‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 3)Chapitre 57 sur 85 · VARIATIONS DE L^HTPEREXCITABILITÉ NEURO-MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

VARIATIONS DE L^HTPEREXCITABILITÉ NEURO-MUSCULAIRE

Exagération des réflexes tendineux aux membres supérieurs comme aux membres inférieurs, plus accusés à gauche qu'à droite. A la jambe gauche la trépidation épileptoïde peut être provoquée par le procédé ordinaire (soulèvement de la pointe du pied).

Cette malade n'a jamais été endormie. Nous la prions de fixer du regard un objet brillant et rapproché. Au bout de peu d'instants elle pousse quelques soupirs, puis bientôt les yeux se ferment, la tête se renverse, elle est endormie.

La résolution musculaire est complète. Les réflexes tendineux ont subi une exaltation notable. Le mouvement réflexe est étendu.

La malaxation des masses musculaires ne détermine aucune contracture. Il en est de même aux poignets pour Texcitation mécanique portée sur les tendons, percussion, friction ou malaxation. Mais le choc rotulien donne un résultat différent, A la suite de plusieurs coups portés successivement, la jambe se roidit dans Textension et la contracture envahit en même temps les quatre membres. Cette contracture cède facilement par la friction.

Le spasme des paupières empêche l'ouverture des yeux, les pupilles se cachent convulsivement sous la paupière supérieure et ne se laissent pas découvrir. La catalepsie n'est pas possible. — Le réveil est facilement obtenu par le souffle sur le visage.

Les deux exemples qui précèdent nous montrent le sommeil hypnotique à un degré fort incomplet, sorte d'état rudimen- Uiire. Les phénomènes psychiques sont nuls, l'état cataleptique n'existe pas, pas plus que l'aptitude des muscles à la contracture localisée. En outre de la somniation et de la perte de connaissance, l'exaltation des réflexes tendineux, simple ou accompagnée de tendance à la contracture, est le lien qui rattache ces faits incomplets à l'état de léthargie hypnotique entièrement développé dont nous avons donné la description. Mais, entre ces deux extrêmes, l'on conçoit qu'il existe de

398 l'btp^otisve aa les nrsTeiiiQUES

nombreux deerés iDlermêdiaîres qui constituent comine

autant de ^-ariêtés.

D. — Etal calaleptiforme.

Il ost des cas dans lesquels l'h^'perexcîlabîlité neuro-musculaire donne naissance à une sorte de catalepsie qu'il importe de ne pas confondre avec la catalepsie véritable et que pour cette raison nous avons proposé de désigner sous le nom d'hypnotisme.

L'état cataleptique sument d'emblée i la suite de l'impression brusque d'une vive lumière sur la rétine (lumière électrique, lampe Bourbouze, etc.), sous l'influence d'un grand diapason, ou bien encore à la suite d'un brait violent inattendu (coup de gong).

Il succède également à la léthargie h}'pnotique obtenue le plus souvent directement par la G<(ité du regard. Il suffît dans ce cas, de soulever les paupières d'une malade léthargique pour la rendre immédiatement cataleptique, Les caractères de cet état cataleptique sont les suivants :

1" Les yeux sont ouverts, et le regard possède une fisité sur laquelle nous insistons comme un des signes les plus

ÉTAT câtâleptioub 399

ou la roideur des mannequins de peintre n'existe pas. On modifie Tattitude des membres avec la plus grande facilité et sans le moindre effort. Les attitudes ainsi communiquées sont gardées par les sujets pendant fort longtemps et le massage ou la friction des masses musculaires ne les modifient pas. Enfin cet état cataleptique est uniformément développé sur tous les membres et le tronc ;

4' L'hyperexcitabilité neuro-musculaire n'existe pas. Les réflexes tendineux sont complètement abolis ;

5° L'anesthésie cutanée est complète. Persistance partielle des sens ;

6* Suggestion. Influence du geste sur la physionomie. Phénomènes psychiques sur lesquels nous n'avons pas à insister ici : automatisme, hallucinations provoquées (1).

