VINGT-UNIÈME LEÇON
Sur deux cas de monoplégie brachiale hj^stérique, de nature traumatique, chezrhomme (Suite) *. — Monoplégies hystéro-trauznatiques .
SoMiiAiHE. — Suite du diagnostic. — Amyotrophies dépendant d'une lésion articulaire ; lésion spinale ou cérébrale en foyer. — Symptômes nettement hystériques chez ce malade : hémianestbésie droite, polyopie monoculaire avec macropsie, rétrécissement bilatéral du champ visuel.
Observation de Pin.... Monoplégie flasque et perte de la sensibilité dans tous ses modes au membre supérieur gauche à la suite d'une chute. — Autres symptômes hystériques : diminution de l'ouïe, de l'odorat et du goût de ce côté, rétrécissement du champ visuel avec transposition du rouge, polyopie monoculaire, anesthésie de l'arrière-gorge, plaques hysté-^ rogënes, attaques d'hystérie suivies d'une amélioration de la paralysie du bras.
Paralysies psychiques : leur production par suggestion dans l'hypnotisme. — DifTérents états de l'hypnotisme considérés au point de vue de la possibilité des suggestions.
Messieurs,
Vous n'avez pas oublié comment, dans la dernière leçon, étudiant avec vous un cas remarquable de monoplégie brachiale survenue chez un homme de 25 ans, à la suite d'une chute sur Tépaule, nous avons été conduit à reconnaître que les symptômes observés chez notre malade ne relèvent pas d'une lésion des nerfs du plexus brachial. Nous nous sommes fondé, entre autres, dans notre démonstration, sur l'étendue
1. Leçon recueillie par MM. Marie, chef de la clinique, et 6. Gaiiioii, inUme du tenrice.
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et sur In mode de réparLilion de l'anesllié^ie cutanée elpiofoode, ainsi que sur t'absence de troubles tropbiques etdËli réaction de dégéuëration dans les muscles du membre puilysi. Ces mômes considéralioDS nous permettent d'établir icmédïalement eL sans qu'il soU nécessaire d^insister, qu'îi Qf s'agit pas là non plus d'un exemple de ces paralysies ami» trophiques qui se produisent quelquefois en conséquence ie trautnatismes portant sur une articulation et qui onlêléfU- Uculièrement étudiées par M. le professeur Le Furt elpv M. Yallat'.
Après ces éliminations successives, il nous reste eocortl examiner les deux hypotbèses suivantes : notre monoplé{ii reldve-t-elle d'une lésion localisée dans le cordon spinal oi],n contraire, relève-t-elle d'une lésion en foyer siégeant damla des hémisphères cérébraux?
Nous ne nous arrêterons pas Longlemps à discuter li p"miëre question que nous avons d'ailleurs touchée plu>ie;^ fois, rheuiin faisant, dans le cours de la précédente leçon. Ui lésion destruciiveétroitementlocaliséedans une certaine éie>due en hauteur de la corne antérieure grise, au renHeaiN: brachial du côté droit, pourrait, il est vrai, ainsi que celsî' voit dans la paralysie infantile spinale, produire une mooopic gie brachiale molle, ?ans participation aucune de la faceelài membre inférieur correspondant, tout à fait semblable pir conséqueni , sous ce rapport, à celle que nous observons chfi □olre malade. Mais en pareille occurence, outre le début bnuque, accompagné le plus souvent d'uu état fébrile de ptusienr! jours, on observerait certainement, au bout de huit ou dli jours déjà, la réaction dépénérative à un degré très prononct sur tous les muscles profondément atteints, et au bout c^
ronde leçon. Sur futroph.c oi>''
UYPOTDÊSE D'cNE LÉSION CÉRÉBRALE 317
quatre mois une atrophie manifeste de ces muscles. De plus les réflexes tendineux seraient dès l'origine abolis. Enfin, toule trace d'anesthésie cutanée ou de paralysie du sens musculaire ferait défaut. Il est vrai qu*une lésion concomitante des cornes postérieures de substance grise, dans les régions correspondantes de la moelle, pourrait sans doute déterminer dans le membre paralysé des troubles plus ou moins graves de la sensibilité. Mais une telle alléralion portant exclusivement sur Tune des cornes antérieures et sur une région très limitée de la partie la plus postérieure de la corne postérieure du même côlé, n'a pas encore été observée, que je sache ; et si celte lésion, au lieu de rester limitée comme nous le supposions tout à l'heure, avait envahi les parties médianes de la colonne grise, cette fois l'aneslhésie porterait non plus seulement sur le côté correspondant à la lésion, mais encore sur le côté opposé.
