EXPÉRIENCES THÉRAPEUTIQUES
sera rétablie. Dans ce cas, le traitement consiste à provoquer le plus fréquemment possible la contracture du côté sain. Il se fait à chaque fois un transfert incomplet, il est vrai, mais dont la répétition affaiblit et finit par faire disparaître la contracture pathologique. C'est du moins de cette façon que nous avons déjà guéri une première fois cette malade il y a deux ans et demi. C'était la première application thérapeutique du principe du transfert, elle n'est pas restée la seule dans cet ordre de faits.
2° et 3**. Les deux malades Ma... et Par..., qui présentaient une hémianesthésie, sont maintenant en possession de leur sensibilité normale, et Ma... n'a plus d'achromatopsie. Vous avez pu suivre, d après l'impression qu'elles manifestaient à chacune des étincelles qui leur étaient tirées dans un but d'exploration, la manière dont s'est opéré le retour de la sensibilité. Il n'a pas été complet tout d'abord ; ce n'est qu'après deux ou trois oscillations (1) d'un côté à lautre que l'héniianesthésie a disparu. L'achromatopsie, chez Ma..., a suivi les déplacements de 1 anesthésie.
4** Chez Pil..., qui avait une anesthésie générale, le cAlé gauche, le moins affecté, a commencé par redevenir sentftite* Alors, la malade n'offrant plus qu'une hémianesthésie ^^inijUe, les choses ont marché exactement de la même façon que chez les précédentes, et dans le môme espace de temps, de IS à 20 minutes, Pil... s'est trouvée délivrée de son anesthésie et de son achromatopsie.
C'est à peu près ainsi, messieurs, que les phénomènes se présentent chez la généralité des malades hystériques anesthésiques ; il y a même jusque dans les moindres détails une uniformité des plus frappantes. Il existe cependant des cas
\ . (bestiale phénomène dit des oscillations consécutives y décrit par M. Cfaarcot. Charcot. Œuv. compl. t. ix, Hjrpnotiame 3a
498 tLECrilOTIIËKAPlE
exceptionnels que je ne saurais vous énumérer sans prolonger outre mesure celte conférence. Nous avons trouvé aus^i de grandes différences individuelles, sous le rapport du temps nécessaire pour l'acliëvement de l'expérience.
Il arrive aussi Fréquemment qu'une malade chez laquelle Iï bain électrique réussit d'habitude se montre, un jour, tout a fait réfractaire. C'est l'indice précurseur, presque infaillible, d'une crise convulsive très prochaine.
Dans ce qui vient de se passer devant vous, le bain électrique a joué le r«ilc (essentiel, hcs petites étincelles tirées des malades, pour l'exploration, n'ont pas eu d'influence appréciable. Nous nous sommes assurés bien souvent que le bain sdut suffit. Il est vnii que l'on peut quelquefois hAter révolution dos phénomènes en employant le souRle électrique.
\ l'argument qu'on pourrait produire, et dont on a tant abusé dans ces derniers temps, que tous les phénomènes que vous vciU'ï d'observer chez nos malades seraient purement el siiu|)U'iut<iit TrlTet d'une action psychique, l'expectant aitenliun-, il nouji !*nnirn d'opposer ce fait, maintes fois observé par nous, quo le retour de la sensibilité ne se produit pas, alors qu'A l'insu du |ialient la machine en action n'est pa:? mise i>ii ntniniutùcatîou avec le tabouret.
Apri^s t^lrt' tU>scoi)dues du tabouret, les malades conservent
TILVITEMEIfl DE l'uTSTÉRIE 499
rable et quelquefois définitif. Ceci parait conforme, vous le voyez, au principe de la métallothérapie externe de M. Burq, que nous n'acceptons pas cependant dans toute sa rigueur: traiter Tanesthésie, c'est traiter la diathèse.
Nous avons déjà obtenu, sans trop les chercher, quelques résultats dans cette direction. Une dizaine de nos malades hystériques, ou hystéro-épileptiques, soumises pendant quelques semaines à Télectrisation statique, ont été délivrées de leurs attaques, et leur guérison ne s'est pas encore démentie, après plusieurs mois. Je pourrais citer quelques faits analogues dont j'ai pris connaissance et qui ont été observés en ville.
Je vous rappellerai, messieurs, qu'il j a dans le traitement de Thystérie deux parties, deux éléments distincts et du reste également importants :
i"" L'élément psychique : changement de milieu moral, éloignement des parents trop faibles et complaisants, séparation des autres hystériques, discipline, hygiène morale et intellectuelle ;
2** L'élément physique : modificateurs généraux, hydrothérapie, balnéothérapie, gymnastique, toniques et reconstituants, etc.