L'état cataleptique dont nous venons d'indiquer les principaux traits constitue un des modes du sommeil nerveux^ bien distinct de cet autre mode que nous avons décrit sous le nom de léthargie hystérique provoquée dont l'hyperexcitabilité neuro-muscualire constitue un des principaux caractères. , L on sait comment ces deux modes du sommeil nerveux peuvent se succéder chez un même sujet, ou même s'y montrer simultanément en n'affectant chacun qu'une moitié du corps (hémi-léthargie, hémi-catalepsie). Mais il n'en est pas toujours ainsi ; à côté des cas que l'on pourrait appeler les cas types et réguliers dans lesquels tous les symptômes offrent le caractère de précision sur lequel nous venons d'insister, il en est d'autres moins parfaits dans lesquels le sommeil hyp-

1. En résumé cet état cataleptique, à cause de la flxité du regard, de la légèreté et de la souplesse des mouvements, de Tharmonle qui existe entre les gestes et Texpression de la physionomie, pourrait être désigné sous le nom de catalepsie plastique. Elle permet d'imprimer aux sujets les attitudes les plus variées, susceptibles même de satisfaire aux lois de Testhétique et si les sculpteurs de Tantiquité ont fait poser, comme modèles des femmes cataleptiques, ainsi que le prétendent quelques auteurs, bien certainement il s*agissait de la catalepsie que nous venons de décrire.

L*nïpsons!iË CHEZ les htstêriqles

n'est plus susceptible d'être divisé en deux période: PS : élat lijlhirgique avec hj-perexcitabililé neuro-mus-

et état caUleptique. C'est une sorte d'état mixte qu »nir des deux a in fois, et qui compte au nombre d< ifestatioas les syraplùmes cataleptiformes dont il es

l'exemple suivant l'hypnotisme est caractérisé par ui loiitané ou provoqué. Il s'y joint l'état musculaire spé-

lequel nous insistons ici.

hystéro-épileptique, anesthéslque totale et achroma ■ excepté pour le violet, a des grandes attaques convul ns lesquelles le spasme laryngé se montre à un degrt inaire. Les réflexes tendineux sont manifestement exa ux Kenoux. ils oflreuL même une légère tendance àU isation. Par contre, aux coudes et aux poignets, ils soni 1 manjUL-s.

r>r 1881. Tentative dhynoplisme parle procédé de It

ETAT CATALEPTI FORME 401

leur et conduit dans une direction déterminée. Les sens de la malade ne sont pas complètement fermés au monde extérieur. Elle entend les questions qu'on lui adresse, y répond d'une façon plus ou moins juste, il est facile de provoquer chez elle des hallucinations variées.

Pendant tout ce temps Tétai musculaire est intéressant & noter c'est sur lui que nous appelons particulièrement l'attention. Il persiste avec les mêmes caractères pendant la phase de spasme ou celle de délire, et que la malade ait les yeux ouverts ou fermés. En premier lieu nous constatons une exagéra^ tion très marquée des réflexes tendineux aux coudes et aux poignets. Aux genoux, le choc sur le tendon rotulien, en outre de la secousse de la jambe, provoque un soubresaut dans les deux bras. — Mais les manifestations de l'hyperexcitabilité neuro>musculaire ne se bornent pas là.

La percussion répétée ou la friction des tendons du poignet amènent la contracture de la main soit en flexion, soit en extension, suivant les tendons excités.

La malaxation des masses musculaires de l'avant-bras produit également la contracture; la même chose se produit aux cuisses.

Le stcrno-mastoïdicn se contracture aussi sous l'influence de Texcitatiou mécanique, mais les muscles de la face demeurent inexcitables. L'excitation du nerf cubital en arrière de l'épitrochée provoque la contracture du poignet et de la main dans la flexion ; la grifl'e cubitale est imparfaite. Ces contractures diverses cèdent par la friction des muscles antagonistes.

Jusqu'ici nous voyons que l'hyperexcitabilité neuro-musculaire présente, à peu de chose près, la plupart des caractères que nous avons décrits précédemment; mais nous constatons en outre une aptitude spéciale des membres à conserver les attitudes communiquées. Il semble que l'état cataleptique et l'état d'hyperexcitabilité neuro-musculaire soient ici confondus et existent en même temps. Avec un peu d'attention cependant il est facile de se convaincre qu'il ne s'agit pas ici de Tétat cataleptique véritable ; mais d'une sorte d'état cataleptique déjà

Ghahgot. Œuvr. compl. t. ix, Hypnotisme » sS

402 l'bypkotiske ohbz les RVSTÉRIQCES

décrit par l'un de nous, et qui ne saurait être coDsidéré que

comme une nouvelle manifestation de l'hypereitcitabilité seuro-

musculaire.

