‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 34 sur 156 · ATROPHIE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

ATROPHIE MUSCULAIRE

L'existence de celle lésion spinale, déj& révélée d'un autre côlé par la paralysie des sphincters vésical el anal el par Tasthénie des réflexes génitaux, sera établie plus péremploirement encore par les résultais de Texamen méthodique du membre inférieur droit, dans lequel nous trouvons un affaiblissemenl marqué des fessiers et de la plupart des muscles de la jambe.

Celle parésie des muscles du côlé droit comme du côté gauche s'accompagne d'une alrophie qui se Iraduit par une diminution de volume facilemenl appréciable, mais surtout frappante du côlé gauche.

Il convient maintenant de considérer un instant cette alrophie qui persiste depuis 6 mois. La question à résoudre est celle-ci, el nous allons voir qu'elle intéresse au plus haut point non seulement la théorie, mais encore la pratique : s'agit-il d'une atrophie simple, c'est-à-dire sans altération profonde des fibres, ou, au contraire, s'agit-il d'une atrophie dégénérative, d'une atrophie correspondant à une modification profonde, à une dégénération de l'élément musculaire ? Vous comprenez que le pronostic est lié, jusqu'à un certain point, à la solution de cette question. C'est qu'en effet l'atrophie simple cède habituellement à l'emploi des moyens appropriés, tandis que, dans l'atrophie dégénérative, le traitement est impuissant. Sommes-nous donc en possession d'un moyen qui nous permette d'établir cliniquement la distinction? Oui, très certainement el ce moyen consiste dans l'emploi méthodique de l'exploralion électrique. Pour être complète, l'exploration électrique doit être faite successivement à l'aide de deux espèces de courants, faradique el galvanique.

Pour ce qui est de l'exploration galvanique (courants continus), je vous remettrai en mémoire que l'un des pôles qu'on appelle indifférent, esl apjiliqué sur la poitrine, tandis que l'au-

136 FAPLOHATION ÉLECTRIQUE

tre, le pôle différent est appliqué sur le nerf ou sur le muscle qu^on veut examiner. Ce pôle différent peut èlre à volonté le pôle positif (An. Anode) ou le pôle négatif (Ka Kathode), Vous n'ignorez pas que, dans les condilions normales, les contractions musculaires se produisent seulement soit à la fermeture (S. Schliessung), soit à Touverture du courant (0. Œffmmg). Or, pour obtenir à l'état normal une secousse (Z. Zwc^tm^) avec le plus faible courant possible, soit 20 éléments^ il faut que le pôle avec lequel on opère soit négatif, Ka, et la secousse se produit alors au moment de la fermeture, ce qui s'explique dans le langage éleclro-physiologique de la façon suivante : Ka S Z. Pour obtenir avec l'autre pôle, le positif. An, une contraction, il faudra augmenter le nombre des éléments et le porter de 10 à 15 par exemple. Ce résultat se traduit ainsi ; KaSZ > AnSZ. Ce rapport fait partie de ce qu'on appelle la formule des réactions normales; et si on trouve, en explorant un muscle, qu'on obtient AnSZ avec un nombre d'éléments qui ne suffit pas pour que RaSZ soit obtenu, ce qui se traduit par AnSZ > KaSZ, on dit qu'il y a inversion de la formule, et cette inversion fait partie de la réaction de dégénération; ou, en d'autres termes, la réaction ainsi obtenue correspond à une altération plus ou moins profonde du tissu musculaire.

Nous allons appliquer dans un instant ces notions à l'étude de l'état Irophique des muscles atrophiés chez notre malade ; mais il faut à présent indiquer en quoi consiste, au point de vue de l'électro-diagnostic, l'atrophie simple des musclés et leur atrophie dégénéralive.

