‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 2)Chapitre 9 sur 94 · TYPHUS FEVER ET FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

TYPHUS FEVER ET FIÈVRE TYPHOÏDE

lés d*un même genre, qu'il proposait de désigner sous le de typhus V Des différences relatives au degré d^énergie cause productrice, aux saisons et aux climats, à la conson des individus, pouvaient toujours, suivant lui, rendre samment compte des formes variées que cette maladie revêtir, sans pour cela changer de nature. L'illustre prour d Edimbourg peut être considéré comme ayant le pre- , en Angleterre, jeté les fondements de la doctrine de itité des fièvres désignées sous les noms de continued % nervotis fever^ etc., doctrine qui, pendant longtemps, pié sans partage dans toute l'étendue de la Grande-Bretaet qui y est aujourd'hui encore, après avoir subi quelques res modifications, professée et défendue par des méded'une habileté incontestée. Suivant le professeur Stokes Dublin), par exemple, le typhus peut, suivant les circonses oii il se développe, revêtir les formes les plus diverses. ( de ces formes, dérivées du type primitif, doivent ici fixer e attention. L'une d'elles porte, à peu près indifilèremit, les noms de maculated typhus^ petechial typhus, exantatic typhus; on rappelle encore typhus fever. Elle est ctérisée habituellement par l'absence de symptômes abdoaux, et par une éruption sui generis composée dé taches s pétéchiales, différentes, à plusieurs égards, des taches iculaires rosées de la dolhiénentérie. Les lésions de l'ente folliculeuse y font communément défaut. L'autre, sous lom d'abdominal typhus, d'ileo-typhus^ d'euteritic-fever, respond, sous tous les rapports, à ce que nous appelons,

• Le type le plus commun des fîèvres continues, dans le climat que > habitons, paraît être une combinaison du genre synocha et du genre ^. C'est pourquoi j'ai admis, dans ma nosographie, un genre mixte lie nom de tynochus. Je pense cependant qu'on ne peut que difficile- Husigner les limites qui éloignent le synochus du typhus; je suis disi à croire que le synochus est produit par les mêmes causes que le ^Bs, et qu'il n'en est par conséquent qu'une variété. » (W. Cullen, Fir$t ^ àjf tke practice o/pA^«tc,Edinburgh, 1816, p. 51.)

nous, la fièvre typhoïde. Celle-ci n'est encore qu'une variété du typhus, qui ne diCTëre de la précédente par aucun caractère vraiment essentiel. En eOet, on peut voir quelquefois, chez un môme individu, les lésions spéciales des plaques de Payer et des follicules isolés de Tiléon coexister avec Texan thème pétéchial, et réciproquement. Ces lésions manquent chez des individus qui, pendant la vie, ont présenté tous les symptômes que Ton considère en général comme propres à caractériser la fièvre typhoïde *. Cette dernière affection peut, qui plus est, donner naissance, par transmission contagieuse, au typhus exanthématique, et le typhus exanthématique peut, à son tour, transmettre la fièvre typhoïde. Enfin, s'il est vrai que l'on puisse voir l'une de ces deux formes du typhus régner, sous forme épidémique, à l'exclusion de l'autre, il est plus commun encore que le typhus fever et la fièvre typhoïde coexistent dans une même constitution épidémique, et y prédominent tour à tour. On voit, en résumé, que, pour le docteur Stokes et ses adhérents, le typhus fever et la fièvre typhoïde sont des ailections consanguines. Ce ne sont pas deux maladies absolument distinctes et qu'on puisse opposer l'une à Tautre sous les divers points de vue des causes, des symptômes et des lésions, comme on peut le faire, lorsqu'il s'agit de distinguer la variole des autres fièvres éruptives. Ce sont, si Ton veut, comme les points extrêmes d'une série nosographique non interrompue, que relient entre eux de nombreux intermédiaires, où les caractères des deux affections viennent pour ainsi dire se fondre, en formant des combinaisons variées. On peut, à la rigueur, en faisant abstraction des cas de tramition, parvenir à tracer des tableaux où ces formes d'une même maladie

1. « Dans notre pays (en Irlande), pendant le règne de certaines épKl^ mies, nous rencontrons des cas qui se rapportent par tous leurs caractère^ au typhus, et cependant, dans un certain nombre de cas, on trouve l'ulcé' ration des follicules de Tintestin, tandis que, dans d'autres cas, de la méni^ espèce, ces lésions manquent complètement. » (Stôkes, loc, ctï., livre Vil)

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sonl artificiellement représentées comme deux maladies essentiellement différentes; mais, c'est alors forcer la nature et méconnaître les analogies les plus légitimes.

