‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 15 sur 156 · RHUMATISME CHRONIQUE · texte numérisé non relu

RHUMATISME CHRONIQUE

Je rappellerai que j*ai proposé de ramener à trois types fondamentaux les formes très variées sous lesquelles cette affection se présente * :

1** Rhumatisme articulaire chronique primiti/' généralisé ou progressif. — C'est le rhumatisme noueux des auteurs ; il affecte, dès le début, une marche chronique et présente une tendance presque invincible à se généraliser. Ce sont les petites jointures des extrémités, celles des mains, en particulier, les métacarpo-phalangiennes, le plus souvent, qui sont atteintes d'abord, et elles sont prises symétriquement. Puis, à la longue, la plupart des autres articulations sont envahies d'une façon presque fatale. Pendant toute la longue durée de la maladie, le patient a souvent à supporter des douleurs vives, fréquemment accompagnées de réaction fébrile.

2** Rhumatisme articulaire chronique primitif, fixe ou partiel. — La maladie, qui présente les mêmes caractères de chronicité d'emblée que la forme précédente, reste en général localisée sur une ou deux grandes articulations et y produit des altérations profondes. Elle a été souvent étudiée en chirurgie, sous le nom d'arthrite sèche, de morbus coxœ senilis, quand il s'agit de la hanche. Elle s*accompagne de douleurs peu intenses, et la réaction fébrile fait défaut.

3* Nodosités d'Heberden. — C'est rafifeclion décrite par Ileberden, sous le nom de digitorum nodi. Très généralement, mais bien à tort, rapportée à la goutte, elle occupe à peu près exclusivement les articulations des phalangines avec les phalangettes, et quelquefois, en outre, des phalangines avec les phalanges; elle épargne, au contraire, les articulations meta-

1. Charcot. - Traité de la ffoutle de Garrod, noie, p. 602. — Maladies des vieillards, 2« éd. i8:4, p. 197 <îI 8.

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carpo-pbalaugiennes, qui sont prises d'une façon prédominante dans le rhumatisme noueux proprement dit.

Il va sans dire que Tarthrite sèche est le substralum anatomique de toutes ces formes cliniques ; mais, à chacune déciles répond une modification du type anatomo-pathologique. Ces trois formes, en effet, ne sont pas absolument séparées ; elles se relient entre elles par des transitions insensibles. Il y a, en quelque sorte, des faits intermédiaires, et le fait que nous allons étudier tient à la fois du rhumatisme articulaire chroni* que partiel et, si vous voulez, du rhumatisme articulaire chronique généralisé ; c*est un rhumatisme chronique partiel s*étendant à un grand nombre de jointures.

Le nommé L..., Àgc de SI ans, coifiTeur, avait, jusqu'à TÀge de 44 ans, joui d'une bonne santé. Pendant les neuf dernières années, il a, par malheur, habité un rez-de-chaussée sombre et humide, formant arrière-boutique, et là, pendant là nuit, il a souvent souffert du froid. Cette influence d'une habitation humide est une des causes déterminantes le plus souvent relevées, et ajuste titre, dans Tétiologie du rhumatisme chronique; et il est très remarquable que les douleurs articulaires n'apparaissent, en général, que plusieurs années après l'époque à laquelle Tinfluence nocive a commencé à s'exercer; il y a donc là une sorte d'incubation. Ainsi, chez notre malade, ce n'est qu'au bout de cinq années de séjour dans cette chambre que les premières arthropalhies se sont produites. Les articulations ont été affectées successivement, dans l'ordre suivant : les poignets d'abord, puis les épaules, puis les cous-de-pied, les genoux, les hanches, les coudes ; en dernier lieoLjbs dmgU, à un faible degré et les articulations cervicales. Gt(SÉMlline« ment successif s'est fait pendant une période di i.

Les douleurs ont été peu vives, le gonflement {

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il n'y a jamais eu ni rougeur, ni fièvre ; jamais le malade n'a élé forcé de s'aliter, mais il a été gèné^ lout d'abord, dans certains mouvements du poignet, nécessaires à sa profession ; puis, est survenu un amaigrissement rapide et une grande faiblesse rendant la marche extrêmement difficile, et il s*est vu obligé d'abandonner son élat.

Actuellement, il est facile de reconnaître les articulations malades, et les altérations dont elles sont atteintes sont nettement appréciables. Ces jointures sont pour la plupart, le siège de craquements : Tépaule gauche surtout, et les genoux.

Ceux-ci contiennent une certaine quantité de liquide, et les parties molles qui les entourent sont évidemment tuméfiées. Des craquements existent également dans les poignets, les coudes, les articulations de quelques doigts des deux mains. En un mot, sans plus insister, nous retrouvons dans un grand nombre d'articles les caractères classiques de l'arthrite sèche.

Mais, le point sur lequel doit surtout porter notre attention c'est l'amaigrissement des masses musculaires. Il ne s'agit pas là d'une émaciation généralisée, dans l'acception rigoureuse du mot, mais bien d'une amyotrophie localisée, surtout sur certains muscles ou sur certains groupes de muscles; et nous retrouvons là la prédominance sur les extenseurs, à laquelle nous devions nous attendre. Ainsi, aux épaules nous constatons un aplatissement des deltoïdes; aux bras, ce sont les triceps qui sont surtout amaigris, tandis que les biceps ont encore conservé un certain relief. Les fessiers sont considérablement aplatis, et cela est en rapport avec l'affection des articulations coxo-fémorales. A la cuisse, le triceps est beaucoup plus atrophié que la masse des fléchisseurs, et la môme loi se confirme pour toutes les articulations malades.

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