FONCTION DÉSASSIMILATRICE DU FOIE : HISTORIQUE
c'est bien la lésion hépatique seule qu*il faut incriminer, car les observations invoquées sont de celles où l'on a tenu compte des influences vulgaires capables de modifier la quantité de Turée : telles sont l'alimentation, les lésions rénales, la fièvre, etc., etc.
Ce fait, évidemment d'une importance majeure pour la théorie et la pratique des maladies du foie, nous a été révélé tout d'abord par l'observation clinique. Les observations dont il s'agit ont conduit naturellement à penser que, dans les conditions normales, lefoieexerce par excellence une fonction dont autrefois on ne l'avait pas cru chargé. Cette fonction a pour rôle principal la formation de l'urée et de l'acide urique et, en conséquence, pour plus de commodité, on pourrait la désigner sous le nom de fonction désasshnilatrice. Quelques physiologistes ont été amenés ensuite à chercher la vérification de cette vue dans les conditions expérimentales. Plusieurs renseignements intéressants ont été obtenus dans cette voie. Les documents sur lesquels je me propose d'appeler votre attention appartiennent donc, d'après cela, à deux catégories distinctes: 1° faits d'ordres clinique et nécroscopique ; 2** faits observés chez les animaux et appartenant plutôt à l'ordre expérimental.
1** Avant d'entrer dans l'exposé dos faits cliniques, je crois devoir commencer par un mot d'hislorique. Ce n'est guère que depuis la publication d'un travail fort instructif (1) de M. G. MfMssner, qui a pu mettre à profit les importantes observations de Frerichssur les altérations de l'urine dans l'atrophie jaune aiguë du foie, qu'on s'(»st occupé avec un peu de suite de la relation qui existe entre les altérations du foie et les modifications (|ue subit le taux de l'urée. Mais, bien antérieurement à ce travail, en France et en Angleterre, la relation dont il s'agit avait été entrevue. On la trouve déjà mentionnée, par exemple, dans le célèbre mémoire de MM. Prévost et Dumas (i). « Tous les chimistes savent, disent-ils, que l'u-
(0 Archives de ïlcnle, 1868.
(2) Annales de chimie et de physique, t. xxxul, p. 100.
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ri ne des malades affligés d^hépatite chronique, contient peu ou point d*urée, ce qui semble prouver que les fonctions *du foie sont nécessaires à sa formation. »
Encore en France, dès 1846, M. Bouchardat (1) a affirmé celte relation d'une façon plus nette. A propos d'une observation très curieuse d augmentation du chiffre de l'urée, survenue dans le cours d'une affection hépatique, cet auteur émet l'opinion « qu'il existe certainement une relation qu'on trouvera un jour entre les fonctions du foie et la production de l'urée. » En 1867, une observation nouvelle (2) fournit à M. Bouchardat l'occasion de revenir sur cette idée et sontravai est plus complet sur un point que ne l'a été ultérieurement celui de M. Meissner. Il reconnaît, en effet, que certaines lésions du foie produisent une augmentation de la production de Turée, tandis que d'autres lésions du môme organe en déterminent la diminution. M. Meissner, lui, ne paraît connaître que les faits du second groupe. •
Quoi qu'il en soit, les auteurs qui, dans ces dernières années, ont repris avec activité ce sujet intéressant sont, en Angleterre, M. Parkeset M. Murchison (3); en France, M. Brouardel (documents inédits) et M. Fouilhoux dans une dissertation inaugurale recommandable (1874).
Le taux de l'urée, dans les affectionshépaliques, peut, ainsi que je viens de le dire, être modifié de deux façons tout opposées. Tantôt, en effet, il y a une exagération plus ou moins considérable du chiffre moyen de l'urée rendue en 24 heures; tantôt, au contraire, il y a une diminution ou parfois même «ne suppression de l'excrétion d'urée. Ceci me conduit à vous rappeler que, d'après les documents français, le chiffre moyen de l'urée pour la France — cela dépend sans doute surtout du mode d'alimentation — oscille entre 23 et 30 (Ch. Robin). Le chiffre 30 et des chiffres supérieurs donnés par beaucoup d*auteurs étrangers seraient trop élevés pour ce qui nous concerne.
(1) Annuaif^ de thérapeutique^ 1846.
(2^ Ibid , !867.
^3) Functional Dérangements of ihe hiver, 1874.