Il est désormais évident que l'électricité statique a droit à une place dans cette série des moyens physiques de traitement. A la vérité, nous sortons à peine, sur cette question, de la période des essais préparatoires ; mais, ce que nous avons observé déjà est fort encourageant, et je me propose de continuer ces éludes thérapeutiques ; j'espère être en mesure, Tan prochain, à pareille époque, de vous communiquer quelques résultats nouveaux, relativement non-seulement à l'hystérie, mais encore à bien d'autres affections du système nerveux*
11 importe, en effet, de relever, messieurs, que l'électricité
500 ËLEtrrROTHÉRAPIE
statique, ea dehors de rhystérie, nous a paru apte à rendre de grands services dans une foule d'affections diverses, cl même dans quelques-unes, de ne pouvoir être remplacée par aucun autre agent. Je ne veux pas entreprendre aujourd'hui l'énuniération de tous les faits que je pourrais citer à l'appui de niapropositioa : je me bornerai & quelques exemples. Certains cas de paralysie faciale périphérique sont, vous le savez, difficiles à traiter par la faradisation et la galvanisation, à cause de l'imminence de la contracture. En pareille circonstance, Télec- Iricité statique a plusieurs fois mené la cure à~ bonne fin. et même, ce qui est fort remarquable, lorsque la contracture existait déjà, elle l'a lait disparaître. Une aulre action qui parait propre à l'électricité statique se voit dans la paralysie agitante. Le souffle, ou de faibles étincelles arrêtent inslantanément le tremblement des parties sur lesquelles on les dirige ; la maladie elle-même est favorablement influencée. Malheureusement, en pareil cas, l'amendement u'esl que temporaire, il ne saurait s'agir de guérison. Dans certaines névropathies, irritations spinales, dyspepsies, dysménorrhées, etc., Télectrisation statique nous a donné des résultats qu'un long trailemeiit par les autres moyens n'avait pu procurer. Dims l'hémianesthésie cérébrale par lésion organique, elle peut ramener la sensibilité sans transfert, aiasi que le fait illi'.irv (iin-liiii.-foi-; rniiiKinl. Mai
UTILITÉ DE l'électricité STATIQUE 501
démontrer, et, c'est le but principal que je me proposais d'atteindre dans cette conférence, que l'électricité statique n'est point un agent à dédaigner et qu'elle méritait vraiment d'être tirée de l'oubli où certains préjugés l'avaient laissée pendant si longtemps.
Grand et petit hypnotisme.
Par J. Babinski,
Ancien chef de clinique à la Salpôtrière.
L'histoire du magnétisme animal et de Thypnotisme a subi des fortunes diverses.
Longtemps mis en doute, repoussé et ridiculisé par les Corps savants, le magnétisme animal finit par s imposer sous le nom d'hypnotisme, en 1485. On admit alors qu'il était possible de produire chez certains sujets prédisposés, un état nerveux spécial caractérisé par des contractures, des paralysies, des troubles divers de rintelligence. Cet état nerveux, décrit avec soin par un médecin anglais, Braid, fut étudié ensuite par divers médecins français, mais timidement; le monde scientifique restait sur la réserve. C'est en 1878, seulement, grâce à l'initiative de notre maître, M. Charcot, que la question fit un pas décisif; on peut dire que M. Charcot est le premier qui ait donné une démonstration scientifique de l'hypnotisme ; il est de fait, que depuis la publication des travaux de la Salpétrière, la réalité des symptômes hypnotiques n'est plus mise en doute.
1. Extrait des Archives de Neut*ologie, n** 49 et 50. — Nons avons jugi* utile de reproduire ici la revue récente de M. le D' Babinski qui résume l'enseignement de M. «iliarcot sur divers points de Thypnotisme (Bi.
On poiivail pitHiiir que, par suite de l'essor nouveau doonv > ws études curieuses, les savants, les physiotogistes, lespsji.-holog;ucs, s'y porleraienl en grand nombre ; c'est en efftl c <tiii est arpîvt'. Les cf'h^hrcs études de 1& SalpëtriiTt^ sont lifï*nuits le point de départ d'un mouvement scienlilique qui nV-l sans doute pas prés do s'arrêter.
