l'infirmerie (séjour de vingt et un mois la première fois ; de quatre mois, la seconde ; de deux mois, la troisième). Traitements divers sur lesquels on ne recueille que des renseignements insuffisants ; il parait, cependant, que l'on a employé longtemps l'iodure de potassium sans amendement appréciable. Elle entre à l'infirmerie une quatrième fois, le 28 mars 1862 (salle Saint- Vincent, n® 3), et se trouve dans l'état où elle n'a cessé d'être depuis son admission à l'hospice de la Salpétrière ; toutefois, depuis quelques jours, est survenue une affection intercurrente, bronchite très aiguë, expectoration muco-purulente très abondante, parfois un peu de sang dans les crachats ; coliques, diarrhée ; violentes douleurs dans la région hypogastrique, dysurie, urines purulentes. Cette affection intercurrente s'apaise et disparaît peu à peu, au bout de quelques
mTRATB D'AROBlfT DANS L*ATAX1B LOCOMOTRICE 389
jours de traitement, et Ton peut alors étudier complètement la maladie du système nerveux.
La malade» lorsqu'elle est couchée sur son lit, peut fléchir et . étendre ensuite les divers segments de ses membres inférieurs : le pied sur la jambe, la jambe sur la cuisse, la cuisse sur le bassin. Plus de force dans le mouvement d*extension que dans celui de flexion. Placée debout, la malade peut se tenir dans la station verticale en s'appuyant fortement sur son lit ; elle peut faire deux OQ trois pas soutenue sous les deux bras ; les mouvements de la marche sont déréglés.
Pendant le cours de Taffection intestinale et vésicale qui Ta amenée à rinflrmerie, il y avait parfois des soubresauts et des mouvements brusques des membres inférieurs, mouvements accompagnés de vives douleurs.
Sensibilité tactile obtuse. Les yeux fermés, la malade ne sent pas les contacts légers produits sur les membres inférieurs ; et même elle ne sait pas reconnaître si ses membres sont posés sur son lit ou soulevés à une certaine hauteur. Si Ton touche assez fortement un point quelconque de ses membres, il y a une sensation tactile assez nette. Notions de position très vagues, presque nulles. Lorsque la malade est debout, elle ne sent que très confusément le sol ; elle s'affaisse dès qu'elle ferme les yeux. Sensibilité à la température conservée. Sensations de douleurs provoquées par la piqûre ou le pincement de la peau, peut-être un peu plus vives que dans Tétat normal ; elles sont en même temps retardées et prolongées. Mouvements réflexes étendus, déterminés par le chatouillement de la plante des pieds; ce cba« touillement est en même temps perçu.
L*examen par Télectricité montre que Tirritabilité musculaire est conservée, mais elle est affaiblie dans les muscles de la région jambière antérieure. Sensibilité musculaire diminuée. L'excitation de la peau ne produit une douleur vive qu'à la condition d'employer le courant le plus fort ; il y a, au moment de l'excitation, des mouvements réflexes considérables, les membres se soulèvent involontairement et se portent dans l'adduction ou l'abductionlexagérées.
3îM) THÉRAPErTIOL'E
Sensibilité et motilité intactes à la face et aux membres supérieurs; cependant, depuis quelque temps, légers fourmillements dans les doigts ; sensibilité cutanée très affaiblie sur le tronc.
La malade éprouve encore maintenant les douleurs qui n'ont cessé delà tourmenter depuis le début de l'affection : constriction à la base du thorax, barre traversant verticalement Fabdomen; douleurs contusives violentes dans la région lombaire ; outre ces douleurs qui ont une certaine continuité, il y a des douleurs brusques, mobiles, très vives, arrachant parfois des cris. Ces diverses douleurs s'exaspèrent lorsque la température est froide et humide. Appétit très faible. Digestions longues et pénibles : tantôt diarrhée, tantôt, et le plus souvent, constipation opiniâtre : miction difficile. Ënucléation assez marquée; faciès portant une constante expression de souffrance.
