‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 60 sur 121 · IDENTITÉ DES GBANULATIONS GRISES ET DES TUBERCULES · texte numérisé non relu

IDENTITÉ DES GBANULATIONS GRISES ET DES TUBERCULES

inférieur droit. Nous n'en conclurons pas moins que ces deux produits, les granulations grises et les tubercules, malgré leur diiïërence d'aspect et de constitution microscopique, sont au fond de même nature. Mais nous touchons là une question que nous ne voulons pas aborder pour le moment, et nous nous réservons de développer, dans une autre occasion, les arguments qui nous portent à rejeter complètement la distinction fondamentale qu'on a, dans ces derniers temps surtout, voulu établir entre h phtisie granuleuse ou à granulations grises, et la phtisie tuberculeuse proprement dite.

PASAPLiGUE DOULOUREUSE

Sur la paraplégie doulourauie et aor la thxombOBe artérielle qui surviannent dans cerUlna cas de catuier ■.

La présente communicatioa a pour but d'appeler i'atlention sur quelques accidents qui surviennent dans le cours de l'évolution de certains cancers, et qui, si je ne me trompe, n'ont pas encore été signalés d'une manière particulière.

Je commencerai par ce qui a trait au cancer du sein. Mon ancien maître et mon prédécesseur, à l'hospice de la Salpétrière, M. le docteur Cazalis, avait l'habitude de faire remar-

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sente une physionomie assez particpliëre, et donl le nom de paraplégie douloureuse donnerait, ce nous semble, une assez bonne idée.

Voici, du reste, en quoi cela consiste : Les malades éprouvent des douleurs dont le siège principal est la région lombaire et qui, de là, s'irradienl dans toute Télendue des deux membres inférieurs ; ils sont parfois tourmentés par un sentiment de constriction pénible qui, en outre, étreint, comme le ferait une ceinture, la partie la plus inférieure de Tabdomen. Dans les membres, on ne saurait localiser ces douleurs sur le trajet d'un ou de plusieurs des troncs nerveux principaux ; il semble qu'elles occupent tous les rameaux nerveux à la fois. Vives, surtout la nuit, elles ont habituellement le caractère lancinant ou même fulgurant; parfois, elles s'accompagnent, d'une sensation purement subjective de chaud ou de froid ; toujours, il s'y joint des fourmillements qui occupent surtout les extrémités ; ces douleurs persistent d'une manière à peu près continue, mais elles s'exaspèrent, toutefois, par moments, et produisent ainsi des accès plus ou moins violents, pendant lesquels les malades sont privés de sommeil, ou même dans les cas d'une grande intensité, poussent des cris déchirants. D'ailleurs, point d'analgésie ou d'aneslhésie ; au contraire, les moindres pincements, voire même les moindres attouchements, sont très nettement perçus, et de plus, ils sont l'occasion de douleurs plus ou moins vives, principalement pendant la durée des accès. On n'observe aucun désordre appréciable de la conscience musculaire. — Certains troubles de la motilité vont de pair avec ces symptômes d'hyperesthésie ; la marche est difficile, en partie, sans doute, en raison des douleurs des membres, mais surtout à cause de l'affaiblissement musculaire ; d'ailleurs, à un degré plus avancé, cet affaiblissement est tel que les malades ne peuvent plus marcher sans l'aide d'un bras ou d'une béquille ; on les voit, lorsqu'ils s'efforcent

aïO CANCEH DU SEIH : PAlUPLËeiB DODIOUBEUSK

de faire quelques pas, détacher péniblemeDl leurs pieds du sul; i! semble que ceux-ci soient devenus plus pesants. Plus lard encore, l'atrophie musculaire se met de la partie; les membres inférieurs s'amaigrissent en m6me temps qu'ils s'aETaiblissent encore, et.un jour, enfin, la marche et la station même sont devenus tout à fait impossibles. Nous n'avons pas, jusqu'ici, observé, soit la paralysie des sphincters, soit les altérations du produit delà sécrétion urinatre, soit encore la rapide formation d'escharres au sacrum qu'on rencontre dans certaines paraplégies, qui se rapprochent cependant, par plus d'un trait, de celle qui nous occupe. Il m'a paru que, dans les ciis où les douleurs se sont montrées très vives et très persistantes, la vie des malades a été, par cela même, très notablement abrégée.

Les symptômes de paraplégie douloureuse ont été notés par moi dans six cas sur trente-six cas de cancer du sein admis b lu Salpétrière, dans la division des Incurables, pendant les trois dernières années ; à en juger par là cet acùdent ne serait pas rare. Il se manifeste d'ailleurs aux époques les plus variées du cours de l'alTection cancéreuse primitive ; tantôt quelques

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selle^ pour la plupart, ou même plus grosses encore, faciles à énucléer, el développées au sein de la subslance spongieuse qui se montrait partout ramollie et friable. En quelques points, la mince lamelle de tissu compacte, qui limite de toutes parts le corps des vertèbres, avait été détruite du côté de la cavité rachidienne, de telle sorte que plusieurs tumeurs avaient fuit issue dans cette cavité où elles s'étaient développées, comprimant d'avant en arrière la dure-mère. Dans le troisième cas, les éléments cancéreux ne constituaient plus, par leur réunion, des tumeurs circonscrites; ils étaient comme infiltrés dans les cellules agrandies du tissu spongieux, et conséquemmcnt, un examen microscopique attentif permettait seul de délerminer le véritable caractère de Tallération : celle-ci portait presque exclusivement sur les quatre dernières vertèbres lom* baires. Leur tissu était ramolli, à tel point qu on pouvait, sans effort, le diviser à Taide du couteau en minces lamelles ; l'une de ces vertèbres (la troisième) était aplatie, comme écrasée, et ne mesurait guère plus d'un centimètre, dans son diamètre vertical. Par suite, la colonne lombaire s'était incurvée, de manière à rétrécir le canal rachidicn, dans le sens antéro-postérieur : la dure-mère avait été refoulée dans le même sens, et les tissus nerveux, qui constituent la queue de cheval, se trouvaient comprimés et tiraillés. C'est évidemment à la compression et à Tirrilation des racines spinales lombaires que doivent être rattachés les symptômes observés pendant la vie.

Si, comme tout porte à le croire, la forme de paraplégie dont il s'agit, n'est pas tout à fait rare, il n'est guère possible qu'elle soit restée jusqu'ici complètement inaperçue. Je puis dire, dès à présent, que M. le professeur Trousseau l'a quelquefois rencontrée, et je tiens de bonne source que MM. les professeurs Velpeau et Nélaton ont, de leur côté, observé plusieurs cas qui se rapportent évidemment à cet ordre de faits.

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