DEUXIÈME PARTIE
Le Rein. — La Maladie de Bright.
PREMIÈRE LEÇON
Auatomie normale du rein.
Sommaire. — Remarques préliminaires.
Anatomie normale du rein. — Description générale du système descana-
licoles nrinifères.
Structure descanaliculesurinifères. — Paroi propre des canaux. — Couche endothéliale. — Épithélium à b&tonnets des tubes contournés et de la branche montante de l'anse de Henle. — Epithélium pavimenteuz dans les autres points.
Anatomie topographique du rein. — Coupes longitudinales et transversales. — Disposition lobulaire du rtin.
Messieurs,
L^hisioire anatomique du mal de Bright est devenue, depuis quelques années, particulièrement intéressante. Les lésions histologiques que subit le rein dans cette maladie ont été, en effet, étudiées avec plus de précision qu'on ne Tavait fait jusque-là, et surtout elles ont reçu une interprétation qui tend à modifier singulièrement les idées généralement admises; vous verrez, par l'étude de ces lésions, que les variétés qu'elles présentent sont surtout en rapport, le plus souvent, non pas avec des degrés successifs, mais avec des formes distinctes de la maladie. Avant d'aborder ce chapitre, je crois nécessaire de vous exposer, en premier lieu, les principaux faits relatifs a
Quacof. 17
dans sa structure m^me. de nombreux changements qu'il importe de bien connaître.
Sous le nom de gloméruk de Malpiçhi, on désigne un petit appaivîl vasculaire fort original, logé dans une enveloppe membranense que l'on appelle capsule de Bowmann. La cavité circonstrrile parcelle membrane est, en réalité, l'aboutissant ou plutôt Torigine de chacun des tubes urinîfères : la capsule s'ouvre, en effet, sur un point opposé à celui qui donne accès aux vaisseaux du glomérule. dans un trajet canaliculé d'abord étroit, qu'on appelle le col de la capsule. Ce col se continue avec un canal plus large, siuueux, dons lequel se passent, pour une bonne pari, les phénomènes les plus importants, ou du moins les plus spéciaux, de la sécrétion rénale. Os canaux, relativement volumineux et méritant bien par les sinuosités qu'ils décrivent, leur nom de tubuli conlorti, sont
T1IBB8 CONTOUANÉS. 2&9
tous situés, comme lea glomérules, dans la couche corticale du rein.
A un moment donné, les tubuU contorti éprouvent un rétré-
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CLHemeut progressif el donnent ainsi naissance à un canal étroit qui, sans présenter, dans son trajet, le moindre chan
ctmal collecteur de premier ordre, s'abouche, ainsi que d'autres canaux du même ordre, dans des troncs plus volumineui, lesquels viennent s'ouvrir par un orilice relativement large au sommet de la papille (1).
(I) Sur l'sDiiloinle des caaslicules urlnif^res, conïuUcr ; Henle : Handbach der sijsttmaiUchen AnalotiiU dts Mtmchen; S" Bd., 2. aull., I™ Lief; BraunBchwtig. tST3. — Schweigger-Seidel : Die Nieren des Meiuthen. Hille, 1865. — C. Ludwig : Von der Niere. StricVer'sHanilbuch. 1" Bd. Leipzig, 1871. — Gb. F. Grosa : Eisaiaw la ilruclurt microicopiçae du rtin, Slrubourg, 1S68.
STRUCTURE DBS TUBES URINIFÈRBS. 261
Nous connaissons maintenant par leur nom et par quelques-uns de leurs caractères, les diverses pièces qui composent Tappareil des canaux urinifères ; mais nous devons compléter ces notions par une étude plus intime de la structure de chacune de ces pièces et des diverses particularités qu'elles présentent.
Je laisse de côté, pourle moment, le glomérule de Malpighi, et quant à la capsule de Bowmann, je me borne à vous rappeler qu'elle est formée par une membrane sans structure apparente, à la surface interne de laquelle on distingue, surtout après les imprégnations d'argent, une couche endothéliale complète. Cet endothélium se continue avec celui qui tapisse la cavité du col de la capsule ; mais au point où commencent les tubub' contorti, il subit des modifications importantes. Toutefois, avant de vous exposer les caractères de Tépithélium dans les canalicules contournés, je dois vous faire remarquer quelà, com me dans la plus grande partie des tubes urinifères, les parois de ces canaux paraissent constituées par une membrane anhyste ; cependant M. Ludwig dit avoir trouvé dans ces parois les traces évidentes d'une disposition qui rappellerait celle que M. Debove a décrite dans la membrane dite fondamentale de certaines parties de l'intestin ; d'après cela, la membrane limitante des tubes contournés serait composée de cellules aplaties, juxtaposées, dont les contours pourraient être mis en évidence par les imprégnations d'argent.
