‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 4)Chapitre 9 sur 156 · DEUXIEME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIEME LEÇON

Sur l'atrophie musculaire qui succède à certaines

lésions articulaires.

Sommaire. — Traumatisme articulaire. — Paralysie et atrophie musculaire consécutives. — Modifications de la conlractilité faradique et galvanique. — Contractions provoquées par Tétincelle électrique. — Exagération des réflexes tendineux. — Atrophie musculaire simple. — Pas de relation nécessaire entre Tintensité de TafTection articulaire et celle des phénomènes paralytiques et atrophiques. — Les extenseurs de l'articulation sont afTectés d'une manière prédominante. — Les lésions musculaires sont sous la dépendance d'une afTection spinale deutéropathique.

Messieurs,

Par son origine, TafTeclion dont souffre le malade qui va vous être présenté peut être dite chirurgicale : c'est, en effet, un traumatisme qui lui a donné naissance. Mais, par le fait de ce traumatisme, il s*est produit une affection spinale, d'un genre particulier, qui persiste encore aujourd'hui, alors que, depuis longtemps, Tarthrile, conséquence immédiate du traumatisme, a cessé d'exister; et c'est à ce titre que le patient réclame notre attention et nos soins.

Le nommé B..., âgé de 23 ans, employé au télégraphe, toujours bien portant, n'offrait dans ses antécédents autre chose à signaler que l'existence, chez un oncle maternel, de troubles mentaux pour lesquels il avait dû être placé dans une maison de santé.

Ce malade vous est présenté couché, bien qu'il soit capable de se lever et de marcher ; c*est que je veux d*abord vous faire remarquer certaines particularités qui ne peuvent bien s'observer que lorsque le malade est au lit.

Je ferai ressortir tout d'abord que l'état général est excellent : bonne mine, bon appétit, toutes les fonctions organiques s'exécutent parfaitement. L'affection dont il est atteint consiste exclusivement dans un trouble de la marche, et c'est, comme vous allez le voir, l'usage du membre droit, ou plutôt de certains muscles de ce membre qui laisse à désirer. Il y a un an environ que le malade souffre de cette difficulté de la marche.

L'examen méthodique nous fait reconnaître ce qui suit : quand le malade est au lit, le membre inférieur droit exécute normalement tous les mouvements excepté un seul, Textension de la jambe sur la cuisse. Les mouvements d'abduction et d'adduction de la cuisse, de flexion de la cuisse sur le bassin et de la jambe sur la cuisse, les mouvements isolés du pied, les mouvements de flexion et d'extension du pied sur la jambe sont libres ; mais Textension de la jambe fait défaut. Ainsi, quand il veut étendre la jambe placée en demi-flexion, il contracte les extenseurs de la cuisse en faisant glisser son talon sur le plan du lit, ou bien il s'aide de ses mains ou de son autre pied pour allonger le membre. Ce sont donc, vous le voyez, les extenseurs de la jambe qui sont en défaut, ce sont les muscles innervés par le crural et plus spécialement le triceps qui sont affectés.

Le malade peut s'opposer, bien qu'avec moins de force qu'avec le membre sain, aux tentatives d'extension ou de flexion que l'on fait sur les articulations de la hanche et du pied, il résiste aussi fort bien quand on veut redresser le genou fléchi; mais, il n'oppose qu'une faible résistance à la flexion provoquée de la jambe sur la cuisse.

En somme, bien qu'il y ait un peu d'affaiblissement relatif de la plupart des muscles de ce membre, c'est principale* ment Taclion du triceps qui reste aujourd'hui en défaut.

