‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 3)Chapitre 45 sur 85 · HYSTÉRIE : TROUBLES DE U VISION · texte numérisé non relu

HYSTÉRIE : TROUBLES DE U VISION

montré que le champ visuel normal des diverses couleurs est le suivant; le plus étendu, le plus périphérique par conséquent, est le champ visuel du bleu, puis successivement et concentriquement viennent Torangé, le jaune, le rouge, le vert, et le violet qui a la plus faible étendue et est le plus central.

J'ai reconnu des variétés à ce tableau ; à côté des « bleus », c'est-à-dire de ceux chez qui c'est le bleu qui a le champ visuel le plus étendu, il y a les « rouges», c'est-à-dire ceux pour qui c'est le rouge qui possède le champ visuel le plus étendu. Toutes nos malades sont dans cette dernière catégorie ; le tableau de leur champ visuel présente donc de la périphérie tiu centre les couleurs dans l'ordre suivant: rouge, jaune, bleu, orangé, vert et violet. C'est un fait constant que le violet et le vert sont toujours au centre, et ont toujours le champ visuel le moins étendu. Chez une hystérique du pre* mier degré, il se fait un rétrécissement concentrique de tous les champs visuels; le cercle central du violet se rétrécit de plus en plus et disparaît. A un degré plus avancé, le vert disparaît aussi, et ainsi de suite. C'est toujours dans cet ordre reconnu empiriquement, mais qui est constant, que disparaissent les couleurs. Une malade qui voit le violet doit voir toutes les couleurs : celle qui voit le vert et qui dirait ne pas voir le bleu tromperait : celle qui voit le bleu doit voir le jaune et le rouge, etc.

De même, lorsque la notion des couleurs est restituée aux malades par l'emploi de nos procédés, aimant, application métallique, etc., les couleurs doivent aussi toujours reparaître dans un ordre rigoureusement déterminé. Le rouge doit reparaître le premier, puis, après lui, le jaune, puis le bleu, Torangé, le vert, et en dernier lieu le violet. On comprend qu'avec de telles lois, nous échappons à toute fraude, à toute supercherie de la part de nos malades.

s ai déjà di'inonli'é que l'application d'un aimant. auquel la malade est sensible, etc., ramène dans iromatopsiquc la perception des couleurs, en même M' la sensibilité cutanée. Celle jeune fille qui ne voit diciil que le rouge, ne reconnaît d'abord que la rouji^e sur le disque de Newton que nous projetons ■cran. Le. reste lui paraît gris ou blanc. Plaçons sur ■ droite un bandeau métallique, — elle est sensible au lot elle voit, de cet œil droit, une autre couleur, le "elle peut nous montrer, puis le bleu, puis l'orangé, l enfin le violel. Alors elle reconnaîl toutes les couais vous savez que, en vertu de la loi du transfert, ce ;agne d'un côté, elle le perd de l'autre. En effet, pene cette malade que je vous présente gagne, par l'acilatliqup, la perception du rouge de l'œil droit, elle ns l'œil gauche qui était sain et percevait auparaules les couleurs, elle perd la perception du violel.

LUMIERE DE SODIUM *. ACilROMATOPSlE ARTIFICIELLE 285

rer ce disque de Newton, et toutes ces planches coloriées, avec de la lumière de sodium, qui est monochromatique et exclut toutes les autres, pour que tous vous perdiez la notion des couleurs et que vous ne puissiez distinguer rien autre chose que du gris ou du blanc. Vous avez tous Tachromatopsie des hystériques, et, si j'ai fait cette expérience, c'est pour vous faire sentir par vous-même Tétat dans lequel se trouve l'hystérique (le plus souvent d'un œil seulement).

Si Ton combat la lumière du sodium par la lumière électrique ou par la lumière solaire, immédiatement les couleurs reparaissent et sont perçues régulièrement.

111. Co.NTRACTL'RE HYSTÉRIQUE ARTIFICIELLE. — CATALEPSIE ARTI- FICIELLE. — Je VOUS ai montré, dans la leçon précédente, comment le simple voisinage d'un aimant nous permet de faire passer une contracture hystérique naturelle dans un autre membre et d'un autre côté du corps. Je vous ai aussi fait voir que, par une préparation spéciale, nous pouvons, chez une hystérique, provoquer artificiellement une contracture dans le membre que nous voulons, et que désormais, cette contracture se comporte comme une contracture hystérique naturelle. Vous avez vu, d'ailleurs, qu'après avoir affligé notre hystérique de cette contracture momentanée, nous avons pu l'en débarrasser aussitôt après la démonstration.

Il est temps de vous dire mon petit secret : il est bien simple, et, après moi, vous pourrez en faire tout autant, car je pens(^ bien que vous ne me supposez pas un pouvoir surnaturel. Lt' procédé réussit chez toutes les hystériques.

11 suffit de regarder fixement une hystérique pour la mettre dans rot état spécial de lélliargie provoquée, dans cet état inconscient de résolution des membres, d'insensibilité, dont je vous rends témoins. Je me place en face de celte jeune hystérique ; je la regarde en face, en lui disant

EKFETS DU HECAHI) : CO.MllACTLllE ARTIFICIELLE

regarder : elle tombe comme foudroyée dans cet état n'entendant plus rien, ne voyant plus rien, ne pénis à rien : lorsqu'on la réveillera, elle ne saura pas ce l passé.

aut qu'elle est dans ci-t élal particulier, nous constal'il existe chez elle une surexcilabililé musculaire ic ; je touche à peine, avec une petite baguette, ta du nerf facial, près de l'oreille, et aussitôt vous voyez -acier énergiquemenllous les muscles de ce cfltc delà inervés par le facial, tout h fait comme s'y j'y avais ser un courant à la manière de Duchenne (de Bou-

tucbc de môme le muscle stcrno-cléido-aïastoïdieii mmédiatenient, vous voyez la l^te s'incliner & droite esc tourner du côl6 gauche, ce qui est l'effet produit ■ontraction de ce muscle. Ces résultats ne peuvent être . par nos malades, qui ignorent assurément tous les

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