I. ArTHROPATHIES LIÉES A l'aTAXIE LOCOMOTHICE PROGRESSIVE
L'affection articulaire dont il va être question d'abord, s'est présentée pour la première fois à mon observation dans les circonstances suivantes :
. — Jf donnais depuis longtemps des soins d M"» B.. , ÔO ans environ, alleinte d'alaxie locomotrice progrès- ■n caractérisée, depuis plus de dix ans. et confinée au is plus de six ans, par suite des rapides progrès de la . Les membres inférieurs ontété seuls atteints pendant ps, mais, il y a trois ans, les membres supérieurs ont iliis à leur tour par des douleurs fulgurantes, dont les
répètent aujourd'hui à des intervalles très rapprochés. inl, les mouvements des mains et des bras sont libres et enleni encore qu'à un faible degré les caractères de linatiou motrice. Au printemps de l'année 1860, M°" B... nil un matin, à son réveil, d'une gène assez prononcée ; mouvements du coude gauche, lequel d'ailleurs n'était d'aucune sensation pénible.
fort étonné de trouver l'articulation passablement vol u- : ; le gunllement s'étendait d'un ciHé sur l'avant-bras, lulre au lier.-' inférieur du bras. Les parties tuméfiées l une consistance ferme, comme lardacée ; la pression ;ts n'y laissait pas d'empreinte. Le tégument exlerm.'
ARTHROPATHIES DES ATAXIQUES 161
Ce cas devait rester pour moi lettre close jusqu'au moment où le hasard me flt rencontrer M. le docteur X, qui présenlail, comme on va le voir, des accidents du même genre.
Ob5. il m. X... me fut adressé, dans le courant du mois d'octobre 1866, par quelques-uns de ses amis, appartenant comme lui à la profession et qui, les premiers, avaient été frappés de sa démarche singulière. Il avait lui-même remarqué qu'il chancelait quelquefois en marchant, principalement dans Tobscurité. Il reconnaissait, en outre, éprouver de temps à autre, dans les membres inférieurs, de violents accès de douleurs fulgurantes, qui maintes fois, avaient troublé ses nuits. Mais il n'avait pas accordé grande importance à ces symptômes; il croyait pouvoir les rattacher à une affection gastrique dont il souffre depuis longtemps et que caractérisent un état dyspeptique habituel avec gonflement de Tépigastre après ses repas, des accès de cardialgie, et enfin des vomissements fréquemment répétés.
M. X... est ùgé de 35 ans, il est vigoureux, bien musclé, mais il se plaint d'une certaine tendance à Tobésité. L'affection gastrique s'est déclarée chez lui il y a plus de trois ans ; les douleurs fulgurantes datent <\ peu près de la même époque, et plusieurs fois, il a été remarqué que les oxacerbations de ces douleurs correspondent aux exacerbationsdes accidents cardialgiques (L). Quant à la titubation, il est à peu près certain qu'elle ne remonte pas au-delà de trois ou quatre mois; avant (lu'elle n'eût ♦•lé remarquée, M. X... fut un jour frappé d'étonnementen trouvant son genou droit considérablement tuméfié ; ce gonflement articulaire avait dû se produire, pour ainsi dire tout àcoup; il ne s'accompagnait ni de douleur ni de rougeur des téguments, il y avait seulement une gêne nolabb» dans l'exercice des mouve-
I. Nuu» uppcloiis rallonlioii >nr \r^ (Ij'sonlres gastriques obriervi'-s cliez co iiialadc. Jusqu'ici peu remarqués, les accidents de ce i^'eure (!onstituent cependant quelquefois, ainsi que nous l'avons constaté récenunenl dans plusieurs cas, une complication sérieuse de l'ataxie locomotrice. A'oir sur ce sujet: G. De- Umarre, De.^ troubles gastriques dans Vataxie locomotrice progressive. Thèse de Paris, 186C}.