Cette paralysie limitée aux extenseurs du genou se révélera encore lorsque le malade va descendre de son lit, par le côté gauche, et se mettra à marcher. Vous voyez comment, pour descendre, il soulève la jambe droite à l'aide du pied gauche, pour suppléer à l'impossibilité de l'extension du genou droit. Il marche sans appui, mais vous remarquerez quelque chose de particulier dans son mode de progression ; notez d'ailleurs que la situation s'est beaucoup améliorée depuis quelques jours : quand le malade est entré, les caractères de la démarche, très gênée encore, étaient beaucoup plus accentués. Vous pouvez toutefois remarquer que, tandis qu'à chaque pas en avant, le genou gauche se fléchit, puis s'étend, il ne se passe dans le membre inférieur droit presque aucun mouvement de flexion ou d'extension du genou ; c'est dans la hanche que tout se passe; le membre inférieur droit, trop long en quelque sorte, opère un mouvement de circumduction tout d'une pièce, comme si la jointure du genou n'existait pas. Autrefois, il existait, en outre, une tendance de la pointe du pied à tomber, et qui rendait la marche encore plus difficile : cette parésie des muscles qui fléchissent le pied sur la jambe a disparu depuis.

Il importe de remarquer qu'il n'existe aucune trace de douleur survenant à l'occasion des mouvements et pouvant expliquer la difficulté de la progression; la jointure est aussi parfaitement libre; c'est donc dans le système nerveux ou dans les muscles qu'il faut chercher la cause de l'impuissance motrice.

Un examen plus attentif du membre affecté va nous faire

rcconnattre d*ailleurs un certain nombre de phénomènes importants. Tout d'abord, vous constatez une diminution de \olumc du membre tout entier, qui était plus prononcée autrefois.

La mensuration donne :

A droite : A gauche :

A 1a partie supérieure de la cuisse 48 cent. 52 cent.

Au dessus du penou 37 — 38 —

Aw nive/iu du mollet 33 — 35 —

Mflis, même sans avoir recours à la mensuration, il est hrÀUi de reconnaître que la face antérieure de la cuisse droite ftfct considérablement aplatie, comme excavée ; en outre, les n«rjw:Ufs de celte région sont flasques et sans relief, même au inhiiu'.îd d'un effort.

H i'^ûaUi donc non seulement une parésie, mais encore une uihiiiiiaiiïott de la nutrition, une atrophie du muscle triceps, l'itijl Ain* y a-t-il aussi un peu de refroidissement relatif de |ji aiiaaf.id du gonou, mais sans trouble accentué de la sensi-

Ajoufonu, pour compléter la description, les résultats de

rrxplonitioii Ali'clrique qui nous montre Tétat de la nutrition

doïi uiut»i;tttti. Au moment de l'entrée du malade, il y a8 jours,

a) ro.\i'.itittiiiii ffulvaniqiic et faradique du nerf crural au pli de

i'utno nu (liiiiiiuil prH>'que aucune contraction ; b) sur les points

.1 olivtii»ii, lu fiuadittiition avec emboîtement complet des bo-

M:e> .appuroil du du liois-Ileymond), ne produisait à peu près

iiLcutie roiictioii ; on vùi dit que les muscles étaient absents.

'1 Kû^AàU vrapnNs c« tliîrnier caractère, s'attendre à voir la

■ li'duiï^iuou pro\iHiuur la réaction qui s'observe quand la

'.inuuaae^ lUiiH'lesest profondément affectée, comme cela

"M iDHfs .1 section oxpôriinentale des nerfs, ou dans la

» v^m imauii.e, auand il y a dcîstruction des cellules mo-

^^-^ 'Hi iUfta ^tacore dans les paralysies faciales graves. En

PABALY8IK ET ATROPHIE MUSCUUIRE 27

pareil cas, et c'est là un caractère de ce qu'on appelle en -électro-diagnostic la réaclion de dégénérescence^ il se produit une exaltation de Texcitabilité galvanique, en même temps qu'une dépression ou l'absence de l'excitabilité faradique; eh bien, cela n'avait pas lieu dans le cas actuel ; le courant galvanique, même avec 80 éléments, quelle que fût la disposition des pôles, ne donnait pas plus de contraction que le courant faradique. Il y avait donc une modification quantitative et non pas qualitative de la réaction; on peut, d'après cela, conclure qu'il s'agit d*une atrophie simple et non d'une atrophie dégénérative S

