‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890 (volume 5)Chapitre 87 sur 121 · II. ÀTHÉROMIi: BT DÉGÉNÉRATIONS OSSIFORMES DE L AORTE · texte numérisé non relu

II. ÀTHÉROMIi: BT DÉGÉNÉRATIONS OSSIFORMES DE L AORTE

De tous les vaisseaux artériels, Taorte est incontestablement celui que les altérations athéromateuses et calcaires choisissent le plus souvent pour siège. Il est assez singulier de constater que les deux extrémités de ce vaisseau, sa portion ascendante et celle qui précèdent immédiatement sa bifurcation, sont plus spécialement exposées à ce genre de lésion. L'ordre de fréquence, d'après Lobstein, serait le suivant : 1® Crosse aortique ; 2° terminaison de l'aorte ; 3* aorte thoracique; 4® artère splénique; 5** aorte abdominale, etc. Rokitansky met en première ligne l'aorte ascendante; viennent ensuite la crosse aortique, l'aorte thoracique et abdominale; Tartère splénique est placée immédiatement après.

La fréquence extrême des altérations athéromateuses à la bifurcation de l'aorte est un fait que nous avons souvent vérifié nous-mème, chez les femmes âgées de la Salpètrière.

Nous ne chercherons point à discuter ici la nature et l'origine d'une lésion dont Tétude appartient à l'histoire générale des affections artérielles; il nous suffira donc de faire observer que toutes les formes de celte altération peuvent se rencontrer

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sur le trajel de l'iiorle, depuis les taches o|ialincs qui en gnalent le débril et les saillies indurées qui leur succèdent. Jusqu'à la calciQcalioD la plus complète. C'est surloiil à l'iatérieur de celle grande arlère qu'on rencontre ces plaques ossiformes si bien organisées, qui jouissent d'une cire nia lion capillaire, el prêsenlenl au microscope de pclïlcs cavités, dont l'analogie avec les corpuscules osseux est si remarquable {Kokilanâkj). C'est là que se Torment également les coEleclioni alhéromateuses les plus considérables ; le volume de ces dépôts graisseur, el leur Lendiince k subir un ramollissement puriforme les a fait autrefois confondre avec des productions tuberculeuses: le microscope a fuit aujourd'hui justice de cette erreur.

L'existence de ces diverses lésions est une des causes les plus habituelles des dilatations simples ou sacciformes de ce vaisseau ; tantôt l'aorte s'élargit d'une façon irrégulière, mai* sans offrir en un point donné une cavité anipullaire ; tanlât. au contraire, elle cède sur une portion limitée de sa circonférence, el une poche anévrysmale est formée. Les ruptures de l'aorle, ainsi que nous le verrons plus loin, sont occasioRnées, dans l'immense majorité des cas, par une altération préalable des parois artérielles: à plus forte raison en est-il ainsi pour ces déchirures incomplètes qui donnent naissance auï anévrysmes disséquants.

Cependant l'ossidcation de l'aorte, si souvent accompagnée de concrétions (ibrineuses, peut donner Heu à un résultat tout opposé, c'est-fi-dire au rétrécissement ou à roblitération complète du vaisseau (Bartli.) Celte dernière lésion est plu* fréquente pourles artères périphériques qui naissent du poiol altéré: on les voit souvent devenir imperméables, soit l'épaissis^emenl de leur tunique constituante, soit parla [Dation d'un caillot obturateur.

Parmi les conséquences les plus directes des altérations de

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ce gunre, il faul placer les aCFeclioiis concomilaïUes du cœur. L'hypertrophie du ventricule gauche et l'indiiraLiou des valvules aortiques accorapagneni ordinairement les dépôU calcaires de l'aorte ascendante: l'insufEsaiice aorlique peut résulter, en pareil cas, d'une dilalalion excessive de l'orifice artériel, ou d'une rigidité anormale des soupapes nalurelles destinées à le fermer.

Mais ce n'est pas tout: les coagulums sanguins formés au niveau des coocrélions pétrées, quelquefois aussi ces concrétions elles-mêmes peuvent se délaclier de leurs înserlions, et, parcourant l'arbre artériel, aller délermlner des obslructions eniboliques : on voit alors survenir, si l'artère intéressée est volumineuse, une gangrène localisée. Si les fragmenis migratoires sont assez pelîls pour atteindre les réseaux capillaires, il se produira des rainollissemenls cérébraux, des dépôts fibri- Deux multiples et des altérations parenchymaleuses, au sein des viscères envahis.

Nous avons observé nous-mêmes uu cas de gangrène par embolie dans dépareilles circonslances. Quant aux embollies capillaires, elles sont fréquentes chez les vieillards atteints de ces dégénérations spéciales de l'aorle.

