‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 77 sur 156 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

Sur deux cas de monoplégie brachiale hystérique, de cause traùxnatique, chez rhomœe *. — Monoplégies hy stér o-traumatiques .

Sommaire. — Observation de Porcz... : Antécédents, rhumatisme articulaire. — Chute. — Monoplégie avec anesthésie du bras et de l'épaule. — Examen du malade : impuissance motrice avec flaccidité, anesthésie pour tous les modes de sensibilité, suivant une délimitation particulière ; pas de troubles trophiques, pas de modifîcations dans les réactions électriques des muscles paralysés. — Diagnostic: commotion ou contusion du plexus brachial ; caractères des symptômes qui s'observent dans celle-ci : zone d'anesthésie correspondant au territoire des nerfs atteints ; troubles trophiques, modification des réactions électriques K

Messieurs,

La leçon d'aujourd'hui sera consacrée à l'étude clinique d'un cas de monoplégie brachiale droite, survenue, il y a quelques mois, chez un homme de 2S ans, à la suile d'une chute sur l'épaule, monoplégie qui présente pour le diagnostic des difficultés très sérieuses. Ces difficultés. Messieurs, je ne les exagère pas à plai&ir, et pour vous bien montrer qu'elles existent

1. Leçon recueillie par M. P. Marie, chef de la clinique, et G. Guinon, interne du service.

2. Leçon faite le 1»' mai 1885. A la Société médicale des hôpitaux^ dans la fléance du 24 Juillet dernier, M. le D' Troisier a de nouveau présenté le malade Porcz... qui fait l'objet de cette leçon (voir la Gazette hebdomadaire, !!• 31^ 1885). Dans la même sé&nce, M. le D' JofTroy a montré un malade de mon service, le nommé Pin..., dont il a été question dans la précédente leçon et sur lequel nous reviendrons dans la prochaine. (Note de la l** édition, 18,)

SOO OBSI'RVATIOnS

réellement, U me su^ra de vous renvoyer à la discussion dont le malade présenté par mon collègue, M. Troisier, aélè l'objet, à la Société médicale des hdpilaux, dans la séance du 27 mars dernier; vous verrez là que les opinions émises pu nos collègues, MM. Féréol, Déjerine, Rendu et Joffroy, & propos de la nature de cette monoplégie, qu'ils ont tous étudiée avec soin, sont sur plusieurs points très divergentes,

M. Troider a bien voulu, el je suis heureui de l'en remercier, me confier ce malade, dont l'histoire, jt: n'en doute pa;. après, ce que je viens de vous dire, excitera vivement totre inlérôl.

Ne vous laissez pas rebuter, Mt^ssieurs, par la minutie deî détails dans lesquels nous allons entrer, à propos de l'anilyse de ce cas; parmi eux. il n'en est peut-être pas un mqI qui, à un moment donné, ne puisse trouver son applicaliou pratique.

Il s'agit d'un homme de 25 ans. nommé Porcz..., excrçîEi la proression de cocher de fiacre el qui est entré dans le service de la clinique le 15 avril dernier. L'affection remonte* plus de quatre mois et ne s'est pas du tout modiGée, depuis son début; elle est, comme je vous l'ai déjà dit, survenueàli suite d'un accident; mais avant d'entrer dans le détail, il est bon que je vous dise quelques mois des antécédents de M malade.

Sa mère est morte à 59 ans d'une maladie du foie ; elle était fort nerveuse ; P... se souvient de l'avoir vue plusieurs fois, à la suite d'une contrariété, élre prise d'attaques dans lesquelles elle s'affaissait sur elle-même et perdait connaissance. Son père, grand buveur d'absinthe, n'a jamais présenté d'accidenU nerveux. Sa sœur est souvent prise d'attaques de nerfs, probablement de nature hystérique. Il n'y a pas, paratl-i), d'aHéoés dans la famille.