Chose remarquable d'ailleurs, ce muscle, qui reste à peu près inerte, soit sous l'influence de la volonté, soit sous l'influence des excitations électriques (soit directes, soit indirectes par Texcitation faradique ou galvanique du nerf), se contracte au contraire énergiquement quand, le malade étant placé sur le tabouret de la machine à électricité statique, on détermine une étincelle soit au niveau du droit antérieur, soit au niveau du vaste interne (le vaste externe fait exception, en ce sens qu'il avait conservé un certain degré d'excitabilité faradique et galvanique). Ajoutons que le choc mécanique portant sur le corps du muscle droit antérieur provoque une contraction évidente, et que la percussion du tendon rotulien détermine des secousses très prononcées, non seulement dans le membre percuté, mais qui se généralisent et sont très manifestes dans les deux membres supérieurs et surtout dans le gauche. Il est vrai que la percussion du tendon rotulien, du côté gauche, provoque des secousses presque aussi intenses.

1. M. Rûmpf a étudié, dans le service du professeur Ërb, les réactions électriques des muscles dans les cas d'aiTections articulaires (de Tépaule, du genou, etc.). U a trouvé, et ses résultats ont été contrôlés nombre de fois par ceux de Erb, que, dans ces cas, il y a une simple diminution de Texcilabilité électrique, et jamais de modification qualitative, ce qui distingue absolument ces altérations musculairea de l'atrophie dégénérative.

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Par le redressement brusque de la pointe du pied, la trépidation ne peut être produite ni dans le membre inférieur gauche, ni dans le droit.

Tous les autres muscles du membre présentent les réactions électriques normales. Il n'en aurait cependant pas toujours été ainsi, d'après le récit du malade : ainsi, autrefois, les jumeaux et les muscles antérieurs delà jambe ne se contractaient pas également des deux côtés ; mais, depuis, il s*est fait une amélioration. Notons en passant qu'il n'a jamais existé de troubles, ni de la miclion, ni de la défécation.

Il s'agit de rechercher maintenant la raison et la signification de tous les phénomènes que nous avons soigneusement étudiés. En résumé, ce malade est atteint d'une paralysie avec atrophie simple, presque exclusivement localisée dans les extenseurs de la cuisse, avec modifications profondes, quantitatives seulement et non qualitatives, de la contraclilité électrique.

La localisation des troubles suffit déjà pour guider le diaf^noMlic. On sait aujourd'hui, d'après des études nombreuses S riiio la paralysie alrophique des muscles extenseurs ou prédornlriant tout au moins dans les extenseurs, est une complication fréquente de diverses lésions spontanées ou Iraumatiques iitrnrlant les articulations correspondantes : ainsi, à la suite (tn lAfilon» diverses de l'articulation scapulo-humérale, on voit miiiVMfit lo deltoïde s'atrophier; à la suite d'arthrites, d'en-

\ i MuiiUr, (MCuvrei complètes. Trad. Richelot, Paris, 1859, 1. 1, p. 581. A iMIlvInr, /'<?* atrophies musctUaires, Thèse d'agrëg., 1869. — Le Fort, *4<if . ih thtf.i 1H72. — Sabourin, De Patrophie musculaire rhutnatismale, I lt<iiii« (In imîl. J. Pagel, Leçons de clinique chirurgicaU. Trad. Petit, 18TÏ. |i^ VdliNl, Pe l'atrophie musculaire consécutive aux maladies artieukriru M^iUi r.llnû|u» el rxprtrlmcnUle), Thèse de 1877. — Darde, Des atropkiu n.nuuulivu4 u tfuetques affections articulaires^ Thhst de 1877. — Guyon et |i(ii6, Nutë $ur l'atrophie musculaire consécutive à quelques traumatismes de lu Aa'4«'Af, lu Hruyréê médical, 1881, etc.

torseSy etc. y de la hanche, ce sont les fessiers qui sont quelquefois atteints de môme ; si c'est le genou qui est lésé, le triceps fémoral est atteint dans sa nutrition et sa motilité.

