‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 82 sur 94 · I. Affbctions du système nerveux · texte numérisé non relu

I. Affbctions du système nerveux

Parmi les maladies qu'on s'est efforcé de combattre par les sels d'argent, les névroses occupent incontestablement la première place. Nous avons vu que, dès le principe, ce médicament avait été employé à Tintérieur contre les affections des centres nerveux. Sans revenir sur la partie historique de ce travail, nous allons examiner ce qui s'est fail à cet égard depuis la fin du siècle dernier; nous y joindrons, sur quelques points, les résultats de notre expérience personnelle.

A. Epilepsie. — Depuis l'époque où Sims (de Londres), remit en honneur l'emploi des sels d'argent contre l'épilepsie, ce mode de traitement a joui d'une grande célébrité. Les travaux de Duncan, Powel, Baillie, Harrison, Roger et L Johnson,

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en Angleterre ; de Cappe, à New-Tork ; de Butini, Odier, Delarive et Lombard, à Genève ; de Nord, à Vienne; de Béera, Krfiger et Balardini, en Italie; de Biett, Esquirol, et plusieurs autres observateurs en France, ont contribué à en répandre Tusage.

Le nitrate d'argent exerce quelquefois une action favorable sur Tépilepsie, du moins au début. Il éloigne les accès, en amoindrit l'intensité, et peut même les faire disparaître pendant un temps plus ou moins long, quelquefois même pendant plusieurs années. Hais les cas de guérison définitive par l'emploi de ce médicament sont peu communs ; et il n'existe malheureusement aucun caractère clinique qui permette de distinguer les cas favorables à l'emploi des sels d'argent, de ceux qui ne seront nullement améliorés par cette méthode. On ne saurait trop regretter cette lacune dans nos connaissances, d'autant plus que pour produire un effet sensible sur la marche de la maladie, il faut administrer l'argent pendant longtemps et à haute dose ; aussi est-ce le plus souvent chez des épileptiques qu'on a constaté la coloration bleue de la peau. U serait donc de la plus haute importance de savoir distinguer les cas favorables à cette médication de ceux qui lui sont entièrement rebelles, afin de ne point imprimer inutilement au malade une marque indélébile.

Nous n'avons aucun fait personnel à joindre aux observations consignées dans les auteurs, relativement à l'action de l'argent dans Tépilepsie essentielle. Il échoue presque toujours dans Tépilepsie symptomatique, au dire des meilleurs observateurs. Nos propres recherches tendent à confirmer ce résultat. Nous avons souvent administré, par exemple, le nitrate d'argent dans nos salles, à la Salpètrière^ à des femmes atteintes d'hémiplégies anciennes, à la suite d'hémorrhagies ou de ramollissements cérébraux, lorsqu'il existait chez elles des accès épileptiformes à retours périodiques, (c'est là une complication

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fréquente de ces lésions), et nous n'avons jamais réussi à modifier sensiblement cet état de choses.

B. Chorée. — En 1793, Hall, publiait une observation de chorée, chez une femme de 36 ans, qui fut rapidement guérie par le nitrate d'argent; et quelques années plus tard, Powel revenait sur remploi des sels d'argent dans cette maladie, qu'il affirmait avoir souvent améliorée ou complètement guérie par ce moyen. L'efficacité de ce traitement, fut célébrée plus tard par Pittschaft, Priou et Bretonneau ; mais, en France, cette médication est depuis longtemps abandonnée ; au reste, la plupart des faits rapportés par les auteurs que nous venons de citer, se rapportent à des enfants au-dessous de l'&ge de la puberté ; or, il faut se rappeler que la chorée de l'enfance, se termine souvent par une guérison spontanée. Cependant Nieberg a publié, il y a quelques années, une observation dans laquelle une chorée qui avait résisté pendant quatre ans à tous les autres moyens, fut rapidement améliorée, puis complètement guérie, par le nitrate d'argent en solution. Il y aurait lieu, peut-être, de faire quelque nouvelles recherches sur ce sujet.

C. Paralysie agitante. — Dans cette maladie, d'après nos observations personnelles, l'emploi du nitrate d'argent augmente la rigidité qui existe chez plusieurs sujets, aggrave souvent le tremblement, et cause bientôt au malade des sensations pénibles. Nous avons donc été obligé de suspendre ce traitement chez tous les malades à qui nous l'avions prescrit.

IS. Paralysie générale progressive. — Le nitrate d'argent, d'après M. Bouchut, aurait agi favorablement dans trois cas de paralysie générale progressive. Chez le premier malade, il y eut un amendement marqué, et l'amélioration se soutint pen-

dant une année ; chez les deux autres, il y eut une heureuse modification de Tembarras de la parole, et de la paralysie des membres.

Des faits aussi remarquables et aussi peu conformes à la marche ordinaire de cette affection redoutable, auraient besoin d'ôtre confirmés par de nouvelles recherches, avant d'être définitivement acceptés dans la science.

E. Anffine de poitrine. — Les sels d'argent ont autrefois joui d'une certaine réputation dans le traitement de l'angine de poitrine. Cappe, Fauchier, Sementini, OIzewski, Kapp, Barder, Bastide, ont rapporté des observations d'angine de de poitrine, dans lesquelles, on serait parvenu à guérir les malades, ou à les améliorer notablement par l'usage du nitrate d'argent. Hais on peut se demander si, dans ces cas heureux, le diagnostic était à l'abri de toute critique. Il est évident que rien jusqu'à présent ne nous autorise à recommander ce traitement contre la sternalgie.

F. Palpitatiom. — Schneider et Eopp, ont employé le nitrate d'argent contre les palpitations cardiaques : le premier de ces deux auteurs, qui administrait ce médicament à la dose de 6 centigrammes par jour, prétend en avoir retiré de bons effets. Cependant chez un malade qui offrait depuis vingt ans des palpitations nerveuses, sans aucun indice appréciable d'une lésion organique du cœur, l'un de nous (M. Charcot) a administré Tazotate d'argent pendant longtemps, et à dose élevée, sans obtenir aucun succès.

G. Ataxie locomotrice progressive. — Il y a maintenant environ six ans que Wunderlich fut amené à prescrire le nitrate d'argent dans cette affection, par l'observation des phénomènes singuliers que présentait une de ces malades. Il s'agissait

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