Seulement, A mesure que les travaux sur l'hypnotisme se siiul mullipliés, des controverse» se sont produites entpo les di^T^ oliservateurs. Celui-ci n'a point observé ce qu'a découvert celmlà. Les sujets de M. un tel n'ont pu produire aucun des résultai-^ <iu'nn a obtenus Hur d'autres sigets.
Rien de plus naturel que ces dilTéreaces, lorsqu'on sait qm' les divers expérimentateurs n'emploient ni le m^me genre <li' sujets ni le même genre de méthodes. Mais on a cru qu'il élail plus simple de se contredire, de nieC ce qu'on n'avait pas vu •'! de n'accorder de l'importance qu'à ce qu'on avait ohservésj»inème. La Fi-ance, qui a tant fait pour ie développement d'' l'hypnotisme, a été te principal IhéAtre de ces controverses et de ces batailles. On a opposé Ecole contre Ecole et nous avoD< aujourd'hui, suivant le langage des auteurs, une Ecole de Nancy qui est en opposition avec celle de la Salpêtrière et qui preaJ le contre-pied de fout ce que la Salpétriére a affirma. Ce qui est une vérité à la Salpétriére devient une erreur à Nancy. Ces di»ciissions, faites en général, sans suite, & bfttons rompus, h propos de sujets et avec des expressions qu'on n'a pas eu au préalabl.- If soin rit- carar-lériser •iiirilsainiiii'nl, ont di-s
11 nous semble que les critiques qui ont été faites à Tœuvre de M. Charcot tiennent, en partie au moins, à ce qu'on ne Ta pas suffisamment étudiée et comprise. Aussi, croyons-nous qu'il ne sera pas inutile avant de chercher à établir Texactitude de la thèse que soutient M. Charcot, d'en faire ressortir les traits essentiels, de bien faire connaître la façon dont onconçoitThypnotisme à la Salpê trière, de rappeler la manière de voir de « Nancy », et, de mettre ainsi en regard les opinions des deux écoles.
En 1878, nous l'avons déjà dit, malgré les travaux de Braid et de ses sucesseurs, le monde scientifique restait encore dans une attitude fort réservée, pour ne pas dire plus. Les choses étaient à ce point, qu'il était devenu nécessaire de démon'rer au milieu du scepticisme presque universel, la réalité même de l'hypnotisme, sa réalité matérielle, grossière, si l'on peut ainsi dire. Certes, il fallait un certain courage pour relever une question mal famée et marcher à rencontre de préjugés enracinés.
M. Charcot, éclairé déjà depuis longtemps par nombre d'observations rigoureuses, recueillies dans son service, n'hésita pas. Il comprit, dès l'origine, que si ses devanciers n'avaient pas réussi à convaincre, c'était parce qu'ils avaient commis une faute de méthode ; la plupart s'étaient bornés, en effet, à étudier dans l'hypnotisme ce qu'il y a de plus subtil, de plus délicat, de plus difficilement saisissable, à savoir, les phénomènes intellectuels ; c'était commencer par où il fallait finir. M. Charcot relégua d'abord au second plan les phénomènes psychiques ; il les écarta de parti pris et chercha à mettre premièrement en lumière chez les sujets en expérience, des phénomènes objectifs, c'est-à-dire de ces faits grossiers que tout le monde peut voir et toucher, et qui constituent une preuve matérielle de l'absence de la simulation. Ces signes objectifs de l'hypnose appartiennent au domaine de la motilité.
Passons donc en revue les caractères somatiques les plus importants. Occupons-nous d'abord de VIn/pe?*exciinhilitf'' nfurom u se a la ire [i). Cette propriété consiste en ce que, sous l'inllinMH'e
1. (iOnsuiler Touvrag^c : Le magnétisme animal^ pur lîinet et V(ii'(\ (Alcnn l'clitenr, 1HK7), aucjuci nous empruntons quelques passages. — (Consulter aussi
SOS appb:<i>ice
d'une excitation mécanique .directe, les muscles de la vie Dn^ maie se contracturont. Le mode d'excitatiOD est variable : on peut employer le massage, la friction, la pression soil avecli main, soit avec une bande élastique la percussion des teodoD<. etc. Faisons remarquer A ce propos que les muscles de la faci> sont, dans TK^-pnotisme comme dans l'hystérie, soumis à d'utres lois que les muscles des membres. C'est ainsi que, jusqu'i présent, on n'a jamais pu fournir une observation probante dr paralysie flasque de la face dans l'hystérie, tandis que du o'it' dos membres, ces paralysies sont, comme on le sait, très fréquentes.
