‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 3)Chapitre 46 sur 85 · CATALEPSIE ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

CATALEPSIE ARTIFICIELLE

sie est donc un état confinant à l'état hypnotique du début de rexpérience ; nous pouvons passer de l'un à Tautre, mais ils diffèrent Tun de l'autre, puisque, dans le dernier, il n'y a plus cette excitabilité si vive et si remarquable du système musculaire.

Si nous réveillons notre cataleptique (en lui soufflant sur la figure ou en lui comprimant la région ovarienne), nous la trouvons avec sa contracture ; sa contracture du bras peut passer d'un côté à l'autre, et dans les muscles que nous voudrons, comme vous l'avez vu dans la séance précédente.

Pour faire disparaître la contracture, il faut de nouveau faire tomber notre malade dans l'état de léthargie provoquée : je la regarde fixement en lui disant de me regarder en face, et, immédiatement, elle tombe dans ce singulier état.

L'hypcresthésie musculaire existe : je fais une excitation légère des extenseurs du bras, et la contracture des fléchisseurs disparaît. Je réveille la malade, et vous remarquerez que, chaque fois, elle pousse un cri et qu'il apparaît de la mousse à sa bouche. Ce réveil n'est, en effets pas un réveil physiologique ; c'est un état pathologique, c'est la sortie d'une crise, de môme que l'état dans lequel nous la plongeons artificiellement n'est pas un sommeil. On a dit que c'est un sommeil nerveux \î^, ne sais trop ce que cela signifie: appelons-le plulùt un état de sujétion^ de subjection ; peu nrimportent les noms qu'on voudra lui donner, je constate le fait tel qu'il existe. Pendant ce sommeil spécial, si je cherche à Tenlrainer vers moi, elle me suit ; ou peut la faire travailler, lui faire désigner telle personne qu'elle a vue antérieurement, etc.; c'est le domaine qui a été exploité dans un autre ordre d'idées.

Nous pouvons faire passer directement notre jeune hystérique dans l'état cataleptique. Disons-lui de regarder un ins-

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luiiiÎLTu électrique de notre appareil à projection ; , <■]].■ .-^1 calaloptique. Remarquez aussi quelle ïnfluliliidf des iiieiiibres exerce sur l'aspect de la physioje lui rapproclic les mains de la figure comme on fait l'on ril, et aussitôt, la face prend l'expression du rire ; lue îiux liras une allilude tragique, aussitôt, la figure tragique h son tour.

pouvons maintenant transformer cet état cataleptique il*' iéllijirgie par l'effcl de la cessation de la lumière : U' [musse un cri et. quittant son attitude calaieptique. ibe sur la chaise dans l'état que nous venons d'étudier, i surexcitabilité des muscles existe; la conlraclure être produite, etc., comme nous l'avons vu précéil. Celle longue suite d'excitations de toute sorte n'a ■s pa^^ irinfluence fâcheuse sur l'état ultérieur de la Apri.'s une sorte d'engourdissement d'un quart d'heure e demi-heure, lorsqu'elle aura pris le grand air, elle

IIÏSTfcllO-LnUl'SIK

Episodes nouveaux de l'hystéro-épilepsie- — Zooi:sie, — Catalepsie chez les animaux <i).

I. CdNTItAl.flKE inSTh'HIOIE : IHSPAB1TI0.> SIHITE. — Oll SJlJl

que lu cunlracluie liyslériquo i?sl «l'une li^nariK- e\tr^liie, et i pci'sisle quelquefois pendant plusieurs années. J'ai \ti ici une | malade îiUeinte de ronlntcUire hystérique permanente pen- J danl liuil années loiiséculives. Mais il peut arriver que la j eonlrat-lure disjianiisse tout îi coup sous l'inlluenee d'une émotion morale vive, et surloul sous l'influence d'une excita- I tion religieuse. C'est là un Tait qui n'est absolument paa | douteux. Ainsi, je vous présente cette malade qui estaujouf- j (i'hui très bien guérie. Elle esl entrée Ô la Salpétrii're comme ' incurable ; elle élail atteinte d'une contracture du cfllé gauclio qui durait depuis liuit ans : quelque temps aprf's la Commune, ] elle se trouve dans cet hospice, mêlée à une cérémonie religieuse qui l'impressionne vivement ; toul à coup, ses membre» se détendent et a<i coiitmchire cesse immédiatement. Ce n'est pourtant que les jours suivants que disparurent successivemenl l'aneslliésie, puis l'aclirouiatopsie qui siégeaient du