L*épithélium des tubuli contorti qui est, en quelque sorte, l'élément fondamental du rein, offre des caractères particuliers que les récentes recherches de M. Heidenhain nous ont
(1) Debove. — dtémoire sur la couche endothéliale sous-épithéliale de membranes muqueutes (Ârch, dePhysiolog., \ 2« série, 1. 1, p. 19, pi. II, 1874)
Fia II - Tah" i^iiiou.n^ lormc ocpeiiis ccrcies OU oegranuiaiioiii. iiï«- i*|BthBiiiii.i * M- Ces bâtonnets occupent surtout dans la >>*i<<)' cellule la partie qui touche à la membrane
fondamentale; c'est là, en elTet, que les stries sont le plus prononcées, et quand on parvient à isoler une cellule de l'épitbélium destubulicontorti, on voit, du c6té de la lumière, le protoplasma et une partie du noyau, et du côlé de la membrane fondamentale, les bâtonnets qui semblent se tenniner par des extrémités libres.
(l) Heldenhkin. — jUiAitMc. Beitraqe tur Anal, und Phyi. der Niti SchuttK't Archiv furmihr. Anal., 10^ Bd, 187*. S. I).
ÉPITHéLinH DBS AN3Ba D8 HBNLB. 263
La disposition que je viens de signaler, et que je pourrais vous faire constater sur des préparations faites par H. le D^ Renaut dans le laboratoire de M. Ranvier, parait être la principale cause de l'aspect sombre et granuleux que présente l'épithélium des tubuli conlorli; mais elle n'exclut pas cependant la présence d'un certain nombre de granulations graisseuses ou protéiques, qui semblent occuper, même dans les conditions normales, le corps des bâtonnets.
Dans la branche descendante de l'anse de Henle, l'épithélium subit brusquement unemodification profonde :ontrouve là, en effet, un épithélium clair et pavimenteiix, renflé seulement au niveau du ^
noyau et tout à fait analogue à celui que présentent les vaisseauxsanguins ; défait, il est fort difficile de distinguer un tube descendant de Henle, coupé en travers de B
lasectiontransversaled'un vaisseau sanguin.
Dans la grosse branche ou branche moDtantedeî'anse de Henle, les caractères de l'épithélium changent de nouveau, les cellules qui le composent redeviennent —^ ■lemblables à celles qui tapissent les tubes nf.ti. - adw da eani* contournés ; un nouveau changement se B,'t™1i^e^<ta!^cen*«iin. a. produit dans la pièce intermédiaire trin-ne omoudit. (SthaUtûek), où l'épithélium sombre, grenti, à bAtonnets, fait place à un épithélium clair, qui se rapproche de l'épithélium cylindrique, et est seulement plus aplati (Schweigger-Seidel, Henle).
Enfin tout le système des canaux collecteurs est tapissé également par un épithélium clair. Dans les tubes de 1" ou de 2* ordre, c'est-à-dire dans ceux qui ne s'éloignent pas beaucoup de la capsule, l'épithélium est aplati et la cavité est proportionnellement très large ; plus bas, c'est-à-dire dans les labes collecteurs les plus volumineux, ceux qui se rapprochent le plus de la papille, le revêtement est constitué par un épithélium cylindrique, allongé, parfaitement développé. Lûsaant de c6té l'étude individuelle, abstraite en quelque
Fi ij - Cou lutriiDBitie iiu r»io iion ^""J^"'^"" ^^ Femin, que l'on <-ù>iidi»iaiB*iiei«i.iiDit> uriDiiùre. désigne encore S0U3 le num de audwir. In scriDtrr'i AnaiibwA. 1. L |i, prolongements ou rayons mé- ■■ii^.- f. ùi» tim?Mni/'- r!°r!!*ciii duUaîres {Pyramidenforlsatîe de rîli'i'w'Uîliwlf ,r™^-Vme'„ri« Henle, M<irA;s(7-aA/e«deLudwig). ^™i1û«'l'.''ï^tar« «riu^'û, m" Quanlaux rayons colorés de la M^™«ii!''r^i^\ir*i!iî""MÎ*.l^î substance miidullaire, ilsseconic) )>rAr«d*ii^>, McmpaDdeoi pur ituc tinuent sans ligne de démarcaiMioiiiiitunt*. i.npiriiH(rtnii^riiaiei tlon tranchée avec les espaces poLnuton^MiLoin^ruieF, cjrri<r«<fD(in( intermédiaires aux prolonge- ' '"^"' * ments médullaires, espaces que,
dans la nomenclature adoptée par Henle, on appelle substance corticale proprement dite, et dans celle de Ludwig.plus simplement le /ad^rinf^e .- c'est dans l'épaisseur du labyrinthe que
COUPBS LOMaiXimutALBS. 265
se trouvent les glomérules de Halpighi et les tubuli contorli, c'est-à-dire la partie Téritablement sécrétante du rein. Je dois ajouter que les rayons médullaires ne s'étendent pas par en haut jusqu'à la capsule rénale ; ils en sont séparés par une zone étroite qui n'est qu'on prolongement de la substance du labyrinthe. Vous pouvez suivre tous les détails de cet exposé sur ce dessin schématique que j'emprunte au travail de M. Ludwig (Fig. 23).
Après cette vue d'ensemble, nous sommes en mesure de rechercher quelle est la disposition que présentent les diverses parties de l'appareil des canalicules urinifôres, dans chacune des régions qui viennent d'être distinguées.