L'excitation mécanique des troncs nerveux agit sur les mo!^ clés tributaires du nerf de la même façon que Tirrltation directe de ces muscles. Il en résulte que le membre sur lequel on expérimente prend une altitude caractéristique qui est déter minée par la distribution spéciale des rameaux musculaires du nerf excité. Si, par exemple, on presse dans la gouttière olécranienne sur le nerf cubital, on voit aussitôt la main se codtranturer et prendre l'attitude dite delà griffe cubitale. Celle hyperexcitahilité nerveuse ne peut être simulée, surtout lorsqa'il s'agit d'un sujet ijiii n'est pas très versé dans l'étude de l'aoatomie.
La coniracture léthaigique présente des caractères qui la di^ linguent nettement d'une contracture volontaire et qui permettent de s'assurer que le siyel ne simule pas. Des expérience*
GRAND ET PETIT HYPi^IOTlSME 509
lateur, le tremblement du membre et Tirrégularité de la respiration ne tardent pas à trahir TefTort volontaire ; chez rhypnotique le rythme respiratoire ne varie pas et la détente du membre contracture s'opère lentement, sans la moindre secousse.
Etudions maintenant cet autre caractère somatique, \a.plaxticiié cataleptique, qui consiste en ce que. les membres soulevés ou fléchis par l'observateur ne sont le siège d'aucune résistance et que le sujet garde toutes les attitudes qu'on imprime à ses membres ou à son corps.
On peut distinguer par des procédés graphiques semblables à ceux que nous venons de signaler à propos de la contracture léthargique, la catalepsie légitime de la catalepsie simulée, le simulateur serait-il très versé dans Tétude de l'hypnotisme. Voici comment on procède : on commence, par exemple, par placer le membre supérieur dans l'abduction, de façon à ce qu'il occupe une position horizontale. On applique alors un tambour à réaction à l'extrémité du membre étendu qui servira à enregistrer les moindres oscillations de ce membre, pendant qu'un pneumographe fixé sur la poitrine donnera la courbe des mouvements respiratoires. Or, chez le cataleptique, pendant toute la durée de l'observation, la plume qui correspond au membre étendu trace une ligne droite parfaitement régulière, tandis que chez le simulateur, le tracé semblable d'abord à celui du cataleptique, se modifie au bout de quelques minutes; la ligne droite se change en une ligne brisée, très accidentée, marquée par instants de grandes oscillations disposées en série.
Il existe des difTérences analogues en ce qui concerne les tracés pneumographiques. Chez le cataleptique, la respiration est rare et superficielle et la fin du tracé ressemble au commencement, tandis que cliez le simulateur, la respiration, régulière au début, présente dans la phase qui correspond aux indices de la fatigue musculaire notés sur le tracé du membre, un rythme irrégulier et on constate de profondes et rapides dépressions, signes du trouble de la respiration qui accompagne le phénomène de l'effort.
■<l-ins i'T)Hii l'ùtude (lu troisième caractère sumatiqne ■r.rcilnhilili' ruliiiiii-miiMiiliiiie. Kilo consiste en ce que, iiifliK'n»' (le très kit;éres excitations su pprllc telles, comme iiii'iil . le soultle buccal ou l'aBitatiou de la main à distance, ■^aiil 1111 k'^îer courant d'air, on provoque une contracture isilfs sinimis A cette action. Celte contracture, dite snmlique, ne pourrait du reste, pas plus tjue la conlractarc ;iquc ^Ire simulée, et les preuves que nous avons four-
itiuilatiiiu, s'appliquont aussi bien à la contracture snni- !i,|u,..
iiémc temps que M. Charcot relevait l'évidence de cos"pré- ;ymptitmes,il constatait que chez lessujets qu'il avait sous IX, les phénomènes liynoptiques pouvaient affeclerdans is cas un groupement spécial en trois étals distincts. e pouvons mieux faire que de reproduire les principaux i:s de la communication que M. Charcot a Faite à ce sujet demie (1).
r.RA.ND ET PETIT HYPNOTISME 311
M. Charcot, dans sa description, a laissé de côté, à dessein, les formes frustes, les états mixtes, pensant qu'il était préférable de s'arrêter tout d'abord aux types réguliers, avant d'étudier les formes mal dessinées, M. Charcot ne rejette donc pas, tant s'en faut, les autres formes de Thypnose. C'est ce dont on peut se convaincre par l'exposé qu'a donné son élève, M. Richer, des formes frustes de l'hypnotisme. Il reconnaît même que le grand hypnotisme, s'il répond au type parfait, représente cependant une forme rare. L'importance qu'il lui accorde tient doncexclusivement à ce que les caractères les plus essentiels du sommeil hypnotique s'y trouvent dissociés, et peuvent, par conséquent, être étudiés séparément d'une façon plus précise. Le grand hypnotisme constitue donc pour notre maître, nous le répétons, la forme la plus parfaite, la forme type de l'hypnotisme, et c'est elle qui doit servir de point de départ aux études sur ce sujet.
