‹ Œuvres complètes de J.-M. Charcot v. 9, 1890Chapitre 48 sur 68 · TISSU CONJONCTIF DU BEIN · texte numérisé non relu

TISSU CONJONCTIF DU BEIN

est d*autres, non moins importantes, dont le point de départ paratt être dans la gangue conjonctive qui réunit le uns aux autres les divers éléments de Torgane.

L'existence d'une gangue conjonctive dans certaines parties du rein, la substance médullaire par exemple, n'a jamais été mise en doute ; il n'en est pas de môme pour ce qui concerne la substance corticale.

Goodsir avait avancé (1842) que les éléments de la substance corticale étaient unis entre eux par du tissu conjonclif. Cette proposition fut combattue par Von Wittich ; d'après cet observateur, les interstices des éléments sécréteurs et excréteurs dans la substance corticale ne seraient séparés les uns des autres que par des vaisseaux capillaires, sans interposition de tissu conjonctif.

Cette contradiction eut de l'écho parmi les histologistes allemands, et l'opinion de Von Wittich était généralement admise, lorsque, en 1850, M. Arnold Béer publia un travail intitulé : « La substance conjonctive du rein de F homme dans Fêtât physiologique et dans tétat pathologique » (1). Le tissu conjonctif du rein se trouvadèslors réhabilité; mais ses caractères n'ontété bien mis en lumière que par des travaux tout récents; on peut même dire qu'aujourd'hui toutes les questions relatives à ce sujet ne sont point encore parfaitement élucidées Du reste, ici comme partout ailleurs, il existe entre les éléments conjonctifs et les canaux lymphatiques une telle connexité, que la description de ceux-ci et de ceux-là ne saurait être séparée et doit être faite parallèlement.

(1) Arnold Béer. — Oie Bindesubstanz der menchlichen Niere^ im ge unden und Krankhaften Zustande, Berlin, 1859.

moDtrentlea injections poussées dans les lymphatiques capsu-

laires ; on ignore absolumejil comment se fait anatomiquement cette communicalion ; un sait seulement qu'elle existe. Rien ne pri>uvc qu'elle ait lieu par des voies direc'

tes(l).

B, Le tissu conjmcltf Aa rein, considéré en lui-même, acte

étudié surtout par Ludwig, Kôlliker, Schweigger-Seidel.

(1) En eiïcl. quand on lie un iircttrc, ilc insnière h produire la ritenUon de l'urine dans le rein, il se produit un œdème rénal ; le liquide eitriTui occupe les espaces lymplialiqucj et de là puse aisément daoa tes vaisseaui lymphatiques de la eapsulc et ceux du hilc. D'un aiilre cAté, lorsqu'on iqjeole sur le vivaDl im liquide coloré, une solution d'indigo, par exemple, daot lea espaces lymphatiques. Iris rapldeinenl l'urine devient bleue. Or, on ne saurait admettre, quant A présent, qu'il y ait entre les espace! lymphiUqucB et la cavité des canaliciilcs nrinif^res dca voie» c«ttOD directes.

rv

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D'après ces observateurs, il existe du tissu fibrîllaire lamineux dans la partie papillaire de la substance médullaire ; mais dans la substance corticale, on n*en trouve plus que des traces çà et là, au-dessous de la capsule du rein et autour des capsules de Bowmann.

Dans la région papillaire, les fibrilles sont disposées concentriquement autour des tubes collecteurs qui, en ce point, n'ont pas de paroi propre. A mesure qu'on s'éloigne du sommet des pyramides, les fibrilles deviennent de plus en plus rares. Dans la substance corticale, le tissu conjonctif n'est plus représenté que par des cellules^ situées dans l'intervalle des canaux contournés et des vaisseaux. Ce sont, d'après Schweigger-Seidel, des cellules étoilées ou fusiformes, dont les prolongements filamenteux s'attachent aux parois de ces canaux (i).

Kolliker compare ce tissu à celui de la névroglie qui, suivant lui, forme un véritable réticulum, un réseau de cellules ; mais il n'ose affirmer que les prolongements en question font corps avec les cellules et ne sont pas des fibrilles ou des faisceaux indépendants. Toujours est-il que, suivant la remarque de Scbweigger-Seidel, les cellules étoilées ou fusiformes ont leur grand diamètre perpendiculaire à la direction des canalicules contournés.

