LÉGITDIITÉ CE LA SPÉCIALISATION
sécration ofOcielle d*une spécialité de plus était vraiment chose opportune et légitime, et si une fois engagés dans celte voie, nous n*étions pas menacés de voir l'unité de notre science se morceler et se dissoudre. A cela, on peut répondre d'une façon sommaire qu'aujourd*hui, en médecine, alors que l'analyse devenue plus pénétrante multiplie sans cesse le nombre des faits, nos facultés d'assimilation et notre puissance de travail ne se développant pas parallèlement, personne ne saurait plus sérieusement prétendre à tout embrasser, à tout approfondir. La spécialisation est donc devenue chose fatale et nécessaire. Il faut bien l'accepter, puisqu'on ne peut l'éviter. Il importera seulement de l'organiser en vue de mettre obstacle au morcellement sans limites et à l'isolement stérile, dont on aurait k déplorer, s'ils venaient à se produire, les funestes effets. A ce propos, je ferai remarquer que cette organisation, en ce qui concerne le corps enseignant, existe déjà, en quelque sorte, dans notre Faculté qui exige de ses agrégés, parmi lesquels se recrutent les professeurs, la connaissance de tout l'ensemble.
D'ailleurs, pour le territoire neuro-pathologique, le danger qui pourrait s'attacher à une spécialisation trop étroite n'est guère à redouter, car ce domaine est devenu aujourd'hui, personne ne songe à le contester, un des plus vastes qui existent, l'un de ceux qui s'enrichissent le plus rapidement, l'un de ceux dont la culture exige de la part de celui qui s'y livre le plus de connaissances générales. Il était donc légitime que la pathologie du système nerveux qui, à l'avenir, devra absorber tous les efforts de celui qui la voudra posséder, vint réclamer à son tour une place à part parmi les autres branches qui, comme elle, par la force des choses, se sont antérieurement déjà dé tachées du sein de la médecine générale.
Une autre considération à faire valoir esl que, dans l'évolu-
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lion scientifique qui, durant ces trente dernières années, a reculé les limites de la pathologie nerveuse et en a rendu la spécialisation légitime, la France a été souvent Tinilialrice; elle devra continuer son œuvre et ne point se laisser devancer, sur son propre territoire, par les autres pays. Pour atteindre ce but et assurer définitivement la situation, il était nécessaire de mettre entre les mains d*un certain nombre de travailleurs tous les moyens de se tenir constamment à la hauteur du mouvement; or, cela ne pouvait se faire qu'en créant, pour l'enseignement des maladies du système nerveux, une chaire magistrale. Car, seule, une chaire occupée par un professeur titulaire pourra dignement répondre, en raison des privilèges et des devoirs qui s'y rattachent, aux besoins de renseignement et aux exigences du progrès scientifique.
Il me paratt inutile de développer plus longuement cette apologie de Tinstitulion nouvelle et d'accumuler en faveur de la cause de plus nombreux arguments. Actuellement, pour nous montrer fidèle aux habitudes consacrées, nous devons nous appliquer dans cette leçon d'inauguration, à faire connaître aux nouveaux venus, à ceux qui ne nous ont pas fait l'honneur d'assister à nos conférences, comment je comprends cet enseignement, ancien déjà, mais qui m'est aujourd'hui officiellement confié.
Comme par le passé, il s'agira surtout ici de clinique, ou, autrement dit, de pratique. G*est dire que nous aurons à envisager tel cas particulier, tel malade qu'il s'agira de guérir ou pour le moins de soulager. Or ce but. Messieurs, cela va de soi, ne saurait être atteint que par la mise en œuvre des notions préalablement acquises dans les diverses branches de la
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médecine, car il faut savoir pour pouvoir. La pratique, en réalité, n*a pas d*autonomie; elle vil d*emprunls, d'applications; sans rénovation scientiGque, elle deviendrait bientôt une routine attardée et comme stéréotypée. Aussi peut-on affirmer, à mon a\i8, que, à part les questions de coup d'œil, d*ingéniosilé et autres qualités natives, qui se perfectionnent, sans doute, par Tusage, mais qui ne s*acquiérent pas de toutes pièces, on peut affirmer, dis-je, que tant vaut le pathologiste, tant vaut le clinicien. Celui-ci, par conséquent, avant d*élre vu à l'œuvre, peut être jugé déjà, du moins sommairement, parle seul examen de ses tendances scientifiques.