Le grand hypnotisme peut se présenter dans son état de complet développement dès la première tentative d'hypnotisation faite sur un sujet absolument neuf, et l'on peut dire que dès la première épreuve, on peut décider si un sujet sera apte ou non à présenter les phénomènes du grand hypnotisme ; mais, même dans ce cas, les caractères énumérés plus haut ne sont pas toujours aussi accentués au début, qu'ils le seront après la répétition d'un certain nombre d'expériences.
C'est ainsi par exemple, que le développement de la contracture léthargique peut nécessiter au commencement une pression des masses musculaires énergique et prolongée pendant quelque temps, tandis que chez un sujet entraîné, l'apparition de ce phénomène, sous l'influence de la même manœuvre, est instanta* née. Si, chez le sujet vierge, que nous supposons dans la léthargie, on presse sur le nerf cubital, on ne constatera peut-être du côté de la main que l'esquisse, en quelque sorte, de la griffe cubitale qui se dessinera de plus en plus lorsque l'expérience sera plus souvent renouvelée. Dans la catalepsie, les membres soulevés et placés dans des attitudes diverses ne gardent souvent tout d'abord, dans les premières expériences, qu'un temps très
AM'EMilCE
lu iio^ilioii qu'on leur donne. L'harmonie qui R'établiL *ullitu(lt> corporelle qu'on Tait prcniirc au sujet peudaut cpsie, et l'expression de la physionomie, n'est pas non
débuL aussi frappante qu'elle le sera plus lard. Ce que
es psychiques ; les malades peuvent être au début trè? pressionnables S la suggestion. En un mot, les sujets se ionnent avec l'exercice.
d'autres cas, le grand étal ne se constitue dans ses ■tats qu'après un certain nombre d'expériences. Le \ii transition entre le petit et le grand hypnotisme peut ogressif ou brusque. Nous allons montrer par quelques es comment la transformation jieut s'opérer. auparavant, nous devons indiquer les formes les plus mies de l'hypnose dans lesquelles on ne trouve pas la 1 en trois périodes. — Un ou deux des trois étata peuanquer, d'où plusieurs variétés possibles ; la catalepsie us cette forme, la période qui nous parait manquer le uvjyil^jtarijyraiiti|e^asjc^n^
nous Tavons dit précédemment, se modifier suivant telle ou telle circonstance et se convertir en la forme type.
La transformation peut être progressive. Voici, par exemple, un sujet chez lequel les trois périodes sont confondues pendant un ce/tain temps. A un moment donné, on remarque une tendance à la formation de périodes distinctes ; lorsque les yeux sont fermés, la contracture léthargique se développe plus faciment que la contracture somnambulique et la plasticité cataleptique; inversement, lorsque les yeux sont ouverts, cette dernière propriété est plus apparente que les autres. On voit ainsi petit à petit la division s'accentuer et le grand hypnotisme se constituer.
Le transformation est parfois brusque. Voici un exemple de cette transformation que nous avons observée chex une malade de la Salpètrière. G., âgée de 10 ans, entre à la Salpétrière dans le service de M. Charcot, au mois de Juin 1885, Elle présente tous les stigmates de l'hystérie (hémianesthésie sensitivossnsorielle, rétrécissement du champ visuel, points hystérogènes, grandes attaques). On cherche à l'hypnotiser par la pression sur les yeux ; la malade s'endort en léthargie, et présente tous les caractères de cet état. On cherche alors, en lui ouvrant les yeux à la faire passer en catalepsie, mais on ne peut y réusir. La pression sur le vertex fait passer la malade de la léthargie en somnambulisme, et on constate toutes les propriétés inhérentes à cet état. La malade reste ainsi dix-huit mois à la Salpètrière et, pendant cette période, on essaie à maintes reprises de développer la catalepsie par l'ouverture des yeux lorsque la malade est en léthargie. Peine inutile. Un jour, la malade était occupée à faire de la couture ; elle n'avait pas été depuis quelque temps soumise à des expériences. Uu bruit violent produit par un coup de tam-tam dans une pièce voisine et auquel elle ne pouvait s'attendre, détermina immédiatement chez elle Fétat cataleptique. Depuis cette époque, l'état cataleptique a pris déhnitivement place dans la série des phases hypnotiques.