Cette étude doit être faite successivement sur des coupes longitudinales et sur des coupes transversales. Il est très important pour les re-
eherchesd'histologiepa- <-
tbologique d'être Jami' liarisé avec les apparences que présentent , ces diverses coupes.
1° Coupes longitudinala. — A. La régUm de la papille est formée surtout par les tubes collecteurs qui se divisent seulement dans cette région, et en partie par un certain nombre de branches des anses de Henle
formées aux dépens des ''?. «1.7=^;:,^» 'Ï^Tb.X! «V'ÎmÎ'ai' -t lobes grêles. Il n'existe Si'ohî'-*'* n"!«i,^MnHto'?°''''"°*''''°''° donc dans cette région que deux variétés de tubes urinifères.
B. Dans la zone limitante, au contraire, on trouve trois variétés de tubes : 1* les tubes collecteurs ; 2' les branches descendantes ou grêles des anses de Henle ; 3° les branches larges
termédiaires, et partoiil ailleurs des tubuli contorti ; 3° plus profondé m eut, se voient les prolongementa de Ferrein et le
COUFBS TaA.NBrBB8ALBS 267
labyrinthe. — a) Les prolongement de Ferrein sont formés : par des tubes droits collecteuri, parades tubes volumineux ou de l'anse montante de Henle ; endetiors par des canaliculi contorti qui vont dans la zone limitante se changer en tubes gr£les de l'anse de Henle. — i) La région du labyrinthe contient à son centre les artères „ »
interlobulaîres dont les ramillcations latérales, à la manière des branches d'un arbre, portent à leurs extrémités les glomérules de Halpighi ; les canaliculi contorti remplissent tout l'espacecomprisentre les ramifications artérielles et les prolongemenls médullaires.
Les coupes longitudinales fournissent un premier aperçu de la texture lobulaire du rein :
chacun des lobulei dans la substance corticale est représenté, sur la surface de section, par la région comprime entre deux troncs artériels inlerlobulaires. Au centre du lobulese voit le pro/onyement médullaire; h la périphérie, une * zone constituée par les parties '^i-, "■ 'Jî' j'I'^jJl' '^"""(,'',0^'' contiguës du labvrînthe. fMMoat^Mi. Tr.ii. (nn^.. »t. un. - «,
Il «iipa horiuHiUlg <«§. I>J. l'upHt d*
â» Les coupes transversales ^^i,c,'trn^^"i d» i.Mt«°rtiii" (perpendiculaires au grand axe îi'pî!îe!''W*'n™ïIlnî dio°'!î'"nb.u^ des pyramides) ne sont pas JJIJÎèTriJ' ViuràVr'uin Va «•"iFhVmoîns instructives que les pré- >■- veinoiw rèndm. - d. vinmu cédentes. — A . Celles qui sont Hum. - c, k.bm.iu; d« mii.Li™i.-. faites immédiatement sous la wi'Zrd^ rumio .i< n tskiunre wcapsule du rein ne mettent à ''"'"' découvert que des tubes contournés et surtout cenx de la pièce intermédiaire {sckalsluck) ; mais des coupes prati-
maleuses, substratum anatomique de la maladie de Brighl.
B. Sur des coupes Iransversolea pratiquées dans ia zunt limitante ou intermédiaire, au voisinage de la couche corticale, on conetate une disposition bien représentée dans l'une dei plancbes de Henle (pi. 239, p. 319, loc. cit.), et qui rappelle la distribution lubulaire observée dans la couche nnrlicale : à la périphérie se trouvent des groupes de vaisseaux formés par les divisions des vasa recta ; le centre est occupé surtout par deux Bortes de tubes: — a) des tubes collecteurs à épithélium clair ; et — b) les branches ascendantes contenant un épithélium trouble, à bâtonnets. On troui'e aussi, mais en petit nombre, des sections transversales de tubes descendants à épithélium clair et aplati ; il n'y a plus de tubes contournés d'aucune espèce.
COUPBS TRANSVERSALES. 269
C. Bams lei zone papiUaire, l'épilhélium cylindrique des tubes collecteurs devient plus long ; le nombre relatif des tubes descendants de Tanse augmente progressivement, et, à un moment donné, ils existent seuls avec les tubes collecteurs, les tubes ascendants ayant complètement disparu.
/>. Ënfîn, tout à fait au niveau de la papille y les tubes collecteurs sont seuls observés : ils manquent, en ce point, de paroi propre, et Tépithélium est là directement appliqué sur le tissu conjonctif (Ftj. 25 et 26).
rie de Bowmuin. — Recherche» do M.llcidenhain.
Nous en avuns (îni, dans la dernière séance, avec l'anatomie normale des canalicules urinifôres ; il nous faut maintenant con^dércr les autres éléments qui entrent dans la constitution du rein, c'est-à-dire les vaisseaux jsangnins et lymphatiques et le tissu conjonclif. Ce dernier surtout mérite de nous arrêter, car ai bon nombre d'altérations rénales afTeclenl primilivement la structure des canalicules urinifères, il en