A cet égard, je n'en suis plus, Blessieurs, à exposer ma profession de foi, et je puis m'en tenir, je pense, à déclarer une fois de plus que, dans mon opinion, Tintervention largement acceptée des sciences anatomiques et physiologiques dans les affaires de la médecine est une condition essentielle de progrès ; vérité, du reste, devenue en quelque sorte banale, avec le temps.
Hais un point que je tiens à relever avec insistance, c'est que, pour être légitime et vraiment féconde, cette intervention doit se faire dans des conditions particulières qu'il importe de ne jamais oublier. Permettez-moi de vous rappeler Topinion formellement exprimée à ce sujet par un physiologiste illustre entre tous, Claude Bernard: « Il ne faut pas ^ Aïi'W^ subordonner la pathologie à la physiologie. C'est C inverse qW il faut faire. Il faut poser d abord le problème médical tel qtiil est donné par l'observation de la maladte^ puis chercher à fournir F explication physiologique : agir autremeîit ce serait s'exposer à perdre le malade de vue et d défigurer la maladie. » Voilà, à mon avis, des paroles excellentes. J'ai tenu à les citer textuellement, parce qu'elles sont absolument significatives. Elles font suffisamment comprendre
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qu'il existe en pathologie tout un domaine qui appartient en propre au médecin, que lui seul peut cultiver et faire fructifier, et qui resterait nécessairement fermé au physiologiste qui, systématiquement confiné dans le laboratoire, dédaignerait les enseignements de la salle d'hôpital.
La méthode appropriée à la culture de ce vaste champ peut être appelée nosologiqtte ; c'est, en somme, la méthode traditionnelle par excellence, car c'est elle qui, depuis que la médecine existe, s'occupe à décrire les étals morbides, à déterminer leur caractérislique, leur éliologie, leurs corrélations, les modifications qu'ils subissent, sous l'influence des agents thérapeutiques. Or, les faits de cet ordre, Messieurs, veuillez le remarquer, constituent nécessairement les assises premières de toute construction scientifique en pathologie, et sans cette ba^e, la physiologie de l'homme malade ne serait qu'un vain mot.
S'il fallait, dans la catégorie des maladies du système nerveux, montrer toute la puissance de celte méthode, il suffirait de rappeler une des parties de l'œuvre inimitable de Duchenne (de Boulogne), ce grand représentant de la neuro-pathologie française. Sans doute, son admirable étude des mouvements musculaires, faite à l'aide de l'électrisation localisée, pourra être, jusqu'à un certain point, réclamée par la physiologie. Mais il n'en est pas de même de sa création des grands types morbides qui s'appellent l'atrophie musculaire progressive, la paralysie infantile, la paralysie pseudo-hypertrophique, la paralysie glosso-laryngée, Tataxie locomotrice enfin. Cette création, le plus grand côté de l'œuvre, incontestablement, puisqu'elle a peuplé d'être animés, vivanis, conformes à la réalité concrète, reconnus de tous, des cadres jusque-là restés vides ou remplis de formes confuses, cette création, dis-je, appartient toute entière à la méthode nosographique.
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Mais cette méthode ne doit pas nécess.iirement se restreindre à Tobservation des phénomènes extérieurs de la maladie ; elle peut, sans changer de caractère, s'appliquer au domaine anatomo-pathologique et se Tapproprier.
On a dit souvent que les progrès de la pathologie et ceux de Tanatomie pathologique vont de pair. Cela s'est montré vrai, surtout en ce qui concerne les maladies du système nerveux. Un exemple suffira pour montrer que la découverte d'une lésion constante, dans les maladies de ce genre, est un résultat d'une portée décisive.