Diverses contrées de TAIIemagne et du nord de l'Europe ont vu, dans ces derniers temps, régner simultanément, sous forme épidémîque, la fièvre typhoïde et un typhus avec exanthème pétéchial. On a pu, dans ces pays-là, étudier comparativement ces deux afiTections, et reconnaître qu'elles présentent habituellement, dans leurs symptômes et dans leur marche, des différences notables. On a constaté que les lésions intestinales manquent rarement dans la première, tandis qu'elles font généralement défaut dans la seconde. Mais on a vu, par contre, assure-t-on, les deux affections se présenter avec des symptômes tellement identiques, qu'elles ne pouvaient plus être distinguées l'une de l'autre, et, ce qui serait plus important encore, on les a vues naître l'une de l'autre par voie de contagion. (Magnus Huss, Statistique et traitement du typhus et de. la fièvre typhoïde^ observations recueillies à l'hôpital Sépharine de Stockholm, Paris, !855.) Aussi, est-ce une opinion assez généralement répandue en Allemagne que \e typhus abdominal (notre fièvre typhoïde) et le typhus exanthématique ne sont pas deux maladies essentiellement distinctes, mais bien deux formes d'une même maladie. (Voy. Roki- Unsky, Handbuch der Spec, paih. Anat.^ II band, p. 25. tien, 1842.)

D'un autre côté, la doctrine qui consacre la non-identité du lyphus fever et de la fièvre typhoïde compte parmi ses proïûoleurs des médecins du plus grand mérite, et elle semble chaque jour gagner du terrain, tant en France qu'en Angle- ^cfre et eu Amérique. M. Gerhard (de Philadelphie) avait déjà, ^^ 1837, cherché à établir que le typhus fever d'Amérique, — 4^ parait être en tous points identique au typhus d'Irlande, "^ et la fièvre typhoïde, diffèrent par des caractères analomi-

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ques el symptomatiques de premier ordre, et que ce sont deux maladies bien différentes. MM. Shatiuk (de Boston) et Yalleix, en 1839, Stewart, en 1840, Ritchie, en 1847, s'appuyant sur des observations recueillies en Angleterre, sont venus ensuite confirmer les conclusions auxquelles était arrivé M. Gerhard. M. Guéneau de Mussy, témoin de Tépidémie de typhus fever qui a sévi en Irlande, pendant Tannée 1847, a été conduit plus tard à admettre que cette maladie diffère complètement de la fièvre typhoïde, mais qu'elle ne saurait être distinguée du typhus des camps (Grisolle, loc. cit., p. 59 et 61). Tout récemment, enfin, M. le docteur Jenner, dans plusieurs travaux importants, qui ont pour base des observations recueillies dans le London fever hospital, a cherché à séparer plus nette ment encore qu'on ne Tavait fait jusqu'à lui, le typhus fever de la fièvre typhoïde. Il a rassemblé en outre (3* mémoire), un certain nombre de faits qui tendraient à faire admettre que les causes spécifiques des deux affections n'ont entre elles rien de commun, et qu'on ne voit jamais, par exemple, le lyphus engendrer par contagion la fièvre typhoïde, ou réciproquement.

Pour le moment, il est à peu près impossible, ce nous sem ble, de prendre parti pour Tune ou pour Tautro des opinions contraires qui divisent ainsi les médecins les plus éclairés. Mais nous croyons faire remarquer que la question en litiges été portée, dans ces derniers temps seulement, sur le terrain où elle peut être débattue avec succès, et où elle trouvera sans doute un jour une solution définitive. Dans les maladies spécifiques, lorsqu'il s'agît d'établir des distinctions nosographiques, les vices anatomiques, et à plus forte raison les perturbations fonctionnelles, ne sauraient jamais fournir que des caractères de second ordre (67. B. y.) ; c'est la cause qui constitue ici le caractère essentiel de la maladie. Et, par exemple, les maladies d'intoxication paludéenne (1450. B.) ne peuvent-

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