ATTAQUE A FORME D'ÉPILEPSIB PARTIELLE
bien qu'elle y soil assez rare, j*aieu néanmoins roccasion de vous en présenter, dans ces derniers temps, plusieurs exemples parfaitement authentiques. Elle a été, d'ailleurs, Tan passé, de la part de mon ancien chef de clinique, M. le D' Ballet, actuellement médecin des hôpitaux, l'objet d'une étude attentive *. En rapprochant des observations contenues dans ce travail, le cas qui vient de nous occuper, vous serez amenés à reconnaître une fois de plus les traits de ressemblance vraiment saisissants qui rapprochent Thystéro-épilepsie de l'homme de celle de la femme, alors même que, cessant de considérer exclusivement le type fondamental, on ouvre le chapitre des anomalies.
Une autre anomalie, moins rare celle-là, moins inattendue, c'est, dans l'hystérie de la femme, l'absence des crises convulsives. Vous savez, en efTet, que, suivant l'enseignement de Briquet, un quart environ des hystériques femmes n'ont pas d'attaques. La maladie, en pareille occurrence, sans rien perdre cependant de son autonomie, n'est plus représentée symptomatiquement que par les stigmates permanents auxquels s'adjoignent parfois plusieurs accidents spasmodiques ou autres, tels que la toux nerveuse, les contractures permanentes, certaines arthralgies, certaines paralysies, des hémorrhagies s'opérant par diverses voies, etc., etc. ; or, les attaques peuvent également faire défaut dans l'hystérie de l'homme. Le cas que je vais vous montrer maintenant, lorsqu'il s'est présenté à nous, offrait un bel exemple de ce genre. La maladie s'est, en quelque sorte, complétée depuis, car actuellement les attaques existent. Mais pendant une longue période de 11 mois, il s'est agi ici d'un cas fruste, d'une interprétation assez difficile, d'ailleurs, du moins à certains égards, ainsi que vous pourrez le reconnaître.
Donc, le 10 mars dernier, le garçon que vous avez sous les yeux se présentait à nous, atteint d'une monoplégie brachiale gauche, sans trace aucune de rigidité, molle, flexible en un mot, au plus haut degré, laquelle, disait-il, datait de 10 mois et était
1. Ballet et Crcspin, — Des attaques d'hystérie à forme d'épi hpsie parfielie{Arch. de Sextrologie, 188'», n«« 2:J et 24).
ABSENCE DE l'aTTAQUE 289
survenue quelqoesjours après un traumalisme dont Faction avait porté sur la partie antérieure de Tépaule gauche. Aucune trace de paralysie ou de parésie même, soit au membre inférieur correspondant, soit à ]a face; pas traces non plus, malgré la date ancienne déjà du début de la paralysie, d*atrophie des muscles paralysés, circonstance qui, jointe à l'absence de toute modification des réactions électriques dans ces muscles, nous conduisais immédiatement à éliminer l'influence — du moins l'influence locale, directe, — du traumatisme. Nous étions frappé, d'ailleurs, de voir la peau des régions carotidiennes soulevée par des battements artériels violents. Le pouls de Corrigan était nettement accusé. L'auscultation du cœur révélait l'existence d'un souffle, au deuxième temps et à la base et, d'autre part, nous relevions sommairement, dans les antécédents du malade, l'histoire d'un rhumatisme articulaire aigu qui l'avait tenu au lit, pendant cinq ou six semaines. L'idée nous vint, en conséquence, tout naturellement, que cette monopiégie dépendait d'une lésion cérébrale en foyer, corticale, étroitement limitée dans la zone motrice, au centre brachial et consécutive elle-même à l'afl^ection valvulaire du cœur. Mais une étude plus attentive du cas devait bientôt nous détromper. Sans doute, la monopiégie en question dérive d'une lésion cérébrale corticale, principalement localisée dans la zone motrice du bras ; mais il ne s'agit pas là d'une altération matérielle grossière, la lésion est purement « dynamique », « svie materia », du genre de celles, enfin, dont on imagine volontiers l'existence pour expliquer le développement et la persistance des divers symptômes permanents de l'hystérie. C'est là du moins ce qui ressortira, je pense, très nettement de l'examen détaillé que nous allons faire de notre malade.
