‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 105 sur 156 · CARACTÈRES DE LA DOULEUR · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE LA DOULEUR

cussiondu trochanter, du talon, el en conséquence de toute tentative faîte pour mouvoir la jointure. Mais elle présente ceci de particulier qu'elle est diffuse, en ce sens qu'elle s'irradie au-dessus du ligament de Poupart, remonte sur la partie inférieure de l'abdomen, presque jusqu'au voisinage du sein gauche et s'étend aussi à la fesse. De plus, lorsque, soit au niveau de l'aine, soit sur la partie antérieure du genou, la peau saisie entre les doigts est soulevée et légèrement comprimée, il se produit une douleur vive, hors de toute proportion avec le degré d'intensité du pincement exercé. J'insiste sur cette hyperesthésie de la peau au voisinage de la hanche, parce qu'elle a été relevée par la plupart des auteurs qui ont écrit, sur la coxalgie hystérique; elle mériterait vraiment d'être désignée sous le signe deBrodie, car c'est au célèbre chirurgien anglais qu'on doit d'en avoir fait remarquer l'importance au point de vue du diagnostic.

J'ajouterai qu ayant remarqué qu'à la suite de ces excitations de la peau de l'aine et du genou, Ch... présentait les signes d'une anxiété extrême, que sa face rougissait, en même temps que les veines du cou et des tempes se gonflaient, etc., nous l'avons interrogé sur ce qu'il éprouvait à ce moment-là; or la description qu'il nous a donnée des sensations a répondu exactement à la description de l'aura hystérique vulgaire, à savoir : Constrîction épigaslrique, puis battements de cœur, serrement de la gorge, enfin sifflements dans l'oreille du côté gauche et battements à la tempe du même côté. Mêmes résultats à la suite de la percussion exercée sur le grand trochanter, sur le talon ou à la suite de toute tentative de mouvement imprimé à la hanche. Vous voyez par là, Messieurs, que, si l'attaque hystérique n'existe pas chez notre malade, on peut, chez lui, tout au moins provoquer les phénomènes d'aura, qui, dans la règle, la précèdent, par l'excitation de véritables zones hystérogènes, dont les unes occupent la peau qui recouvre les join-

:^i EXISTENCE DE STIGMATES UYSTÊRIQUES

tures de la hanche et du genou, tandis que les autres sitnées plus profondément paraissent siéger soit dans la synoviale, soit dans la capsule articulaire.

La découverte des faits qui viennent d'être signalés nons a amené tout naturellement à supposer qu^un examen plus at-

Fig, 18.

- : 'V '/o:ro homme et conduit dans une certaine direction,

- - *v^.-,v,ir;ui peut-ôlpe de relever chez lui d'autres phéno-

.0..X .V *t \<;>>< ilo rendre plus évidente encore et plus palpa-

*. , .. ( v\^v,^^ sorlo, l'existence de la diathèse hystérique. A

*.' :n^ ,tno!Uo n'a pas été trompée : L'étude méthodi-

î^ -^ vc./ V >.r.ii!\ dans ses différents modes, nous a fait re-

• -^c ^,.^s ^\\rU presque totalité delà moitié gauche du

ESISTC5GE DE ST1CMATCS ■TSTtllQCIS 383

corps — quelques zones sont restées iademnes. — il eibte une anesthésie complète pour la piqûre et pour la température. Pour les mouvements de certaines jointures 'pieds, mains, poignets, épaules) les notions du sens musculaire ont disparu, tandis que pour d*autres, le coude, par exemple, elles sont conservées {fig. 78). Les sens spéciaux, goût, odorat, ouïe, sont notoirement affectés du côté gauche et de ce même côté, le champ visuel est très notablement rétréci, tandis que rien de semblable n*a lieu pour Tœil droit. — Ajoutons, et c'est là, vous le savez, un caractère très significatif, que le pharynx peut être titillé, irrité dans tous les sens et de toutes les façons, sans provoquer la moindre trace d'action réflexe.