En effet les membres sont toujours lourds ft soulever; ils ne conservent qu'imparfaitement les attitudes communtqaées, et la friction amène toujours la détente du membre, et la résolution musculaire complète. En soulevant les paupières de la malade et en maintenant ses yeux ouverts, l'état cataleptique véritable ne saurait être obtenu. Les réflexes tendineux persistent, et si les membres gardent les attitudes comnouoiquées, c'est avec les mêmes caractères que précédemment. De plus la contracture par excitation mécanique directe est toi^jours possible.

Que les yeux soient ouverts ou fermés, la motilité, chez cette malade, présente les mêmes modifications. Nous avons remarqué que les yeux maintenus ouverts présentaient toujours un certain degré de convergence.

Nous avons pu observer ceLétat cataleptiforme chez plusieurs de nos malades, les caractères .qu'il présente se sont raonlrés identiques et il est inutile d'en multiplier les exemples. Il ressort des faits que nous avons pu étudier que cet état, qui parait tenir & k fois et de la léthargie et de la catalepsie, caractérise pour ainsi dire un degré inférieur de rhypnoUsme. Il se montre chez tes sujets peu aptes à ce genre de recherches, ou

ETAT GATALBPtlPOIIllB 408

souvent, dans ce cas, les yeux ne se laissent pas ouvrir facilement ; un spasme maintient les paupières fermées, la pupille fuit la lumière en se cachant soit sous la paupière supérieure, soit sous la paupière inférieure ; lorsque néanmoins on arrive à la découvrir ou constate un degré de strabisme plus ou moins accusé, ou bien si le regard parait direct, il est sans fixité et les paupières ont une tendance invincible à se fermer. Cependant nous avons pu remarquer quelquefois que lorsque les yeux étaient ouverts quel qu'imparfaitement que ce soit, l'aptitude des membres à conserver les attitudes communiquées augmen^ tait, sans que la tendance à la contracture provoquée fut pour cela diminuée.

En résumé, les caractères de Tétat cataleptiforme sont les suivants :

1® Les yeux sont le plus souvent fermés, s'il sont ouverts la convulsion des globes oculaires empêche toute fixité du regard.

2'' L'aptitude des membres à garder une situation communiquée présente les particularités suivantes:

a) Souvent cette aptitude est inégalement développée sur les différents segments du corps ;

b) Le membre est lourd à soulever et il existe dans les articulations une certaine roideur (/leanbiliias cerea) ;

c) Pour que le membre garde la position dans laquelle on le place, il faut insister quelque peUy et le maintenir au moins quelques secondes avant de l'abandonner ;

d) Dans le plus grand nombre de cas, le membre retombe bientôt de lui-même ;

e) Enfin la friction et le massage des masses musculaires amènent toujours la résolution du membre qui retombe inerte.

'i"" L'hyperexcitabilité neuro-musculaire existe à un degré quelconque. Les réflexes tendineux sont exaltés*.

iOi l'hTPXOTISJIE CBEZ les aiSTËnlQl'ES

i* Que les \eu\ soient ouverts ou fermés, l'étal musculaire reste le même, présentant toujours ce double caractère dliyperexcilabïlité et d'état calaleptiforme.

Il nous paraît ùicile de saisir de quelle manière l'état cataleptiforme se rattache au pbènomèae de l'hyperexcitabililc neuro-musculaire.

I.e membre qui parait cataleptique n'est, en somme, qu'un membre contracture. La contracture s'y développe sous l'influence des manœuvres de l'expérimentateur qui cherche à déplacer le membre. Nous avons vu, en effet, qu'il est nécessaire d'insister un peu pour Taire garder au membre l'altitude communiquée. De plus, lorsqu'on cherche à modifier l'attitude du membre, on constate une roideur, indice certain de contracture. Enfin celte contracturp cède sous l'influence de la malaxation du membre.

Pour terminer, nous rapporterons l'observation suivante qui met bien en relief et les différenoes qui séparent l'état calaleptiforme de l'état cataleptique véritable et les liens qui rattachent cet élat calaleptiforme au phénomène de l'hyperexcitabilité neuro-musculairo.

M janvier msi. C... s'cndorl facileinent par la pression sur les globes oculaires et sur les tempes. L'élat de somoiation ainsi

ETAT CATALÈPTIOUE ET ETAT CATALEPTIFORME 40S

des yeux. Les paupières se laissent assez facilement soulever, mais les globes oculaires sont convulsés en haut et à droite.

— L'état cataleptique que nous obtenons ainsi est imparfait, les membres conservent bien les attitudes communiquées; mais les frictions à la surface du membre les font cesser; Thyperexcitabilité neuro-musculaire est conservée, et les réflexes tendineux persistent. Il est aisé de reconnaître là Tétat cataleptiforme.