Ces faits, déjà connus de Hunter, de Paget, plus explicitement signalés dans ces dernières années par M. OUivier, et enfin par H. Le Fort et dans la thèse précieuse de M. Yaltat, où Ton montre expérimentalement, chez les animaux (cobayes et chiens), qu*à la suite d'arthrites du genou déterminées à Taide dlnjections irritantes, ce sont les muscles de tout le membre, mais plus spécialement les extenseurs de l'articulation qui sont atteints. El, dans ce cas, Tatrophie, présentant les caractères de Talrophie simple, sans caractère irritalif, survient très rapidement ; elle est de 20 0/0 au bout de 8 jours et de 44 0/0 au bout de 15 jours.

Eh bien, cet ordre de causes et celte relation entre Taffection musculaire et Taffection de la jointure peuvent-ils être invoqués dans notre cas! Oui, incontestablement; vous allez le reconnaître d'après l'étude du passé de notre patient, et il ne sera pas nécessaire d'aller chercher plus loin la raison des troubles observés; à l'origine de tous les accidents, il y a un traumatisme, et ce traumatisme a porté sur le genou, exclusivement sur le genou.

Il y a environ un an, le 5 mai 1881, B..., en sautant pardessus un arbre couché, s'est heurté le genou droit; il n'y a pas eu de chute, pas de douleur vive, cependant, le frottement avait été assez fort pour déchirer le pantalon. Il a pu marcher et faire trois kilomètres sans gène ; mais, étant obligé de descendre une côte, il a éprouvé une certaine raideur dans le genou et il a dû s'arrêter. C'est alors seulement qu il a constaté qu'il existait une gouttelette de sang sur la partie antérieure de son genou, lequel n'était le siège d'aucun gon-

30 l'ARALYSlB BT ATROFHIB MUSCUlAlUB

flement. Quand il se releva, il ne put marcher qu'à Taide d*une canne.

Pendant les 8 jours qui suivirent, il survint un peu de gonflement de la jointure; le malade resta au lit, mais sans fièvre. Les médecins qui le voient paraissent étonnés du contracte qui existe entre Tarthrile, qui semble très légère, relativement peu douloureuse, et Timpuissance motrice qui fini considérable. Un appareil silicate, maintenu pendant 31 jours, n'améliora pas les choses ; et, au sortir de Tappareil, rriAme contraste, même étonnement du médecin qui ne com- {iri!nd pas qu*en présence d'une arthrite indolore, il puisse irxiiiter une impuissance motrice aussi prononcée. Ce n'est que Hmire mois après le début qu'on employa un traitement ap- (»ro|irié k la situation, la faradisalion ; et c*est alors seulement /)m'{I se fit un amendement et que la marche est devenue ifioins difficile.

1^ relation qui existe entre celte paralysie qui persiste au inmi d'un an et un traumatisme léger qui n'a déterminé /(M^une arthrite peu intense, n'a rien qui doive nous étonner, •I him% consultons l'histoire naturelle, aujourd'hui assez bien rjihmm après les travaux récents, des paralysies airophiques nriuiulairet ou de cause articulaire.

rti, ttii ftttftif dans un grand nombre de cas, les arthrites pro- UiitkiUUin^n, spontanées ou traumatiques, qui déterminent itu (/(iralyities atrophiques, sont des arthrites douloureuses, Amii f/rande Intensité, il n'en est pas toujours ainsi, tant k'iih faut. Ain«l, une simple enlorse bientôt guérie, une sim- (*ltt liydurlhro««, affection non inflammatoire, non douloureubii, iil,coinnir! dans notre cas, une arthrite légère peuvent déliirriiiner l<ts mêmes troubles. // n'y a aucune relation nécùëëuira mira l'intmiité de t affection articulaire et celle des phéêunnàneu paralytiques et atrophiques.

PARALYSIE ET ATKOfHlE MUSCULAIRE 31

Pour ce qui est de la persislance des accidents deuléropathiques (paralysie et atrophie) après la cessation de Taffection protopathique (arthrite), c'est en quelque sorte la règle; et c'est là, dans Thistoire des paralysies amyolrophiques de cause articulaire le fait peut-être le plus intéressant, tant au point de vue pathologique qu'au point de vue clinique.

