‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890Chapitre 14 sur 68 · DES SELS BILIA.IRES · texte numérisé non relu

DES SELS BILIA.IRES

V acide glycocholique cristallise; il offre une saveur sucrée, puis amère. V acide taurocholique ne cristallise pas ; c'est un liquide sirupeux, d'une saveur amère très prononcée. Les sels biliaires constituent, en définitive, Y amer biliaire ou principe amer du fiel.

d) Les acides glycocholiquc et taurocholique sont, comme on dit, des acides associés. Ils peuvent se dédoubler par hydratation et donner alors naissance: 1** à un radical commun, Vacide cholique ou cholatique^ corps non azoté; et 2** à deux amides qui sont: a. pour Tacirlc taurocholique, la taurine, corps cristallisable qu'on rencontre h l'état normal dans les fèces et qui contient du soufre ; — p. pour Tacide glycocholiquc, la glycocolle ou sttcre de gélatine ou glycine de quelques auteurs.

Ce dédoublement ne s'opère pas seulement dans le laboratoire, il s'opère aussi naturellement, physiologiquement, dans l'intestin ou il retrouve la taurine et la glycocolle. L'acide cholique ou cholatique se change en acide choloîdique €l en une substance qu'on appelle dyslysine.

d) Les acides, les sels biliaires et l'acide cholique ont une réaction qui permet de reconnaître leur présence dans les divers liquides de l'organisme : c'est la réaction de Pettenkofer. Ni la taurine, ni la glycocolle n'offrent cette réaction. Voici en quoi elle consiste : On traite la solution concentrée des acides biliaires, par l'acide sulfurique dilué de quatre fois son poids d'eau et une solution concentrée de sucre ordinaire. On ne doit pas chauffer, ou tout au moins au-dessous de 60*; il se produit, au bout de quelques instants, une belle coloration d'un violet pourpre.

Il est possible, mais non, à la vérité, sans quelques difficultés pratiques, d'obtenir cette réaction avec l'urine des ictériqucs. DansTiclére le plus vulgaire, on peut obtenir dans les urines la réaction de Pettenkofer. M. Hoppe Scyler, en 1858, a en effet démontré, contrairement à l'opinion répandue jusqu'alors, que, dans l'ictère le plus simple, les acides biliaires passent dans l'urine en même temps que la matière colorante.

74 Acrno^i dcssoltautb db la bilb.

ey Où se formenl les acides biliaires? Dans le foie, très certainemeiil. Jamais oa n'a conslaié leur présence dans le sang normal et Ton sait, d*aiileiirs, par les expériences d*extirpatioD dn foie pratiquées chez les grenooilles (Moleschott, Kunde, Huiler^ qu'ils ne s'accomnlent pas dans le sang après cette extirpation. Aax dépens de quels éléments do sang et suivant quel mécanisme ces acides prennent-ils naissance, c'est ce qu*on ignore quant à présent.

f\ Ainsi qu«^ j*^ vt.*u5 Fai annoncé, les acides biliaires sont capables d>xercer sur divers éléments du sang une action diâsolvante et. mêles au sans:, dans un certain degré de concentration, ils peuvent agir à la manière d*un poison violent et occasionner des accidents nerveux graves.

s. Parlons d'abord de Vaction dissolvante des sels biliaires. Y. Doscby dans un travail publié en 1854, avait prétendu que la bile et les acides biliaires ont la propriété de dissoudre les cellules kêpalifues^ lorsqu'ils restaient en contact avee elles pendant un temps suffisamment prolongé. Y. Dusch avait pensé fournir un appui expérimental à une hypothèse émise déjà par Rokitanski pour expliquer la destruction des cellules hépatiques dans les cas d'atrophie jaune aiguë du foie. Il n a pas été diflTicile de montrer que les obser\ations de Y. Dusch étaient fautives. M. Robin i\ puisM.Kuhne(2), enGn M.Wickham Legg (3) tout récemment ont repris l'expérience et prouvé que la prétendue dissolution n'a pas lieu.

Mais, il n'en est plus de même de Vaction dissolvante de la bile et des acides biliaires sur les globules du sang : elle ne fait pas l'ombre d'un doute : c'est Tun des faits micro-chimiques les mieux établis. Mis en contact avec la bile ou avec les acides biliaires en solution à 12 pour 100 (4), les globules rouges de rhomme disparaissent sans laisser de traces. Ceux de la grenouille sont détruits, à l'exception toutefois du noyau. A la

(!) Société de biotogie, 1857, p. 14.

(2) Virchow's Archiu, 1858, Bd. xiv, p. 324.

(3) B rtholomeio's llospital Reports^ t. ix, p. 180, 1875.

(4) W. Legg, toc, cit.

Page 1