— En eflet, en insistant sur l'ouverture des yeux, les globes oculaires s'abaissent et le regard devient fixe. Dès lors la catalepsie est parfaite. Les membres sont souples, légers à mouvoir; les attitudes communiquées ne sont plus modifiées par la friction du membre; plus de réflexes tendineux, nid'hyperexcitabilité neuro-musculaire.

Ce qui précède montre bien les difl'érences qui existent entre l'état cataleptique vrai et l'état cataleptiforme. Dans le cours de la même séance nous avons fait sur cette même malade une expérience destinée à mettre en lumière les connexions qui relient cet état cataleptiforme au phénomène de Thyperexcitabilité neuro-musculaire.

Cette expérience consiste à produire sur un segment de membre l'état cataleptiforme pendant la phase de léthargie.

Il suffit simplement pour cela de malaxer légèrement toute la surface de ce segment de membre, pour obtenir, au lieu d'une contracture localisée, une sorte de roideur généralisée, qui permet k cette partie du membre de conserver les diverses attitudes communiquées. C'est alors qu'on observe, lorsque Ton cherche à varier les positions, la véritable flexibilitas cerea, ou bien encore la roideur des mannequins de peintre dont parlent les auteurs.

Il semble alors que cette sorte d'état cataleptique est bien due à un léger degré d'hyperexcitabilité neuro-musculaire développée parla manœuvre que nous avons dite; car il suffit «l'exercer quelques frictions sur le membre pour faire cesser toute roideur et en même temps toute apparence d'état cataleptique.

406 L'imffTMVE cnz m ■mOioTEs

E. — Vhyperexcitabilité ururo-musculairef qui te morUn à $on pius haut degré de décthppanent penHtmt te sommeil hypaotyiiue.peut ezitter à guelqye degré pendant la veille.

Eofia nous aroos reconno. dans le cours de oos expérieare«, que ITiiperewilabilîté neuro-musculaire pou^-ait êlre observé»; chex DOS malades en dehors de l'état hypnotique, pendant la veille.

Ce n'est ordinairement qu'un premier degré de llijrperexcitabililé neuro-musculaire que l'on obsen'e alors. Cela se borne, le plus souvent, à la transbrniation en contracture du réflexe tendineux. Mais parfois le phi-nomène peut devenir plus complet; la contracture localisée peut ^Ire obtenue par la malaïui* tîoo des masses musculaires, et la pression des oerfs. D'ailleurs les résultats que l'on obtient dans ces conditions n'égalent jamais ceu\ qui sont obser\'és pendant l'état de sommation. !<ous ajouterons qu»" ci's phénomfrnes n'ont rien de général. Ils ne sVbser\'ent pas t-liez toutes les hysiéro-épîleptiques. et telle qui, pendant la Vi-ille, n'ofTiv aucune tendance à la contracture musculaire, peut n'en présenter pas moins, pendant l'étal de somniation. les signes les plus complets de l'h\'pere\-

?IATURE DE l'hYPEREXCITABILITË ^EURO-lfUSCUUIRE 407

complexes et encore incomplètement étudiés que Ton comprend sous la dénomination d'hypnotisme. Nous chercherons à établir, au moyen des données actuelles de la physiologie, les trois propositions suivantes relativement au phénomène neuro-musculaire qui a fait l'objet de Tétude clinique précédente : •

a) Le phénomène de Thyperexcitabilité neuro-musculaire est un phénomène de nature réflexe ;

b) La nature de ses manifestations a sa raison d'être dans une modification spéciale de l'activité du centre nerveux;

c) La voie centripète de l'arc réflexe est autre que celle des nerCs sensitifs cutanés.

A. — Le phénomène de riiyperexcitabilité neuro-musculaire est un phénomène de nature réflexe.

Les faits qui plaident en faveur de la nature réflexe du phénomène de Thyperexcitabilité neuro-musculaire sont nombreux. Le lecteur a déjà pu en . pénétrer la signification en parcourant les descriptions qui précèdent. Il nous suffira de les rappeler ici.

a) La production d'une contracture musculaire consécutive à une excitation mécanique portée à la périphérie d'un membre est une des conséquences de l'hyperexcitabilité neuromusculaire. Ce simple fait de la production, en pareil cas, d'une contracture, et non d'une contraction, montre que, entre l'excitation et son résultat, l'action spéciale du centre nerveux a dû intervenir. La théorie, aujourd'hui bien établie, qui fait d'une certaine forme de la contracture musculaire une exîiUation du tonus physiologique, vient à l'appui de cette manière devoir.