I. EvlraLlile U i:,,-.eru di-n Ixi/.ilaiix ûulS nov. IWS. Charcot, Œnv. comiil, t. ix, tlyimotUme.

290 l'AlULÏSIE llïSrviHIÛlK : UIAt;>OSTIC

même côtù gauche ; depuis celle épuqiie. elle esl restée guérie coinpièleraent : vous pouvez reconnatlre en elle la malade dont j'ai publiii la photographie dans niun livre, pur les cicatrices debrûluresfiuî sillonnent son visiige. C'est eette môme malade (|ui nous a présenté des phénomtues à'ixchime hyslêrit/ue, et qui vomissait de l'urée tous les jours. Notons aussi que l'hysl ro-épilepsîe riiez elle a survécii'quatre annèesàla aiénopausc(l

II. Paiulysik iivsTËiiiotE ! ui.vc.NosTic. — La paralj'ï'ie est le phénomëue précurseur ordinaire de la eonlracture : nu membre se paralyse d'abord, puis survient ta contracture. C"esl„ par exemple, re qui est arrivé cliez la religieuse de ta Creuse dont je vous ai entretenus dans la précédente leçon (page 271). A la suite d'une attaque plus ou moins violente, un membre est paralysé, puis il devient le siège d'une contracture.

Je vous présente aujourd'hui une jeune Qlle atteinte d'anesthèsie totale, prédominante du côté gauche : c'est de cm côté qu'il existe une paralysie hystérique très-marquée. Il y a presque une paraplégie. Comment distinguer une paralysie hystérique d'une paralysie due à une myélite, aune lésion matérielle de la moelle ? .\ côté de cette jeune lîlle. je place uue femme atteinte de myéhte partielle, et qui ne présente aucim phénomène hystérique. Vou^ pouvez constater que les phénomènes locauj: sont absolument identiques. Vous save:; que l'on dit caractéristiques des myélites partielles latérales de la moelle, de ces myélites qui intéressent surtout les.fonrlions motrices, les caractères suivants : 1° la trépidation provoquée qui se produit lorsqu'on redresse la pointe du pied du côté paralysé; 2° le rè/le.re tendinetu que l'on observe quand on produit un choc sur le tendon i-olulien : aussitôt

IVpiltpiiv eir/>!,'téi-ie. P»rii, 1876.

l'AHALÏSIE IIVSlbHIUUË 1 IIIAC.MIST IC

on voil uni! [n'iile st-cous-sti du mcnibri! i,il faut I16clur 1 janiht- el l)ien la !ioul<!iiir en lenanl la muiu sous la parlù j)osl6rieurc di: la junibt') ; 3" la trépidation tpunlanée qup l'offli {iroduit lorsque l'on cherclie ii élever le membre en le lonaol avec la main appliquée sur la plante des pieds.

\'ous vojez que chez l'une el l'autre de ces deux malades je provoque êgulenienl res trois phéoom^ncs classi(]ue^ de la lésion lies faisceaux latéraux de la moelle. 11 faut doue rherciier ailleurs le diagnostic différcnliel de la paralysie hystènque el de la pam/ijs-if orf/a/tir/ue. 1 1 faut étudier le lablrau luul entier, le» phénomènes généraux de l'organisme, el chercher les sjmpti^mes que l'on pourrait croire accessoires, el qui pourtant sont de la plus haute importance puisque, par eux seuls, on peut dire si la malade est hystérique ou ne l'est pas. Je vous montre ici des Ivpea accomplis dont vous iwuvez nettement saisir les différences. Maïs il n'en est pas toujours ainsi dans la pratique ordinaire, el parfois il est diflîcilc de se prononcer. J'ai ainsi été appelé à l'étranger pour donner mon avis diuis un cas où Ton se demandait la nature d'une pjiraiysie dont était atteinte une jeune femme île vingt uns. Le diagnostic était difQcile. mais je fus mis sur \a voie du diagnostic dJ-s que. l'ayant regardée fixement avec heaiicoup d'intérêt, je remarquai que ses yeux convergeaient en haut, avec du strabisme interne, el que ses paupières palpitaient légèrement. Il n'y avait pas d'anesthésie des memhres supérieurs; mais, ma main a\ant louché légèrement l'autre membre inférieur que je croyais contracture, la malade poussa un cri; il y avait donc hypéreslhésie de ce côté du corps. C'étaient là des stigmates de l'hystérie; bien qu'il n'y ait pas eu antérieureineut d'attaques ni de crises uerveuses. ce qui n'est pas indispensable au diagnostic, j'afiirtnili que c'était lîi de l'hjslérie el que la guérîson surviendrait sponla-J Qément, el, en eiïel, elle survint rapidement.