Le clinicien doit en effet être prévenu de cette circonstance remarquable. Il ne doit pas, en présence d'une arthrite légère, lorsque les phénomènes d'impuissance motrice ou l'atrophie sont bien constatés, s'exposer à porter un pronostic favorable, ni promettre une issue heureuse dans un bref délai; ce pronostic serait peut-être démenti. Vous le voyez, des mois peuvent s'écouler, laissant encore le membre hors de service, alors que depuis longtemps l'arthrite n'est plus représentée que par un peu d'empfttement des tissus péri-articulaires ou même ne laisse plus aucune trace.

Ces particularités nous conduisent à rechercher quelle peut être la raison physiologique de cette singulière complication des affections articulaires ; cette connaisance pourra peut-être nous guider dans la direction du traitement.

La plupart des auteurs contemporains paraissent d'ailleurs fixés sur ce point de théorie : l'affection articulaire a, par la voie des nerfs articulaires irrités, retenti sur le centre spinal, et là il modifie les centres dont émanent les nerfs moteurs et les nerfs qui président à la nutrition des muscles.

Il existerait dans la moelle une relation plus ou moins directe entre les cellules d'origine des nerfs centripètes articulaires et les cellules d'origine des nerfs moteurs et trophiques des muscles extenseurs (crural dans le cas qui nous concerne), puisque le résultat, quand il se produit, est constant, c'est-à-dire que, toujours, dans le cas d'irritation des nerfs du

genou, c'est sur les muscles extenseurs (triceps), ou du moins plus spécialement sur ces muscles, que porte l'atrophie. Je dis plus spécialement, car Tirrilation, partie des nerfs articulaires, peut se répandre par diffusion en dehors de la distribution du crural, dans les muscles de la jambe et du pied. Dans les lésions articulaires de Tépaule, du coude, de la hanche, c'est toujours aux extenseurs que Tatrophie prédomine, bien qu'elle puisse comprendre plusieurs autres groupes musculaires du membre.

Remarquez qu'aucune autre des Ihéories proposées ne peut ôlre acceptée; ainsi, on parle de la propagation de l'inflammalion articulaire, de proche en proche, jusqu'aux muscles voisins ; mais Tatrophie existe au même degré dans toute retendue du muscle, et d'ailleurs les expériences montrent qu*il y a atrophie simple, sans trace d'inflammation, sans myosite. L'hypolhèse de Tatrophie par repos prolongé n'est pas admissible; l'affection articulaire est souvent assez peu intense pour ne déterminer qu'un repos de courte durée, et d'ailleurs, dans celte théorie, comment pourrait-on expliquer la localisation à peu près exclusive de l'atrophie aux extenseurs?

On est donc réduit à admettre une affection spinale deutéropathique, et c'est en conséquence de cette affection que la paralysie et l'atrophie se produisent. Mais en quoi consiste la modification du centre médullaire? Ce n'est pas une modification profonde de la cellule des cornes antérieures : car nous connaissons les effets de l'altération profonde de ces éléments dans la paralysie infantile, où il y a réaction de dégénérescence, à savoir exaltation de l'excitabilité galvanique et dépression de l'excitabilité faradique; à moins que, l'affection étant très avancée, le muscle soit tout à fait détruit; alors il

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y aurait abolilion des deux modes d*excilabilité, mais à peu près sans relour possible. Ici, au contraire, nous voyons que, par un traitement approprié, déjà les réaclions électriques réapparaissent. Il s'agirait donc alors seulement d'une sorte d'inertie, de stupeur de l'élément cellulaire.

Faut-il conclure de là que, si, dans les cas de ce genre, on recourait, dès l'origine, à un traitement approprié, on obtiendrait une guérison rapide? Cela est vraisemblable; et cela me conduit à vous parler du traitement.

Toutefois, auparavant, faisons remarquer Texallalion des réflexes tendineux des membres inférieurs. Est-ce une particularité du sujet, ou bien y a-t-il un état morbide d'excitalion réflexe exagérée dans toute l'étendue de la moelle, en dehors de la région où, au contraire, les cellules motrices sont dansTélatde torpeur que nous supposions tout àTheure? Cela paraîtrait vraisemblable, d'après quelques autres faits analogues à celui qui nous occupe, et dont j'aurai occasion de vous parler bientôt.