29 avrilid62. — â pilules de Ogr. 01, de nitrate d'argent, une le matin et une le soir.
45 mat. — Amélioration très notable qui a commencé à se manifester il y a cinq ou six jours. Station plus facile. La malade peut même se tenir debout pendant un instant près de son lit, sans y prendre un point d'appui. Hier, elle a pu s'agenouiller pen* dant quelques moments sur son lit, ce qu'elle n'a pu faire depuis son admiitsion à la Salpétrière. Les douleurs des membres et de la région lombaire ont presque entièrement disparu. De temps en temps, elle ressent dans les jambes de brusques élancements qui différent beaucoup des douleurs qu'elle éprouvait auparavant, et ces élancements ont commencé à se manifester deux ou trois jours après le début du traitement.
Dans les jours qui suivent, l'amélioration fait des progrès, bien que la malade soit, à deux reprises, la température s'étant un peu refroidie, atteinte de ses anciens accès de douleurs.
30 mai. — Faciès lout-à-fait modifié : la malade commence à manger davantage et à engraisser. Depuis quelques jours, elle marche dans la salle en s'appuyant sur une chaise, se tient assez facilement debout sans soutien, et elle peut se baisser et ramas" ser des objets à terre. La sensation du sol et les notions de position sont bien plus nettes.
IflTRATE d'argent DANS l'aTAXIE LOCOMOTRICE 391
5 ytiifi. — Elle descend un étage et le remonte quelque temps après, soutenue par deux personnes ; elle marche tenue très*légèrement par les mains. Jamais depuis qu'elle est à la Salpètrière, elle n'a marché comme elle le fait actuellement : Il y a, sous ce rapport comme sous tous les autres, une amélioration très remarquable.
Après cet exposé des cinq observations, sur lesquelles nous appelons surtout l'attention, nous croyons utile de faire ressortir en quelques mots ce qu'elles ont en commun, et d'indiquer les principaux enseignements qui nous paraissent découler de leur étude.
Dans ces cinq cas, ainsi qu'on a pu le voir, Tataxie locomotrice progressive se présentait avec ses caractères les mieux accusés ; à l'époque où le traitement a été institué, la maladie était parvenue, depuis longtemps déjà, à une période où elle est généralement considérée comme incurable. Dans tous ces cas, cependant, il s'est produit pendant le cours de la médication, un amendement très notable de la plupart des symptômes. Voici, d'ailleurs, les phénomènes qui ont marqué cette amélioration, chez toutes nos malades, et qui ont commencé à se montrer, en général, quelques jours seulement (quatre à dix jours) après le début du traitement par le nitrate d'argent d'après la méthode que nous avons indiquée ; la sensibilité tactile est devenue plus nette \ les notions de position ont
1. Nous ayons eu sous les yeux, dans les infirmeries de la Salpêtriëre, Jusqu'à ce jour, neuf cas d'ataxie locomotrice progressive, et de plus, nous avons eu des renseignements exacts sur un autre cas de la division des épileptiques. Chez ces dix malades, on a pu constater un afTaiblissement considérable de la sensibilité tactile ; lorsque l'on posait doucement le doigt sur un point de la peau des parties affectées, les malades, qui étaient aveugles, ne percevaient pas en général la moindre sensation de contact ; et il en était de même chez les autres, lorsqu'on couvrait leurs yeux ou lorsqu'on touchait une partie qu'elles ne pouvaient voir, par exemple la peau de la région lombaire. Nous sommes portés à penser que cette diminution de la sensibilité tactile est un phénomène morbide constant dans l'ataxie locomotrice progressive avancée, et l'on n'est pas en droit d'affirmer que cette sensibilité est intacte, si Ton n'a pas employé le mode d'exploration qui vient d'être indiqué*
recouvré de la précision ; la sensibilité à la douleur et la sensibilité à la température ^ si habituellement perverties, sont rentrées jusqu'à un certain point, dans les conditions normales. La vue elle-même chez une malade (oBs. I) a très notablement participé aux heureuses modifications déterminées par le traitement.