La présence de divers signes physiques est donc, comme nous venons de le dire, un caractère qui est commun ù la forme type
Charcot. Oëuv. compl. t. ix, Hypnotisme. 33
DriUL'S frustps que nous avons étudiée;! juaqu'A prOsi'nl;
10 importnncpfondainenWe.
devons pourtant feire observer que, dans certaines cir-
isi que, d'après MM. Tamburini et Seppili, on peut supl'excitabilité neum-musculaire dans un membre par ■tion d'eau ou de glace. Nous avons observé de noln- :, cbei certaines grandes hypnotiques, quand on provosuggeslion le développement d'une paralysie flaccidc membre, ou lui fait perdre, pendant la durée de cette e, tontes les propriétés somatiques, qui persistent dau^ 'S autres parties du corps.
les formes de l'bypnose que nous venons de passer en en existe encore d'autres, dont on peut augmenter ou r le nombre, suivant qu'on attache plus OU moins d'ira- > à telle ou telle particularité, mais qui se distinguent tar un i:araetére commun, l'absence de phénomènes so- ■*. Le petit hypnotisme ccjmprend donc deux catégorie?
Nous rappellerons encore que Thypnotisme est considéré à la Salpètrière comme un véritable état pathologique, comme une névrose artificielle, qu on peut à beaucoup de points de vue comparer à Tattaque hystérique. De même que diverses formes convulsives ou psychiques peuvent être rattachées au type de la grande attaque d'hystéro-épilepsie, de même les diverses variétés de Thypnotismc peuvent être reliées au grand hypnotisme.
Dans l'attaque d'hysteria major, il existe plusieurs périodes distinctes comme dans le grand hypnotisme. — Les attaques d'hystérie peuvent dévier du type normal par Tabsence d'une ou plusieurs périodes ou par la confusion de deux périodes. N'estce pas ce que nous avons vu à propos de rhypnolismefTous les caractères somatiques de Tattaque hystérique, contractures, mouvements convulsifs, grands mouvements, etc., peuvent faire défaut. L'attaque est constituée exclusivement par des troubles psychiques. L'analogie avec l'hypnotisme se poursuit comme on le voit. — Enfin, on observe parfois chez certains hystériques, quelques phénomènes psychiques très vagues, accès de colère, accès de rire, de larmes, qui peuvent être considérés comme des formes effacées de l'attaque hystérique. Ces cas correspondent aux variétés les plus frustes de l'hypnose.
Cherchons maintenant à résumer ce que nous venons de dire, et k mettre en lumière les traits fondamentaux de la conception de M. Charcot sur Thypnotisme. Sa doctrine est contenue, croyons-nous, dans les propositions suivantes :
1® Les caractères somatiques qu'on observe chez certains sujets dans Thypnotisme ont une importance fondamentale, car ils permettent seuls d'affirmer légitimement l'absence de simulation. On comprend, du reste, l'importance majeure de ces caractères, lorsqu'il s'agit d'établir scientifiquement la réalité des phénomènes observés, ou encore lorsqu'on entreprend d'obtenir expérimentalement chez un sujet donné des résultats sur lesquels on puisse compter»
â<^ Les phénomènes hypnotiques peuvent affecter un gro:i;)r-
\ppE^DlcE ?écial en Ipois états disUncts. C'est là la furmc la plu;* de l'hypnotisme, celle qu'on doit prendre pour type, el le on propose de dimner le nom de grand hypnotisme. \ deux jiropositions précédentes s'en rattache ump e, sur laquelle nous insisterons lontîuement dans la ce travail, dont elle formera mémela partie essentielle. insiste en ce que les propriétés somatiques de l'hypnole grand hynopltsme peuvent se développer indépcnit de toute suggestion.
ypnotisme doit être conàidéré dans ses Ibrmes les |ilus s comme un état patholoRique.
levons maintenant exposer la manière de voir de l'école y ( i ), ce qui ne nécessite pas du reste «te Iohrs dévelop- 1, car elle consiste essentiellement à nier tout ce qn'oii à Paris,
rnheim refuse de prendre pour ty|ie de rhyi>iiotisnie 1 hypnotisme qui est, dit-il. une création purenieiit arli-
ccmduits à une série d'erreurs singulières qui ne leur permettent plus de reconnaître la vérité. Erreurs fâcheuses, car elles entravent le progrès, en obscurcissant une question si simple en elle-même et où tout s'explique, quand on sait que la suggestion est la clef des phénomènes hypnotiques. »
L'Ecole de Nancy conteste donc d'une façon absolue l'exactitude des diverses aflirmations de l'Ecole de la Salpétrière.