Obs. VI. — Le nommé Pin .., âgé de 18 ans, exerçant actuellement la pnifession de maçon, est entré à la Salpêtrière le 11 mars 1885. Sa mère est morte à l'ùge de 46 ans, à la suite « de rhumatismes » (?) ; son père est alcoolique. Une de ses sœurs, âgée de 10 iuis c?! sujette à de fréquentes attaques de nerfs. C'es't un jeune homme d'apparence solide, bien musclé, mais le fonc- Charcot. Œuvres complètes, t. ni, Système nerveux ^ 19
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tionnement du système nerveux a toujours laissé chez lui beaucoup à désirer. De 5 à 7 ans, il a été atteint dMncontinençe d*urine. Toujours il a été peu intelligent, sa mémoire est faible et il n*a pas appris grand chose à Técole. D'ailleurs il était peureux, sujet à des terreurs nocturnes. Au point de vue moral c'est un anomal, un déséquilibré. Dès Tâge de 9 ans, il quittait souvent la maison paternelle et allait coucher sous les ponts, dans les salles d*attente des gares de chemins de fer. Son père Tayant placé en apprentissage chez un fruitier, puis chez un pâtissier et d'autres encore, il recommença ses escapades. Une nuit, il fut arrêté en compagnie d'une bande de jeunes vagabonds et interné à la Roquette où son père le laissa pendant un an.
Il y a deux ans, àTâge de 16 ans, il fut pris d'une attaque de rhumatisme articulaire aigu généralisé, précédé par un érysipèle de la face. C'est très vraisemblablement de cette époque que date l'altération organique du cœur que nous reconnaissons chez lui aujourdhui.
Le 24 mai 1884, il y a 18 mois de cela. P..., alors apprenti maçon, tomba d'une hauteur d'environ deux mètres, et resta, à la suite, quelques minutes seulement sans connaissance sur le lieu où il était tombé. Il fut transporté à son domicile, et là on reconnut l'existence de quelques contusions occupant la partie antérieure de l'épaule, du genou et du cou-de-pied gauche, contusions légères qui n'entravaient pas sérieusement l'usage des parties affectées.
Pendant quelques jours, on put croire que tout en resterait là, mais le 27 mai, c'est-à-dire 3 jours après l'accident, P... s'aperçut que son membre supérieur gauche était devenu faible. Il alla alors consulter un médecin qui reconnut, paratt-il, une parésie de tous les mouvements du bras gauche avec aneslhésie de ce membre. Le 8 juin, c'est-à-dire 15 jours après sa chute et 11 jours après le début de la parésie, il entra à l'Hôtel-Dieu. Là, il fut examiné avec soin; on reconnut ce qui suit: signes bien caractérisés d'insuffisance aortique. Les parties qui ont été contusionnées ne sont le siège d'aucune douleur, soit spontanée, soit provoquée par les mouvements actifs ou passifs. Paralysie incomplète do
membre supérieur gauche. Le malade pouvait encore, très incomplètement toutefois, fléchir la main sur Tavant-bras et celui-ci sur le bras; mais tous les mouvements de Tépaule étaient impossibles. Le membre paralysé était absolument flexible dans toutes ses articulations ; pas trace de rigidité. La face, le membre inférieur gauche étaient absolument normaux; en ce qui concerne la molililé, il s'agissait donc bien là d'une monoplégie, dans l'acception rigoureuse du mot. L'étude de la sensibilité fournissait les résultats que voici : Il existait déjà, à cette époque, une hémianalgésie gauche généralisée ; lanesthésie était complète, au membre supérieur exclusivement. Dès cette époque, on constatait le rétrécissement du champ visuel double, beaucoup plus accentué à gauche, que nous allons retrouver tout à l'heure. Enfln, le 25 juin, c'est-à-dire 22 jours après le début de la paralysie, celleci était devenue absolument complète K Le diagnostic resta incertain, la thérapeutique inefficace. La faradisation, plusieurs fois appliquée sur le côté gauche, eut pour efl^et seulement de rendre la sensibilité moins obtuse sur le tronc, la face, le membre inférieur. L'anesthésie et la paralysie restèrent telles quelles au membre supérieur. Le rétrécissement du champ visuel ne s'était également nullement modifié, à l'époque où P... quitta THôtel- Dieu.
C'est le 11 mars de cette même année, par conséquent, dix mois après la chute et neuf mois après l'établissement complet de de la monoplégie que P... entra dans le service de la clinique, à la Salpétrière. Nous rétablissions alors les antécédenis tels que je viens de vous les dire et, de plus, un examen clinique minutieux nous fournissait les résultats que voici : insuffisance aortique bien caractérisée. Il existe un souffle au second temps et à la base; les artères du cou sont soulevées par des battements apparents à la vue ; pouls de Corrigun ; pouls capillaire sensible au front.