Les douleurs, soit continues, soit fulgurantes ont été complètement supprimées et cela a été un des résultats les plus nets et les plus prompts à se manifester.
Les mouvements ont très remarquablement gagné en force et en précision ; ainsi, des malades naguère absolument incapable de se tenir debout et de faire un pas, depuis plusieurs années confinées au lit où quelques-unes même étaient dans Timpossibilité de s'asseoir sur leur séant ou de changer de position (Obs. I et II), peuvent aujourd^ui, pour la plupart, demeurer quelques instants dans la station verticale, sans appui; ou même faire quelques pas dans les salles, soutenues par des infirmières. L'une d'elles marche pendant près d'un quart d'heure sans l'aide de personne, en s'appuyant sur des béquilles ; une autre en fait autant, en s'aidant seulement d'une chaise ; chez toutes, les mouvements ataxiquesdes membres inférieurs, d'abord très prononcés pendant la marche, ont cessé de se manifester ou sont à peine appréciables.
Deux malades avaient les mains profondément atteintes.
(Obs. I et II); chez toutes deux les mouvements desmainsetdes
doigts sont devenus plus vigoureux et bien moins incohérents.
Toujours la santé générale s'est de bonne heure ressentie
de rinfluence du traitement ; la constipation a cédé, l'appétit
1. Une de nos observations présente un remarquable exemple de rinfluence qu*a eue le traitement sur les troubles de la sensibilité de température (Obs. III. ). Dans ce cas, le contact d'un corps froid déterminait, en même temps qu'une sensation très-pénible, des mouvements réflexes rapides et répétés. Ce symptôme a disparu peu de jours après le début du traitement.
NITRATB d'argent DANS L*ATAXIE LOCOMOTRICE 393
a promptem en t augmenté ; les malades, dès lors, ont commencé à prendre de Tembonpoint et l'aspect cachectique qu'elles présentaient, pour la plupart, à un haut degré, s'est très notablement modifié.
Ainsi, en résumé, dans toutes nos observations, une amélioration incontestable et très prononcée a été constatée, pendant le cours de la médication instituée.
Hais ici se présente de nouveau une objection que nous avons soulevée déjà et à laquelle nous croyons avoir au moins en partie, répondu par avance. Cette amélioration obtenue esteUe, en réalité, le résultat de l'emploi du nitrate d'argent ; ne s'est-t-elle pas produite spontanément, par le fait d'une coïncidence fortuite? Contre cette objection, en outre des argu^ ments que nous avons présentés plus haut, nous aurions encore à faire valoir les considérations suivantes : les cinq cas d'ataxie locomotrice dont nous avons présenté l'histoire étaient tous des cas invétérés ; chez tous, là maladie était depuis longtemps stationnaire, ou encore elle avait suivi sans interruption sa marche progressive. Or, dans tous ces cas, la médication ayant été instituée à peu près en même temps, Tamendement a commencé à se prononcer a peu près à la même époque et pour ainsi dire à point nommé, c'est-à-dire huit ou dix jours en moyenne, après le début du traitement. En réunissant nos cinq observations à celles qui ont été publiées par M. Wunderlich, nous pouvons présenter un total de dix cas d'ataxie locomotrice, dans lesquels l'emploi du nitrate d'argent s'est montré utile. Ce nombre des essais tentés et couronnés de succès, surtout en l'absence d'observations contradictoires, est incontestablement une garantie en faveur de Taction du médicament. Enfin, il n'est pas jusqu'aux effets pathogénétiques observés chez nos malades, pendant l'emploi du nitrate d'argent, et dont nous venons de dire un mot, qui ne plaide pas dans le môme sens.