i.'hïpsotissik chez les hystériques ! d'pxrepiion que pour les muscles de la face, oU us vu la coutraclion remplacer ta conlracture ; mais bifu d'aiilpes raisons qui nous font penser que \k, aos h' reste du corps, le phénomènp est de nature

■onlraclure, ainsi ol)(en».', ci^de ii la rriclion des aiis, ce qui s'explique 1res Facilemenl, si l'on adniel ilatioii porUîP sur les antagonistes détermine d.ins , par la voie des nerfs centripètes, une sorte d'action li détruit la modification spéciale du centre nerveux ment produite et en vertu de laquelle la contracture :i tenue.

;nore pas tes connexions qui existent dans l'intérieur elle entre les différents groupes de cellules nerveuses fsptindent aux groupes musculaires antagonistes, irs et extenseurs, par exemple. » L'excitation des

NATURE DE L^HYPEREXCITABILITÉ NEURO-MUSCUUIRE 409

elle retentit sur les foyers d'origine des nerfs qui- se rendent aux muscles antagonistes.

r) L'étude détaillée que nous avons faite du réflexe tendineux pendant la léthargie hystérique et la conclusion à laquelle nous sommes arrivés, qui fait de l'exagération du réflexe tendineux le premier degré de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire et réunit dans une même catégorie les deux ordres de phénomènes, conduisent nécessairement à leur attribuer le même mécanisme. L'opinion de M. Westphal, qui persiste à considérer la contraction musculaire consécutive au choc du tendon comme directement produite par l'excitation mécanique de la fibre musculaire en continuité avec la fibre tendineuse, ne paraît pas devoir prévaloir contre celle de M. Erb et de la plupart des observateurs qui en font un phénomène de nature réflexe.

d) L'excitation mécanique, qui produit la contracture dans les cas d'hyperexcitabilité neuro-musculaire, ne reste pas toujours exactement localisée dans le muscle ou le groupe musculaire sur lequel porte l'excitation . Cette propagation de l'excitation n'est pas un simple fait de voisinage. Elle n'a rien de comparable à la diffusion de l'excitant électrique trop intense. En étudiant les phénomènes avec attention, on reconnaît facilement que l'excitation ne se propage que suivant certaines lois physiologiques. Par exemple, la contracture du deltoïde n'existe jamais isolée. Elle est toujours complétée par la contracture du grand dentelé qui lui est synergique. (Voy. p. 350).

L'excitation du nerf médian produit la griffe médiane. (Voy. p. 342). En insistant, une fois la griffe médiane produite, l'excitation sort de la sphère du médian. Ce sont les mus(*les rotateurs du bras en dedans qui se contracturent, et

ilO i/nvpnoTisME chez les nysTËRiQUEs

il est facile de voir que ces muscles ne font, en somme, que continuer au bras le mouvement commencé k Tavant-bras par tes muscles pronateurs qui relèvent directement du médian.

A la face, l'excilalion se propage très facilement d'un mu^ cleaumuscle homologue du côté opposé. (Toy. p. 360 et 361.)

La raison de celte propagation de Texcitation d'un muâcleà un autre muscle plus ou moins éloigné, mais rattaché au premier par des liens physiologiques faciles à reconnaître, ne saurait se trouver ailleurs que dans les communications et les anastomoses qui existent dans la moelle entre les diSércntî foyers d'origine des nerfs musculaires.

e) Le transfert par l'aimant et autres agents sesthësiogènes de la contracture localisée (voy. p. 379j, les diverses e\périences faites avec la bande d'Eiîmarcb (production tardive de la contracture latente, voy. p. 383) ne peuvent s'expliquer qu'en faisant jouer aux centres nerveux un rôle important, et jettent ainsi sur la nature du phénomène qui nous occupe une vive lumière- Il est inutile d'y insister.

