‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 84 sur 121 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

peindre permettra, ce nous semble, le plus souvent, d'annoncer qu'il existe une oblitération des branches principales de Tartère pulmonaire par un caillot sanguin ; il faut remarquer toutefois que ces symptômes paraissent être, jusqu'à un certain point, communs aux cas où Toblitéralion dépend d'une ullération des parois artérielles ou du parenchyme pulmonaire, et à ceux où elle est le résultat de l'embolie. Pour arriver au diagnostic, il sera, par conséquent, nécessaire de faire intervenir toujours la considération des circonstances au milieu desquelles se déclarent les accidents. La coexistence d'une oblitération veineuse manifestée par les symptômes qui lui sont propres, ou môme, en l'absence de ceux-ci, l'existence des états pathologiques ou physiologiques qui prédisposent à ce genre d'affection, pourraient en particulier conduire à penser que Tobturation de l'artère est consécutive à la migration d^un caillot veineux.

A côté des cas qui font lobjet principal de cette élude, il faudra placer les faits auxquels nous avons fait allusion déjà et dans lesquels l'oblitération restant limitée à un nombre plus ou moins restreint de petites ramiflcations artérielles, les désordres fonctionnels sont d'une gravité bien moindre et quelquefoisméme à peine appréciables*. On conçoit enfin, àpriori^

* Si Ton tient compte des cas de cette espèce, on sera conduit à admettre que l'obturation des brandies de l'artère pulmonaire par des caillots fibrineux, consécutive à la phlébite oblitérante, n'est pas une affection rare. Sur 76 autopsies faites dans l'espace d'un mois (août 1846), à l'amphithéâtre de la Charité de Berlin, par M. Virchow, il en est 18 dans lesquelles on a constaté l'existence de thrombus siégeant dans les veines. 11 fois, sur ces 18 cas, il y avait, en outre, des caillots sanguins dans quelques-unes des divisions de l'artère pulmonaire. Voici quel était, dans ces cas, le rapport de l'oblitération artérielle à l'oblitération veineuse ; Thrombus dans la veine cave inférieure. 1 Dans l'artère pulmonaire. 0

— dans la veine iliaque ... 1 — 1

— dans une veine hypogaslrique 1 — 0

— dans une veine crurale ... 5 — 4

— dans une fémorale profonde .3 — 3

— dans une tibiale postérieure .1 — ^

4S8 OBTl'HATION DE LARTÈllE l'ULHO.XAlRE

l'existence de cas, pour ainsi dire intermédiaires, où les accidents les plus menaçanis, et annonçant une occlusion des troncs principaux de l'artère, cesseraient plus ou moins brusquement, contre toute espérance, pour faire place à une guérisoD complète. L'observation suivante, que nous devons à l'obligeance de M. le docteur Jacquemier, pourrait bien être un exempte de ce genre.

Obs. XV. — Accidents très vraisemblablement produits par mt oblitération fihrineuse des trvtics principaux de Cartère pulmoTtért. observés chez une femme en couches et terminés par ta guériton. — Maijame G..., 3, pluceFavarl, âgée de vingt ans, grande, bien conformée, d'une constitution sanguine, d*iine santé régulière, primipare, ayant eu une grossesse exempte de complications ou d'incouimodiléB, accoucha naturellement après un travail d'une durée moyenne et médiocrement pénible, le 12 septembre 1851, d'une lille chélîve, 6 crâne incomplètement développé, qui s'éleva péniblcm'^nt et succomba à l'âge de quinze mois des suites d'une hydrocéphalie chronique.

Les suites de couches suivaient régulièrement leur coars. exemples de toutes complications. Une seule chose troublait par moiDciil le contentement de cette mère, c'est que son enfant, qui

dans sa conversation, pousse un léger cri d*angoisge, en portant ses deux mains à sa poitrine et tombe sans connaissance sur ses oreillers, comme frappée subitement de mort. Sa mère rappelle, la secoue ; les gens de )a maison s'agitent autour d'elle sans qu'elle donne le moindre signe de vie. Après quelques minutes de confusion, on se hàlede courir chez les médecins les plus rapprochés. M. Mialhe, dont la pharmacie est à quelques pas, et un médecin du voisinage, dont le nom m'échappe, arrivent bientôt. Au moment de leur arrivée, de faibles indices de respiration et de connaissance commençaient à se manifester. L'état de la malade ne leur parut pas moins des plus alarmants et tout à fait désespéré : le pouls radial était imperceptible au doigt ; le cœur ne faisait entendre que de faibles ondulations ; au lieu d'une pâleur syncopale, la figure présentait, au contraire, une coloration et un aspect asphyxiques des plus prononcés. Ils s'empressèrent de stimuler les téguments par des frictions excitantes et par des sinapismes, etc.

A mon arrivée, une heure et demie après le début de l'accident, la malade était dans l'état suivant : immobilité dans le décubitus dorsal, la tête et la partie supérieure du tronc un peu relevées par des oreillers ; face tuméfiée et bieu^ïtre, tuméfaclion et coloration plus prononcées aux lèvres; mains et pieds également tuméfiés, froids et violacés; respiration courte, peu profonde et anxieuse; sentiment de suffocation, impression de frayeur, voix à demi éteinte, paroles entrecoupées, connaissance entière ; impulsion du cœur étendue, mais molle etonduleuse; néanmoins, doubles battements distincts, réguliers et sans bruits anormaux; pouls petit, faible, fréquent, difficile à compter et disparaissant par moment sous le doigt. Trois fois, dans le courant de la soirée, la perte subite de connaissance s est reproduite, mais n'a duré que quelques instants, une minute environ. Dans ce moment, la figure, loin de pâlir, était d'une coloration plus foncée; la respiration et les mouvements du cœur n'étaient pas complètement suspendus, le pouls seul disparaissait. A dater de minuit, il s'était fait dans l'état de la malade une amélioration sensible et qui se soutenait.

C'est dans cet étal que M. Barth, appelé en consultation, vit la malade, vers dix heures du matin. Après avoir pris connaissance

de ce qui s'était passsé et après un examen alLentir de la patiente, noire savant et Judicieux confrère s'arrêta à l'idée de la présence dtm coagulum sanguin daps le coeur ou dans l'artère pulmonaire. Bien que la respiration fût encore fort gênée, la parole faible el entrecoupée. la malade pouvait rendre compte des impressions qu'elle avait éprouvées. Sans être avertie par le moindre malaise, «lie s'était sentie prise brusquement, en parlant, d'une impression pénible, plutôt pénible que douloureuse, qu'elle ne pouvait jua bien déRnir et qui avait rapidement envahi toute la poitrine «le bas en haut. A partir de celte impression, elle n'avait plus rien senti ni rien entendu, jusqu'au moment où l'on était occupé à appliquer les premiers sinapismes. Le temps pendant lequel elle a été sans connaissance n'a guère dépassé douze à quinze minutes, bien que ce temps ait paru beaucoup plus long aux assistants. Dans l'hypothèse très probable que les accidents étaient déterminés par la présence d'un caillot sanguin dans les branches principales de l'artère pulmonaire, on se demandera si ce caillot s'était formésur place ou s'il s'était détaché d'un point plus ou moins éloigné, et si l'observation apprend quelque chose à cet égard. O queje puis assurer, c'est qu'avant comme après l'accident, il n'y a eu ni dans tes membres inférieurs, ni dans le bassin aucun indice sensible d'une phlébite obturante.

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