394 THÉRAPBunoins
Ces effets ont été notés chez toutes nos malades ; ils ont été très remarquables chez plusieurs d'entre elles. Elles éprouvaient peu de temps' après Tingestion de chaque pilule, au bout d*une heure, par exemple, des fourmillements, de petits tressaillements, dans diverses parties du corps, mais principalement et quelquefois même à peu près exclusivement, dans les membres affectés. Elles ressentaient dans ces parties, pour nous servir de leurs expressions mômes, une sorte de travail intérieur ; c'étaient des sensations pénibles, mais bien différentes des douleurs fulgurantes habituelles. Ces phénomènes cessaient complètement après avoir persisté pendant deux ou trois heures en moyenne. Chez une malade il y avait, en outre de ces sensations, des soubresauts dans les membres inférieurs : l'intensité plus grande de ces manifestations dans les parties où siège l'ataxie rappelle, jusqu'à un certain point, l'action de la strychnine sur les membres paralysés, dans les cas de paralysie de cause cérébrale ou spinale. Ces operatives effects ont cessé de se produire, dans certains cas, une dizaine de jours après le début de la médication ; et ils se sont montrés de nouveau, pendant quelques jours, au moment même où les doses du nitrate d'argent, ont été élevées. Dans plusieurs cas, en outre, des éruptions lichénoïdes et prurigineuses, accompagnées de démangeaisons violentes, se sont montrées peu de temps après le commencement du traitement sur toute la surface du corps, principalement sur les membres ; ces éruptions persistent encore actuellement.
Une sensation d'ardeur plus ou moins pénible, siégeant à U région épigastrique, s'est montrée, chez une malade, quelques instants après chaque ingestion du nitrate d'argent, mais bientôt la tolérance s*est établie et les douleurs n'ont plus cuère reparu qu^aux époques où la dose du médicament était accrue. En somme, aux doses et sous la forme que nous avons
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indiquées, le nitrate d'argent a tonjonrs été très aisément supporté par les malades.
Partout ce qui précède, nous avions été conduits à penser que ce médicament ^ même à la dose relativement minime à laquelle nous l'avons employé, est absorbé et pénètre dans le torrent circulatoire ; mais la preuve directe nous manquait et elle ne pouvait être donnée que par des recherches chimiques en règles et fort délicates. C'est un soin dont M. S. Cloez a bien voulu se charger. Or, ayant soumis à l'analyse les urines rendues par nos malades, M. Cloez y a constaté la présence de l'argent, qu'il a même pu recueillir sous forme de petits grains métalliques.
Les cinq malades ataxiques dont nous avons rapporté l'histoire sont actuellement encore en voie de traitement. Quel est l'avenir qui leur est réservé? Doivent-elles plus tard éprouver une rechute et perdre ce qu'elles ont gagné; ou, au contraire, l'amélioration qu'elles ont éprouvée dans leur état doit-elle se maintenir ou progresser encore? Ce sont là des questions auxquelles, quant à présent, nous ne sommes, on le conçoit, nullement en mesure de répondre. La sanction du temps nous fait absolument défaut. Nous avons cru malgré cela, et quoi qu'il puisse advenir par la suite, faire connaître dès à présent, tels qu'ils sont et tout imparfaits qu'ils sont, les résultats de nos recherches. Une considération surtout, à laquelle nous avons fait allusion déjà, nous a fait prendre ce parti, c'est que lorsqu'il s'agit d'une affection généralement réputée pour incurable, — et l'alaxie locomotrice progressive est incontestablement dans ce cas, — un amendement obtenu, quel qu'il soit, est un résultat précieux, digne à tous égards, de l'attention du médecin et du contrôle d'observations multipliées. A plus forte raison en est-il ainsi, si cet amendement