Parmi les antécédents personnels, nous relevons ce qui

ÉTIOLOGIB : CHUTE SUR l'ÉPAULB 301

suit : Dans Tenfance, bien qu*il ne fut pas particulièrement nerveux, lorsqu'il se trouvait seul, il avait peur, dit-il, « des voleurs ». A Tâge de 7 ans, il est tombé du haut d*un 5* étage sur un grillage en fer d*où il a rebondi sur le pavé de la cour ; à partir de ce moment, sa santé s*est notablement affaiblie, et, peu après, a commencé à se produire la déviation considérable de la colonne vertébrale que vous constatez actuellement.

A Tftge de 16 ans, Porcz... entre comme « laveur » à la Compagnie des petites voitures et, peu après, il contracte un rhumatisme articulaire aigu qui Ta retenu au lit pendant six semaines. Depuis celte époque, le genou droit se montre de temps en temps douloureux et tuméfié, il est, encore aujourd'hui, le siège de craquements ; à la suite de cette arthrite chronique d'origine rhumatismale, il s'est produit un certain degré d'atrophie du triceps crural (amyotrophie d'origine articulaire). Le membre inférieur est d'ailleurs notablement plus faible que l'autre et le malade boite légèrement de ce côté ; cette faiblesse relative du membre inférieur droit date, je le répète, de plus de 10 ans, elle n'a aucun rapport avec la maladie actuelle.

Cette légère infirmité et son apparence chétive, n'empêchent pas d'ailleurs Porcz... de faire, depuis l'&ge de 48 ans, le rude métier, tantôt de cocher d'omnibus, tantôt de cocher de fiacre.

Revenons maintenant à la monoplégie et à ses causes directes. Le 24 décembre 1884, le cheval que conduisait Porcz... s'emporta ; notre malade fut projeté de son siège sur le pavé de la rue ; la chute eut lieu sur le côté droit, l'épaule droite ayant, aflirme-t-il, porté la première par sa partie postérieure. Pas de perte de connaissance, ni môme d'émotion très intense. Porcz... put se relever, se rendre chez un pharmacien et remonter sur son siège ; l'épaule et le bras droits étaient un peu

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douloureuï, mais ne présènlaient pas d'ecchymose, tout m plus y avail-il un peu de gonflerûenl. Les mouvements in membre étaieot gèoés, mais non abolis, et P... put cooduin son fiacre, durant cinq heures encore, en tenaut les guidefdt la main gauche.

Pendant les cinq heures qui suinrent, le malade prit durfr po3 ; la douleur et la gène des mouvements semblaient lUer en diminuant. H espérait pouvoir bientôt rcpreodre son travail, lorsque le 30 décembre, six jours après l'accidenf, ayio! dormi paisiblement toute la nuit, il constate à son réveilque son membre supérieur droit était flasque, pendant, inerte, incapable de tout mouvement, à l'exception toutefois des doigli de la main qui, eux, pouvaient encore se remuer un p«u. Ayant pratiqué des frictions, Porcz... remarqua dès ce momeol même, l'insensibilité de l'épaule, du bras et de l'avant-bri! que nous constatons encore aujourd'hui. Il est parfailemem certain qu'il n^exisla chez lui, soit au moment de la chute, sci! après, aucune trace de perte de conscience, aucun trouble intellectuel d'une nature quelconqui^ aucune déviation de li bouche ou de la langue, aucun degré de paralysie danslf membre inférieur droit ; il s'agissait donc là d'une monoplégie brachiale, avec anesthésie, dans l'acception la plus rigourease du terme. Le 8 janvier 4885, notre malade se rend à l'hépilil Tenon, dans le servii-e de M. Troisier, qui constate à son tour. neuf jours après le début de la paralysie, tous les faits que nous signalons actuellement d'après le récit du malade.

Aujourd'hui, 1" mai, quatre mois après le début de la monoplégie, les choses sont encore dans le même état: nous retrouvons le malade exactement dans les conditions où il était lorsque^ il y a quatre mois, il a été examiné par M. Troisier, et, lorsque, il y a un mois, il a été présenté & la Société médicale des bépitaux.

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