‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 11 sur 121 · IRRITATION PRIMITIVE ET FORMATIVE · texte numérisé non relu

IRRITATION PRIMITIVE ET FORMATIVE

Il s'agira ici des modiGcations apportées par certaioes formes du processus inflammatoire. Dans les inflammations aiguës des tissus vasculaires, il y a à distinguer, vous ne Favez pas oublié, deux groupes de phénomènes: 1"* les phénomènes vasculaires proprement dits, comprenant la distension des vaisseaux, Témigration des leucocytes, la formation des exsudats ; 2° les phénomènes cellulaires relatifs à une parti" cipation plus ou moins active des éléments extra-vasculaires préexistants.

Ce sont ces phénomènes du dernier ordre quon doit M. Virchow d'avoir bien mis en lumière dans le domaine pathologique, mais dont il s'était un peu exagéré Timportance. Quoi qu'il en soit avec cet auteur, il y a lieu de distinguer ce qu'il appelle, à tort ou à raison, Vinntation nutritive.

Cet état est caractérisé par un gonflement de l'élément cellulaire, dont le protoplasma devient granuleux (tuméfaction trouble) en même temps que se manifestent certains phénomènes de vitalité, tels que mouvements amiboïdes, par exemple.

Dans d'autres cas, ou à un degré plus avancé, se produisent les phénomènes d'irritation formative. Ici, les éléments tendent à se multiplier, à proliférer^ et le mode le plus vulgaire qu'on observe en pareil cas, c'est la division par scission. Elle porte sur le nucléole d'abord, puis sur le noyau, puis sur le protoplasma de la cellule. Une variante de ce processus est la formation de grandes cellules ou plaques à noyaux. Elle a lieu quand le protoplasma ne se divise pas, et il se produit ainsi une variété de ces cellules géantes dont il nous faudra vous parler longuement à propos de la tuberculose.

60 t-MHjpteAUOx ru souaojr

Ce mode de malliplicaiion, trèi vulgùre 4 logique, ainsi que l'a montré Remik dus le cas da dév«li|finient embryonnaire, l'est ausù« tous le sms. dans r«Ut p-

lliologiqiie.

Or, Messieurs, ces phénomAnet de proUlértUoa par wàiém ont 6t6 étudiés maintes fois dao» tous leurs déWb, k ptopw de rinflamraation expérimentale ou spootanée d«> putiai n-

vélues d'un endothélium.

Je rappellerai les observations de MM. Conrfl «1 sur les résultats de l'inflnmmation eipérimenlale de l'ép* pToon chez les animaux adultes, par rintroduetioo, dans la

përiloiiic, d'une faible solution de nitrate d'argent ou da tl'iodi'. Il est établi |tar ces expériences que la cellule lliéliale se gonfle d'abord, puis se daache, et subit, d'aillenn, les diverrt ijhûiionièiies de la prolifération par seistion. — se forme souvent, dans ces circonsunces, de grmndee plaqua à plusieurs noyaux. — Chei l'homme, dans la périlonile R)^ vani de l'élat puerpéral, M. Kundrftl ' a observé des faits tu*logues. Les phénomènes sont, d'ailleurs, idenliques pour le> autres membruiics séreuses, quel que soit le mode de l'ioflammalion, dans la pùricnrdiic rliiiinalisinale par exemple. (Voy. Cornil cl Uanvier, /oc. cit.. ]k 45!!, Bg. 307.)

Dans le tissu conjuiiciif liXchi>, cuniposé, vous lo savez, de faisceaux fibrillaîres revêtus ç<i et là de cellules plates, celle-ci se comportent alisolument daii-i le phlegmon spontané od expérimental, de la même fuçuii que les cellules eudothélialei des membranes séreuses. Je citerai à ce propos les observations de Ilanvicr, celles do Fieiuin^, celles que nous a\oui faites dans le Icmp* avpi; M. hi'bi.\<' iCuiir-; inédit. Sur f inflammation en ijihiéral, IS72-. En uutre de la formation de* exsudais et de la diafiédëse dos leucocytes, il y a lieu de relever dans tous ces ca* la niulti[ilic;(li(.n iiar SfisMon de cellules

' ilanuti d'Iiittolof/if paOïol'^giquc. ji T"., Wj II.

l'ROLIFÉKATlOX VAH SCISSION 61

plates aboulissaut à la formation d'éléments embryonnaires ou petites cellules rondes.