1. Ou tout au moins les produits de la décomposition qu'il subit dans les pilules.
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a été quelquefois très heureux, considérable même. Or, n'estce pas une amélioration des plus désirables que celle qui a permis à des malades retenues au lit depuis des années, de se lever, de faire quelques pas, de rester sans soutien assises dans un fauteuil ; qui a rendu h d'autres la liberté de leurs mains ; qui les a délivrées toutes de douleurs parfois intolérables ; qui a rétabli l'appétit et les forces, et enfin, réveillé l'espoir. D'ailleurs, si dans les cas d'ataxie locomotrice invétérée on ne peut guère attendre autre chose qu'une amélioration plus ou moins prononcée ou plus ou moins durable, il est permis d'espérer, — un des faits rapportés par M. Wunderlich justifie déjà cet espoir, — que dans des cas moins graves et moins avancés, on pourra enrayer la maladie dans sa marche, ou obtenir tout au moins un amendement équivalent presque àlaguérison.
Nos recherches ont été relatives surtout à l'emploi du nitrate d'argent dans les cas d'ataxie locomotrice progressive. Mais nous avons fait pressentir que ce médicament s'était montré utile dans quelques cas de paralysie, en dehors de l'ataxie locomotrice. Nous croyons devoir donner in extenso l'observation d un fait de ce genre en raison de l'intérêt particulier qui s'y rattache.
La nommée P... Anne-Julie, âgée de quarante-six ans, est couchée salle Saint-Denis, n** 10, hospice de la Salpêtrière. Cette femme, d'un tempérament nerveux, d'une constitution débile, née d'une mère atteinte aujourd'hui et depuis longtemps déjà d'aliénation mentale, a les membres inférieurs paralysés depuis sept ans, et il y a cinq ans qu'elle a été admise comme incurable à l'hospice de la Salpêtrière. Elle aurait été, dès son enfance, d'une faible santé ; elle est sujette à des accès nerveux hystériques peu intenses. Jamais elle n'a eu les jointures gonflées et douloureuses. Depuis Vkge de vingt-deux ans, la menstruation, irrégulière jusque là, a été très régulière.
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Lorsque la maladie a débuté, P... habitait depuis quatre ou cinq ans dans un logement très humide. Elle eut alors des hémopiisies se répétant tous les jours et qui cessèrent au bout de peu de temps pour ne plus se renouveler depuis. A la même époque, les membres inférieurs devinrent le siège de douleurs très violen* tes qui s'étendirent à la région lombo-dorsale. Outre des souffrances continues, la malade ressentait encore de temps à autre des douleurs extrêmement vives, se produisant tout d*un coup dans la profondeur des membres. La faiblesse augmenta peu à peu ; la marche devint difficile : la malade traînait péniblement ses pieds sur le sol, mais elle n*a jamais eu de véritable ataxie locomotrice. Trois mois avant son entrée à la Salpètrière, elle ne pouvait plus marcher et pouvait à peine se tenir debout. Pendant les deux années qui ont précédé son entrée, elle avait fait trois séjours dans les hôpitaux, Tun à la Pilié, le second à la Charité, le troisième à THôtel-Dieu. Elle avait été soumise à des traitements internes qu*elle ne peut pas indiquer, et on lui avait appliqué des ventouses sur les diverses régions du corps, le tout sans succès.
Au moment où la malade est entrée à la Salpètrière, atteinte de paraplégie complète, son état était aggravé par une affection interne des plus sérieuses. Une dyspnée considérable et une anasarque générale, tels sont les symptômes qu'il est possible de noter, d'après les indications de la malade. Cette affection dura environ dix-huit mois, et, entre autres moyens, on employa pour la combattre des cautérisations sur la région antérieure du thorax, à l'aide du marteau de Mayor, cautérisations dont on voit aujourdliui les traces.
U y a trois ans et demi, à Tinûrmerie de la Salpètrière, à la suite de nombreux bains sulfureux, la malade, bien que souffrant toujours, peut se tenir dans un fauteuil, rester debout et même faire quelques pas en se traînant à l'aide de béquilles. Cette amélioration ne dure que bien peu, tout au plus deux mois, et bientôt, l'état redevient tel qu'il était auparavant et tel qu'il était il y a bien peu de temps.