Charcot. OEuv. compl. t. ix. Hémorragie cérébrale. it
AItTlinuPATHIKS LiÉBS A LATAXIE UHIOHinltK^t
B membre. La syoovialt! était ilisleuduo par uue |;randi?
e liiguide. Celait, dît M. X... « une bydarthrose
cl qu'il mii fut impossible de rapporter & aucune
rêciabU'. » Mais la séreuse articulaire n'était pas
l;ctêe, car le gonflement s'étendait k la toiak la moilii^'
Je la cuisse et au tiers supérieur de la jauibe. t^ii cc^^
iiiiils, le ^onQement ue présentait pas les caractère^
Ww, il était dur, résistant, ne cédait pas à la pression
l'I n'en conservait pas l'empreinte.
je vis M. X..., l'affection articulaire s'était d'ellc-
• Liolablemeut amendée, bleu que la jointure elles
siiiea ofTriasent encore une tuméfaction notable ; il
nièjne à cette époque un peu do liquide dans la cavIU-
-e. D'ailleurs, les mouvements de llexion eld'e\leusion
libu sur la cuisse s'opéraient saus douleur et sans gène
;sU'. Je constatai en outre ce qui suit : l'allure est
, lilubante, les membres inférieurs sont dans la
jetés de cùté d'une façon caractéristique. Le maladi;
a faire quelques pas ou même se tenir debout, sans
AUTHROPATUfES DR8 ATAXIQUES 163
seul, le siège est différent. D'après cela, il cUiil devenu au moins fort vraisemblable qu'il ne s'agissait pas là d'une coïncidence fortuite, et que l'affection articulaire se trouverait reproduite, avec les mêmes caractères et dans les mêmes circonstances, chez d'autres sujets atteints de myélite sciéreusc des cordons postérieurs. Cette prévison devait se réaliser, ainsi qu'on le verra par la lecture des observations suivantes que je crois devoir rapporter dans tous leurs détails.
Obs. III. La nommée L... Louise, Agée de 50 ans, est entrée à l'hospice delà Salpêtrière le 15 février 1867, division des incurables, salle Sainte-Cécile, n** 10. Le père de cette femme est mort à 84 ans, sans jamais avoir été affecté de maladies graves. La mère, actuellement âgée de 77 ans, a toujours joui également d'une bonne santé ; seulement, elle a souffert à une certaine époque de sa vie, de violentes migraines qui duraient chaque fois deux ou trois jours. Trois frères et quatre sœurs de la malade vivent et se portent bien ; une des sœurs, toutefois, souffre, comme sa mère, de migraines.
La maladie actuelle parait avoir débuté vers Tâge de 48 ans. Avant cette époque, L... n'avait jamais éprouvé d'indispositions sérieuses. Elle était comme plusieurs membres de sa famille, sujette à des accès de migraine, qui chez elle avaient débuté dés l'âge de 12 ans. Ces accès revenaient tous les mois environ, ne duraient guère plus dun jour, et s'accompagnaient habituellement de vomissements. Ils ont cessé de paraître vers l'âge de 48 ans. Jamais d'habitation humide ; à aucune époque de la vie il ne s'esl présenté de symptômes (ju'on puisse rattacher au rhumatisme articulaire ou musculaire, aigu ou chronique.
Vers TAge de 18 ans, les règles se sont dérangées, et c'est dans Cl» temps même que les douleurs fulyurauffs ont commencé à se produire. A l'origine, ces douleurs occupaient principalement les chevilles, se présentaient sous forme d'accès durant à peine une journée et revenant à des intervalles très éloignés. Plus tard, ils se sont rapprochés, se prolongeant quelquefois pendant une huitaine de jours, et se montrant souvent assez intenses pour commander un repos à peu près absolu.
