‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 38 sur 121 · II. — De la broncho-pneumonie chronique · texte numérisé non relu

II. — De la broncho-pneumonie chronique

Cette forme de pneumonie interstitielle est anatomique-

' Syn. : pneumonie chronique, pneumonie inlerstitielle, phtisie fibroïde, cirrhose du poumon, etc.

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ment bien distincte, dans toutes ses phases, de la lésion correspondante qui succède à la pneumonie lobaire aigu@.

Legendre et Bailly ^ ont les premiers donné, en 1844, une bonne description de cette lésion ; ils Tout désignée sous le nom de camisation^ et il faut bien la distinguer delà eamification, laquelle n'est autre chose que Tétat fœtal. Avant eux cependant, Corrigan avait, en 1838, indiqué nettement les principaux traits de la camisation avancée, dans son célèbre travail inlitulé : Cirrhosis of the Lung. {Dublin journal of médical science. Dublin, 1838, t. XIII).

Il faut signaler aussi un mémoire de M. Sutton ' et de nombreux travaux présentés dans ces dernières années à la Société pathologique de Londres. Ces travaux sont en quelque sorte résumés dans deux articles publiés dans le troisième volume de V Encyclopédie de Reynolds '.

Mais la distinction que veut établir M. Ciharcot entre les deux grandes formes de pneumonie chronique se trouve à peine ébauchée dans les écrits de ces divers auteurs. Us confondent ensemble les diverses variétés de cirrhose pulmonaire, môme celles qui se rattachent à la tuberculose.

M. Charcot établit tout d'abord que, de même que la pneumonie lobaire aiguë précède Tinduration rouge et grise, de même la broncho-pneumonie chronique se développe comme le type aigu correspondant à la suite d'un catarrhe bronchique, de la rougeole, de la coqueluche, de la fièvre typhoïde.

Dans ces derniers temps, Ziemssen *, Bartels * et Jurgen-

I Legendre et Bailly. — Arc/iiv. de méd,, janvier 1844.

« Fibroïd dege?ieratio?i of th*; Lunqs [Médical and Suvgical Transact,, p. 287, 1865).

3 Wilson Fox. — Pjietimonie chro7\ique^ et CIi. Bastian, Cirrhose du poumon, System of Medidne (Reynolds, t. III, 1871).

* Fleurit is und Pneumonie in Kindesalter. Berlin, 1862.

^ Bartels. — Bemerkungen ùber eine M asern- Epidémie mit besonderer Beriicksichtigung dev dabei vorgekommenen Lungenaffectionen {Virch. Àrch., 1861).

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sen ^ ont publié des observations intéressantes qui démoniren t Texistence d'une forme de transition, d'une broncho-pneumonte mbaiguëj qui dès Torigine tend à la chronicité.

Le type clinique broncho-pneumonie aîgué n'a pas, on le sait, révolution régulière et fixe de la pneumonie lobaire. A cdté de formes aigués qui peuvent simuler la pneumonie lobaire parleurs caractères cliniques principaux et même par la marche de la température, il existe une forme subaigué qui se montre dès l'origine avec son caractère particulier : appareil fébrile relativement peu intense, oscillations prononcées de la courbe thermique. Sa durée peut atteindre 15 jours, trois semaines. Quelquefois elle se résout, quelquefois elle se prolonge et passe à Tétat chronique. Bartels cite un cas qui a duré sept mois. Elle peut même se continuer pendant plusieurs années et aboutit enfin à ïinduration atrophique du poumon aoee dilatation des bronches.

Cette forme peut se présenter surtout après un catarrhe aigu ou chronique, après la coqueluche (Ziemssen), quelquefois après la rougeole (Bartels), et, suivant M. Charcot, après la fièvre typhoïde, bien que dans ce dernier cas la forme aiguè ou subaiguè soit en quelque sorte la règle. L'étude macroscopique de la lésion dans cette forme subaiguë a été bien faite par les auteurs, mais tout restait à faire en ce qui concerne les caractères hislologiques ; cette lacune a été heureusement comblée par M. Charcot à Taide d'observations et de pièces qui lui ont été obligeamment fournies par MM. les D" Parrot et Archambault, et provenant d'enfants âgés de six semaines à cinq ans, morts deux ou trois semaines après le début des accidents broncho-pneumoniques, à la suite de rougeole ou de bronchite. On retrouve en pareil cas les principaux traits de la broncho-pneumonie aiguë :

' Ziemssemi* Supplément,

kM BROM.IIO-PNBUMONIE tJUBAIGCB 1 mSTOI.OGIl£

1* i,c»calisalion symélrique des lésions aux parties inférieures *l|»slérieures, avec tendance remarquable à se fiier dans un •Ml lobe, sous la forme pseudo-lobaire ; 2° coloration violacée M rosée p&le ; 3" consistance jusliGanl jusqu'à un certain |H)inl le notn de cat^nisation (Lîssu musculaire) ; i° pas d'atrophie ; S" insufflalton Lrès iocomplële; 6° coupe lisse, sèche, laissant couler à peine un peu de liquide séreux, sans gratnilatiotiSy prôsenlanl, en un mot, une surface homogène qui contrasle avec l'aspect marbré de la broncho-pneumonie aiguë.