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Cette j(m»elillp, alleinle de paralysie du càlô gauche, présente aussi une «iiesthésie (olale des deux côti^s du corps. Vous voyez que son pharynx est absolument insensible ; nous lui rendons ceiiendunl la sensibilité' au moyen de l'application d'un collier fuit aver des plaques de zinc. Après quelques minutes, la sensibiliti.^ esl complètement rétablie.

111. Zoufsit. — I/achromalopsie partielle ou loliile n'es! pas le seul trouble de la vision que l'on observe che/ les hystériques. Je veux aujourd'hui appeler votre attention sur un autre phénomène intéressant des troubles visuels; je veux [larler de la vmnti des animatiJ-^ que l'on pourrait appeler lu zoopsie. En effet, dans nos salles, mt^me pendant les périodes de calme, nos hystériques soni parfois épouvantées par des visions d'animaux. Elles voient des rais, des chais, des animaux, noirs en génénil, qui se présentent toujours du même côté, du côté de l'achronialopsie; ils courent, sautent dans la même direction, venant par derrière et latéralement.

11 esl des cas oli ils sonl rongea. A ce propos, il esl intéressant de signaler, dans les causes célèbres, un détail du fameux procès de l.a Koncière (vers 1835) : la jeune fille prétendait que riinmme qui avait escaladé les fenêtres de sa chambre portait un habit et un bonnet rouge ; relie hallucination rouge revenait loujours ti ta jeune hystérique.

Parmi les hystériques que je vous présente, celle-ci voit des chats noirs du côlégauche. ciUé de sa paralysie; celle-là voit un lion rouge, celle autre voit des rats h sa droite, celle dernière voit des rats et des araignées, loujours venant d'arrière en avant. • / Pour mieux ébiblir le conlraslo que je vous signalais deraièr^meut entre l'hysléro-épilepsis eU'épilepsie, je fais venir h côté de ces hystèriquei plusieurs malades aitei nies d'épilepsie et surlonl d'épilepsie vertigineuse; vous constatez

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aTAi.Ei'siE AnriFiciEULE 293 .

combien sont plus graves les troubles de rialelligeiiue chez * les épilepttques. Telle hystérique, la doyenne de cet hospice, esl suns doule d'une înleliigence très-bornée, mais elle ne i présente pas de démence. Au contraire, cette épileptiquo n'a plus trace d'intelligence ; elle ne connaît que le sucre et les petits papiers qu'elle collectionne; toutes ces autres se rapprochent plus ou moins du genre g&teuv ; elles savent à peine , leur nom, etc. , en un iriot. elles ne peuvent ^Ire com{)arée9 ! :iu\ln>:|énqii('s les plus invi^l^r^es.

IV. Catatë].psie artificielle; nouvelles expédie^cks, — la ' vous ai montré comment il suffît, pour rendre cataleptique I une hystérique, de lui faire regarder fixement la lumière élec- \ trique. Dès qu'on cesse l'éclairage électrique, elle tombe dans l'état d'hypnotisme, pendant lequel nous avons constaté l'excitabilité spéciale des muscles et des nerfs. Pour vous montrer que cette expérience n'est pas faite avec ce qu'on appelle un sujet, je la répète avec une autre de nos hystériques. Pendant qu'elle est dans l'état de somnambulisme, je puis, en la xoHiritant. lui faire faire quelques petites choses. Je n'ai pas la j prétention de la faire voir et lire par l'épîgastre, mais je puis a la faire lever de son siège en la priant à plusieurs reprises, je ', lui dis do s'asseoir k cette table et d'écrire «mou nom, mes 1 prénoms » (cpi'elle connaît), et vous voyez qu'elle les a écrits J sur cette feuille de papier : ■■ Gharcot (Jean-Martin) i). Elle est maintenant insensible sur toute la surface du corps, tandis qu'à l'état ordinaire elle ne l'est que du cùté droit. '

Nous pouvons la rendre hypnotique ou somuambule d'un cTité du corps et cataleptique de l'autre (ce fait a été découvert pur M. Descourtis, e\lerne de mon service). Il suffit pour cela de rendre la lumière électrique et d'ouvrir i» la malade le.» , [laupières du ciHé droit par exemple ; aussiti^t elle est cata- j leptique de ce côté droit, et je donne k ses membres droits 'J

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loiilit<> Im nllilude» imaginable». Ppndant rp lemp;;. le cMÉ paiirlip psl dani* I "hypnotisme ; il prt-senle le? phénomènes il'fixcilahilitô musculaire el ntTveuse que vc»us connaiâ^t^z [tuis provoquer de re rrtl^ gauche le* conlraclures livstél qucs, de la langui- par exemple.