/) Enfin l'excitabilité électrique du muscle n'est pas sensiblement modifiée pendant l'élal d'hyperexcitabilité neuromusculaire ou en dehors de lui. Le muscle répond à peu près

NATURE DE l'hTPEREXCITABILITÉ NEURO-MUSCULAIRE 4H

B. — La nature des manifestations de P hyper excitabilité neuro-musculaire a sa raison d'être dar^ une modification spéciale de l'activité du centre nerveux,

Un phénomène réflexe normal exige, pour se produire, rintégrité des trois parties constitutives de ce qu'on a appelé Tare diastaltique : 1* le chemin d'arrivée ou nerfs sensitifa; 2® le lieu de réception, ou centre nerveux ; 3* le chemin de retour ou nerfs moteurs. L'on conçoit très bien qu'une lésion portant sur l'une quelconque de ces trois parties suffise pour entraîner une modification du réflexe normal ; et, suivant la nature de la lésion, il y aura abolition ou exaltation du réflexe. Dans l'ataxie locomotrice, par exemple, les racines sensitives sont sclérosées ; elles ne permettent plus à Timpression sensitive de pénétrer jusqu'au centre et les réflexes sont abolis le plus souvent. Dans la paralysie infantile, c'est le centre nerveux lui-même qui est atteint. Les cellules motrices des cornes antérieures sont détruites et, partant, abolition des réflexes. Dans le strychnisme, au contraire, l'excitabilité du centre moteur est exaltée; d'où il suit que les réflexes sont exagérés.

Dans l'hypnotisme, et particulièrement dans la phase désignée sous le nom de léthargie, il semble se passer du côté du centre médullaire quelque chose d'analogue à ce qui a lieu dans le strychnisme. Les preuves sont nombreuses qui font penser à une modification fonctionnelle du centre nerveux luimême^ modification dynamique qui, dans le cas de Tétat léthargique, se traduirait par une exagération de fonction, une excitabilité plus grande qu'à l'état normal. La plupart des raisons que nous avons invoquées plus haut en faveur de la nature réflexe du phénomène, pourraient être reproduites ici à l'appui du siège central de la lésion dynamique qui y donne naissance.

412 l."llïl>SOTIS)IE CnK I-ES HYSTÉBIOrirS

Mats nous avoQS cherché uoe contre-épreuve. Si le phénomf-ne de l'hyperexcilabilité neuro-musculaire dépend d'un? exagération fonclioauelle du centre médullaire, les agents qui ont pour propriété de faire disparattre i'excitabîlité du ceiilit nerveux doivent néoessairemenl le faire disparaître au?si. Lp chloroforme, par exemple, a une action directe sur les éléments nerveux qu'il stupéfie et dont il arrête le fonotiontipraent. Suivant Flourens, il porterait son action d'abord sur le cerveau, puis successivement sur le cervelet, sur la moell*' et enfin sur le bulbe.

Nous avons donc soumis aux inhalations de ehloroformp une malade hypnotisée et en état de léthargie avec hj'perexrilabilitt^ neuro-musculaire; et nous avons vu, après une première phase (i*e\altation, le phénomène de Thyperexcitabilitè neuro-musculaire disparaître bientôt complètement sous l'influeuce de l'absorption des vapeurs chloroformiques. Voici 1p récit de celle expérience :

Witt... e»il PHdormio par le pmci^dé ordinaire, les membres Mnl dans la ré^inlution cl l'hyperexcitabilité neuro-muscnlairc psisli» A la face et aux membres avec les caractères que nous Rvon» décrits.

H maUde étant dans cet élat, nous lui faisons respirer ilu

NATURE DE l'uYPEREXCITABILITÉ NEURO-MUSCULAIRE 413

Mais si rexcitation même limitée est un peu intense, la contracture se généralise aussitôt au membre tout entier.

Nous continuons les inhalations de chloroforme et les mêmes signes saccusent encore davantage s'il est possible. — Le moindre attouchement d*un bras provoque une vive secousse suivie de contracture de tout le membre. La secousse retentit sur le membre du coté opposé, mais la contracture reste toujours localisée au seul membre directement excité. Ces contractures très intenses cèdent par Texcitation des antagonistes aussi facilement qu'elles sont provoquées. A la face, Thyperexcitabilité neuro-musculaire présente une exaltation analogue. En touchant le nerf facial en avant de Toreille, on provoque dans tout ce cùté de la face une grimace beaucoup plus vive et plus accusée que dans Tétat léthargique ordinaire. Les muscles du front, du nez, de la bouche et du menton répondent à Texcitant mécanique avec une promptitude et une énergie vraiment extraordinaires. De plus, la grimace persiste quelques instants. Contrairement à tout ce qui se passe d'habitude, les muscles de la face se contracturent. Il est vrai que cette contracture ne dure pas longtemps et cède bientôt d'elle-même.

Les inhalations de chloroforme sont continuées et nous observons les modifications suivantes :

11 se produit par instants dans les membres des secousses spontanées. La malade s'agite un peu, balbutie : mais ce délire ne dure que peu d'instants; il revient à plusieurs reprises.

