‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 78 sur 121 · OBUTÉHATION DE L* ARTÈRE PULMONAIRE · texte numérisé non relu

OBUTÉHATION DE L* ARTÈRE PULMONAIRE

Tétai d*induralion rouge el plaques purulentes quelques superficielles; il y avait aussi de Toedème des deux poumons dans les parties postérieures des deux lobes inférieurs.

Suivant une importante remarque de M. le professeur Cruveilhier*, — remarque confirmée, d'ailleurs, par les observations de MM. Virchow', R. Lee, Simpson, Hewit* et plusieurs autres, — on peut considérer comme physiologique Toblilération fibrineusedes sinus utérin?, après Taccouchement. « J'ai » constamment trouvé, dit M. Cruveilhier, chez les femmes » mortes dans les premiers jours qui suivirent Taccouchement )) les sinus utérins pleins de caillots sanguins, adhérents, que » j'ai souvent vus se prolonger jusque dans les veines hypo- » gastriques. C'est là, ajoute Téminent professeur, l'élément » ou le point de départ de la phlegmalia alba dolens des » femmes en couches. » Si maintenant on est conduit à admettre que, dans les cas que nous avons rapportés, l'oblitération veineuse a été l'origine et le point de départ de l'oblitération de l'artère pulmonaire, on sera naturellement porté à penser que les femmes en couches sont tout particulièrement exposées à ce dernier genre d'accident.

Mais ce n'est pas dans l'état puerpéral seulement qu'il sera donné de rencontrer les accidents redoutables sur lesquels nous appelons l'attention. L'oblitération de l'artère pulmonaire par des caillots fibrineux, sans altération primitive des parois artérielles, paraît devoir être observée, à la suite des affections les plus diverses, pourvu que ces affections soient compliquées de phlébite oblitérante, ou de l'oblitération d'une veine par

« Traité d'œiatomie pathologique, t. II, p. 315.

• Loc, cit,y p. 597, Die puerperaten Thrombosen,

* The Lancety 19 décembre 18?7.

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des caillots, sans pblôMte. Oa pourra en juger par les obserrations dont nous allons donner l'exposé sommaire :

Obs. VII. —Dans son intéressant mémoire sar les morts subites par obstruction de l'artère pulmonaire, H. le docteur Baron rapporte, d'après M. Ledîberder, l'histoire d'une jeune fille de diisept ans, qui n*étai( ni grosse ni récemment accouchée, el qui mourut subitement après avoir éprouvé des syncopes répété». Il existait des caillots plus ou moins anciens et plus ou moins adhérents dans la veine jugulaire interne du c6té gauche, ainsi que dans les veines crurales, hypogastriques, iliaques, et enfin dans la veine cave inférieure. Les parois de ces vaisseaux étaient en général très épaissies, et le tissu cellulaire ambiant très coodensé; l'artère pulmonaire était également remplie par des caillots décolorés, mail ut parait étaient exemplet d'altération *.

Obs. VIII. — Un jeune homme vigoureux entre à la Charité de Berlin, atteint en apparence de fièore rÂtumatique. 11 se plaignait de douleurs dans la cuisse droite qui paraissaient avoir leur siège dans les parties molles. Pouls un peu fréquent et dur. On fait une saignée du bras et on applique des ventouses sur la cuisse. Le sang tiré de la veine est couenneux. Le lendemain de son entrée, le malade meurt subitement.

le septième jour, tout à coup dyspnée violente, anxiété extrême, extrémités froides, impulsion du cœur très faible. Ces symptômes vont s'aggravanl et le malade succombe au bout de trois jours. Il a conservé sa connnaissance jusqu*au dernier moment.

Autopsie, Poumons anémiques, sains, d'ailleurs. L'artère pulmonaire est, dans toute son étendue, remplie de caillots volumineux, qui, dans les grosses branches, sont décolorés, ardoisés, de texture granuleuse, et légèrement adhérents à la membrane interne. La veine hypogastrique et une petite veine iléo-lombaire qui s'y abouchent sont oblitérées par un bouchon fibrineux gris ardoisé, de texture granuleuse, comme cannelé*. Une des extrémités du caillot pulmonaire s'adaptait exactement à rextrémité supérieure^ très inégale, du caillot veineux,

L'aCTeetion primitive, dans les cas qui précèdent, paraît avoir été la phlébite; dans Tobservation suivante, on voit la mort survenir subitement chez une femme atteinte d'oblitération veineuse, consécutivement à une affection cancéreuse de l'estomac et du pancréas.

Obs. X. — Femme de cinquante-six ans: cancer de l'estomac, du pancréas, du foie et du péritoine, datant de deux mois environ. Le 25 août, dyspnée et orthopnée ; le 27 août, la malade meurt subitement. Les artères pulmonaires des deux côtés sont complètement oblitérées par un caillot décoloré, non adhérent à la membrane interne; les deux veines crurales sont remplies dans une assez grande étendue par des bouchons anciens, en parlie adhérents à la membrane interne et contenant, à l'intérieur, un détritus puriforme*.

On sait depuis longtemps que la coagulation spontanée du sang dans les veines, principalement dans les veines des membres inférieurs, peut survenir dans le cours, mais surtout à la suite de la fièvre typhoïde. Suivant le professeur IIuss%

' Klinger, loc. cit., p. 376.

•Virchow, /oc. ci7.,p. 350.

^ Statittiatte et traitement du typhus, etc., p. 205. Paris, 1853.

MO OBSERVATIOKS

on peut, dans ces cas, rencontrer quelquefois, en outre île l'oblilération veineuse une oblitération de l'artère pulmonaire par des caîllols. I,esdeux observations qui suivent, empruntées au travail de M. Virchow, confirment le fait indiqué par M. Huss.

