DES CELLULES GÉANTES DANS LE TUBERCULE
Les considérations qui vont suivre ont trait à quelques recherches faites dans le laboratoire d'anatomie pathologique de la Faculté. Elles concernent uniquement les cellules géantes qui se rencontrent dans cette forme particulière du tubercule improprement dénommé tubeixule réticulé ou cytogène.
On sait qu'on entend par cellules géantes des corps volumineux de 20 à 200 (^ de diamëlre, munis de nombreux noyaux périphériques, souvent de prolongements multiples, et dont le centre est une masse grenue, réfringente,. d*un aspect loulà-fait spécial. Ces formations, il est vrai, ne paraissent pas appartenir en propre au tubercule : du moins^ on a signalé la présence de corps analogues au sein de productions de nature toute différente (sarcomes, syphilomes, etc.) et des recherches ultérieures pourront seules nous renseigner sur la question de savoir s'il y a, entre ces différents corps, identité de nature et de provenance, ou simple ressemblance dans la configuration extérieure.
* En collaboration avec M. Gombault.
Charcot. Œuvres complètes, t. v, Poumons, 19
2'JO tl'di;bci;lk iiéticllé et cellule géante \
Quoi qu'il en soit, les cellules géantes, possédant les caraclères qui viennent d'ôlre rappelés, se rencontrent très fréquemment dans le lubereule et peuvent èlre considérées comme un des éléments importants qui entrent dans sa constitution. Or, c'est surtout dans le tubercule réticule qu'elles se montrent en grand nombre, et qu'il est facile d'étudier les rapports qu'elles affectent avec les autres parties de la néoplasie tuberculeuse.
On sait que la granulation visible h. l'œil nu, bien loin de pouvoir être considérée, en quelque sorte, comme l'unité tuberculeuse, est, au contraire, compIeNe et composée de parties similaires plus petites, groupées les unes k côté des autres et devant être envisagées comme les vériliibles tubercules élémentaires. Ces tubercules élémentaires qui ont reçu ie nom de iubei'cules submilliaires, de follicules tuberculeux, peuvent, au lieu de se trouver réunis en amas pour constituer une granulation, 6lre rencontrés à l'état d'isolement pluâ ou moins parfait et leur constitution devient dès lors assez facileâ déterminer. Celle-ci, du reste, n'est pas identique dans tous les cas, et deux variétés principales peuvent être dîstini^uêes. Tantôt le follicule est exclusivement formé par un amas de petites cellules rondes, pressées les unes contre les autres et on lui donne alors le nom de tubercule cellulaire. Tantôt, au contraire, il semble constitué par une sorte de réticulum sur lequel seraient collées des cellules plates d'où la dénomination de tubercule réticulé qui lui a été imposée, dans ce cas. On sait aujourd'hui que, selon toute vraisemblance, il n'existe là qu'un faux réticulum artificiellement produit par l'action des réactifs ; que le follicule est ici encore foruié par un amas de cellules, mais que celles-ci sont plus développées, munies de prolongenwnts, et se rapprochent beaucoup par leurs caractères des cellules plates du lissu conjonctif. A. cette première dlislinction, une seconde vient s'ajouter: ^
Ti.'BEBCULË COMl'LEXE : SA STIlUCTL'Ri; 2'Jl
dans cii2r;une de ces deux variélôs, le tubercule éléinenlaire peut être simple, c'esl-à-dire consliliié dans toule son étendue par des ôlémeuts ideiiLiques les uns aux autres; ou bien il est complexe, et voici alors quelle est sa constitution. On peut, en , semblable rirconslance, reconnaître trois zones dans le follicule. La partie centrale est occupée par une cellule giïante ; autour de celle-ci existe uue zone de cellules qui, en raison de leurs caractères spéciaux, ont recule nom de cellules épitliéliûïiles ; entîn une troisième zone, plus extérieure, est formée par des f-lémenls plus petits, zone de Lîssu embryonnaire ou Je tissu réticulé, suivant que le follicule appartient à l'une cia l'autre des deux variétés '.
Ainsi se trouve déterminée la place qu'occupe la cellule géante dans le tubercule : elle est située, lor?qii'elle existe, au cenlre du follicule tuberculeux, dont les autres éléments sont groupés autour d'elle.
Lorsqu'une semblable cellule a été isolée par dissociation et disposée de façon à Ootler plus ou moins librement dans le liquide de la préparation, on reconnaît qu'elle est munie sur toutes ses faces d'une foule de prolongements. Ceux-ci sont Formés par un protoplasina grenu, réfringent, fixant fortement l'acide picrique ; ils ont une grande tendance k s'accoler les uns aux autres, l'ar de petits coups frappés sur la lame mince, on peut leur imprimer des mouvements qui ne tardent pas & dégager de la masse principale un certain nombre de corps cellulaires, pourvus d'un ou de plusieurs noyaux et entraînant avec elles un certain nombre de ces prolongements. Ces ceilule-i, une fois complètement isolées, sont faciles à reconnaître pour des cellules épithélioïdes qui avaient conservé des conneiions intimes avec la cellule géante dont les dimensions se trouvent ainsi diminuées d'autant. Mais, au cours de celle dissocialion sous le microscope, il devient bientôt évident qu'un
• Noie commuoiquèti à la Sociéti de l.ialoQie (sùaiice <lii 11) août).
S!)â STIIUCTL-BE DE LA CELLULE GÉANTE
grand nombre des prolongemenis signalés plus haul ne peuvent plus élre allachès de la môme façon parce qu'ils sont inlimemcnl unis à la cullule géanle et font corps avec elle. Leur prolopla^ma se renfle au momenl où i!s abordent la zone des Doyauï ; à ce niveau, iS; sont encore assez souvent distincts tes uns des autres ; au-delà, ils se perdent en se fondant dans la masse grenue de la zone cenirale. Si on pousse l'opéralion plus loin, on peut, dans certaines circonstances, voir la cellule géante se résoudre, en quelque sorte, en un certain nombre de masses plus petites, pourvues de plusieurs noyaux, et dont la structure cellulaire ne saurait faire aucun doute.
L'étude de la cellule géante, pratiquée à l'aide de coupes et surtout à l'aide de coupes successives intéressant une môme cellule à des niveaux différents, va nous fournir d'autres renseignements. Trois coupes successives que nous prendrons comme exemple nous ont donné les apparences suivantes: sur U première, on reuconlre une véritable plaque à noyaux multiples. Ces noyaux, serrés les uns contre les auties au centre de la plaque, deviennent de plus en plus rares, à mesure qu'on s'avance vers la périphérie. De celle-ci parlent, dans tous les sens, une foule de prolongements qui, épais à leur base où souvent ils enveloppent un noyau, vont se perdre par une extrémité plus mince dans le tissu voisin. Sur une seconde coupe, l'élément apparaît avec ses caractères pour ainsi dire classiques : centre grenu, réfringent, sans structure, fixant forlemenl l'acido picrique ; en dehors, zone très épaisse de noyaux; pluspn dehors enÛn, de nombreux prolongements rayonnants d»os toutes les directions. Sur un seul point, la zone de Mojmtest interrompue dans une certaine étendue et, dans le ^iM wrrïspondant. les prolongements font complètement L, «irconslance qui semble indiquer, une fois de plus, que
s Rhitiaiis intimos unissent les noyaux et les prolongements