Tout ce qui précède nous conduit à conclure : i* Que notre malade est un hystérique; 2* que raffeclion articulaire dont il souffre présente un bon nombre de caractères qui appartiennent à la coxalgie hystérique et aucun de ceux qui désignent nécessairement l'existence d'une lésion profonde de la jointure ; l'amaigrissement du membre lui-même ne répond pas à Talrophie musculaire, avec flacciJité qu'on trouve dans les coxal^es organiques et peut être tout naturellement rapportée à une inertie fonctionnelle relative, datant de deux ans et demi. Tout serait donc de nature hystérique chez notre malade aussi bien l'affection générale que raffection locale. L*origine traumatique des accidents n'est pas, elle non plus, tant s'en faut, contraire à cette interprétation ; car nous savons par nos études antérieures que chez Thomme, plus peut-être encore que chez la femme, un choc traumatique peut avoir pour effet de révéler une disposition hystérique jusque-là restée latente.

Malgré tout, je serai le premier à reconnaître que, même en présence des arguments qui viennent d'être accumulés, des doutes peuvent subsister encore, relativement au diagnostic. Il n'est pas facile, en effet, en présence d'une impotence fonc-

3S4 EXPLORATION A L*AIDË DU CHLOROFORIIB

(ioniielle aussi prononcée et remontant déjà à plusieurs années, do se dégager de Tidée d'une coxalgie organique qui aurait jonc, en quelque sorte, le rôle de point d'appel pour les manifestations de la névrose. Il est clair que, seule, Tadministralion du chloroforme pourrait lever tous les doutes. Tout naturellement ce moyen, nous avons voulu l'employer, mais jusqu'à présent le malade s'est obstinément opposé h se laisser faire. Je ne désespère pas de lui faire entendre raison et de le déterminer, un jour ou lautre, à se prêter à un examen qui en somme ne peut que lui être utile.

Mais, Messieurs, à défiiut d'un examen fait par nous-méme, nous pouvons, dès à présent, mettre à proGt les résultats de ]V\{iloralion qui a été faite, il y a quatre ou cinq mois à peine, par un chirurgien émincnt. Les résultats de cette exploration nvMis ont été communiqués par un confrère qui y assistait et qui nous afûrme que pendant le sommeil chloroformique la jointure s'est montrée parfaitement libre, parfaitement mobile, o\(Mnpto de toute rigidité, de toute adhérence.

l os conclusions tirées des résultats de l'examen en question x***î olo. Messieurs, les suivantes : IMl n'existe pas, chez ce '^ 'j.*!» do traces d'une affection organique de la jointure ; 2* cet

■•^;uxlu. très vraisemblablement, est un simulateur. V coiio dernière partie des conclusions. Messieurs, nous

.' ^<;îrions évidemment souscrire, après l'exposé qui prt5-

oriainement, la coxalgie organique n'existe pas chez

■•\<!avlo. cela est bien établi; mais il existe chez lui une

. o *'\>loriquo, sitie materia^ comme vous voudrez l'ap-

,' . i.»ulo itynamiqiie qu'elle soit, la maladie est parfai-

,xunuo« parfaitement réelle et rien, absolument

.' Ai.i;,;;t uous autoriscr à taxer uotrc homme de simu-

,\x, îL Messieurs, vous l'avez compris, que du mo-

l'HONOSTlG DE LA COXALGIE HYSTÉRIQUE 385

ment où il s'agit seulemenlici, comme nous laffirmons, d'une coxalgie hystérique, le pronostic est, à tout prendre, beaucoup moins sombre qu il ne Teût été dans Thypothèse d'une affection organique. Sans doute, une coxalgie hystérique peut se perpétuer, durer des mois, des années même — et notre cas nous offre un triste exemple de ce genre, — mais en somme, la guérison doit survenir, à peu près nécessairement un jour ou l'autre, tôt ou tard.

Mais comment faudra-t-il s'y prendre pour hâter cette terminaison favorable que signalent nos prévisions ? C'est là unç question qui, pour être convenablement traitée, exige de longs développements. Nous y consacrerons une prochaine leçon.

Chahcot. Œuvres com;>lèles, t. m. ^y^t mf nnueux. . V>

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