ARTIimH'ATIIIES LIÉES A u'aTAXIE LOCOMOTRICE
environ, après le début des douleurs fulgurantes, en marclit; est devenue, i. un mumenl donné, d'afiord 1res puis !\ peu près impossible, et la malade a dû entrer al de la Pitié, oii elle a été admise dans le service dp cteur (iendrin. Le séjour à la Pitié a été de trois mois, lit de ce temps, lors de la sortie, une grande amélioralit produite ; la malade pouvait de nouveau marcher el mtime reprendre en parlie ses occupations. mleurs fulgurantes, cependant, n'avaient jamais cesse tre il des intervalles asseK courts ; vers le commence- Ihiver 18H3-l8(i(i, L..., après être restée agenouillée une heure environ, au lavoir où elle s'était rendue ;.«-■ 'iidiVc, remarqua avec clonnemenl que sa jambe droite formément gonflée depuis la cheville jusqu'au genou, nit pas la moindre douleur ni la moindre rougeur au\ ;nnlli'cs. Au bout de vingt-quatre heures, la tuméfact gai^nc le genou et la partir inférieure do la cuisse : surtout prononcée au genou ; -à partir de cette époque,
ÀRTHROPÀTHIES DES ATAXIQUES 165
faits dans la chambre, le membre inférieur droit fléchit sous elle tout à coup, uu craquement se fit entendre dans Tarticulation du genou, et L... tomba lourdement sur le sol, en poussant un cri. Elle crut qu'elle avait la jambe cassée. 11 lui fut impossible de se relever et Ton dut la porter sur son lit. Malgré cet accident, la tuméfaction continua à décroître, et au bout de deux mois de séjour dans le lit, elle avait à peu près complètement disparu à la cuisse et à la jambe. Seule, l'articulation du genou était restée volumineuse et était le siège de craquements aux moindres mouvements.
En mars 1866, la malade put commencer à se lever ; mais en raison de la grande mobilité de Tarticulation du genou, elle ne pouvait se tenir debout et marcher, tant bien que mal, que lorsque cette jointure était maintenue par un bandage fortement serré ; elle entra à Thôpital de la Pitié où elle obtint un certificat d'affection incurable et fut admise à la Salpè trière.
État actuel, (février 1867). — La malade est habituellement confinée au lit depuis plusieurs mois; elle présente, d'ailleurs, les apparences d'une bonne santé. Elle a de l'embonpoint ; les membres inférieurs ne sont nullement amaigris, le genou droit est volumineux. La rotule est très mobile ; les ligaments articulaires sont évidemment relâchés. Il n'existe pas de liquide dans la jointure. L'axe de la jambe est incliné en dedans et forme avec la cuisse un angle obtus, dont l'ouverture tend à se rétrécir dans la station verticale sous l'influence du poids du corps, et même dans le décubitus dorsal, lorsqu'on imprime à la jambe un mouvement qui la porte de dehors en dedans.
Quand on fait subir à l'articulation du genou des mouvements successifs d'extension et de flexion, on perçoit des craquements assez intenses, tout à fait comparables à ceux qui se produisent dans l'arthrite sèche. L'extrémité inférieure de la cuisse et le tiers supérieur de la jambe sont un peu empâtés, volumineux ; mais les parties tuméfiées sont là dures, résistantes, sans traces d'œdème, sans rougeur. D'ailleurs, pas de douleur à la pression non plus que par les mouvements spontanés ou provoqués. Il n'existe d'autre douleur, dans le membre inférieur droit, que les
,\iiri[inir'\TiiiRs [,itEs ,\ i.'ataxtf iflcovoTniCE fulp.iranli?s qui, aujourd'hui encore, se reprodui^enl p;ir liÙH, i\ 1h vt^ritû, bien moins fréquemment qu'autrefois. L... sorl lie son lit, elle ne peu! se tenir delioul, alors le le nPnou droit est contenu par un bandage, qu'avec deux personnea, Pl elle doit s' appuyer fortement sur bras qui lui servent de aontien lorsqu'elle veut essayer quelques pas. Si, maintenue de la sorte, elle vient A 'S yeux, elle oscille aiissjti^t et ent menacée de s'afTais' lemeut.