Lors de la production du phénomène de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, il se produit un retard très appréciable de plusieurs secondes (2, 3, A) entre l'excitation et le mouvement réflexe.

Par instant l'hyperexcitabilité neuro-musculaire cesse tout d'un coup dans un membre supérieur seulement ou dans les deux membres à la fois, pour reparaître quelques moments après. Il se produit ainsi un certain nombre de fluctuations, d'alternatives de perte et de retour de l'hyperexcitabilité.

Puis, sous l'influence des inhalations de chloroforme qui sont continuées, toute trace d'hyperexcitabilité disparaît de tout le

l.'nïl':<IITISSIE CHEZ LES HTSTÉniQUER

-■ La tnalaii'* t^sl dans la ri^solulinn la plus complèlc. U ii>ii est légéi-ement slerloreuse, Ifi sommeil ehlorofor tarait profond. — L'excilation mécanique, aussi bien J ju'aux membrits, demeure sans effet, laissons la malade dans cel étal, la compresse de chlo est enlevée, et nous observons ce qui va se passer, lut de quelques minutes une contracture généralist^e bi le copp3 s'étend, les bras se contournent, la tète se ren vient de l'écume aux lèvres. Nous assistons en somme hauche de la période épileptoïde de la grande atlaqut [Ut'. Cette pbase convulsive est suivie d'un stertor avei un, pendant lequel nous constatons le retour de l'byper lité neuro-musculaire.

lientOt une agitation excessive se déclare, c'est la p» s grands mouvemenla de la grande attaque. Noua avoni maintenir la malade et il faut la coucher & terre sar dei

uauasitôt les convulsions font place au délire, à, tt (|iicl la malade recouvre spontanément connaissance.

NATURE DE l'rTPEREXGITABILITÉ REURO-MUSGUUIRE 41S

que les contractions réflexes, lorsque l'excitation qui porte sur un point du tégument cutané n'est pas très forte^ ont une tendance remarquable à se produire exclusivement dans les muscles qui meuvent la partie excitée.

La cinquième loi de Pflûger sur les réflexes dit que les mouvements réflexes sont locaux ou généraux, et que ceux qui sont locaux ont lieu par l'intermédiaire des racines motrices situées au même niveau que les racines sensitives excitées.

Sanders-Ezn, dans des expériences sur les mouvements réflexes d'un membre postérieur de la grenouille, a indiqué des régions de la peau dont l'excitation donne lieu à des mouvements réflexes soit d'extension, soit de flexion, de telle ou telle jointure du membre inférieur. Et Schroder van der Kolk avait dit, en 1847, que lorsqu'un nerf mixte donne des branches motrices à des muscles, ses rameaux sensitifs se distribuent à la partie de la peau qui est en rapport avec ces mêmes muscles. M. Vulpian résume ainsi l'état de la question : « Il est probable, dit-il, que les fibres sensitives et les fibres motrices d'un nerf mixte ont leur origine à peu près au même niveau dans la moelle et que les fibres sont reliées les unes aux autres dans cet organe par des éléments intermédiaires. En admettant ces relations anatomiques qui sont vraisemblables, on s'explique aisément pourquoi les excitations faites sur les extrémités d'un nerf sensitif tendent tout d'abord à mettre en jeu les fibres motrices de ce nerf (1) ».

Ainsi donc l'excitation cutanée pourrait, jusqu'à un certain point, rendre compte de la localisation de la contracture dans les expériences sur lesquelles nous avons insisté. Il est bien encore cependant nombre de faits d'une localisation tellement précise que les données physiologiques que nous avons rap-

1* Vulpian, loc. cii.

416 l'hïi>notissie (;hez lus insTÉRmcEs

pelées soiil vraJmeuL Irop vagues pour en fournir l'explicaliûn. Mais il est une e\périence qui juge (a question d'une (açoo péremploire et qui ne permet pa:; de faire entrer le phénomène de l'hyperexcitabililé neuro-musculaire dans le cadre des réflexes cutanés. Cette expérience est la sui^'ante :

Une excitation mécanique qui n'intéresse que la peau comme le pïucemenl, la jiqùre, — en ayant bien soiniif n'exercer dans ces mantemTes aucune pression m^me légèrf sur les parties profondes — n'ont qu'un effet absolument négatif. Une excilatiou plus légère, comme le frôlement, un-' pression modérée, pourvu que l'on ait soin d'isoler le poini excité des parties sous-cutanées en faisant un pli à la peau, demeure également sans résultai. Tandis qu'au mémepoiui. une excitation mécanique quelconque qui intéresse, au Iravtr; du lègimienl cutané, un organe sous-jacent tel qu'un muscle, un tendon ou un nerf, détermine immédiatement la production de la contracture localisée d'après les lois que nous avons fait connaître.