La description qu'a donnée Duchenne (de Boulogne) de Tataxie locomotrice est des plus vivantes, des plus saisissantes. Elle passe, avec raison, pour un chef-d'œuvre. Cependant l'hésitation a régné pendant longtemps dans les esprits, jus'^ qu'au jour où la lésion spinale, décrite depuis longtemps par Cruveilhier, put être rapportée au type clinique.
Néanmoins, quelques auteurs continuaient à penser que l'affection est à son origine une névrose. Toute illusion se dissipa lorsqu'on eut reconnu que la lésion est déjà constituée et parfaitement reconnaissable, dès les premières phases du mal, alors qu'elle ne se révèle encore cliniquement que par des symptômes fugaces, qu'elle est toujours présente, à un degré quelconque, dans les formes frustes, anormales, lesquelles ont pu, ainsi, être rattachées avec assurance au type normal, seul cité dans la description classique de Duchenne (de Boulogne).
Dans ce cas, comme dans bien d'autres, veuillez le remarquer, l'intervention de l'anatomie pathologique offre, en quelque sorte, un caractère purement pratique. 11 s'agit, surtout.
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de fournir à la noso^aphie des caractères plus fixe**, plus matériels, si l'on peiil aîn^i parler, que ne te sont les symplAmcs eux-mêmes. On ne s'occupe pas de saisir la nalure des rapports qui unissent les lésions aux symptômes extérieurs.
Sans méconnallre l'importance des résultats obtenus dans
cette voie, il est certain que l'étude des lésions peut être adaptée & un outre point de vue et prétendre à des visées plus hauleN, ptUR scienliriques n vous voulez. Elle peut, lorsque les cîrconHlanceit Hont ruvorables, Tournir les bases d'une interprétation phyitioluKÎ'I"'' tl"" phénomènes morbides, et, du même coup, par unct ctniséquence in<Svilable donner au diagnostic pUw do pÉiiélraliuii et de rigueur.
J'ai placé soH* vos yrux un Fcbi^ma {Fit/. 0 qui représente, en quelque Mrïo, * 1« niotuicl », le <■ rudiment de la nouvelle
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pathologie spinale ». — La moelle s'y trouve divisée en régions beaucoup plus nombreuses que celles reconnues autrefois par Tanatomie et la physiologie expérimentale. G*esl là l'œuvre de la méthode anatomo-clinique.
Chacune de ces régions peut se montrer lésée, isolément, systématiquement, comme on dit, sans participation des régions voisines, de telle sorte que nous nous trouvons ici dans les conditions d'une vivisection bien réussie; à chacune de ces lésions circonscrites correspond une symptomatologie particulière qui révèle, en quelque sorte, le trouble de fonctions spéciales à chacune des réglons affectées. On apprend ainsi que les faisceaux pyramidaux sont presque exclusivement composés de fibres qui transmettent directement à la moelle, et par son intermédiaire, aux membres, les ordres de la volonté ; que les cellules motrices des cornes antérieures tiennent sous leur dépendance la nutrition des muscles correspondants; que celte région des cornes antérieures n'a rien à faire avec la transmission des impressions sensitives, etc., etc. — Ici donc, la physiologie et la pathologie se confondent, en quelque sorte.
Des résultats analogues ont été obtenus par l'application de cette même niélhode analomo-clinique à l'étude des localisations dans le bulbe et dans les hémisphères du cerveau. Je me bornerai à de courtes remarques concernant ce dernier point.
Vous n'ignorez pas que, sur cette question des localisations cérébrales, le désarroi est pour le moment dans le camp des expérimentateurs; les uns niant formellement ce que les autres afQrmenl avec non moins d'autorité. A ces débals nous assistons, nous autres paihologistes, non pas certes avec indifférence, mais tout au moins avec calme; nous attendrons avec patience que laccord se fasse.