STRUCTURE DE LA CELLULE GÉANTE
de la cellule. La troisième coupe, enfin, nous montre un petit amas de cellules à protoplasma brillant, à contours assez mal délimités au centre duquel les éléments se groupent de façon à circonscrire une sorte de pertuis très étroit qu'on peut suivre à une certaine distance dans l'épaisseur de la coupe, en faisant varier la vis du microscope. Quelques rares prolongements courts, épais, grenus, relient cette masse aux tissus voisins. On voit donc que, sur chacune de ces trois coupes, la cellule géante a changé de forme et de constitution ; de plus, détail important, elle a varié aussi de volume dans des proportions considérables. Si nous prenons comme point de départ le volume de la cellule sur la coupe n"" 3^ et que nous représentions ce volume par un, il sera de trois sur la seconde coupe et de deux et demi sur la première. Les diûcultés pratiques d*une telle recherche ne nous ont pas permis de suivre plus loin les modifications éprouvées par la cellule géante en question, Quoi qu'il en soit des faits signalés jusqu'ici, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes : la masse qui constitue la cellule géante s'effile vers une de ses extrémités. Si nous supposons que le môme phénomène se produise vers l'extrémité opposée qui manque dans la série de nos coupes, l'élément sera fusiforme; si on n'accepte pas cette hypothèse, on doit reconnaître tout au moins qu'il a la forme d*une petite massue, pourvue par conséquent d'un manche ou pédicule et d'une partie renflée. Or, pour le pédicule aussi bien que pour la zone périphérique de la partie renflée, la structure du tissu qui les composent est des plus évidentes ; il est constitué uniquement par des éléments cellulaires agglomérés, seulement ces éléments cellulaires ont subi une modification qui a eu pour effet de les souder les uns aux autres en amenant la Tusion partielle de leur protoplasma.
Les caractères de cette modification s'accusent de la façon la plus nette au niveau des prolongements que la cellule
2111 STIil-CTL'KE riE L\ DELLULE GéANTK
géaitle i^met dans tous les sens, nous Ibs avotiiî si haul el ils consislent dans le gonllenieut du protoplasma, son éfat grenu, sa tendance à roccolcment, sa réfringence spéciale, son aplituda à fixer Tacide picrique à rexclusion du carmin. Or, ces différentes modificalions se reirouvent en dehors del» cellule géante dans d'autres parties de la néoTorniatioD tuberculeuse, portant leur action sur des parties nioins conaplexescl se présentant par conséquent, dans des conditions d'examen plus favorables. Telle est la modification particulière qui produit les cellules de la zone ëpilhctioïde du follicule ; telle csl celle qui atteint dans l'intérieur des alvéoles les cellules qui proviennent de la paroi de ces alvéoles; telle enfin celle qui, dans certaines circonstances, frappe, par places, l'eadoUiélium des vaisseaux d'un certain calibre. Dans tous ces.caa, doiiï voyons celle dégénérescence inconnue dans sa nature, iniiis qui peut être désignée sous le nom de transfornaation vitriiiise, produire des effets identiques. Les éléments cellulàres augmentent de volume, et tandis que leurs noyaux prolifëreDl, leur protoplasma prend les caraclères qui viennent d'être indiqués. Puis, les cellules s'accolent en plus ou moins grand nombre, leurligne de séparation disparaît progrossïvement par fusion des proLoplasraas el ainsi se trouvent constitués des équivalents en quelque sorte de la cellule géante. On sait, de plus, que cette transformation vitreuse des éléments cellulaires dans le tubercule a pour aboulissaiil la caséification finale. Or, il est impossible de ne pasôlre fiappé de la ressemblance qui existe, au point de vue des caraclùres physiques el des réactions micro-chimiques, entre la matière caséeuse et la substance centrale de la cellule géanle. On est ainsi amené k conclure que la partie centrale de la cellule géante a eu, à un moment donné, la structure dont nous reconnaissons l'existeDce au niveau de son pédicule el de sazoue périphérique, c'est-àdire qu'il a été constitué, dans le principe, par un amas dficel-
STRUCTURE DK LA CELLULIi: GÉANTE 295
Iules ; que plus tard ces éléments ont subi la transformation vitreuse, se sont accolés puis fondus ; qu'en un mot, le vice tuberculeux a procédé dans la cellule géante comme dans la granulation vulgaire que la caséifîcalion envahit, on le sait, en marchant du centre vers la périphérie.
Si cette conception est exacte, la cellule géante serait bien loin d'être, comme Ta indiqué M. Schûppel, formée par un élément cellulaire unique, dont le protoplasma en état d'accroissement actif donnerait naissance par voie de bourgeonnement aux cellules épilhélioïdes. Elle devrait èlre considérée, au contraire, comme un nodule multicellulaire dès son origine, au niveau duquel le processus tuberculeux aurait atteint son dernier terme et serait représenté par deux de ses produits les plus caractéristiques et les plus avancés : la cellule vitreuse et la matière caséeuse ^
• Extrait du Progrés Médical, n» 34, 1878.