Après avoir exposé sommairement les doctrines des deux écoles, nous devons maintenant chercher à mettre en lumière les arguments que M. Charcot et ses élèves font valoir en faveur de la thèse qu'ils soutiennent, et essayer de démontrer que, malgré tant de contradictions, l'œuvre de M. Charcot reste absolument intacte et inébranlable. Nous allons passer en revue les diverses propositions qui constituent les fondements de cet édifice.
L'importance attibuée à la présence des phénomènes somatiques est peut-être le caractère essentiel de la thèse que notfs soutenons. Nous avons vu, en effet, que ces phénomènes somatiques ne pouvaient être simulés ; c'est là une vérité admise aujourd'hui sans conteste par tous ceux qui se sont livrés à ces études ; c'est cette preuve matérielle de l'absence de la simulation qui a ébranlé le scepticisme qui régnait autrefois dans le monde médical à l'égard du magnétisme animal, et qui a permis à l'hypnotisme, si longtemps repoussé par les savants, d'entrer définitivement dans le domaine de la science. M. Bcrnheim ne conteste pas non plus l'existence de ces phénomènes, mais, dit-il, ils ne sont que Toeuvre de la suggestion: pour ce motif, ils lui paraissent sans importance et ne méritent pas d'arrêter longtemps Tattention.
Accordons pour le moment à M. Bernheim que les phénomènes somatiques ne puissent se manifester que sous l'influence delà suggestion. Perdent-ils pour cela toute leur importance fondamentale ? En aucune façon, car ils constituent, même dans celte hypothèse, un témoignage de la sincérité des sujets auxquels on s'adresse, tandis qu'en leur absence, il est souvent impossible de pouvoir être absolument fixé à cet égard. Si nous prenons.
*ppe>di(:k i|ile. un siyel qui prcsBiile ccl élal de torpeur qui ca-
lir pri'inier àegrê de M. Liébault et qui consiste siriidaita un pnguurdissement plus ou moins prononcé, di' eur des paupières, d-s la somnolence, quelle paranlio us de sa sincérité ? On ne sauvait se faire aucune illu- 1 égard ; nous ne possédons vraiment en pareil cas, au- ^aranties réclarat'es par un observateur scrupuleux et e n'est pas que nous ayons l'intention de soutenir que ^ appartenant à cette catégorie soient fatalement des irs ; mais nous prétendons qu'il n'existe pas de preuve ie de la réalité de leur sommeil, et ce n'est que, parce
connaissons des types plus parfaits, que nous sommes admettre la honne foi d'un grand nombre de ces sujets. Lpas perdre de vue, que dans cet ordre d'études, en nul qu'il s'agît de rcchercliBS scientiliques ou de cods-
médico-lfgalei, la question de preuve reste la queslale.
'alité de l'étal hypnotique est devenue aujourd'hui une contestable, nu peut du moins, dans chaque cas isolé.
les malades qui ne peuvent être amenés à un état (l'hypnotisation plus parfait. Mais ces sujets ne nous paraissent pas assez sûrs pour servir à des expériences relatives à des questions de physiologie ou de psychologie. En l'absence de preuve rigoureuse de la réalité du sommeil, les phénomènes psychiques observés doivent être soumis à caution. 11 est légitime de. suspecter la sincérité de ces sujets, et il est dès lors impossible de tirer des observations faites sur eux aucune conclusion définitive.
Au contraire, quand on se trouve en présence d'un individu dont le sommeil hypnotique est marqué par des caractères somatiques, on ^ déjà l'assurance qu'un certain nombre de phé' nomènes qu'il présente sont réels, qu'il ne s'agit pas d'un sujet quelconque, puisqu'il a des propriétés matérielles spéciales qui le distinguent, qui ne peuvent être simulées, et il y a donc lieu de supposer que les phénomènes psychiques ne sont pas non plus l'œuvre de la simulation (l).