(Miibre^ inférieurs, les sensation» de contact, de pn-slempérature Ront amoindries, mais non coniplëtenieul lorsque la malade a les ypu\ fermi^s. il lui est impossiiquer l'attitude qu'on a imprimée à se« membres; elle )mplAle[uént le lieu qu'ils occupent dans le lit. U'nil- ^ peut imprimerdes mouvements de flexion et d'exten- -énergiquos, aux diverses jointures des membres infénfrnp au lïennu drnit, malgré les lésions dont cetti^ ou est le siège.
ARTHROPATHIBS ATAXIQUBft 167
Cet exemple est propre à démontrer que l'arthropathie qui nous occupe peut aboutir à des lésions très accentuées, sans être modifiée toutefois dans ses caractères essentiels. Ici, de même que chez les deux malades dont il a été question en premier lieu, le. début a été brusque. Il n\i existé ni douleur ni rougeur des parties tuméfiées. Les symptômes généraux ont fait complètement défaut. Cependant, la mobilité anormale des extrémités osseuses, la déformation particulière de Tarticulation, les craquements intenses qui se produisent aujourd'hui sous rinfluence des moindres mouvements, attestent suffisamment, même à défaut du contrôle anatomique, que les ligaments et les cartilages diarthrodiaux ont subi à la longue des altérations profondes. Au contraire, dans Tobservalîon qui va suivre, TafTection articulaire, après s'être accusée très nettement tout d'abord, a disparu au bout de quelques semaines sans laisser d'autres traces qu'un peu de relAcbement des ligaments et des craquements qui se produisent seulement lors des mouvements brusques de la jointure.
Obs. IV. — M. B., Agé de quarante-cinq ans, ancien avoiu», ost atteint d'ataxie locomotrice progressive bien caractéris(»e, dont les premiers débuts remontent à sept années au moins, c'est-àdire vers 18(>0. il a éprouvé il une certaine époque du di'voloppomont de la maladie une alTection articulaire remarquable ot stir laquelle nous insisterons plus loin.
Le père de M. B...., encoro vivant et âgé de soixante-seize ans, n'a jamais eu de maladies graves; il a été seulement sujet i\ des troubles gastriques d'une certaine intensité : sa ni ère a •succombé h une affection du cœur ; elle avait souffert do la gravelle; mais elle n'avait pas subi les atteintes du rhumatisme artirulaire soit aigu, soit chronique. Deux steurs de M. B... actuellement mariées, sont habituellement bien portantes ; Tune d'elles répondant est de constitution assez chétive, mais sans prédominance remai'quable du système nerveux. Kn somme, avant la
AflTHIlOPATIHES LIKES A LATAXIE 1.0C0«0T11ICE
dont est atteint M. B..,, il n'avait esislé dans la famill" laladie nerveuse liien caractérisée, on enfance, M. B... était d'une santé assez délicate : it, durant son S(\jiiur au collège, il n'a jamais été réellelade; jamais en particulier, il n'a été affecté derhumaliculairc aigu, ou chronique ; jamais, d'aillpurs, il n'a dans une habilation humide.
i8, alors âgé de vingt-quatre ans, il contracta un clianerge ; quelques mois plus tard, survint nn mal de gorges plusieurs mois et Fut considéré par un médecin de naliilitique. — Un traitement mercuriel fut institué. Dee époque, M.B... ne parait pasavoir éprouvé d'accidents lisse rapporter direclementâla syphilis.
i5, M. B,.., à peine établi dans sa charge, éprouve nn profond dont il ne se relève que pour retomber dans de ^occupations relatives à sa profession. Il est résulté de it d'exaltation nerveuse qui s'est fait sentir, d'une malen près permanente, pendant le cours de plusieurs an-
AHTHROPATHIES DES ATAXIQUES 169
goutteuse. — Dans Tintervalle des accès, la marche était parfaitement libre; mais quelquefois à leur suite, pendant un jour ou deux, les jambes devenaient raides, principalement au voisinage du cou-de-pied, et la marche en était souvent singulièrement gênée. L'hydrothérapie et les bains sulfureux sont les seuls agents qui aient été employés avec quelque suite pour combattre ces douleurs.
