MIGRATION DES GOAGULUMS VEINEUX
lermes, admettre que dans ces cas les coagulums artériels sont^ si Ton peut ainsi dire, de provenance exotique ; ce sont des fragments détachés d'un caillot veineux qui, entratnés par le torrent circulatoire, auraient été poussés jusque dans Tartère pulmonaire? C'est ce que nous allons rechercher, en nous fondant principalement sur les détails nécroscopiques consignés dans l'observation qui nous est propre (Obs. P').
Les bouchons fibrineux que nous avons trouvés remplissant les branches principales de l'artère pulmonaire étaient évidemment^ au moins en grande partie, de date ancienne. En effet, outre qu'ils étaient décolorés, de texture grenue, friable, formés de couches superposées, imprégnées d'une substance demi-liquide d'aspect puriforme, l'examen microscopique les montrait consposés de fragments fibrineux désagrégés, de granulations moléculaires, de globules graisseux, de globules du sang diversement altérés; ils présentaient, en un mot, des caractères qui correspondent à une époque assez avancée de la métamorphose régressive propre aux concrétions fibrineuses, et qui ne peuvent appartenir qu'à des caillots anciens *. L'âge de ces caillots, autant qu'on peut le déterminer d'après les caractères anatomiques, était le même que celui des bouchons fibrineux qui remplissaient les veines iliaques et la veine crurale, c'est-à-dire que leur formation remontait au moins à huit jours. Nous avons dit, en outre, que le parenchyme du poumon était exempt d'altération, que les caillots fibrineux n'adaéraient en aucun point de leur étendue aux parois de l'artère pulmonaire', que celles-ci enfin étaient parfaitement saines. Or, peut-on admettre que des caillots volumineux aient
I Consulter sur ce sujet: Gulliver. Med. chir. Transaci., 183 \ p. 144. — Virchow. Zeiisrhr. fûv ralionn, Med.,M. V, S. 226, et Gesammt. Abhnndl.y passim. — Donders et Jansen, Nedertand, Lancet, Bd. I, p. 232, 3i:6. — Uokilansky. Path. anal., Bd. II, p. 417. — Charcot. Alémoirts de la Société de ùioiotjie, 1831, p. 189, et 185i, p. 301. (Voir dans ce volume, p. 36« et suiv.). — Robinet Verdeil. Traité de chimie anatomiqite, t. III, art. Fibrine.
448 ORIGINE DES CONCntTIONS FIBRIHEUSES
séjourné pendant plusieurs jours dans les troncs principaux de Tarière pulmonaire sans que leur présence ait élé révélée par quelque symp(6me ? Peut-oa croire, d'un autre côté, qulls aient pu rester aussi longtemps en contiict avec la membrane interne de l'artère sans y produire quelque altération, et sans contracter avec elle des adhérences plus ou moins intimest Ces questions doiveiU Cire résolues négalivement; aulremenl, ce serait vouloir se mettre en contradiction manifeste avec !es enseignements les moins contestés de la physiologie et del'ana- (omie palhologiqui-s.
Ce n'est donc (tas dans l'artère pulmonaire elle-mèrae que se sont formés, au moins pour une bonne partie, les concrétions ûbrineuses qui l'obluienl. Si, d'un autre côté, nous poi^ tons notre attention sur les coagulums qui remplissent les veines crurale et iliaque gauches, nous y observons une disposition donirimporlance a été mise en lumière par M. Vircho» et qui explique comment des masses Obrineuses plus ou moins volumineust's peuvent être détachées d'un caillot principal, se trouver, par suite, tout h fait libres dans la ca\ilc d'un vaisseau où le sang circule encore, et enfin, les circonstances aidiinl, être entraînées par le torrent sanguin.
Aiii^ij ([lie l'ont diimonlré les recherches de M. VirchoM' auxquelles nuus faisons allusion, le coagulum qui s'est formé dan; une veine, lorsqu'il l'a complètement oblitérée, se prolonge souvent dans le tronc vasculaire d'ordre supérieur avec lequel cette veine s'abouche, sous la forme d'un appendice Cbrineui, le plus souvent coiiii]Lie, plus ou moins allongé, libre de tous côtés, si ce n'est par sa base qui se confond avec le cailtot principal, et dont le somnicl, dirigé vers le cœur, est terminé par une pointe arrondie. Cet appendice, qu'on désigne sous le nom di! cniliil pro/oitr/c, s'accrotl par l'opposilioE succes-ive de couches filiriticuses nouvelles. En même temps qu'il s'dlloniTC eu s'Olendaul du côté du cœur, il s'élargil
CAILLOTS FIBRINEUX; EMBOLIES 449
transversalement ; mais il ne devient presque jamais assez volumineux pour interrompre la circulation du sang dans le vaisseau où il siège. Aussi, lorsque son accroissement s*est arrêté, se trouve-l-il incessamment usé, et, si Ton peut ainsi dire, miné par le courant sanguin qui Tenveloppe de toutes parts. En outre, il tend à se ramollir spontanément et à se désagréger, parce que les éléments qui le composent doivent subir les diverses phases de la métamorphose régressive qui leur est particulière. De là résulte un double travail de dissolution, qui aboutit, en définitive, lorsqu'il s'opère régulièrement, à la résorption complète du caillot prolongé. Par le fait de la désagrégation, les couches périphériques sont détruites en premier lieu, puis ce sont les parties centrales; les parcelles fibrineuses, toujours extrêmement ténues, qui se détachent de la masse principale, se mêlent au sang et s'y détruisent: conséquemment, le caillot prolongé s'amoindrit progressivement, dans tous les sens, tout en conservant jusqu'au dernier moment, la forme conique et une surface lisse et régulière ; finalement, il disparaît.
Mais des circonstances exceptionnelles peuvent se présenter: ainsi, par exemple, le caillot prolongé se ramollit quelquefois d'abord par les parties centrales et voisines de la base, et se résout rapidement en masses fibrineuses qui ont, dans certains cas, des dimensions relativement considérables. Devenus libres, ces fragments pourront être transportés par la circulation loin du lieu de leur origine. C'est là, très vraisemblablement, ce qui a eu lieu dans notre observation : ici, un coagulum très dense, très volumineux, et adhérant intimement à la membrane vasculaire interne, oblitérait complètement les veines iliaque interne et crurale du côté gauche ; le caillot principal se prolongeait dans la veine iliaque primitive, où il constituait un appendice fibrineux en forme de cône tronqué, long de plus d'un centimètre, et libre de tous côtés,
Charcot. Œuvres complètes, t. y, Poumons et Cœur, 29