‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890Chapitre 20 sur 68 · ALTÉRATIONS DE LA BILE · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DE LA BILE

ordre de faits, on doit à M. Mosler (1) un travail intéressant, en ce qui concerne surtout les données expérimentales.

1** Le sucre, c'est là une particularité digne d'être signalée, qui n'existe pas à l'état normal dans la bile, s'y montre dans les cas où le sang en contient 3 sur 1 000 ; pour que le sucre apparaisse dans l'urine, il faut qu'il y en ait dans le sang 4 sur 1 000 (Cl. Bernard, Ch. Robin). Suivant Mosler, le sucre de canne passe plus rapidement et plus facilement dans la bile que ne le fait le sucre de raisin.

2° Vurée n'entre pas, non plus, dans la composition régulière de la bile. Eh bien, dans le choléra et l'albuminurie on l'y peut trouver, selon M. Picard, en quantité relativement considérable (0 gr., 30 pour 1 000).

3® L'acide urique, chez les oiseaux (canards), dont on a lié les uretères, se rencontre en forte proportion dans la bile sous la forme d^irate de soude et se dépose même à Tétat concret sur les parois delà vésicule du fiel. Ce fait de pathologie expérimentale comparée permet peut-être de comprendre pourquoi l'acide urique figure dans la composition de certains calculs biliaires. Il y aurait lieu aussi de rechercher du même coup si la bile chez les goutteux ne renferme pas d'acide urique (2).

i° On sait qu'un ^raiid nombre de métaux et de métalloïdes, principalement dans les cas d'intoxication chronique, se retrouvent dan ^ le foie et dans la bile. En tête se placent le cuivre (]ui, à la véril»}, (ii^ure d'habitude, à l'état physiologique dans la bile, puis le plomb et le zinc. Il est curieux de rappeler que ces métaux, |)ar leur présence dans le foie, n'occasionnent pas ordinairement d'altrrations parenchymateuses (3). M. llirlz, cependant, m'a dit avoir observé à la clinique de Strasbourg un cas où un é])ilepli(|ue, soumis durant longtemps «\ l'emploi de l'oxyde de zinc, mourut à la suite de phé-

(1) Avch.f. pafh. Anatoffi. Bd. xiii, p. 19.

(2) ('hnrcot. — Nolo de la IraducUon de Garrod, p. 659. {'A) KlebH. — Vnth. Auatom.^p. 400,

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nomènes rappelani ceux de Tatrophie jaune aiguë du foie. A Tautopsie, on retira du foie une forte proportion de zinc métallique.

V arsenic et Vanlimoine qui s'accumulent dans la bile et dans le foie produisent au contraire dans cet organe l'altération granulo-graisseuse d'une façon très accentuée.

5* C'est ici le moment de nous remémorer que, parmi les médicaments, ïiodure de potassium^ la térébenthine passent dans la bile, tandis que le sulfate de quinine et le calomel (Mosler) n'y passent point. A propos du colomel, il convient de faire remarquer que M. Scott (1) avait déjà reconnu, en opposition à une opinion vulgaire, surtout en Angleterre, que le calomel, loin d'avoir pour effet d'accroître la sécrétion biliaire, la diminuerait au contraire. Et, quant à la couleur verte des fèces, qui avait fait croire à l'abondance de la bile dans l'excrétion, elle serait due tout simplement à la présence, dans les matières fécales, de sulfure de mercure sous forme pulvérulente.

6* On sait de longue date que, dans certains cas pathologiques, la bile contient une proportion plus ou moins élevée d'albumine (Thénard). Cette condition, désignée par Bouisson sous le nom à* albuminocholie (2), par comparaison avec l'albuminurie, a été l'objet, dans ces derniers temps, de la part de M. J. C. Lehmann (3), d'une étude spéciale fondée sur l'examen de cent cas. Voici, d'après cet auteur, quelles sont les principales circonstances dans lesquelles la bile contient de l'albumine.

a) Dans les congestions hépatiques consécutives à une gêne de la circulation abdominale, par exemple le foie muscade (12 fois sur 18) ; — b) Lorsque le foie est gras ou anémique (6 fois sur 7), ainsi que l'avaient déjà reconnu Thénard,

(l) Béates Archives^ t. i. p. 209.