Vers le milieu du mois de juillet IHUi, M. B... fut étonné un soir, en se déshabillant pour se coucher, de trouver sa jambe et son genou gauche remarquablement enflés. Ces parties n'avaient été pendant la journée le siège d'aucune sensation pénible. La tuméfaction commençait au niveau du tiers inférieur de sa jambe; elle remontait jusqu'au genou, 0(1 elle était surtout prononcée ; elle s'étendait même jusqu'à la partie inférieure de la cuisse. La peau avait conservé sa couleur naturelle ; elle était lisse et luisante. Les parties gonflées n'étaient nullement douloureuses à la pression : elles présentaient une consistance dure, et M. B... assure qu'elles ne conservaient pas l'impression du doigt. Le malade dor:nit cette nuit là comme d'habitude. Le lendemain, au réveil, la Kiinéfaction avait gagné la partie inférieure de la jambe. Cependant, il n'existait aucune douleur, et M. B... put se lever et se livrer même à ses occupations habituelles sans autre inconvénient qu'un peu de gêne dans la marche.
Au bout de huit jours, l'enflure avait considérablement diminuée ;mais, à cette époque, elle reparut tout à coup, sans cause appréciable, occupant cette fois presque exclusivement le genou. Un chirurgien éminent fut alors consulté, et déclara (ju'il existait du liquide dans la jointure. Il prescrivit l'application d'un vésicatoire volant. Au bout de quinze jours, la tuméfaction avait complètement disparu ; à l'aide d'un bandage, le malade pouvait marcher sans gêne appréciable. — L'articulation afl*ectée reprit bientôt sa forme et son volume naturels ; aujourd'hui, elle ne diffère en rien du genou droit ; seulement, on y remarque peut-être un peu de relâchement des ligaments, et, au dire du malade, il s'y produit quelquefois, dans les mouvements brusques, des craquements assez prononcés,
,MlTHHI)r\THIES MbF.S .'
)LIE LOCOMOrniCE
ivier IKU7, les pollutioas reparaissent plus inlenHes que f temps apr^s, les accàfl de raidour ries jambes se t plus fréquents que parle passti. Le malade remarque liremiérc fois qu'il éprouve une gronde difticuUé à marliémc ù SCI tunir dehout dans l'obscjrité. La nuit, étant léprouve des sensations qui l'étonnent; il n'a plus consleâ altitudes que prennent ses membres inférieurs ; il l)as si Kes jambes saut écartée<) nu plac^BS l'une suilil e»t fort Hurpris quelquefoin, le malin, de les trouver llit. Pendant la marche, l'allurd est ost^illaule, chancelé» jambes sout projetées laiéralomont avec Tori'e et it lounlpmeul sur 1r sol. Cependant, les douleurs Tul^unt devenues moins intenses et ne reparaissent plus inlorvaltes éloît^nés, elles sont remplacées par un lit doiiloureuxù peu préseonlinu, siégeant surtout dans t que k- malade compare à celui que produirait une 1 SI le') dimlours l'ulgurantes tendent à abandonner I iiifi^neuri ; elles ont envahi récemment les mcm-
ARTHROPATHIES DEg ATAXIQUEft 171
de l'impression est, en pareil cas, très notablement ralentie. L'anesthésie s étend sur la partie inférieure du tronc, jusqu'au niveau de rombilic; il n^existe pas de douleur en ceinture; parfois gealement un peu de rachialgie. La vision parait n'avoir jamais été troublée; il n*existo pas de désordres gastriques notables; la santé générale est, en somme, en bon état.
Si je ne craignais pas de donner sans profit, une trop grande extension h cette note, je pourrais joindre, aux faits précédents, une observation du même genre, dont les détails m'ont été communiqués par M. le D' Bouchard, qui les a rev cueillis récemment, à la Pitié, dans le service de M. le professeur Bébier. Il s'agit dans ce nouveau cas d'une femme âgée de 42 ans, chez laquelle les symptômes de la myélite scléreuse postérieure, aujourd'hui fortement accusés, se sont manifestés pour la première fois, il y a six ans environ.
