‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 76 sur 156 · Brain, avril, 18S:;, p · texte numérisé non relu

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fonde, aussi accentués que ceux que nous observons chez notre malade.

On devait donc, de toute nécessité, écarter encore, dans le diagnostic, cette dernière hyp.othëse, et celle d'une lésion spinale que nous ne croyons môme pas devoir discuter, n'était pas plus admissible. D'un autre côté, notre attention avait été vivement attirée, dès l'origine, sur les antécédents héréditaires assez significatifs du sujet, sur son état psychique et sur ses mœurs, sur les troubles de la sensibilité répandus bien qu'inégalement sur tout un côté du corps, sur le rétrécissement du champ visuel si prononcé du côté gauche et marqué par la transposition du cercle du rouge, sur les modifications, enfin, de Taclivilé des autres appareils sensoriels du môme côté; tout cela nous portait, en quelque sorte, invinciblement, surtout en l'absence d'une autre hypothèse quelque peu valable, à interpréter le cas comme un exemple d'hystérie. D'ailleurs, les caractères cliniques de la monoplégie, son origine traumatique elle-même — et pour ce dernier point je vous renvoie à ce que j'ai dit ailleurs, — n'étaient nullement en contradiction, tant s'en faut, avec celte vue. En effet, la limitation à un membre de la paralysie motrice, sans participation, à aucune époque, du côté correspondant de la face; l'absence d'exaltation marquée des réflexes tendineux, d'atrophie musculaire et de toute modificalion des réactions électriques, la résolution absolue du membre conservée plusieurs mois après le début du mal ; laneslhésie cutanée et profonde, portée au plus haut degré sur ce membre et la perte totale des notions relatives au sens musculaire ; tous ces phénomènes, lorsqu'ils se trouvent réunis et nettement accusés, comme ils l'étaient chez notre malade, suffisent largement, vous le savez, pour révéler la nature hystérique d'une paralysie.

En conséquence, le diagnostic « hystérie » était franche-

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ment^ résolument adopté. Sans doute, Tatlaque convulsive faisait défaut; mais vous n'ignorez pas qu'elle n'est nullement nécessaire à la constitution de la maladie et cette circonstance ne devait pas nous arrêter. Par suite, le pronostic changeait complètement de caractère ; nous n'étions plus en présence d'une affection de cause organique, peut-être incurable: nous pouvions nous attendre, malgré la longue durée du mal, & voir survenir soit spontanément, soit sous l'influence de certaines pratiques, quelqu'une de ces modifications brusques qui ne sont pas rares, dans l'histoire des paralysies hystériques, des paralysies flexibles en particulier. En tout cas, on pouvait prévoir que, tôt ou tard, la maladie guérirait. Un événement ultérieur devait bientôt justifier nos prévisions et, du mèm coup, confirmer pleinement notre diagnostic.

Le 15 mars, 4 jours après l'entrée du malade, on rechercha avec soin, ce qui n'avait pas été fait jusque-là, s'il existait chez lui des zones hystérogënes. On en trouva, en effet, une située sous le sein gauche, une autre sur chacune des régions iliaques, une autre enfin sur le testicule droit. On remarqua qu'une excitation môme légère de la zone sous-mammaire déterminait très facilement les divers phénomènes de l'aura : sensation de constriction du thorax, puis du cou ; battements aux tempes, sifflements dans les oreilles, surtout à gauche. Or, en insistant un peu plus, on vit tout à coup P. perdre connaissance, se renverser en arrière, en raidissant ses membres, et nous assistions ainsi à la première attaque d hystéro-épilepsie que le malade eût jamais éprouvée. Cette attaque était d'ailleurs absolument classique : & la phase épileptoïde succédait bientôt celle des grands mouvements. Ceux-ci sont d'une violence ôxtrôme, le malade dans ses mouvements de salutation va jusqu'à frapper sa face contre ses genoux. Un peu après, il déchire ses draps, les rideaux de son lit et, tournant sa fureur contre lui-môme.

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il se mord le bras gauche. La phase des attitudes passionnelles se développe ensuite; P. paraît en proie à un délire furieux : il injurie, provoque et excite au meurtre des personnages imaginaires : « Tiens, prends ton couteau... va... frappe donc ! » Enfin, il reprend ses esprits, et lorsqu'il est revenu à lui, il affirme qu'il n'a gardé aucun souvenir de ce qui vient de se passer. Il est à remarquer que pendant toute la durée de cette première attaque, le membre supérieur gauche na pas pris part aux convulsions; il est resté flasque, complètement inerte. A partir de là, les attaques se reproduisent les jours suivants, spontanément, plusieurs fois, présentant, d'ailleurs, absolument, toujours les mêmes caractères que l'atlaque provoquée. Dans l'une d'elles qui a eu lieu pendant la nuit du 17 mars, le' malade a uriné dans son lit. Deux autres attaques se produisent le 19. Le 21 survient une nouvelle crise pendant laquelle le bras gauche s'agite. Au réveil, le malade pouvait, à son grand étonnement, mouvoir volontairement les divers segments de ce membre, dont il n'avait pas pu faire usage, tm seul instant, pendant une longue période de près de 10 mois. La paralysie motrice n'était pas complètement guérie, sans doute, car il restait un certain degré de parésie, mais elle s'était complètement amendée. Seuls les troubles de la sensibilité persistaient au même degré que par le passé.