Le tissu conjonctif du glomérule mérite une mention spéciale. Le^ vaisseaux capillaires et les lobules dont l'ensemble constitue le glomérule sont réunis entre eux par une gangue conjonctive, qui a été bien étudiée par Axel Key ; il y a là dans l'intervalle des capillaires et des lobules des cellules étoilées, analogues à celles décrites par Schweigger-Seidel dans les espaces qui séparent les canalicules uririifëres. Le glomérule tout entier est en outre recouvert, d'après la description de Kolliker et de quelques autres auteurs, par un épithélium cubique, bien distinct de celui qui tapisse la capsule, quoiqu'il se continue sans doute avec lui.

Le tissu conjonctif du glomérule jouerait, suivant quelques auteurs, MM. Virchow, Béer, et surtout Klebs, un rôle très-

Ci) Schweiggei^Sfâdel, loc, cit., PI. 111, Hg. B, r.

OUBCOT. 18

Je ne puis terminer les préliminaires d'anatomie normales sans vous dire queliiiies mots des principales dispositions que présentent dans leur distribution les vaisseaux artériels et veineux du rein ; je suivrai, dans cet exposé, la description donnée par Ltidwig dans son remarquable article de l'Encyclopédie de Slrickcr. C'est la description la plus récente, et à beaucoup d'égards la plus autorisée.

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Les artères rénales, dans leur parcours entre la substance médullaire et la substance corticale, donnent naissance à deux ordres de vûsseaux qui sont destinés, les uns à la substance corticcde, les autres à la substance médull€Ûre.

i* Les artères de la substance corticale naissent perpendiculairement à la direction des artères rénales et forment les branches interlobulaires ; puis de celles-ci se détachent, aussi à angle droit, les artérioles qui vont aux glomérules sous le nom de vaisseaux afférents. Le vas afférens, ordinairement indivis jusqu'au glomérule^ donne cependant quelquefois des branches qui vont directement aux capillaires. Dans le glomérule, le vas efférent se divise en quatre ou cinq rameaux qui fournissent des capillaires ; ceux-ci se rassemblent ensuite pour former Je vas efférent qui sort en même temps que le vaisseau afférent, du côté de la capsule opposé à l'orifice du tube urinifère.

Le vaisseau efférent, après sa sortie du glomérule, se dirige surtout vers les rayons médullaires, et en certains points où ces rayons médullaires font défaut, vers les tubes contournés les plus superficiels de Técorce. Dans les rayons médullaires il forme un réseau capillaire à larges mailles, qui communique avec un autre réseau à mailles étroites, interposé aux tubes contournés.

De dislance en distance, des veines se forment dans ces réseaux et ramènent le sang dans les veines interlobulaires qui, parallèles aux artères de même nom, vont se jeter dans les veines rénales.

2* Les artères de la substance médullaire proviennent des vasa recta. Il y a deux espèces de vasa reeta : les uns prennent leur origine dans Tartère rénale elle-même, ainsi que l'ont démontré, après de longues contestations, les travaux de Virchow et de Ludwig; ce sont de véritable artères. Les autres (qui, d'après Ludwig, n'auraient pas de tunique musculaire) sont des vasa aberrantia, vaisseaux très allongés, venant de ceux des glomérules qui dans la substance corticale sont situés le plus bas, c'est-à-dire le plus près de la substance médullaire. Ces vaisseaux, d'origine diverse, donnent naissance à un lacis de capillaires à mailles plus ou moins larges, qui,

Actuellemenl, 'avant d'entrer définitivement dans le domaine anatomo-palhologique, je crois nécessaire encore de vous eiposer quelques données physiologiques qui devront être utilisées par la suite.

Les produits dits spéciliques de l'urine, tels que l'urée et l'acide urique, préexistent dans le sang : c'est un fait depuis longtemps reconnu, et que, contrairement aux assertions récentes de Hoppe-Seyler et de Zalesky, les expériences de M. Gréhant ont enfin de nouveau péremptoirement établi. La sécrétion uriiiaire est donc un phénomène de filtration ou plutAt de dilTusion ; c'est une diffusion spéciale dans laquelle le produit, en raison des propriétés particulières de la membrane, est profondément modifié.

11 nous intéresse de chercher à préciser dansquelles parties de l'appareil rénal s'opère cette sélection. Laissant de côté les canaux collecteurs qui, d'un commun accord, sont des parties excrétantes, nous n'avons plus à considérer que la partie se-

LUDWIQ ET BOWICANH. 277

crétantequi se compose de deux éléments principaux : P les glomérules ; 2^ les canalicules contournés et le système de l'anse.