Obs. XI. — Une fille de vingl-lrois ans, chtorotique. éfait atteinte d'une fièvre typhoïde latente, ainsi que l's révélé l'autopsie. Elle avait éproiiVL', entre autres symptômes, une douleur vive dans la région saci-o- iliaque gauche- Frisaons, Qèvre. courbature, constipation, pesanteur de léle. Tous ces symptômes paraissaient s'amender lorsque la malade est prise lout à coup, au marnent où elle se lève pour uriner, d'un accès de syncope suivi de mouvements convulsifa; cet accès se répète ti trois ou quatre reprises, el la malade succombe dans une de ces attaques.

A Caulopsie, on trouve data l'oreillette droite un thrombus ayant le diamètre du petit doigt, sec, cnnsiuont, ridé à sa surface, de couleur gris- brun ù l'extérieur, rouge-foncé à l'intérieur, formé dt couches concenlrigues, plusieurs fois replié sur lui-même et long rfe cinq pouces el demi. Le tronc principal de l'artère pulmonaire du côté dioit est rempli par un caillot volumineux qui se prolonge dans la plupart des divisions principales et qui est semblable à celui qu'on a trouvé dans le cœur. Il a environ cinq lignes de diamètre el quatre pouces de long. En arrière, la lumière des vaisseaux est à peu prés libre ; ils contiennent du sang liquide, el <;h el là des fragments fibrineux de couleur el d'épaisseur variables; quelques-uns sont à cheval sur les éperons de» anaslomoues. Pas d'altération des parois de l'artère. Dans les derniers pieds de l'iléon, ulcération des plaques de Peyer dont quelques-unes sont en voie de cicatrisation, Gonfleaienl des ganglions mésenlériques, D'une veine sacrée moyenne part un caillai du» pouce de long surunquarl de pouce iC épaisseur qui s'avance dans U veine cave. Ce caillot n'est que le prolongement d'un thrombus qui remplit la veine sacrée elle-même et adhère à ses parois. Les parut» de celte dernière veine sont épaissies et plongent dans un tissu induré situé en aviuit et à gauche du sacrum, dans la direction do

la grande échancrure scialique. Le nerf sciatique est en partie compris dans ce tissu induré ^

Obs. XII.— Garçon de vingt-quatre ans. Fièvre typhoïde assez grave. Le malade parait convalescent depuis quelques jours. Il a bien dormi; ventre mou, indolent. Encore un peu de toux et quelques râles sibilants dans la poitrine. Le pouls est intermittent sans être faible. L^intermission a lieu après trois battements ; 80 pulsations. A onze heures du soir, le malade qui jusque-là avait bien dormi, se réveille, demande le bassin, fait une selle liquide et rend douze onces d'urine. A peine avait-il fait tout cela et échangé quelques mots indifférents avec son voisin qu'il est pris tout àcoup de mouvements convulsifs du bras, fait quelques inspirations bruyantes et profondes, et meurt au bout de quelques minutes.

Autopsie, Ulcérations des plaques de Peyer et des follicules isolées presque entièrement cicatrisées. Gonflement des glandes mésentériques, surtout au voisinage du cœcum. Dans la branche principale de Tartère pulmonaire qui conduit au lobe inférieur du poumon droit, on trouve un caillot d'un pouce et demi de long, en partie décoloré, ridé à l'extérieur, mou à l'intérieur, composé de couches concentriques, avec une sorte de bouillie rougeâtre entre les couches. Ce caillot n'adhère nullement aux parois du vaisseau qui sont lout-à-fait saines. A deux autres endroits, productions analogues. Les deux poumons sont congestionnés et œdémateux. Dans la veine iliaque droite, au-dessous de l'embouchure de l'iléolombaire, on voit adhérent à la paroi interne, un caillot aplati, déchiqueté, correspondant par Taspect et la forme avec le caillot contenu dans l'artère pulmonaire; au-dessous de lui, la membrane interne delà veine est fortement injectée. La veine iliaque gauche est remplie par un bouchon librineux, de texture spongieuse, caverneuse, lequel se prolonge jusqu'à l'embouchure de rhypogastrique sous forme d'un caillot encore récent, décoloré à la surface, mou au centre. On trouve aussi des caillots dans rhypogastrique et l'iléo-lombaire gauche*.

• Virchow, /oc. «'/., p. 341.

• Virchow, loc, et/., p. 316.

■113 OBUTËRATION DE l'aRTÈRB PULMONAIRE

Des recherches bibliographiques plusélenduespermetlraient certainement de grossir notablement' le nombre des observations de ce genre. Quoi qu'il en soit, — et ceci esl la princicipale conclusion de cette première partie de notre travail, — celles que nous avons rapporléesperraellent déjà d'établir que la mort subite ou rapide par oblitération fibrineuse deCartèrr pitlmonnire n'est pas un élément insolite, non-seulement dans la phleginatia alba dolens puerpérale, mais encore dans les cas divers où il existe une oblitération des veines par tin caillot fidrineux. C'est là. sans doute, en pareil cas, un accident heareusemenl fort rare ; mais le médecin ne doit pas en ignorer la possibilité ; il devra même, dans certaines circonstances données, savoir l'annoncer comme une éventualité probable.

Que faut-il penser delà proposition émise parM. le professeur Virchow, b. savoir, que, dans tous les cas où la coagulation du sang dans l'artère pulmonaire ne dépend pas d'une lésion du parencliyroe du poumon ou des parois artérielles, on doit dé-

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