Cette guérison, Messieurs, ou, pour mieux dire, cette esquisse de guérison, après le diagnostic auquel nous nous étions arrêté, ne devait pas nous surprendre. Mais, à notre sentiment, elle survenait prématurément, à contre-temps. En effet, il ne nous était plus possible désormais de vous faire constater de visu^ dans toute leur plénitude, ainsi que nous en avions eu Tespoir, les caractères de cette monoplégie si parfaitement propre à l'étude. L'idée me vint alors que, peut-être, en agissant sur l'esprit du malade, par voie de suggestion^ môme

rélat de veille, — nous avions reconnu au prêî'.ib!^ q-^e le ^ujet n'était pas hypnolisable — on pourni: li re::: îuire au moins pour quelque temp.^. C'est p:ïîrq:ioi. le rn :-t. s>.. •.:.-vant P. au sortir d'une attaque qui n'ivii: en rien m.i H- 1 eut des choses, je tentai de iui persuader qu': êu": :e r.--;veîi paralysé. « Vous vous croyez mér:. iu: «iiT-;- â-.e: .'i >:.: d'une entière conviction »». c'est une erre::: \ . :-. :.^ \'.\'^ri plus élever votre bras, ni le fléchir. r.:n : \-. ::e ::. .. \z •• • doiûts; vovez, vous êtes incap'ible d- serrer r. -r >. e L'expérience réussit à mervei.le. rir î : h :: :e : . - : .e- ::. nutes de di?cu?sion, h raoriorléiie eVil: -- ;e e- . - e :.-:.-: était la veille. Je n'étais nu'.Ierner/. ;- t-.^: — - :-..•jiîiul^ — sur l'issue de cette r-îr-.;- et:.:'.: - .. * duile, car je sai*, par e\p*^rier.:-. ce: . - .' i •:-.lnatièrede5U^^e5lîon cey?/r f;»! : • • : . - • -r ' heureusement e.ie ne per-i-'i ;î- :. -• :^ i» ■-:.•'• domain, une nouvelle atu-j:e -:•.:'.-. \ \ \. ■.-. '.les mouvements voîontiires ^e >:'.i:. r- :-'. fois, toutes les tentatives i/i^e .— :- - -^:' avons pu faire sont deme'i-4e- ':.' . •-:' - '. - donc plus aujourd'hui q':"i *?: :r : ..-^ '^ • * \ tions qui, en ce qui '::r::e:i-=r .e v. . . r:.-.produites, en con5êq:e:.:e : -e i .\:.'. '..' - Irefois complè'emen: \\r^ y--.

Le malade peut. \'v:? ^e "• :7e: " . ' ' -. parties de ce merr; rire. Ml.*- '.e* "... -" giques, ils ne tr. .'r-::.e'.: y-j- :^ i - - - •• leur oppose et taiiiî T,e. i :• . - •. '• - . se traduit à la mi'r. ; i* .e - ''•^ ' > - • que le chiffre i 0. I^ --. : i.-.v T.t- .. puissance motr;:e :.>•: : .• î'.

persiste eLCore ziz^z^ii'.. t . i • les troubles de U ter tl:-.. * '•/-. -. . .

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ment dans le membre parésié, mais encore sur tout le côté gauche du corps, y compris les appareils sensoriels ; les attaques, d'un autre côté, restent fréquentes. Certes, vous Tavez compris, il ne s'agit là que d'un simple amendement et pour arriver à la guérison complète, il nous reste beaucoup à faire. Je me propose de revenir, pour les mettre en pleine valeur, sur quelques-uns des faits que contient cette intéressante observation, à propos d'une étude sur les paralysies hystériques par traumatisme, que je compte vous présenter bientôt. Pour le moment, laissant de côté la monoplégie qui, en somme, ne constitue qu'un épisode, dans l'histoire de la maladie, je me bornerai à relever, en terminant, une fois de plus, que, chez cet homme, comme chez ceux qui l'ont précédé, la grande hystérie existe, douée de ses attributs caractéristiques.

Messieurs^ en étudiant avec vous, dans ces deux leçons, les six cas d'ailleurs très significatifs, que le hasard a placés sous ma main, j'ai voulu surtout vous convaincre que l'hystérie, même l'hystérie grave, n'est pas, du moins chez nous, en France, une maladie rare ; qu'elle peut, par conséquent, se présenter, çà et là, dans la clinique vulgaire où seuls des préjugés d*un autre âge pourraient la faire méconnaître. J'ose espérer qu'après tant de preuves accumulées dans ces derniers temps, cette notion est destinée à tenir désormais, dans votre esprit, la place qu'elle mérite d'y occuper.

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