CeLLe opposition abi^olue disparaît â une étude plus attentive et l'œil nu ou armé de la loupe reconnaît bientôt les détails suivants: 1° bronches dilatées (dilatations fusiformes). surtout dans les lobes inférieurs ; quelquefois, aspect aréolaire comparable k celui du fromage de gruyère ou des pierres vermoulues, œuvre des pholades (Corrigan) ; ces cavités contiennent un muco-pus pouvant présenter l'aspect caséeus ; de plus, contrairement it ce qui existe dans la pneumonie tobaire chronique, le tissu conjonclif péribronchique et périvasculaire est considérablement épaissi; 2° cloisons interlobulaires très marquées, surtout chez l'enfant : ce cloisonnement est également beaucoup moins net dans la pneumonie lobaire ; il constitue un caractère important des pneumonies pleurogènes el de la pneumomie fibroïde des phlhisiques, qui d'ailleurs n'est qu'une broncho-pneumonie ; ?° enfin les nodules péribronchiqiies de la forme aiguë se retrouvent encore sous une forme atténuée ou effacée. On distingue autour des bronchioles, à un examen attentif, des petits grains agglomérés, quelques grappes qui tranchent par leur coloration grise ou jaunâtre, ou par une légère saillie, sur le fond rosé et lisse de la coupe du poumon.

Ainsi, dans la forme subaigué, ce fond rosé ou violacé qui caractérise la earnisalion correspond à la spiinisalion de la

BROIfCUO-PNBUMONlE SUBAIGUE : MACROSGOPIE 193

forme aigufi, en mâme temps que la présence des nodules Tient compléter Tanalogie. A ces caractères macroscopiques, il faut ajouter les fausses membranes pleurales, sans adhérences, Temphysëme et la tuméfaction des ganglions bronchiques.

H. Gharcot complète ensuite cette description macroscopique à Taîde des données nouvelles que lui fournit l'analyse histologique :

1"* Les bronches contiennent du muco-pus; leur épilhélium est longtemps conservé, mais tuméfié ; infiltration de la muqueuse et de la tunique adventice des bronches, d'abord par des cellules rondes et fusiformes, puis formalion de fibrilles ; desiruetion des tuniques musculaires et élastiques (Trojanowsky). La dilatation bronchique qui accompagne cette destruction est donc un fait primitif, antérieur à l'atrophie du poumon, ce qui réduit à néant la théorie de Corrigan, d'après laquelle elle serait consécutive à Tatrophie du poumon et à la rétraction du tissu conjonclif. M. Charcot rappelle encore, contre cette théorie, l'intégrité des bronches, qui s'observe dans la pneumonie lobaire chronique, malgré la transformation du parenchyme en tissu fibroîde, évidemment doué cependant de rétraclilité.

2** Le tissu conjonctif interlobulaire subit la métamorphose embryonnaire, comme le tissu péribronchique.

S"" Dans les nodules péri bronchiques, les alvéoles sont remplis d'exsudat fibreux dont les filaments englobent principalement des cellules épithéliales.

Enfin, dans les parties carnisées^ roses et lisses, correspondant aux parties 5/9/^nt5^65 de l'état aigu, on trouve les altérations de la pneumonie desquamative, mais avec des caractères

GiuacOT. Œuvres complètes, t. v, Poumon», 13

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spéciaux qui n'appartiennent pas à Tétat aigu : a) épaississement des parois des alvéoles et des conduits alvéolaires qui sont déformés et envahis d*abord par des éléments embryonnaires et fusiformes, puis par des flbrilles ; b) cellules épitbéliales gonflées, fondues en un magma, remplies de cristaux aciculés, ofiranl les réactions de la margarine sous Tinfluence de Télher et de la benzine, se résolvant en gouttelettes de graisse sous Tinfluence de la chaleur; c) enfin, dans les points où la lésion est la plus avancée^ la paroi alvéolaire est revêtue par un épithélium cubique^ tandis qu*à son centre se trouvent des cellules atteintes à divers degrés de la dégénération qui vient d'être indiquée.

M. Charcot suit pas à pas les analogies qui existent entre la forme aiguë et la forme subaigué, et ce parallèle permet de mieux interpréter les caractères des lésions lorsqu^il s'agit de broncho-pneumonies décidément chroniques. Il en. donne la description d'après un cas observé par M. Olivier, chez une femme de 20 ans, morte en couches, un an après le début des accidents pulmonaires. La lésion était au premier degré dans le lobe supérieur, avec des nodules péribronchiques distincts, des bronches peu dilatées. Lobes inférieur et moyen confondus, déjà alrophiés ; dilalalions considérables des bronches : quelques-unes ampullaires, simulant des cavernes et renfermant un pus caséeux. On retrouve donc ici Taspect décrit par Corrigan, avec le cloisonnement interlobulaire, Tépaississemenl de la coque fibreuse pleurale, et un certain degré d'atrophie du poumon. Malgré la date plus ancienne des lésions, les caractères histologiques sont, dans ce cas, les mêmes que dans la broncho-pneumonie subaiguë, avec quelques variantes de peu d'importance ^

* On trouvera également dans ma ihhsQ (Contribution à Vétude de la broncho-pneumonie, 1878), faite avec l'aide des conseils et des leçons de M. Charcot, deux observations de broncho-pneumonie subaiguë ayant duré trois mois environ. Le premier cas est celui d'une petite flUe de trois ans.

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