Les phénomènes de scission sont beaucoup moins manifestes, si jamais ils ont été nettement observés, dans les conditions pathologiques, en ce qui concerne les épithéliums proprement dits ; ce n'est pas que ces épilhéliuins ne soient susceptibles de présenter une régénération et une multiplication 1res actives. Je me bornerai à citer à ce propos le résultat des expériences que nous avons Faites, M. Gombault et mui, sur la ligature du canal cholédoque. On sait qu'au-dessus du point rétréci ce canal subit alors une distension considérable. Le revêtement épilhélial cylindrique s'accommode à ces nouvelles conditions, et 12 ou l.j jours après Topérution on trouve la paroi du conduit dilaté tapissée uniTormément par un épithélium cylindrique Completel très régulier. Il n*y manque pas une cellule et celles-ci ne paraissent pas avoir augmenté notablement de volume. On ignore, quant à présent, suivant quel processus s'opère l'énorme multiplication des cellules épilhéliales qui a lieu en pareil cas ^

« Leçons mr hs maladies du foie, 1877, p. 16i, 169. 22!).

SIXIÈME LEÇOK

Anatoada patliologlqae géaérwHm di pnhnomtra {Siàtéi.

SoyH.MFiK. — I.Vpiihrliiim piilmunaire m comporte è la linms: ili'-mniihtnliun. — Hrvm-li<>- pneumonie Iwiil lit: six litiirc* et vrr* Ip ileuxitme cl le Iro'iitMC Jour. ^ Piiim nit'ï t-pillii-lial«>t, tmeiitiiukiinioMS. — hlipùricncei : iBtnMlBeti«w de cm- >lrc 'l'oxjile (le r>;r dnns Irs ïuiei rrspifatuirei; pénétratioa au Ibad à rt-!t Toirs et ilntis I.-h i-Hlukii île l'cnilolhèlium ; loealiHUaa dasi kl arini sou* furnie li>liiiltire.

Faits i<.itliuIo;:i<|ii<'^ >|iii montrent <|iic l'i'pitliélium puimoiMii« ma tumfUt aii-tni II la rai.-nri ili-> (•|iil>ii'li:imf : i-ancrr murolde (MatasacK); |imai nielit>n)idc ùe* tulieniileui (Thaon); carnlMlloii (LegandraK aa !■>■■ pBeuilu-lubaire ilf h l'mnrliu-pnvuroonie; caracUrei d« cas Miinm

Messin H rs.

Con^d^rons ni.-tinlcnnnt lYpiltir-litim pulmonaire; non! allons voir, dans lits processus inflammaloires aigus, se Rproduire tous le<t iihénomëncs rai>i>el(^g tout h l'heure, h propos de l'endolliélitim.

Prenons l'exemple de In Ijronrhii-pnetimnnie aïguQ ou subùgu6 et examinons rl'ahnrd le rn? où la maladio esl provoquât expérimenlalemcnl ctie^ les anininin. circonstance dans Iiqueile l'analyse des phénomènes e^l n'niiiie plus facile. Un dff procédés les plus simples pour délerniitier lalléralion doot il

BRONCUO-PNEUMONŒ EXPÉRIMENTALE 63

s'agit, est, vous le savez, la section des pneumogastriques, ou mieux des nerfs récurrents chez certains animaux, le lapin par exemple. Vous n'ignorez pas que la lésion du poumon, observée en pareil cas, se rapproche de tous points de la broncho-pneumonie ou pneumonie lobulaire de l'homme, et je relèverai à ce propos que la pneumonie lobaire ou fibrineuse bien distincte à cet égard de la précédente, n'a pu, jusqu'ici, élre reproduite expérimentalement. Il y a longtemps qu'on 8*esl occupé à provoquer ce genre de broncho-pneumonie dans le b.ut justement d*éludier anatomiquement toutes les phases du processus morbide. Parmi les travaux récents publiés sur ce sujet, je citerai ceux de M. Frîedlander (Berlin, 1873; et Virchoivs Archiv., 68, Bd., 3 sept. 1876); ceux de M. Dreschfeld (de Manchester) {Lancet^ jan. 8, 1876, p. 47); ceux enfin d'Otto Frey, rassemblés dans un mémoire publié à Berlin en 1877.

La section des récurrents chez le lapin, adoptée par Frîedlander et Frey de préférence à la section des pneumogastriques, offre l'avantage de laisser souvent les animaux vivre pendant un temps relativement fort long. Ainsi, sur 72 animaux opérés par M. Friedlander, 26 sont morts spontanément du 1" au 18* jour.