Enfin, jii les masses alhéromaleuses, après avoirsabiun travail de ramollissement, deviennent parfois libres, au sein du torrent circulatoire, en perforant la membrane interne qui les en sépare, c'est alors que le microscope permet quelquefois de constater, outre un excès de choleslériue, une quantité souvent considérable de corps granuleux et de globules graisseux daiis le sang même, à une dislance très considéra' ble du point malade dans l'artère crurale par exemple; ces substances passent donc probablement dans lo torrent circulatoire; mais les saignées pratiquées pendant la vie, môme sur le trajet de Tarière temporale, n'ont point fourni, jusqu'à présent, un fluide chargé de matières grasses, comme celui

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qu'on Irouve, k l'autopsie, dans les vaisseaux, plus d'une fois l'occasion de coQslater ces fi trière. On comprend d'ailleurs aisément ce Irai ticules athéromateuses qui voyagent dans le sang, lorsqn'on se reporte aux condtlions anatomiques que nous venons it sisnaler. Tout récemment encore. M. Vulpian cous a montré une vaste ulcération athérooiateuse de l'aorle, tapissée à l'in' lérieur d'une boue semi-liquide ; elle offrait une longueur de 6 à 8 ceulimùtres. Hokitansky Tait observer, il ce sujet, que. lorsqu'on laisse macérer une aorle affectée d'athérome, daof un dissolvant approprié, ou en retire souvent une proportion énorme de matières grasses.

Il est extrêmement probable que ces altérations ont des conséquences fâcheuses pour la santé générale, et que laprt^ sence de cet excès de matières grasses dans le sang donne nais-^ance h des lésions viscérales ; mais il est difficile de ànlînguer les accidents produits par les matières athéromateus«.s de ceux qui résultent du déplacement des caillots sanguins altérés. (Voir plus loin le paragraphe consacré aux Concrétmi fibtmeuses de faorte. p. .')59,)

hes ulcérations, les érosions qui occupent chez certain» sujets une portion considérable de la surface interne de l'aurle, se rattachent presque toujours à la fonte d'un dépùl athéromaleux, ou ù l'avulsion d'une plaque crétacée.

Symptômes et Diaonostic. — Les signes physiques d'une induration calcaire de i'aorle manquenL de précision, sauf quelques cas exceptionnels. Il a été quelquefois possible, wil en explorant l'aorte abdominale, soit en plongeant les doiglj au-dessous de la fourchette slernale, de palper directement li crosse aortique, ou la portion abdominale du vaisseau indoré (Bam berger).

L'auscultation fait entendre un bruit de s

e souffle au preidfl

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temps, sur le trajet de Taorle, quand les rugosités de ses parois sont extrêmement prononcées (Bouillaud, Hamernjk) ; et le second bruit offre toujours en pareil cas un timbre éclatant. Skoda considère le bruit de souffle qu'on entend quelquefois au second temps, sur le trajet de Taorte, à une certaine distance de ToriGce aortique, et indépendamment de toute insuffisance des valvules sigmoïdes, comme un indice certain de l'ossification artérielle. M. Yulpian, en 1854, a présenté un castres remarquable de ce genre à la Société anatomique ; mais de tels phénomènes sont si souvent liés aux affections valvulaires du cœur qu'il nous paraît bien difficile de reconnaître par l'auscultation seule une ossification de l'aorte, indépendante de toute autre lésion. Lorsque la crosse de ce vaisseau a subi une amplialion notable, la percussion permettra quelquefois de constater cette augmentation de volume.

Les signes rationnels fournissent au diagnostic des indices plus sûrs. Il est rare qu'une ossification des vaisseaux périphériques ne s'accompagne pas d'une lésion semblable dans le tronc principal ; aussi toutes les fois que les artères accessibles à l'exploration, la radiale, la temporale, etc., présenteront une induration manifeste et une surface inégale, on pourra presque constamment diagnostiquer une calcification des parois aortiques (Piorry). Cette affection s'accompagne d'ailleurs d'une lenteur plus ou moins évidente du pouls; les veines superficielles, en raison de Tobstacle apporté à la circulation générale, sont tuméGées et saillantes ; en outre, il existe un trouble général de la nutrition, un amaigrissement parfois assez prononcé, qui coïncide avec une teinte blafarde et terreuse de la peau. Enfin, l'arc sénile, dont la coïncidence avec l'état graisseux du cœur a été depuis longtemps signalée par M. Canton, peut se rencontrer parfois chez des sujets atteints d'athéromes artériels. Quand de pareils symptômes se

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Irouveronl réunis chez uti vieillard gouUeus, rhumaliBanl. ou adonné à l'usage des boissons alcooliques, on aura quelques raisons pour soupçonner une dégénérescence ossirorme de l'aorle : ii ne faut cependant jamais oublier que, chez pluMeurs sujets, des lésions de ce genre, malgré leur étendue, ne >? révèlent par aucun symptôme exlêrieup.

La marche de celte affection est essenliellement chronique, et permet souvent aux malades d'alleindre un ftge avancé. Les lésions viscérales, et principalement celles du cœur el du cerveau, sont ordinairement la cause déterminante de li mort.

BcBLiodHAi-HU' — Lobalein. Aaalontie pallwhgiqur, lol. II. p. 3». - Crisp. Op ei'f., p- Tî. — Wirchow, liesamm. Abh, p. t96. — llohitaftsk;. Ctf-rr eiiiigr '/. wîM. KcaniA. d^r Arlerim, p. 3, el Patholag. Amat.,iL p. 3U.1. — Bam berger Srankhtiitn dts Htntnt. — Vulpian. Bmlttln 4t Ii SociiU itiiaicmique, 1874, — Charcol Rapport sur l'nbse'-vMion prértinti. même voliime.

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