Je n'insisterai donc pas plus, Messieurs, sur ce point, mais je considérerai d'un peu plus près l'hypothèse d'une lésion cérébrale en foyer. Dans quelle région des hémisphères cérébraux une lésion de ce genre devrait-elle être localisée, pour donner lieu aux symptômes observés chez notre malade? S'agit-il chez lui d'un foyer intéressant la capsule interne? Une telle lésion qu'on pourrait supposer s'être produite à la suite du choc qui consisterait, je suppose, dans la formation d'un foyer hémorrhagique ou d'apoplexie capillaire résultant delà commotion consécutive à la chute, aurait dû, à peu près nécessairement, s'accompagner tout au moins, de quelques symptômes apoplectiques, ce qui n'a pas eu lieu chez notre homme. J'ajouterai qu'une monoplégie brachiale pure, telle en un mot qu'on la voit dans notre cas, est un fait presque inoui dans l'histoire des lésions de la capsule interne ^ ; elle supposerait d'ailleurs
1. Voir un cas de MonopUgie^ par lésion de la capsule interne^ publié par MM. Bonnet et Gampbel, dans le journal le Brain, avril 18?5, p. 78.
iiTroTDësE B'unE lésiok cérébrale
une lésion limitée élroîlemenl dans les parties aDlérîeurHdi
la capsule et par conséquent les troubles de la sensibilité î t
•nldéfaul.
i' gidoncaillenrsencorc, plus haut dans l'hémisphère, («1t dans l'écorce grise ou les parties imnaédialemenlsoifr B du centre ovale, qu'il conviendrait de chercher la lu- .„an de la lésion organique supposée, e lésion corticale sufiisamment étendue et profonde, Ifr les dans le tiers moyen des circonvolutions médÎM» (irontale et pariétale asci il , a pour conséquence d*c« saire une monoplégie brai i ela est aujourd'hui suffiMut int établi pour qu'il i nécessaire d 'argumenter i«
mais il importe ui rquer que l'existence du»
iiégîe pure, c'est-fi = is participation, à un degs
|ue, du côté cori'usiiunuaal, soit des muscles inoeriâ e lacial infùrieur, soit de la langue, soit du membre iriiurvenant à la suite d'une ésion corticale, e^^t vériukk i fait rare. A peine pi ait-on réunir une dizaine 4 cas de ce genre dans la collection de plus de 2o0 observatiûïï que nous avons rassemblées. M. Pitres etuioi, dans nos Iramn relatifs h la question des localisations cérébrales corticales Or, dans le cas de noire malade, et c'est là un fait qu'il conviendra de mettre en valeur un instant, il est expresséraen! relevé, qu'à aucune époque de l'affection, même au di^bul,'.' la face, ni la langue, ni le membre inférieur n'ont présenli^ le moindre degré de paralysie ou même de parésie. Die l'origine, je le répète, seul le membre supérieur s'est monln atteint.
J'ajouterai qu'une lésion corticale sufûsammenl accentu** pour provoquer une paralysie aussi complète et aussi duralilf
1. Charcol et Pitres, Elude critique et clinique de la doctrine dri iotss lationi motrice' dain l'f-:ijrre dn h'fmiiphères cérébraux <le Cliomme, \Hermi' médecine, I8S3, n» 5, 6, S «L 10 ]
IMPORTANCE DES TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ 3td
des mouvements, que Test celle que nous observons chez Por..., aurait dû nécessairement déterminer la production d'une dégénérescence secondaire descendante cérébro-spinale, s'accusant cliniquement par Texislence d'un certain degré de contracture dans le membre paralysé, tandis qu'il est parfaiteavéré que, dans notre cas, on ne rencontre pas dans diverses joinlures la moindre trace de rigidité; bien au contraire, nous notons expressément que la paralysie motrice est ici remarquable par la mollesse, la flaccidité des parties ; les divers segmeiils du membre n'opposent aucune résistance aux mouvements qu'on leur imprime. En outre, si les réflexes sont conservés chez notre malade, ils ne sont pas notablement exagérés, ainsi que cela devrait être dans un cas de lésion corticale avec dégénéralion descendante, quatre mois après le début de l'affection.
Enfin, Messieurs, les troubles de la sensibilité, si fortement accusés chez Por..., ne sont pas ceux qu'on rencontrerait s'il s'agissait d'une lésion de l'écorce qu'on devrait supposer limitée étroitement au tiers moyen des circonvolutions médianes. Dans un bon nombre de cas de lésions corticales localisées à Tun des centres moteurs, la sensibilité cutanée et le sens musculaire peuvent être, vous le savez, absolument intacts. Cela est démontré après tant d'autres faits relevés par mon ancien chef de clinique, M. le D' Ballet, dans sa dissertation inaugurale * par une observation que M. Ferrier vient de publier dans le journal le Brain *. Il est vrai que MM. Exner, Petrina, Tripier et plus récemment M. Starr ^ ont rassemblé un certain
1. G. Ballet, Le faisceau tensitif et les troubles de la sensibilité dans les cas de lésiuns cérébrales {Arch, de neurologie, t. IV, 1882 et Thèse de Paris ^ i88i, p. 67).
2. Brain, avril 1883. Il s'agit, dans Tobservation de M. Ferrier, d'un cas de monoplégie crurale,
3. Allen Starr, Cortical lésions of the Brain, a collection and analysis of the american case of localised cérébral disease, pp. 48 et 49 (The american