Suivant Ludwig, le glomérule serait la pièce la plus importante ; toute Turine serait là, sécrétée avec les principes essentiels, mais à l'état de grande dilution ; les autres parties du rein n'auraient d*autre rôle que d'amener une concentration progressive de ces principes. Au contraire, dans Fopinion de Bowmann, adoptée avec quelques modifications par Yon Wittich, les glomérules serviraient seulement à séparer l'eau, et la sécrétion des principes spécifiques se ferait dans les cellules spéciales des canalicules urinifères.

Il faut reconnaître que ces diverses opinions reposent jusqu'à présent sur des arguments plutôt que sur des faits ; toutefois, les récentes expériences de M. Heidenhain (i) semblent donner gain de cause à l'opinion Bowmann.

Le rein vivant présente une affinité toule spéciale pour l'indigo ; en effet, si l'on injecte dans le sang d'un animal une solution très peu concentrée de sulfate d'indigo sodique, l'urine et le rein ne tarderont pas à présenter une coloration bleue plus ou moins prononcée alors que nulle part ailleurs dans l'organisme il n'existera de coloration semblable. Le rein a donc, dans ce cas, coloré la matière colorante qui s'est éliminée par les urines. Or, remarquez qu'il y a la plus grande analogie entre ce qui a lieu, dans ces conditions expérimentales, pour rindigo, et ce qui se passe dans les conditions phj'siologiques, à l'égard de l'urée ou de l'acide urlque, principes spécifiques de l'urine.

Cette analogie est le fil conducteur qui adirigé M. Heidenhain dans ses recherches. Dans la sécrétion du bleu d'indigo, l'urine n'est pas seule colorée ; les différentes parties du rein le sont aussi à des degrés divers, et la connaissance de ce fait, habilement exploitée, devait conduire à des résultats intéressants. Il était permis, en effet, d'espérer que Ton arriverait, en variant les conditions de l'expérience, à déterminer le lieu pré-

Ci) Heidenhain. — Versûche ûber den Vei^gang det* Hamabsonderung, In Pflûger'9 Archiv, 9 Bd. p. 1. 1874.

toutes les parlies du rein; elle n'occupe qu'une partie de l'organe : la substance corticale. Une analyse microscopique attentive permet de reconnaître, grâce in la coloration bleue, quellc9sontlespartiesde!ttubulesurinirères,et danscestubuleâ quels sont les éléments où s'opère cette élimination. Or lea parties colorées sont : 1' lea canalicules contournés ; 2* les branches montantes des anses deHenle; au contraire les capsules de Bowmann, ainsi que les tubes grêles de l'anse, ne présentent pas la moindre trace de coloration bleue.

Les canaliculicontorli et les canaux ascendants de l'anse ont donc fonctionné d'une manière indépendante. Or, cesparties !iflnt précisément celles qui sont revêtues d'un épithélium tnkuble à bâtonnets, c'est-à-dire celles qui, par les caractères mitrpbologiques de leur épithélium, rappellent la disposition dv« organes sécréteurs.

BECHRRCHBS DB M. HBIDBNHÂIN. 279

On peut pousser plus loin l'investigation et rechercher dans queb éléments s'opère l'élimination de la matière colorante. Si l'animal a été sacrifié dix minutes après l'injection, on voit que la matière colorante imprègne seulement les cellules épithéliales, et dans celles-ci, à l'exclusion du protoplasme, les noyaux et les bâtonnets : la cavité des tubes n'est nulle* ment colorée. Les cellules épithéliales sont donc le premier siège de la sécrétion, ou, si vous aimez mieux, de l'élimination du bleu d'indigo.

Si l'animal est sacrifié, au contraire, une heure ou plus longtemps après l'injection, on trouve les cellules épithéliales décolorées, et la matière bleue a passé dans la lumière des canalicules, où, faute d'eau, elle se trouve à l'état de concen* tration extrême, c'est-à-dire sous forme d'un dépôt cristallin.

Il y a tout lieu de croire que les choses se passent essentiellement de la même façon, lorsqu'on laisse persister la sécré-» tion d*eau ; seulement sous l'influence de cette sécrétion, la matière colorante se trouve entraînée loin du siège primitif d'élimination, c'est-à-dire qu'elle se répand dans les branches descendantes ou grêles, dans les canaux collecteurs et enfin dans l'urine. C'est ce qui fait que, à un moment donné qui suit de très près l'injection, toutes les parties du rein à l'exception du glomérule se trouve colorées ; mais cette coloration disparaît bientôt lorsqu'on laisse vivre l'animal, toute la matière colorante entraînée par l'eau passant dans l'urine.

Les autres expériences de M. Heidenhcûn ne sont, pour ainsi dire, que des variantes de la précédente.