Le sjslème sensilif culané est donc inexcitable mécaoiquemcnl dans la période de léthargie hypnotique dont il s'agit

(l'est donc dans les parties sous-jacentes que nous devrons lionvcr les nerfs centripètes qui entrent en jeu dans le phéiioiiiiMii' lie l'Iuperexcilahililé ueurc-musculaire.

NATURE DE L^IIYPEREXCITABlLITÉ NELRO-Ml'âCLLAIRE 41?

légilime cette maaière de voir. — Ainsi donc, lorsque Texcitatioii mécanique porte sur un tendon, ce sont les nerfs du tendon qui seraient directement intéressés; si l'excitation porte sur le corps du muscle, ce sont alors les nerfs sensitifs de Taponévrose d'enveloppe ou du corps musculaire lui-même, s'il en existe. Et en troisième lieu, lorsque l'excitation porte sur le tronc d'un nerf mixte, les nerfs sensitifs qui viennent du muscle ou du tendon, au lieu d'être intéressés partiellement à leur périphérie, le sont collectivement sur un point de leur parcours dans leur chemin vers le'centre nerveux.

Lorsqu'à la suite de la pression du nerf cubital au coude, par exemple, la contracture se produit à la main et à l'avantbras dans le domaine du nerf cubitiil seulement, le phénomène doit s'expliquer, d'après la théorie, de la façon suivante. Il ne s'agit pas d'une excitation mécanique directe des filets moteurs du nerf cubital, mais bien des filets sensitifs par l'intermédiaire desquels l'excitation est transmise au centre médullaire d'où elle est réfléchie par la voie des filets moteurs sur les muscles tributaires du nerf.

Il importe, en terminant ce travail, de faire remarquer que nous n'avons eu en vue qu'un point particulier dans la longue histoire de l'hypnotisme. Notre attention ne s'est portée que sur la phase léthargique, et parmi les symptômes qui la caractérisent sur les modifications du système neuromusculaire. L'importance — tant au point de vue nosogragraphi({ue qu'au point de vue physiologique — du phénomène de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire nous a paru mériter une étude à part. — Les deux autres phases : phase cataleptique et phase somnambulique, qui, jointes à la phase léthargique, constituent les trois formes fondamentales de l'hypnotisme hystérique, ainsi que l'un de nous l'a montré dans une récente communication à l'Académie des sciences, présentent

CuARGOT. Œuv. coinpl. T. IX, Hjrpnolisrne. 97

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encore à l'étude bien des phénomènes d^un grand iulér^L Nous trouverons là matière & de nouvelles publications. Pour le moment, sans entrer dans le détail, il nons laul dire quelques mots lies modifications nenro-musculaireg que l'on observe dans l'étal soinnambulique. En dehors de l'état léthargiqne dont nous avons parlé, il est possible de provoquer. par dps moyens appropriés, des contractures plus ou moins loi-alisêes qui se rappnx-hent de ce qu'on observe dans le phénomène décrit par nous sous le nom d'hyperexcîtabililé mMm>-uHisculaire. Sans laiiv de ces contractures l'obiel d'une êinde siK-ciaie. nous voulons au moins indiquer ici les caraolètt^s |tar lesquels elles se distinguent de celles que nous venons d'étudier.

Lorsque la malade •<sl ploujcée dans l'état somnambulique, les prvuuneles d'excilahiEite neun>-musculaire sous TinQuence des exciUliiHis me<-«aiques cessent tout d'un coup. \ous avez Ih-^u («rr'sser »^i nM"*ii\er te membre ijui, tout à l'heure — («(^uiiant rc;j»; ^'.^Minrique — s* coutracturait avec force sou* ;■aci».^;î de o<^ '.ViiV.:^ v.wîiwf u^ Pfs. la Qaccidité musculaire s <■■•': .^;;>-h;i<-3:-.i- ■/. r.x\.ïî:*vi:- . '.-f sueuibre rvste iuerte et dans la

Mat* i. /Si ô *;!:■.'* «».i*«s> i« mettre eu jeu l 'excitabilité .-., ■.■.-.;■*- ■ }. si;S. AÀvrs »? ;^■vttali^lu cutanée la plus ié-

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