DIXIÈME LEÇON
Fonction désassimilatrice du foie. — Relations entre les altérations du foie et les modifications du taux de l'urée (5tit(e).
Sommaire. — Destruction du parenchyme hépatique suivant un mode aigu ou subaigu. — Hépatite; variations du taux de l'urée.
Lésions hépatiques diiTuses à évolution rapide ou suraiguë : abaissement du taux de l'urée; — apparition de laleucine et de la tyrosine. — Atrophie jaune aiguë du foie.
Fièvres intermittentes symptomatiques en général ; ~ fièvre intermittente hépatique : ses causes, ses caractères ; — analogies avec la fièvre intermittente simple; difTércnccs. — Observation de M. Regnard : marche de la température ; — oscillatious de la courbe de Turée. — Observation de M. Brouardcl. — Interprétation de ces faits. — Recherches de M. Meissner.
Messieurs,
Avant d'aller plus loin, je dois terminer l'inventaire des ïails pathologiques propres à mettre en relief l'influence remarquable qu'exercent certaines lésions du foie sur la formalion de l'urée. L'autre jour, au moment de nous séparer, je >'0U8 citais des exemples de destruction partielle, mais étendue du foie, dans lesquels on avait observé un abaissement ï^marquable du chiff're d'excrétion de l'urée des 24 heures. ^ s'agissait de lésions à évolution essentiellement chronique
92 HEPATITE ; VARIATIONS DE l'uRÉE.
(cancer, kystes hydatiques). Actuellement, je vais vous parler de faits constituant un groupe à part, une troisième catégorie, et dans lesquels la destruction du parenchyme est également partielle et étendue, mais s'opère suivant un mode aigu ou subaigu. Dans ce cas, l'abaissement du chiffre de Turée vous paraîtra d'autant plus intéressant que raffection hépatique qui est en jeu est généralement accompagnée d'un appareil fébrile plus ou moins intense. Or, une des conséquences habituelles de la fièvre, dans les conditions ordinaires, est, vous le savez, d'entraîner une augmentation du taux de l'urée.
Un médecin anglais très autorisé en pareille matière, M. Parkes, avait, il y a une trentaine d'années déjà, observé dans rinde que l'hépatite propre à ces climats s'accompagne tantôt d'une exagération du chiffre de l'urée, tantôt, au contraire, d'une diminution considérable de ce chiffre (1).
La comparaison des faits avait amené M. Parkes à admettre que, dans les cas où l'urée était augmentée, l'hépatite était caractérisée seulement par une hypérémie inflammatoire, tandis que dans ceux où le chiffre de l'urée était diminué le parenchyme du foie avait été envahi par un volumineux abcès. L'auteur avait même formulé son opinion d'une façon très accentuée en disant que l'abaissement du taux de l'urée était alors « proportionné à l'étendue de la destruction de l'élément sécréteur par l'abcès. »
Tout n'cemmenl, M. Parkes a eu l'occasion d'étudier en Angleterre, au même point de vue, un vaste abcès de foie, et il a reconnu que le chitlre de l'urée était très bas, bien que le malade eût la fièvre et continuât à s'alimenter, deux causes qui, dans toute autre circonstance, eussent amené certainement un accroissement du chiffre de l'excrétion d'urée.
J'en viens. Messieurs, à une quatrième catégorie de cas. Je range sous ce chef les observations de lésions hépatiques diffuses, à évolution rapide ou même suraiguë.
a) Je parlerai en premier lieu de la colique de plomb, à la-
(1) The Lancei, t. i. april 8, 1871.