L'affection articulaire occupe ici le genou gauche ; elle s'est présentée avec Tensemble des carac^tères que nous lui avons reconnus jusqu'à présent. Toutefois, il paraît s'y être adjoint quelques phénomènes qui s'écartent un peu de la règle et que je me bornerai h relever brièvement. Ainsi, contrairement à ce qui a lieu en général, la jointure avait été à l'origine, rouge et légèrement douloureuse, à la vérité, pendant quelques jours seulement; de plus, à l'époque où les premiers désordres s'y sont produits, les symptômes irincoordination motrice s'étaient déjà développées depuis plusieurs années, tandis que, dans les autres cas, raj)parition de ces sjmplômes était de dale toute récente, lors du début de Tarthropalhie. Mais ce sont là, croyons-nous, des différcMires d'ordre secondaire et qui correspondent à de sini[)les variations du type commun.
A. Après ce long exposé des faits, il suffira de résumer en quelques mots les caractères les plus saillants de l'alfec-
172 ARTHROPATHieS LIËES A l'aTAXIE LOCOMOTRICB
tion articulaire qui s'est présentée à notre observation chez plusieurs malades aUixiques. En premier lieu, nous ferons ressortir encore une fois l'absence de toute cause extérieure, traumatique ou autre, de toute influence diathésifjue ou constitulionaelle, auxquelles il soit permis de les raltaclici La syphilis, la blenorrhagie, la diathèse rhumatismale goutteuse, l'inllueuce prolongée du froid humide, ne saii raient être invoquées, ou font même complètement défaut dans les antécédents de nos malades. Pour ce qui est relatif au siège, l'arthropathie a occupé, chez eux, indifféremment l'un des deux genoux ; tantôt le gauche, tantôt le droit ; dans un cas, elle a siégé sur l'articulation du coude gauche. Elle a dans tous les cas, opéré son début inopinément, sans précurseurs, subitement pour ainsi dire ; et, à coup sûr, ce n'est pas là un de ses traits les moins singuliers. Chose remarquable, elle est apparue presque toujours à une époque bien déterminée du cours del'ataxie locomotrice progressive. Celle-ci, en effet, bien qu'elle fût depuis longtemps établie, n'avait pas dépassé les premières phases de son évolution, lors du développement de l'arthropathie, du moins dans le membre auquel appartenait la jointure affectée. Ainsi les accès de douleurs fulgurantes prédominaient ou constituaient même à peu près seuls tout l'appareil symptoraatique. L'incoordination motrice
ARTHROPATUIES DES ATAXIQUES l73
plus prononcé au niveau de larticulation, et là, a reconnu pour cause principale Taccumulation d'une certaine quantité de liquide dans la cavité synoviale ; mais constamment il a occupé en même temps les parties voisines, quelquefois dans une grande étendue. Celles-ci présentaient une infiltration d'une nature spéciale et non pas rœdème ordinaire, car la pression des doigts n'y laissait pas auprès d'elle des traces persistantes. Dans tous les cas, l'affection s'est amendée progressivement, au bout de plusieurs semaines, de plusieurs mois, soit spontanément, soit sous l'influence du traitement institué : ainsi le gonflement a disparu ou il s'est tout au moins notablement amoindri. Mais presque toujours il s'était produit aux dépens des ligaments, des cartilages diarthrodiaux, et quelquefois même, peut-être, des extrémités osseuses, des lésions tantôt à peine accusées, tantôt au contraire plus ou moins profondes, lésions qui, en général, ont survécu, et qui, une fois (Observation III), ont été portées jusqu'au point de déterminer une véritable dislocation de la jointure.