La paralysie motrice du membre supérieur gauche, qui se présente inerte, pendant le long du corps et retombe lourdement
1. Tous ces renseignemonis relatifs à ce qui s'est p^ nous ont été obligeainmont fournis par Bille Klumpker 1» avait été admis.
â92 OBSERYATIOKS
lorsque» soulevé, on Tabandonne à lai-méme, est complète, abeo- I ue. 11 n* y a pas trace d*un mouvement volontaire ; pas trace de contracture, l^s masses musculaires ont conservé leur volume et leur relief normal ; les réactions électriques, tant faradiques que galvaniques, ne sont en rien modifiées. Très légère augmentation relative des réflexes tendineux du coude et de Tavant-bras. Anes- Ihésie cutanée absolue au contact, au froid, à la piqûre, à la faradisalion la plus intense, sur toute Tétendue du membre, main, avant-bras, bras et épaule. Du côté du tronc, cette anesthésie est limitée par une ligne circulaire déterminant un plan À peu près vertical qui, passant par le creux de Taisseile, empiéterait un peu sur le creux sous-claviculaire, en avant, le tiers externe de la région de Tomoplatc, en arrière. L'insensibilité s'étend au même degré aux parties profondes ; on peut, en effet, faradber fortement les muscles, les troncs nerveux eux-mêmes, tirailler énergiquemenl les ligaments articulaires, faire subir aux diverses jointures des mouvements de torsion violente, sans que le malade en ait conscience le moins du monde. La perte des diverses notions rattachées au sens musculaire est également complète ; le malade est dans l'impossibilité de déterminer, même approximativement, l'allitude qui a été imprimée aux divers segments «le Fon membre, la place qu'ils occupent dans l'espace, la (lireclion et la nature des mouvements auxquels ils sont soumis, etc.
En dehors du membre supérieur gauche, il n'existe de ce côté, aucune modification de la motilité, soit à la face, soit au membre inférieur, mais sur ces derniers points, ainsi que sur la moitié ^^'auche du tronc, on retrouve l'analgésie déjà signalée lors du séjour à rilôtelDieu. L'examen du champ visuel nous donne du rôle droit i'élat normal, tandis qu'à gauche, il y a un rétrécissement énorme ; de plus, le cercle du rouge s'est transporté en dehors (le celui du bleu. Il s'est donc produit dans le champ visuel, d.'puis le s«:jour à riIôlel-Dieu, une modification qu'il est intéress.intde constater. De plus, nous relevons que l'ouïe, l'odorat, le K ont, explorés par les procédés habituels, offrent une diminution l:vs accentuée de leur activité, du côté gauche.
CARACTÈRES DE LA MONOPLÉGIE BRACOIALE 293
Il nous fallait maintenant chercher à déterminer autant que possible la nature de celle monoplégie singulière survenue à la suite d*un traumatisme. L'absence d'atrophie et de toute modification des réactions électriques des muscles, dans un cas où la paralysie datait de 10 mois, devait faire repousser du premier coup Thypothèse d*une lésion du plexus brachial ; tandis que Tabsence d*amyotrophie, à elle seule, ainsi que Tintensité des troubles de la sensibilité, permettaient de rejeter Tidée qu'il s'agissait là d'une de ces paralysies, bien étudiée par M. le professeur Le Fort et par M. Yaltat, et qui se produisent en conséquence des trnumatismes portant sur une articulation.
Une monoplégie brachiale peut survenir, très exceptionnellement, il est vrai, h la suite de certaines lésions de la capsule interne, comme le montre, entre autres, un fait récemment publié par MM. Bennet et Campbell, dans le journal le Brain^ ; mais en pareil cas, on ne rencontrerait certainement pas l'hémianesthésie sensorielle et sensitive qui, quelquefois, se surajoute à l'hémiplégie vulgaire totale par lésion de la capsule.
La production dans l'hémisphère droit d'un petit foyer soit d'hémorrhagie, soit encore de ramollissement déterminé par embolie, en conséquence de raffection organique du cœur, foyer qu'on pouvait supposer limité étroitement à la zone motrice du bras, une telle lésion, dis-je, pourrait rendre compte de l'existence d'une monoplégie brachiale gauche. Mais, dans celte supposition, la paralysie serait survenue tout à coup, h la suite d'un ictus, quelque léger qu'il put être, et non pas progressivement ; elle eût été marquée, presque à coup sûr, plusieurs mois après le début, par un certain degré, tout au moins, de contracture et par l'exagération nettement accusée des réflexes tendineux ; elle ne se fût pas accompagnée enfin très certainement, de troubles de la sensibilité cutanée et pro-