La paralysie des membres inférieurs est à peu près absolument complète au point de vue de la motilité. Ces membres sont un peu
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atrophiés, la malade ne peut pas les détacher de la surface da lit, tout au plus s'aperçoit-on de l'effort qu'elle fait pour exécuter ce mouvement. Si on soulève un des membres, dès qu'on cesse de le tenir, il retombe à peu près inerte. Les mouvements spontanés de flexion de la cuisse sur le bassin, de la jambe sur la cuisse, du pied sur la jambe et des orteils sont tout à fait impossibles; si Ton produit un de ces mouvements, par exemple, la flexion de la jambe sur la cuisse, la malade ne peut pas étendre la jambe ; il faut qu'elle appuie sa main sur le genou pour arriver à obtenir l'extension. Les orteils ne peuvent pas plus se relever sur le dos du pied que se fléchir sur la plante du pied. Les mouvements d'abduction et d'adduction des membres sont impossibles aussi.
La malade est forcée de rester couchée, la faiblesse des masses musculaires des parties postérieures du tronc ne lui permettant ni de s'asseoir d'elle-même, ni de rester assise, lorsqu'on la place dans cette attitude. Depuis près de quatre ans, lorsqu'on veut faire son lit, on est obligé de la déposer sur un brancard, parce qu'elle ne peut pas demeurer assise dans un fauteuil.
La sensibilité de contact, de température, de douleur, parait presque intacte ; cependant elle est légèrement obtuse, sur toute la surface du membre inférieur droit. Froid habituel -des jambes et des pieds ; fourmillements. Les notions de position sont nettes; la malade, les yeux fermés, peut indiquer avec son doigt les différents endroits où l'on place un de ses piedô. Les diverses excitations pratiquées sur les membres inférieurs ne déterminent pas de mouvements réflexes.
On constate, à l'aide de la faradisation, que la contractilité est conservée dans tous les muscles des membres inférieurs. Quant à la sensibilité musculaire, elle est certainement affaiblie, au moins sous certains rapports, car si la malade éprouve des sensations de crampe, sous l'influence d'un courant énergique, elle n'a pas conscience des mouvements produits; elle ne sent pas, par exemple, ses orteils se fléchir ou s'étendre.
Les membres supérieurs ont conservé la liberté de leurs mouvements et leur sensibilité est intacte. Ils sont parfois le siège de fourmillements légers. Sueurs abondantes et presque continuelles
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ic- ïMains. II n'y a pas de déviations de la face ni des yeux. ^ -MrrWtlTfdi^^este, il n'y a eu le moindre trouble de la vue. y^M^esl l'état de la malade depuis près de quatre ans; encore IMb^ Uonnerions-nous ainsi qu'une idée bien incomplète, si nous Vm^ûutions pas qu'elle n'a pas cessé d'être torturée par les doulibers dont nous avons parlé plus haut, et qu'elle s*est considéra- [||^J4<^i^ic°^ affaiblie dans ces derniers temps. De temps à autre, tous b|^ les dix ou quinze jours, elle est prise d'un accès d'étouffement, avec palpitations violentes, anxiété précordiale et cyanose plus on moins marquée de la face et des mains. Ces accès durent parfois plus de quarante-huit heures; dans le mois de mars, ils se sont rapprochés et ont pris un tel caractère de gravité, qu'on a cru la vie de la malade en danger imminent. L appétit est presque nul, et il y a un amaigrissement progressif.
Le 25 avril i862, on prescrit 2 pilules de 0,01 centigramme de nitrate d'argent, une le matin et une le soir.