(i) Fauconneau-Dufresne, toc. cit.^ p. 151.

(3) Cenlralbtatt, 1867, p 712.

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L'a demi»i>r ^rôafH? .i' •i.7'/r tr.'i'jv hili'ilr^s comprendra celles qui rwalîent de la prt^ace *ian> la bile de divers corps fiçiirés. Je ne ferai qae mratiooner le> ri6nV»«5, p.irce que je me,prop*:»se «ren pirler plu? loa^ement dan> la suile: même dans les C'.»ndîli »ris vitales, on les In^uve dans la bile des animaux chez Irs^^uels on a produit une rétention biliaire en liant le canal ch •léd«>:jue. D.ins les expériences de ce genre, dont je vous ai parlé précédemment, la bile, accumulée dan? les Voie? bili. lire-, eximin--* au ra«»menl où lanimal venait d'rtre sacrifié, 0'»nl».'n lit des vibrioïH. N''»us verrons un peu plus tard l'intér.H «jui s'attache à celle particularité.

.J»f siiTfialerai aus-i lexistence de cylindn^s dits fihrhicux et d»; cfjlifidrrs rpithéHaux, correspondmt aux produits anaio;fuos si ronnus dans la pathologie urinaire et qui peuvent s<3 nTiconIror éizalerncnt dans la bile. Les premiers ont été vus par Rokitarisky flans les voies biliaires de malades morts (lu choléra et du typhus. On a observé des masses muqueuses dans les polit s conduits biliaires chez des individus qui avaient sucromh('; à rfm|)oisonnement. par le phosphore (0. Wyss et Khsiein) (1) et on s'est appuyé sur leur existence pour expli- (piru- ra[q)arilion de l'iclère dans les cas de ce genre.

ilj Klcbs, loc. cit., p. 481.

ACTION DES LÉSIONS HÉPATIQUES SUR LE TAUX DE l'URÉE. 83

Les cylindres épilhéliaux peuvent se former dans les voies biliaires, s'en détacher et pénétrer jusque dans la vésicule biliaire où ils semblent pouvoir devenir le centre de formation de calculs biliaires. C'est ce que démontre une observation publiée par M. Thudicum dans son Treatise on Gall-stones (London, 1863, p. 62) : au centre de plusieurs calculs de la vésicule biliaire, on trouvait un noyau pulpeux qui, lavé, se présentait sous la forme de filaments cylindriques s'oflrant des branches latérales avec des ramifications dichotomiques et représentant par conséquent, d'une manière évidente, le moule interne de éanaux biliaires de dimensions diverses. Il v aurait à rechercher si une pareille altération n'est pas souvent l'origine du développement des altérations biliaires.

J'en ai fini avec ce que je voulais vous dire concernant les altérations de la bile. Actuellement, ainsi que je vous l'ai annoncé, je vais traiter d'un chapitre nouvellement introduit dans la pathologie hépatique. Il n'a pas encore trouvé place, que je sache, dans les traités classiques et pourtant, Messieurs, si je ne me trompe, le fait capital qu'il met en relief est appelé dans un avenir prochain à éclairer d'un jour nouveau plusieurs points de la physiologie pathologique du foie. Je veux parler de l'influence remarquable qu'exercent certaines lésions du foie sur la formation, et consécutivement, sur l'élimination des produits fondamentaux de la désassimilation et de l'excrétion azotée, à savoir l'urée et l'acide urique. En ce qui concerne, par exemple, la première substance, il paraît établi que certaines lésions hépatiques ont pour efl'et d'accroître, dans des proportions plus ou moins considérables, le taux de la production d'urée dans les 24 heures, tandis que d'autres lésions entraînent au contraire un abaissement plus ou moins accentué de ce chiffre. Et pour répondre immédiatement à une objection qpii se présentera nécessairement à votre esprit

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