Je la rends cataleptique des deu^ rAt^s en ouvrant les paupières du cùlt' gauL-lie, el je la réveille en lui souillant sur la figure. Klle a gardé ses cnnLractures du côtù gauche el de la langue. Je le? fai» disparaître comme vous savez : je lui fiFiis regarder la lumi<>re èlectricpie, elle devient calaleplique ; je Tais cesser la lumière électrique, elle devient hypnotique, el je la ri^veille limsquement.

[lest un autre nmyen de provoquer la catalepsie : je lais asseoir ces dou\ liyslèriques sur la caisse â rèsonnance de co gros diapason. Dès que je fais vibrer le diapason, vous les voyez tomber immédiatement en e.ilalepsîe. Arrêtons les vibrations du diapason : elles lorahenl en somnambulisme, Faisons de nouvelles vibrations dn diapason, la catalepsie reparaît.

Ce Tait curieux, remarqui^ par M. Vigouroux, est-i! dft; l'excitation de la sensibilité auditive, ou à celle de la sensibili générale ? Nous ne te savons pas ; nous rechercherons bienlflt si l'excitation de ia sensibilité de l'odorat, du goût, provoque les mêmes phénomènes.

V. Catalepsie chez ues amxai x. — On a pu provoquer catalepsie chez les animaux. C'est un fait reconnu depui lonn:lemps. En 1636, le R. I*. Atlianase Kirscher raconte ttiayna liicis et umbru-} un fait curieux, dû à l'imagination des poules, et surtout des coqs : si l'on fixe, pendant un certain temps, la léte d'un coq prés d'un tableau noir sur lequel on a fait une raie blanche, juste au niveau de la tète du coq, celui-ci devient cataleptique : il ne seul plus les piqûres, et

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ide spéciale. Avant le R. P. Kirscher, Scliweri' ter avait parié de cette expérience, pt lui-raôme l'avait apprise dans un iivre imprimée Paris, intitulé : Récréations nwlhÉmatigiies. Le fait aN-ait donc été observé en France d'abord, puis tninsporlt' en Allemagne, d'où il est revenu ensuite.

Nous remplaçons le tableau noir avec une raie blanche par une lumière vive, devant laquelle nous tenons fixé le bec d'un coq : il devient calaleptique. Hier, l'expérience nous a parfaitement réussi, plus compIMenieiit qu'aujourd'hui.

On peut la répéter sur d'autres nniniaux. moineaux, salamandres, ècrevisses, lapins, ely. Avec h' cochon d'Inde, nous avons toujours éclioué.

VI. Dk i.'iivstErië dans l'art, — Nous nous proposons, mon collaborateur M, nicher et moi, d'étudier cette question ; de l'hystérie dans i'url. Je termine celte conférence en vous montrant de quoi il s'agit.

■ Nous projetons sur cet écran la copie exacte d'une fresque que j'ai remarquée dans une église de Florence, pendant un voyage fait récemment en Italie, Elle représente un miracle de saint Philippe de Néri, ascète qui passait pour reconnall les gens chastes k leur seul parfum spécial.

Il eslre|îrésenté guérissant une possédée (1593). Remar^ quez comme il fixe l'atlention de la malade qui est devant lui, et examinez l'attitude de celle-ci ; c'est la chute d'mie hystérique dans l'éLat hypnotique ou de somnambulisme. Voyez la résolution des membres : ce fait estabsolumenl copié sur nature. Sans le savoir ni le vouloir, le saint a produit l'effet que nous étudions actuellement.

Ce deuxiénu* tableau, que j'ai vu dans une éplise de Cènes, est de Rubens ; il représente un autre miracle : saint Ignao^ de Loyola guérissant une démoniaque.

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296 DÉ l.'llïSTliBIE DANS I.'aHT

Nous remarquons ici une autre phase de Thyslérie : c'est une véritJible atlaque d'hystértf ; la démoniaque déchire ses vêlt'menl», el ses membres se oonlracUirenl ; la convulsion de la langue el des mâchoires psI admiralilemenl représenlée : les détails en sont d'autant plus authentiques, que nous avons l'esquisse même de celle tf'te, laite par Rubcns. C'esl la pbif tographie la plus fidèle des contorsions d'une attaque d'h térie.

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