‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 85 sur 156 · HYPNOTISME, LÉTHARGIE · texte numérisé non relu

HYPNOTISME, LÉTHARGIE

dente, il y a inertie mentale, mais celle-ci est moins profonde, moins absolue ; il est devenu possible, en effet, de provoquer comme un réveil partiel, dans l'organe des fonctions psychiques. Ainsi, on pourra y faire renaîlre une idée, un groupe d'idées liées entre elles, par association préalable. Mais ce groupe mis en activité restera étroitement limité; il n'y aura pas de propagation, pas de diffusion du mouvement communiqué; tout le reste demeurera endormi. En conséquence, l'idée ou le groupe d'idées suggérées se trouveront dans leur isolement à l'abri du contrôle de cette grande collection d'idées personnelles depuis longtemps accumulées et organisées qui constituent la conscience proprement dite, le moi. C'est pourquoi les mouvements qui traduiront, à l'extérieur, ces actes de cérébration inconsciente se distingueront par leur caractère automatique purement mécanique en quelque sorte. Alors c'est vraiment, dans toute sa simplicité, Vhomme machine rêvé par de la Mettrie, que nous avons sous les yeux ^

Dans cet état de catalepsie, chez la plupart des individus, le seul mode par lequel nous puissions entrer en relation avec l'hypnotisée, est la mise en jeu du sem musculaire. Seuls le geste, l'attitude que nous imprimons au sujet lui suggèrent l'idée que nous voulons lui transmettre. Lui ferme-t-on, par exemple, les poings dans un geste agressif, on voit la tète se porter en arrière, le front, les sourcils et la racine du nez, se plisser avec une expression menaçante. Approchez au contraire de sa bouche ses doigts étendus, alors les lèvres s'écartent, elle sourit, toute la face prend une expression de douceur bien opposée à celle qu'elle avait tout à l'heure. Aprèf avoir étudié l'influence du geste sur la physionomie, on peut, en regard, étudier l'influence de la physionomie sur le geste.

1. De la Mettrie, Vhomme machine. Œuvres philosopbiqu«i, T. 1 ^am, 1765. Voir aussi T. II, Vhomme plante, Uhomme plwi y<^ murhiin.

Gharcot. Œuvres complètes, t. m, Syetéme nerveux.

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ainsi que nous l'avons fait voir, M. Richer et moi ^ Or» c*eit encore au sens musculdre qu'il faut rapporter les phénomènes qui se produisent, quand on actionne par rilectricité les divers muscles faciaux de Texpression» suivant les précieuses indications de Duchenne (de Boulogne). Si, diez notre sujet, nous déterminons, par exemple, la contraction de rorbienlaire supérieur des paupières (muscle de la colère, D. de B.}, vous voyez le visage se charger de colère ; en même temps le bras drmt se place dans une attitude d'agression, le gauche dans une posi* tien de défense. Si, au contraire* c*est le muscle grand zygomatique (muscle du rire, D. de B.) qui est exdté, l'expression de la physionomie et l'atlilude générale correspondante qui se dessinent, sont celles du rire. Ces phénomènes, d'ailleurs, que je me borne à vous indiquer sommairement, je vous ai, je le répète, depuis longtemps déjà, appris à les connaître'; mais ce sur quoi j'appelle en ce moment tout spécialement votre attention, c'est la façon dont chaque impression ainsi éveillée par l'intermédiaire du sens musculaire, reste en pareil cas limitée à elle-même, sans diffusion, fiiée, pour ainsi dire, pendant un temps qui n'a de borne que la durée même de raction musculaire qui maintient les membres dans Tattitude expressive artificiellement produite.

Nous arrivons maintenant à la troisième phase, dite som^ nambuliqtie^ qui seule nous occupera dans nos études d'aujourd'hui. Il s'agit seulement ici d'un état d'obnubilation, d'engourdissement mental plus ou moins accentué. Cette fois encore, sans doute, le réveil déterminé par la suggestion reste

i. J.-M. Charcot and P. Richer, ATo/e on certain facU of cérébral auto." matism^ etc. Suggestion by the muscular semé, {Journal of Servons and mental Disease. Vol. X, n» 1. january, 1883.) — Voir aussi Bertrand : Deux lois psijrho-phyfiologiques, {Revue philosophique, p. 244, 245, no S, mars 1SS4 ; — Rourneville et P. Reynard, Icon.phot. de la Salpéiriére^ 1879, Ilf, p. 149).

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