Mais, j'en viens au traitement. Il s'agit ici d'une lésion spinale dynamique, sans modification profonde, autant qu'on sache, et l'on peut, sans crainte, insister sur le traitement électrique; les résultats obtenus jusqu'à présent sont cncourageanls pour l'avenir. L'étincelle électrique paraît avoir joué déjà un rôle remarquable, en ramenant l'excitabilité là où la faradisation et la galvanisation restaient sans effet. Nous n'avons plus, dès lors, que l'embarras du choix : nous pouvons employer tour à tour Tétincelle électrique, la galvanisation et la faradisation. Je me réserve de vous dire dans une prochaine occasion comment ce traitement sera conduit *.

1. Comme on vicnl de le voir, dans certains cn^ un mus:!c a!so!i:nicnl inexcilabie pur les courants faradiquc et galvani(|iio se conlra'lc ai cor>

CiARCOT. Œuvres complètes, t. m. Système ne vnx, 3

34 l'AHALYSlË ET ATUOPUIE MUSCULAIRE

Dans ce cas, l'affection spinale d'origine articulaire s'est présentée sous une forme bénigne, Tissue sera favorable, et

traire très bien sous l*étinceUe éleclrique. Ce fait déjà signalé dans une leçon de M. Charcot sur l'électricité slAiïque {lievue de mèdecinet 1881, n» 2) montre combien sont relatives et contingentes les données actuelles de l'électro-diagnostic. H est très frappant qu'au nom des méthodes usuelles (galvanisation et faradisation exclusivement) on puisse déclarer électrique ment inexcitable un muscle qui se contracte normalement, dès que l'on a recours à un autre mode d'excitation électrique.

Il ne faudrait pourtant pas croire que cette prévalence d'action de Tétincelle électrique soit la règle. L'étincelle peut fort bien ne passe montrer plus efficace que les courants, à provoquer la contraction d'un muscle malade. C'est ce que nous avons constaté, ces jours-ci encore, chez une femme atteinte d*atrophie incomplète des muscles du cou et des membres supérieurs, avec diminution (non absence) des réactions faradique et galvanique.

Quoi qu'il en soit, au point de vue pratique, les faits analogues à celui qui vient d'être étudié par M. Charcot prouvent l'importance de l'électricité statique en électro-diagnostic. Dorénavant, aux réactions faradique et galvanique, il faut ajouter la réaction franklinique ou (plus euphoniquement) franklinienne. On sait que beaucoup d'auteurs anglais ou américains désignent l'électricité statique, du nom de franUlinisme : d'où franklinisation pour rélectrisation statique. 11 y aurait au moins l'avantage de la brièveté à adopter ces dénominations.

Restera à déterminer la signification clinique de cette réaction.

Venons-en au traitement du malade. Depuis la leçon^ il a été électrisé statiquement (ou mieux franklinisé) trois fois, ce qui porte à 8 le nombre total des séances. Il s'est produit une amélioration sensible qui contraste avec l'état antérieur, demeuré pendant de lon^^s mois stationnaire, malgré les divers traitements. La marche est plus facile, etc.; mais, chose remarquable, es réactions faradique et galvaiiitfue reparaissent, de plus en plus nettes. Nulles, dans le principe, avec le maximum de l'appareil à chariot (pour la faradique) et un courant de plus de 20 milliampères (pour la galvanique), on les obtient maintenant dans les muscles malades avec 4 ou 5 centimètres d'écartement des bobines, et 9 ou 10 milliampères.

Point important, ces deux réactions ont reparu simultanément. Pour l'une comme pour l'autre, il n'existe jusqu'à présent que la contraction kathodale de fermeture En d'autres termes, le courant faradique ne donne de contraction que lorsque le muscle est excité avec le pôle négatif. (Nous avons insisté, dans un récent article sur l'électro-diagnostic, sur la nécessité de tenir compte de la direction du courant pour le faradique, aussi bien qu'on le fait pour le galvanique). Pour le courant galvanique, on n'a aussi de contraction qu'en faisant l'excitation avec le pôle négatif et cette contraction ne se produit qu'au moment où l'on établit le courant. Toutes choses qui, ainsi que nous l'avons récemment exposé, se trouvent complètement exprimées par ces trois lettres : K, S, Z. Il y a donc une simple diminution d'excitabilité sans altération qualitative. Ces détails viennent confirmer le jugement porté par M. Charcot, au cours de la leçon, qu'il ne s'agit que d'une atrophie simple.

