‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 83 sur 121 · II-"!' lilirir · texte numérisé non relu

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OBTURATION DE l'aRTÈKE PULMONAIRE 453

quitter le lit et à marcher (obs. I, II, III, IV), ou encore au moment où ils font des efforts pour uriner, par exemple, ou pour aller à la selle (obs. XI, XII). Il est possible que, dans ces cas, les efforts aient agi mécaniquement sur Textrémité des caillots veineux, et en aient déterminé la rupture. Aussi, croyonsnous qu'il conviendrait de recommander aux malades atteints de phlegmalia alba dolens, ou qu'on peut supposer atteints de quelque oblitération veineuse, de prolonger le séjour au lit et d'éviter, autant que possible, toute espèce d'efforts. Il faudrait éviter également, lorsqu'elle n'est pas impérieusement nécessaire, la palpation des régions auxquelles appartiennent les veines oblitérées.

Sur les douze faits d'oblitération des branches principales de Tartère pulmonaire consécutive à une oblitération veineuse, que nous a^ons rapportés (1, § I, II), il en est deux dans lesquels la mort a été subite, dans l'acception rigoureuse du mol, €t tout à fait imprévue (obs. VIII, X). Elle a eu lieu quelques minutes seulement après le début des accidents dyspnéiques dans deux autres cas (obs, XII, V) ; au bout de trois quarts d'heure dans deux cas (obs. II, III); après quelques heures dans quatre cas (obs. I, IV, VIII, XI) ; au bout de plusieurs jours enfin dans deux cas (obs. VI, IX). Ces différences peuvent en général s'expliquer en présence des faits révélés par l'autopsie : le caillot que l'on trouve enclavé dans les troncs principaux de l'artère pulmonaire, ne présente habituellement pas une texture homogène; il se compose d'un noyau <5entral et, à l'extérieur, de couches fibrineuses cencentriquement disposées. Les plus superficielles de ces couches sont de formation très récente, tandis que les plus profondes sont,

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ainsi que le noyau lui-même, de date plus ou moins ancienne. Or, il est infiniment probable que, dans les cas où la raort n"a pas été nubile, le caillot s'est trouvé, au moment même où il s'est engagé, d'un volume insuffisant pour obturer complèlemenl le calibre du vaisseau. C'est seulement alors que de nouvelles couches Gbrineuses se seront déposées, en se slralifiant, autour de ce caillot primitif, que l'occlusion sera devenue parfaite et que ta mort aura eu lieu. Cette interprétation est d'ailleurs conforme aux résultats obtenus par M. Virchow dans quelques-unes des expériences qu'il a faites sur des animaux. Le plus souvent, les fragments de muscle ou les morceauide caoutchouc employés dans ces expériences étaient entraînés dans l'artère pulmonaire et s'y enclavaient sans provoquer toutefois d'accidents sérieux, parce que, en raison de leur forme irrégulière, ils ne remplissaient pas complètement le calibre du vaisseau ; mais, dans certains cas, ils s'enveloppaient de caillots fibrineux, l'occlusion devenait complète et alors les symptômes graves se manifestaient.

Dans les cas où la mort n'est pas extrêmement rapide, les

mécanisme: de la moht 455

ments cardiaques augmentent alors de fréquence. Le pouls est faible, filiforme,. et il est impossible de compter ses battements. La face est pâle, quelquefois au contraire cyanosée; les extrémités sont glacées, le corps est recouvert d'une sueur froide et visqueuse. Il y a des vertiges, de la céphalalgie, mais habituellement Tinlelligence reste nette. Pas de toux, pas d'expectoration; la percussion et Tauscultation n'apprennent rien sur Tétat de la poitrine ; seulement, dans quelques cas, on a noté Texistence d'un murmure vésiculaire très rude \ Quelquefois, on observe des mouvements convulsifs qui consistent dans l'extension brusque et répétée d'un ou de plusieurs membres, ou dans la contraction spasmodique de quelques-uns des muscles de la face. On a noté, dans certains cas, une protrusion remarquable des yeux*. Le plus souvent, comme nous l'avons dit, la connaissance persiste jusqu'aux derniers moments;, cependant, il y a syncope complète, ou encore le malade succombe au milieu d'une torpeur profonde.

En résumé, les symptômes les plus caractéristiques sont : 1" l'apparilion brusque d'une violente dyspnée que n'explique pas l'examen physique de la poitrine ; 2* le refroidissement rapide des extrémités et du visage ; 3* la faiblesse et l'accélération des mouvements du cœur; 4* une prostration très rapidement portée à l'extrôme ; 5° l'absence fréquente de troubles notables du sensorium \

' Klinger, loc. cil.^ p. 376.

* Idem, ibid,

» Klinger, toc, cit.y p. 376. — Il est intéressant de rapprocher ces symptômes de ceux qu'a notés 3J. Virchow sur quelques-uns des animaux soumis à ses expériences. Voici quels ont été, par exemple, les phénomènes les plus saillants, dans la vingt-et-unième expérience (Virchow, loc. cit., p. ■^02), au moment où l'oblitération de l'artère pulmonaire est devenue complète: lo extension du corps sous forme d'un léger opistonos; 2^ arrêt brusque du cœur; 3° dilatation de la pupille et protrusion des yeux; 4* ralentissement considérable, et enfin cessation complète de la respiration .

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Ces symptômes se succèdent habituellement et vont s'aggravant d'une manière continue. Dans quelques cas, cependanL, on les voit cesser momentanément, ou du moins s'amoindrir, pour reparaître ensuite avec une ialensilé toute nouvelle, lis constituent alors une série d'accès plus ou moins tranchés. L'existence de ces accès a été très manifeste dans les observations V, Vil et XI. Les changements de position que peut éprouver, sous l'influence de la pression exercée par la coionne sanguine, un caillot libre de toute adhérence, de forme irrégullëre, et relativement d'un petit volume, tant qu'il n'est pas solidement enclavé et qu'il ne s'est pas enveloppé de nouvelles couches flbrineuses, peuvent rendre compte, ce nous semble, au moins en partie, de l'intermittence des symppt6mes observés dans ces cas-là. Peut-dtre, la contraction spasmodique des branches artérielles joue-t-elle en outre ici un certain rôle'. Celte contraction déterminée sous l'influence de l'excitation produite par la présence du caillot fibrineui. pourrait se propager par action réflexe à toute l'étendue du système de l'artère pulmonaire. On comprendrait d'ailleurs, à l'aide de cette hypothèse, comment les symptômes

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