Dans le tableau qui vient d'être présenté, il y a, si je ne rae trompe, un ensemble de circonst<mces qui permettra de <péciîiliser cliniqu(»ment l'artrliopatliie des sujets ata\i([UPs, Ap la différencier deloulesaulros (»spèr<*s d'aff(Ttion des jointures, eu parliculior de Tartlirite sèche dont elle semble se rapprocher par plusieurs traits de ressemblance. A ce propos, j«» ferai remarquer qu'il nVst pas rare de voir Tarthrile sèche coexister avec Tataxie locomotrice progressive». Je Tai, pour mon coniph», rencontrée plusieurs fois, en pareil cas, tantôt sous la forme des nodosités d'Heberden, lantôl sous relie du rhumatism*» articulaire chronique partiel (I). Mais je n\u
1. Voir : Leçons sur les maladies des vieillards et les maladies chroniques. — Goutte eé rhumatisme chronique, pp. 228,*2-30. Paris, 1867.
MlTHBlll'VIiilKS l>t.S VIAXIULKS
uliporvi; qu'elle présenlâl alors aucune modificaLioa iubif daus seei caractère» cliniques. J'ajouterai qub mmcnt elli; s'était développée, en pareil cas, sous ■■née manireste des causes qui la produisent habiluelle-
bieii avant rapparilion des promiers ityraptOines des w» spinales. L'artliropalliie des itlasiques, au coiiltairi',
iHrc toujours postérieure en diite à l'altération sck^reuM' uoelleépiiiiiTe. J'incline même k croire qu'elle lui t'-.L ■ ionnée, iwiir ainsi dire, à titre de conséquence plus ou
directe, mai» c'est làunc opinion tjueje dois essaver, emeril. dv juslilîer par quelques arguments. .\ délaul léiiienUs d'une dénioustralion absolue, nous pourrons ter du moins, \ei probabilités de l'anaiogie.
>ii sait que cerUtines lésions de l'axe médullaire ont H'el a jieupr^s foostant de déterminer trùs-rupidemeiil, L'r:-es parlies des membres inTérieurs. de» troubles de la
ARTHR0PATHIE8 !>£:« ATAXIQUE» Ho
le qualrième jour après la chute (1). Chez uu charpentier qui avait Coil une chute sur lu parlie supérieure du cou, suivie de flexion forcée de Tépine en avant, il s'était produit un déplacement de la septième vertèbre cervicale, sur la première dorsale. Les eschares se formèrent au sacrum du huitième au douzième jour, aux talons k quinzième jour après Taccident. La moelle épinière était ramollie et renfermait un petit abcès dans la région cervicale, principalement vis à vis la septième vertèbre (2). Dans ces deux derniers cas, il serait impossible d'invoquer, au profit de certaine doctrine (3), une participalion des racines et des ganghons spinaux loniljaiies ou sacrés à la lésion médullaire, puisque celle-ci ne dé))assait pas par en lias la partie supérieure de la région dorsale. D'ailleurs, il existe des faits bien avérés de lésions spontanées, exchisiment bornées au tissu de la moelle, et qui ont eu néanmoins pour consétpiences la formation rapide d'eschares.M. le docteur Duriau a publié, il y a quelques années, dans ï Union médicale^ un remarquable exemple de ce genre : il s'agit dans ce cas d'un foyer hemorrhagique développé dans la substance grise du renflement lombaire ; une vaste escharo se produisit au sacrum quatre jours après le début des accidents {)aral\ tiques(i). J*ai\'U les brusques exaccrbalions de la myélite scléreuse des cordons antéro-latéraux, l'irruption soudaine dans la cavité rarhidienne du pus provenant d'un abcès chez un sujet atteint de mal vertébral, déterminer aussi la formation rapide d'escliares.
Entre ces eschares à développement prématuré, et l'arthro-
l. Jeffroy'â ïjjndon Med. and Suif/. Journal 18i?«), jiiilli-l : cl Ollivirr d'An- •JtPTtt , Traita dr.^ maladies de la nwplle épinière, l. 1. p. ."M 7. l*;iris, IKJT.