Pour ce qui est de la manière dont le traitement électrique sera poursuivi, nous avons, comme dit le professeur, le choix entre la faradisation,

cela est le cas habituel. Il est possible que^ dans certains cas, Taffection spinale et raffeclion musculaire consécutive soient plus profondes.

Il ne faut pas oublier non plus que la parésie et Talrophie ne sont pas les seuls troubles deutéropalkiques qui puissent résulter d*une lésion articulaire. Ce groupe de faits est plus compliqué. Ainsi, certaines arthrites ou Iraumalismes articu-

la galvanisation et la franklinisalion. Dans Tétat actuel des choses, il serait difficile de donner un motif pêremptoire de préférence pour l'un de ces moyens. Le parti le plus simple sera de continuer rélcclrisation statique. Ses bons effets ont été évidents jusqu'ici, et elle est d'une application commode. Cela ne nous empêchera pas. d'ailleurs, de recourir de temps à autre à l'exploration ordinaire des réactions.

Reste à indiquer avec plus de précision comment sera exécuté ce traitement. Nous savons par expérience que l'étincelle électrique agit de la façon la plus favorable sur la nutrition des muscles: nous avons notamment traité avec succès, par ce moyen, une paralysie faciale ancienne, d'origine périphérique, et dans laquelle les réactions électriques étaient complètement abolies.

Mais, point sur lequel nous insisterons, pour obtenir des résultats thérapeutiques, les fortes étincelles, administrées au moyen d'une tige ou boule métallique, ne sont pas indispensables. Pour notre malade, elles ont été surtout un moyen d'exploration; pour le traitement, il sulflra désormais de produire, au moyen d'une tige de bois, des décharges en aigrette, beaucoup moins fortes et incapahUs de donner lieu a une cotitraciion. C'est le procédé qui nous a déjà réussi, par exemple, dans certaines atrophies considérables de cause rhumatismale. M. le professeur agrégé Regimbeau (de Montpellier) a constaté, de son côté et d'une façon indépendante, des faits analogues (communication ornle).

Pratiquement, cela est bon à savoir, car il n'est pas toujours sans inconvénient de chercher à provoquer, quand môme, la contraction d'un muscle malade.

Théoriquement nous voyons l'action trophique la plus évidente être exercée par une décharge électrique dont la quantité comparée à celle des courants galvaniques usuels (en électrothérapie) est absolument négligeable. Il convient donc de n'accepter que sous toute réserve, les vues systématiques des auteurs qui font le départ des propriétés physiologiques du courant, attribuant les effets trophiques h la quantité, par analogie sans doute avec les eflets chimiques. 11 est très probable que la question n'est pas si simple que cela.

En somme, le malade, sujet de la leçon de M. Charcot, nous a donné amplement l'occasion de justifier une fois de plus Pusage que nous faisons à la Salpétrière de la machine électrique.

Dans rétat présent de Pélectrothérapie, il ne saurait exister aucune raison a ptHori d'écarter un procédé. C'est donc à l'expérience seule qu'il faut demander des arguments pour ou contre l'électricité statique.

ROUAIN VlGOUROUX.

3(» l'AHALYSIE ET ATHOPUIE MUSCUUIRE:

laires produisent encore, par aclion réflexe, une conlracture limitée aux muscles de la jointure ou s'étendant à tou le membre. Ce sont même là des cas très fréquents et Ton sait que, dans ces conditions, les jointures se placent dans la flexion, les fléchisseurs l'emportant sur les extenseurs. Dans d'autres cas, l'atrophie et la contracture se combinent.

Ces variétés d'affections spinales, produites sous l'influence d'une cause toujours la même, en apparence, nous intéressent particulièrement et nous aurons l'occasion d'y revenir, à propos de plusieurs malades qui se trouvent actuellement dans le service.

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