Si la contracture léthargique, si la catalepsie, si la contracture somnambulique étaient, comme le prétend M. Bernheim, un effet de la suggestion, eh bien! le caractère si précis de ces phénomènes prouverait du moins la réalité de cette suggestion. Aussi, quelle que soit l'idée qu'on se fasse de la nature de ces phénomènes, qu'ils soient oui ou non exclusivement susceptibles
1. Nous rappeUeroiis d'ailleurs à ce sujet qu'on observe chez la plupart des p^randcs hypnotiques, sinon chez toutes, certains phénomènes relatifs à des haUucinations visuelles qui pernnettent comnne les caractères soinntiques d'éoarier Thypothèse do simulation, lorsqu'on obtient des résultats dès la première expérience, comme on l'a observé à la Salpètrière.
Voici en quoi consistent ces phénomènes :
Si par exemple on présente à un malade en état de suggestion une feuille de papier divisée en deux parties par une ligne, et qu'on lui donne sur une dci moitiés l'hallucination du l'auge, elle aura sur Tauti-c moitié la sensation du vert complémentaire (Parinaud). — On dit à une malade en état de somnambulisme de regarder fixement un carré de papier blanc, et on lui suggère que ce can'é de papier est coloré en rouge ou en bleu. Au bout de quelques instants, on retire ce carré de p;ipier et on lui en présente un auire semblable sur lequel la malade voit la couleur complémentaire de celle qu'on lui a préalablement fait voir par suggestion. S'il s'est agi du rouge, le second carré do papier parait vert.
APPK-iniCE
nxluits |)»r la suggestiOD, il nous seiDMi< qu'on ne pei [■asifiir rerusoi- un^ importance fondamentale. Ions iiiaiuleiiaiit la discussion de ta deuxit^me propos [jrand hypnotisme caraelêrisé par les trois états, létha d>'|isie et somnambulisme, n'est pas, disons-nous, iir arliticielle. Celle proposition so lie intimement à ' . celle qui consiste A dire que les phénomènes somal nsi que le grand hypnotisme, peuvent se développt rlains sujets, sous riuflu^nL'e d<' certaines manœuvra terventioû de la suggestion. Avant de chercher ù démoi aclttude de celle assertion, nous croyons utile d'entrf (tiques développements sur ce phénomène de la suggei il on veut faire dépendre toutes les manifestations i\ isme.
r>iis, nous voulons dire u\'anl 187K, beaucoup niaiei isme, el expliquaient purement et simplement tous U ènes produits par l'hypothèse commode de la simuli 'puis les études de la Salpétri^re, on ne parle pit e simulation, ou du moins si quelques personnes alla:
donc un phénomène qui a une eauie psychique, qui est précédé par une opération psychique. Tout le monde admet aujourd'hui qu'un grand nombre de phénomènes hypnotiques sont des effets de la suggestion, et la suggestion dans tous ses détails, a été longuement étudiée par divers expérimentateurs qui appartiennent à TÉcole de la Salpétrière(l). On sait que par cette méthode, il est possible de donner à un sujet convenablement préparé des hallucinations, des ordres, des rêves, le frapper d'anesthésie et de paralysie. L'étude de la suggestion ouvre à la psychologie des horizons nouveaux en lui fournissant ce qui lui manquait jusqu'ici, une méthode d'expérimentation.
Mais ceux qui ont étudié la suggestion n'ont pas tous été jusqu'à prétendre qu'elle constitue la seule et unique cause de tous les phénomènes présentés par les sujets hypnotisés. Cette thèse appartient à TÉcole de Nancy et plus particulièrement à M. Bernheim. M. Beaunis, en eff'et, un des représentants de cette Ecole, a déclaré récemment qu'il était convaincu que la suggestion ne suffit pas à tout expliquer.
La thèse de M. Bernheim a eu beaucoup de succès ; cela nous parait facile à comprendre. Elle a, par-dessus tout, le mérite de la simplicité. On a dû trouver admirable de ramener à l'unité les causes des faits si nombreux et si divers qu'on réunit sous le nom d'hypnotisme. Ajoutons que cette prétention a été grandement encouragée, par les expériences qui ont été faites dans ces derniers temps sur ce qu'on pouvait appeler les suggestions organiques. On sait aujourd'hui qu'en employant la suggestion sur des sujets appropriés, on qbtient des effets tout à lait remarquables ; par exemple, on peut développer une plaie sur une région de peau saine. Il était tout naturel que certains expérimentateurs, frappés par cette puissance de la suggestion, en vinssent à dire que la suggestion explique tout et suffit à tout.
On peut se demander maintenant par suite de quelles expé-