Il paraît bien établi, ainsi que Traube l'avait avancé, que l'origine de la peumonie ainsi produite est en quelque sorte toute Iraumatique. Les animaux sont devenus incapables de fermer la glotte, circonstance qui les trouble fort tout d'abord, mais à laquelle ils s'adaptent peu à peu. La cause mécanique des lésions pulmonaires est l'introduction dans les voies aériennes et jusqu'aux alvéoles, de corps étrangers ; parcelles alimentaires, mucosités buccales, qu'on retrouve dans les cavités aériennes à Taulopsie, et, dans les cas où, après la section des récurrents, l'animal a été soumis à la trachéotomie, le liquide qui s'écoule de la la plaie à Tintérieur de la trachée.

vjc<.^:'^ 'î^v'^.

• ■■ ■ . ■ CI cKLUJtn êtâiim

Or» vuici rindicalion sommaire des priiici|Miu résolUi obtenus dans ces recherches. — Lnnqae Tauiaial avant raceomplisseroent des six premières heores q {^opération, on trouve dans les alvéoles, les oalliiles épîiU- Haies gonflées, luméflées el fendant à prendra une bnm sphériqtie : leur protoplasma est tronlde, grena (tnmélMlion trouble). Leurs noyaui se ooloraDl vivement per le ca^ min.

Les cellules ainsi tuméfiées tendent à se déladier de h paroi et ili devenir libres dons la cavité alvéolaire. Elles sool capables de devenir le siège de mouvements amiboldes et,ei poussant des prolongements, elles peuvent slocorporer les corps voisins : leucocytes, hématies.

L'i tuméfaclion dont il s*agit ne serait pas» d'après les r^ cherches de M. Friedtander, un indice certain de reùsteoee

d'un processus inflammatoire; elle peut s'observer, eneflU, dans le cas où Ton produit expérimentalement un simple œdème du poumon, soil en provoquant des cmboliee eapillaÎKi. soit en délerminanl la compression de Taorle ascendante. D'ailleurs, loujours suivant M. Friediander, le simple contact du sérum suffll pour amener le gonflement des cellules et le développement des mouvements amiboTdes.

Le tableau change lorsque lexamen porte sur des animtni qui ont succombé vers le deuxième ou le troisième jour. Oo peut alors assister, en quelque sorte, h toutes les phases de U multiplication par scission des éléments cellulaires. Il u^est pa» rare de rencontrer alors des plaques h noyaux, — une variété des cellules géantes. M. Friediander a figuré une de ces cellules qui avait acquis des dimensions énormes et renTeniiaii des fragments de cellules \égétales ( Virchu\cs Archiv. locciL)- — Les [ihénomènes sont analogues lorsque, ainsi que Ta montré M. Dreschfeld [loc. cit.), le processus irritalif est déte^

rNEUJiONIES ÉriTIlÉLUIES 65

miné, non plus par la rfseclion des récurrenis, mais par l'injeclion dans les voies bronchiques d'une solulion fuibic de DÎlrale d'argent.

Dans loules les broncho-pneumonies aiguës ou subaîguës provoquées expérimenlalement. de même que dans celles qui se produi.'^ent spontanément, les phénomènes delà prolifération cellulaire endotliéliale, se monlrenl k peu près toujours compliquées, à des degrés divers, de la présence dans les canalicules respîraloîres de produits d'exsudation fîbriiieuse, de leucocytes et de globules rouges sanguins émigrés. En conséquence, ces produits et ces éléments devront se rencontrer toujours, dans la cavité alvéolaire, en promiscuité avec les éléments qui résultent de la prolifération épithéliale.

Mais il est telle circonstance où la scission et la multiplication des éléments cellulaires dont il s'agit peut être observée dans des conditions plus simples, c'est-à-dire dégagée de la présence des produits d'exsudation. Les pneumonies de ce dernier genre peuvent être dites alors Épiihéliales pnr excellence, ou encore, comme les appelle M. Buhl, pueitmonies desguamatives {Lim^euenlziiiuiiint/ Desquamativei) '.

Tel est, pour citer un exemple pris dans le domaine de l'expérimentation, le cas di? la pneumonie chronique primitive, provoquée chez k-s animaux par l'introduction dans les voies aériennes de poussières suspendues dans l'atmosphère, de particules mélalliques en particulier. Ces pneumonies chroniques expérimentales, en quelque sorlc trauuialiqiies, ont, vous le savez, leur pendant dans la pathologie humaine.

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