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A. Le3 faits du premier groupe sont relatifs à des cas dans lesquels, autant qu'on en peut juger d'après les phénomènes cliniques, le foie n'est pas le siège de lésions organiques graves. Il y a lieu de croire qu'il s'agit là particulièrement d'un simple trouble fonctionnel, d'une hypérémie actuelle, analogue à ce qu'on observe dans un certain nombre de cas de diabète.
Dans deux cas d'ictère spasmodique, apparu à la suite d'une cause morale, sans réaction fébrile, M. Bouchardat (1) a observé les chiffres suivants : dans le premier cas, il a trouvé la proportion énorme de i33 gr. 6 d'urée, dans les 24 heures; la quantité s'est maintenue à ce niveau pendant trois ou quatre jours. — Dans le second cas, de môme que dans le premier, il y avait absence de fièvre (le pouls était à 36), de TaDOrexie, etc. ; le chiffre de l'urée a été de 57 gr. 2 dans les 24 heures. — Fourcroy et Vauquelin avaient déjà annoncé (1806) que, dans l'ictère, l'urine peut contenir une forte proportion d'urée.
M. Brouardel s'est attaché depuis longtemps à l'étude de ces questions (2). Dans un Mémoire qu'il a bien voulu me communiquer, il annonce que, dans cinq ou six cas d'ictère spasmodique qu'il a examinés au point de vue que nous envisageons, l'urée des 24 heures a été constamment augmentée durant les premiers jours.
M. Fouilhoux [loc. cit.) rapporte sous le nom de congestion hépatique une observation qu'il vaudrait peut-être mieux caractériser du nom d'iirpatite et dans laquelle il y avait eu frisson suivi de fièvre, des douleurs vives à la région hypochondriaque, se réveillant par la [)alpation, et une augmentation de volume de l'organe. Dans ce ras, le chiffre de l'urée s'est élevé pendant plusieurs jours aux chiffres considérables de42, 45, 47, et 54.
C'est le moment de vous faire remarquer, Messieurs, que suivant toute vraisemblance, certains cas dazoturie liés au
(1) Atmu'tire de thérapeutique, 1816.
(2) Voir un travail récent de M. Brouardel sur la question qui nous occupe, dans \os Archives de phijsioloqie, 1816.
DIMINUTION DE L'URBB. 89
diabète relèvent peut-être d'une affection congestive et irritative du foie coïncidant avec une suractivité fonctionnelle de l*organe et déterminant du môme coup l'exagération de la fonction glycogénique et celle de la fonction désassimilatrice.
B. Les faits du second groupe, ceux dans lesquels il y a une diminution plus ou moins prononcée de la production d'urée sont peut-être plus frappants encore que les précédents. D'après la relation des faits cliniques et surtout d'après les autopsies, il y a lieu de conclure que ces faits se rapportent, en général, à des lésions destructives et plus ou moins profondes du parenchyme hépatique. Ainsi, les lésions qui entraînent le plus communément la diminution du chiffre de l'urée sont: 1® Les lésions diffuses attaquant dans toute son étendue le parenchyme du foie, comme l'atrophie jaune aiguë, la cirrhose vulgaire ou ^ des altérations circonscrites, mais ayant détruit sur un ou plusieurs points, dans une grande étendue, le parenchyme hépatique. Tels sont le cancer du foie, les kystes hydaliques, l'abcès des pays chauds; 3* Nous verrons tout à l'heure qu'une simple lésion fonctionnelle, transitoire du foie, celle qu'il subit dans la colique de plomb, et qui se traduit par une diminution de toutes les dimensions del'organe, peutamenermomenlanément une diminution prononcée du chiffre de l'urée.
a) Envisageons en premier lieu le cas où le parenchjTne du foie est lésé à peu près uniformément, dans toute l'étendue de l'organe, d'une façon lente et progressive, comme on l'obser\*e, par exemple, dans la cirrhose vulgaire.
Il y a longtemps qu'on a écrit, mais sans preuves bien régulières, que l'urée diminue dans l'urine des malades atteints d'hépatite chronique [Rose, Henri (de Manchester), Berzélius, Prévost et Dumas]. En pareille circonstance, Andral et Frerichs avaient indiqué plutôt une exagération de la proportion durée. Mais leurs observations ne sont pas significatives parce qu'ils ont opéré sur de simples échantillons et non sur l'urine des 24 heures.
.\ujourd'hui, nous possédons à cet égard des documents