ENDOCARDITE ULCÉREUSE A FORME TYPHOÏDE
C'est là, néanmoins, un sujet encore incomplètement exploré et qui n'a pas attiré Tattenlion qu'il mérite, en raison de son importance clinique ; aussi croyons-nous utile de faire connaître une observation que nous avons recueillie récemment et qui se rapporte évidemment & cet ordre de faits, du moins par les points essentiels.
Les ulcérations, dans les faits dont il s'agit, se rencontrent à peu près toujours dans les cavités gauches; elles siègent le plus habituellement sur les valvules. Elles sont le résultat d'une fonte, d'une désagrégation rapide de la membrane interne du cœur, et voici comment, d'après les recherches les plus récentes V s'accomplit ce travail morbide: les éléments constitutifs de l'endocarde, cellules plasmatiques et tissu intermédiaire, paraissent d'abord, dans une étendue variable, infiltrées d'un produit d'exsudation ; ils se distendent et se tuméfient, puis ils se ramollissent, se dissocient et se résolvent enfin en un détritus de consistance pultacée qui, sous le microscope, parait opaque, finement grenu, résiste à peu près absolument à l'action des réactifs énergiques, acides minéraux oîi solutions alcalines concentrées, et présente conséquemment des caractères microchimiques importants. Cette sorte de destruction moléculaire réduit, en définitive, le tissu affecté en parcelles ténues, qui se détachent successivement et sont entraînées par le courant sanguin. Il se produit ainsi des perles de substance dont le siège, la forme, Tétendue, tant en largeur qu'en profondeur, varient et, par suite, des altérations organiques, des lésions de canalisation plus ou moins graves et presque toujours irréparables. Tantôt, en eflet, si l'ulcération est périphérique, les valvules se détachent par leurs bords adhérents et deviennent flottantes, ou elles se raccourcissent par l'effet de Térosion qu'a subie leur bord libre;
« Virchow. — Loc. cit., et Cellular Pathologie. Berlin, 185^, p. 186. — 0. Beckermann, loc, cit. — Friedreich, loc. cit.
Chahcot. ŒuTres complètes, t. v, Poumons. 26
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(anlAI, si l'ulcératioD est au conlraire cenlraîe, elles se perforent ou seulement s'amindsseQl, et, dtns ce dernier cas. elles peuvent devenir le point de départ de ces produciions morbides, singulières, que Thurnens', Ëcker'et Rokilânsk;' ont étudiées sous le nom d'iut^tfrttines det valvules. Les pu- Ues de l'endocarde ulcérées par le mécanisme qui vient d'Ëlre indiqué peuvent, d'ailleurs, se revéUr de concrétions et de végétations flbrineuses. Ce travail aigu d'ulcération peut être primitif ou, au contraire, se développer sur des vdvules qui préalablement étaient déjà le siège d'affections subaigufts ou chroniques.
Avec ces altérations cardiaques, ainsi que cela pent avoir lieu d'ailleurs dans toutes les formes de l'endocardite ulureuse, coexistent habituellement des fojera morbides, disséminés dans divers points de l'organisme*. Ce sont le plu; communément des infractus de la rate, des reins, du foie, nrement de véritables abcès ; certaines formes de ramollissement cérébral et certaines ophtbalmies à évolution rapide'; des gangrènes circonscrites ou diffuses; des plaques eccbvmoliques enQo, occupant l'épaisseur de la peau, des memi séreuse
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que plusieurs fois, dans les cas qui nous occupent, on a remarqué» au centre des infractus ou des plaques eccbymotiques, des artérioles distendues et oblitérées par des amas d*une matière amorphe, finement grenue, opaque, résistant à Faction des réactifs et, par conséquent, en tout semblable au détritus provenant des ramollissements aigus de Tendocarde *.
Mais ce qui distingue plus particulièrement Ymdocardite ulcéreuse à forme typhoïde^ c'est précisément l'ensemble de symptômes graves qui se manifestent pendant le cours de raffectionydansle temps même oîi s'opère la destruction de la membrane interne du cœur. A ce nouveau point de vue, il y a lieu d'établir, dès à présent, deux catégories de faits. Dans la première rentrent les cas, et ce sont vraisemblablement les plus nombreux, où prédominent les symptômes ataxo-adynamiques; la prostration des forces est extrême, la température très élevée; il y a des frissons erratiques, de la somnolence, du subdélirium ou un délire intense ; la langue est sèche ; la rate peut être volumineuse. Parfois, les signes d'un catarrhe bronchique se manifestent et il y a du météorisme et de la diarrhée. Enfin, il se développe quelquefois sur diverses parties du corps des taches eccbymotiques et des sudamina. La maladie présente une marche continue et reproduit, souvent à s'y méprendre, le tableau de la dolhiénenlérie ou mieux du typhus exanthématique *. Les cas de la seconde catégorie rappellent plutôt l'infection purulente: des frissons violents, revenant par accès, s'y surajoutent, en effet, aux symptômes ataxo-adynamiques '. On a vu plusieurs fois dans les cas de l'une ou de Tautre catégorie survenir un ictère plus ou moins prononcé ^
• Virchow, 0. Beckmann, loc» cit.
• Virchow, S. Kirkes, Bamberger, Friedreicb, loc. cit. s Ibidem.
^ II. le Dr Lancereaux a communiqué à la Société de biologie un fait de «e genre, peu de temps après la présentation du cas qui fait l'objet de ce
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et il esl k peine douteux que quelques faits qui ont été ratlachés à l'ictère grave appartiennent en réalité à l'endocardite ulcéreuse aiguë. Faut-îl admettre que tous les symptômes, dont il vient d'être question, dérivent d'une intoxication déterminée par la présence dans le sang d'un poison morbide spécial qui se formerait incessamment à la surface des parties affectées de l'endocarde, aux dépens des produits de la méUmorphose régressive que subit celte membrane? Celle hypothèse a été invoquée à peu près par tous les auteurs qui se sont occupés dus»ji;t. Nous ne feront que la mentionner tout en reconnaissant qu'elle compte en sa faveur un bon nombre de probabilités. 11 est, entre autres, un fait d'observation d'un grand poids dans la question, c'est que le syndrome typhoïde n"esl ici qu'un phénomène de seconde date. Toujours il est de quelques jours précédé par l'affeclioa de l'endocarde qui seule peut en expliquer le développement et à laquelle conséquenimenl il paraît se rattacher h. litre d'alTection secondaire.
Les symptômes hcaux soal ceux de l'endocardite valvulaire aiguë, avec celte différence que le processus morbide accomplissant dans un espace de temps généralement plus court son œuvre de destruction, une observation altenlive et souvenl répétée peut parfois en suivre les progrès pour ainsi dire jour par jour. C'est ce qui a eu lieu dans l'observation qui fait l'objet principal de cette note ; dans un cas du mAme genre, observé par l'un de nous, il y a deux ans, i la Pitié, chez une femme parvenue au huitième mois de la grossesse, les signes d'une insuffisance aortique des plus prononcées se sont progressivement développés dans l'espace de huit jourî i peine.
travail. — L'obaervBlion X <Ie Krericlis {Klinik der- Ubtrkrankheitett. Bd. I, ■ 1838, p. H), et jiculHSIre l'oliicrvolion IX de DuJd (On Disensts of tht Umt. ■ 3*èdiL., London, ISSii, p. !S3) duivcnl âlre rapproFlit;es du cKs de M. Ltn-