13 mai. — Depuis hier, la malade s*est aperçue d'un changement remarquable survenu dans les fonctions de motilité. Pour la première fois depuis plus de trois ans, elle a pu d'elle-même s'asseoir sur son lit pendant quelques instants. Elle peut soulever quelque peu l'un et Tautre de ses membres inférieurs au-dessus de la surface de son lit; elle les écarte légèrement l'un de l'autre et les rapproche ; elle fléchit et étend un peu les divers segments les uns sur les autres, et imprime de petits mouvements à ses orteils.
Depuis sept à huit jours; la malade se plaignait d'un redoublement de ses douleurs, ce qui parut devoir être attribué à l'action des pilules.
Les jours suivants, l'amélioration se dessine de plus en plus. Du 17 au 20 mai, on fait lever la malade, et lorsqu'elle est soutenue par deux aides, elle exécute très bien les mouvements de la marche ; elle est d'ailleurs trop faible pour se tenir seule debout. Elle peut demeurer assez longtemps assise dans un fauteuil. Elle a eu ces jours derniers une de ses crises d'étouffement, mais cette crise a été moins forte et moins longue que d'ordinaire. 28 mai. — L'appétit est encore faible, la malade mange peu
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et cependant, elle reprend des forces ; son faciès a complètement changé d'expression. Elle peut s'asseoir facilement sur son lit et dans un fauteuil ; elle peut imprimer à ses membres inférieurs tous les mouvements qu'on lui indique; ces mouvements, bien qu'encore bornés, sont aisément et assez rapidement exécutés. Les mouvements des orteils semblent redevenus presque complètement normaux. Les sueurs des mains sont moins abondantes. Les douleurs violentes, continues ou passagères des membres inférieurs, des lombes, du dos et des membres supérieurs ont complè* tement disparu ; mais à la place de ces douleurs, la malade, presque depuis le début du traitement, ressent des élancements très pénibles, se montrant brusquement dans les genoux et les cou-depieds et dispararaissant de même. De plus, une dizaine de jours après le début du traitement, il s'est produit une éruption de prurigo sur les membres supérieurs et inférieurs, principalement à la région antérieure des jambes, éruption accompagnée de très vives démangeaisons, et qui existe encore aujourd'hui. Le 29 et le 30 mai, la malade a pu faire quelques pas, n'étant soutenue que sous un seul bras.
Voici donc un cas de paraplégie complète, où l'emploi du nitrate d'argent a été suivi d'heureux effets, et ce cas ne rentre certainement pas dans la description de Tataxie locomotrice ; on a vu, d'ailleurs, que le fait qui a suggéré à M. Wunderlich l'idée d'employer le nitrate d'argent dans le traitement de cette dernière affection, était un bel exemple de paralysie hystérique.
D'après cela, ce ne serait pas exclusivement dans les cas de paralysie liée à l'ataxie que le nitrate d'argent se montrerait utile ; mais, du moins, d'après ce que nous avons observé jusqu'ici, jamais ce médicament n'échoue complètement dans l'ataxie locomotrice progressive, tandis qu'il peut rester inefficace ou même se montrer nuisible dans des paraplégies d'une autre espèce ; nous l'avons vu, par exemple, produire uneag-
NITRATE d'aKGIîNT DANS L*ATAX1E LOCOMOTRICE 401
grayation marquée des symptômes dans des paralysies des membres inférieurs qui paraissaient liées à la myélite.
On comprend, d'après ce qui précède, combien il sera important de catégoriser avec soin les sujets sur lesquels on voudrait instituer les essais que nous proposons. Donner sans classement préalable et suffisamment rigoureux le nitrate d^argent dans tous les cas où la locomotion est plus ou moins sérieusement atteinte, ce serait s'exposer évidemment à ne tirer de cette expérimentation que les déductions les plus confuses ou peut-être môme les plus inexactes.
Cbabcot. Œarr. compl. t. vni, 5* parUe: Thérapeutique. 26 J
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De l'emploi médical du nitrate d'argent ^