1° Dans l'atrophie simple, Texcitabilité faradique et galvanique est modifiée en moins, c'esl-fi-dire que, dans les deux cas, il faut un courant plus fort que dans l'état normal pour obtenir une réaction ; mais les résultats sont parallèles, il n'y a pas de modification de la formule, KaSZ reste > AnSZ. Ces atrophies simples se voient par exemple à la suite de l'iner-

KXPLOKATION BLECTKIQUE 137

tie prolongée, ou encore dans cerlaines affeclions spinales dynamiques développées à la suite de certaines lésions articulaires.

2** L'alrophic dégénéralive a été étudiée avec soin dans les conditions expérimentales chez les animaux, à la suite de sections de nerfs. Des expériences de Erb et de Ziemssen découle, en résumé, que l'absence de réaction faradique, la réaction galvanique persistant mais modifiée en plus, indique un état sérieux, mais avec régénération possible ; qu'au contraire l'absence de réaction faradique et galvanique montre un état des plus graves, une modification dégénérative du nerf ou du muscle, à peu près certainement irréparable.

Or, Messieurs, en pathologie humaine, ces modifications profondes des réactions électriques correspondant à un état grave de la nutrition des muscles se voient dans les affections des nerfs périphériques (sections, lésions traumaliques, etc.) ; mais aussi dans les maladies spinales, lorsque la lésion e>t localisée de telle façon que les éléments ganglionnaires, les cellules dites motrices, sont profondément altérés ou détruits; ainsi, par exemple, dans la paralysie infantile après la période de réparation, ou encore dans les myélites centrales diffuses.

Appliquons maintenant ces données au cas de notre homme. L'examen des divers muscles affectés fonctionnellemenl et Irophiquement a donné chez lui les résultats suivants :

<• Le nerf crural est faradîquement et galvaniquement excitable des deux côtés. Les muscles adducteurs et triceps fémoral répondent aussi normalement aux deux excitations.

2® Dans le domaine du plexus sacré, nous trouvons à droite des réactions normales. A gauche, le muscle moyen fessier est inexcitable faradiquement; ce qui revient à dire que le

438 EXPLORATION ÉLECTKIOUB

Irouble fonctionnel de ce muscle est lié à une lésion organique, que, par conséquent, la difficulté de la station qui en résulte, inclinaison du bassin et du tronc à droite, inclinaison & droite, quand le pied droit se détache du sol, persisteront vraisemblablement & titre d'infirmités incurables.

S"* Ce qui vient d'être dit à propos du moyen fessier, on peut le répéter & propos du grand fessier, mais des deux côtés cette fois. Ces muscles animés par le petit sciatique ne répondent ni à la faradisalion ni à la galvanisation, il y a 1& une réaction de dégénération surtout à gauche ; il n'y a donc guère d'espoir de voir se rétablir la fonction de ces muscles.

4"* Pour ce qui est du domaine du nerf sciatique lui-même, je me bornerai à relever ce qui est relatif aux muscles jumeaux et aux fléchisseurs de la jambe sur la cuisse. A gauche. l'eiTet de la faradisalion est nul : la galvanisation ne produit qu'une contraction lente et faible. A droite, il y a aussi une réaction de dégénéralion, mais de dégénéralion moins complète (An SZ = Ka SZ) ; il reste quelque espoir de retour sous rinfluence de pratiques électrothérapiques appropriées. On peut en dire autant pour les jumeaux; donc la flexion de la jambe sur la cuisse et la flexion plantaire du pied pourront sans doute être rétablies.

Ains-i, vous le voyez, Texploration électrique des muscles nous fournit ici des données pour le pronostic, en même temps qu*elle nous permet de présumer jusqu'à un certain point le degré de la lésion spinale. Celle-ci occupe donc la région lombaire inférieure, d'après toutes les circonstances du cas et siège vraisemblablement surtout dans la substance grise centrale. Il n'y a aucune raison de croire que les faisceaux blancs antérieurs ou postérieurs soient envahis. Dans la substance grise, les cornes postérieures ne sont pas affectées profondé-

Page 1