On peut contrebalancer l'influence de la pression sanguine jusqu'à l'annihiler, en augmentant la pression en sens contraire qui se fait dans les canalicules, et pour atteindre ce résultat, il suffit de pratiquer la ligature de l'uretère. Au bout d'un jour^ la sécrétion de l'urine est complètement supprimée ; si alors on injecte la solution d'indigo, le résultat est absolument le même que dans le cas précédent, c'est-à-dire que la coloration existe seulement dans la substance corticale sur les épithéliums à bâtonnets.

Enfin, il y a dans les expériences de M. Heidenhain une variante fort élégante : chez l'animal vivant, on cautérise lé-

quence, avoir d'autre rôle que de fournir la partie aqueuse de l'urine.

La sécrétion des principes spécifiques de l'urine s'opère-lelle exactement -de la même façon que l'élimination des matières colorantes ? Pour ce qui est de Yui^e, la chose est vraisemblable, mais ne peut élre démontrée expérimentalement; car l'urée ne produit aucune coloration sur les parties où elle s'élimine, et ne se concrète pas au sein des liquides de l'organisme. Mais il n'en est pas de même pour l'acide urigue, ou mieux l'wate de soude ; en effet, dans les expériences de M. Heidenhain, l'urale de soude injecté en solution concentrée se dépose dans les canaliculi contorli, sous forme de jrranulations jaunes accumulées dans la lumière de ces tubes, tandis que lea glomérulesn'en contiennent pas de trace. Dans las exp^ences où la sécrétion d'eau n'a pas été complètement

SBCRBTION UBINAIBB. 281

interrompae, on trouve ces granulations jusque dans les canaux collecteurs ; mais il est facile de reconnaître que, dans ces derniers, les dépôts uratiques viennent de plus haut ; car ils sont plus volumineux que ceux qu'on trouve dans les canaux contournés et présentent des couches concentriques, qui se sont stratifiées, chemin faisant, dans le parcours à travers les canalicules urinifères, en même temps que l'urine sécrétée subissait une concentration progressive.

Ces résultats des injections d'urate de soude rappellent ce qui s'observe à l'état normal chez les oiseaux, dont l'urine solide est, vous le savez, composée en grande partie de glomérules d'acide urique. D'après les observations de Von Wit-^ tich, ces glomérules existent déjà à l'état rudimentaire dans les reins del'oiseau jusque dans les canaliculicontorti, et même jusque dans les cellules épithéliales de ces tubes, où ils occupent le noyau ; mais jamais on n'en rencontre dans les capsules de Bowmann. On trouve ensuite dans les autres parties des tubes urinifères des cellules libres dans lesquelles les glomérules acquièrent des dimensions de plus en plus considérables.

Il est temps. Messieurs, de mettre un terme à la longue excursion anatomique et physiologique dans laquelle je vous ai entraînés. Nous n'aurons pas à regretter, je l'espère, le temps que nous y avons consacré ; car plus d'une fois, les données recueillies chemin faisant seront utilement appliquées à l'interprétation des phénomènes appartenant au domaine anatomo-pathologique, domaine dans lequel nous devons maintenant entrer de plein pied.

Signinution cliaîque des cylindres urinalrea.

Vue d'ensemble de U maladie de Brighl. — Doctrines de l'unicité et de U mullipUcilé des formes. — Caractères généraux des difTéreotes formes ! Gros rein blanc ; — Rein conlrscl* ; — Rein amyloide.

Messieurs,

J'appellerai tout d'abord votre attention sur un groupe d'altérations rénales auxquelles on n'accorde peut-être pas, en général, toute l'importance qu'elles me paraissent mériter au point de vue théorique aussi bien qu'au point de vue pratique: je veux parler des infarctus tubulaires du rein. Les

INPABCTUS URA.TIQUBS. 283

divers canalicules urinifères peuvent, en effet, être plus ou moins complètement oblitérés par des produits sécrétés avec Turine, ou qui se sont mêlés à ce liquide dans son parcours.

1** Je citerai en premier lieu les infarctus urattques cristal-lins, résultant de l'oblitération des canalicules urinifères par Vurate de soude blanc et cristallin, et qui s'observent fréquemment chez les goutteux, en même temps qu'une des formes de la néphrite interstitielle chronique. Ces dépôts, qui sont visibles à l'œil nu, se dessinent sous la forme de petites stries d*un blanc crayeux dans la substance tubuleuse, et siègent principalement dans la région papillaire : on ne les a jamais rencontrés ailleurs que dans les canaux collecteurs. Dans des recherches faites autrefois, en commun avec M. Gornil (1), j'ai pu constater que ces dépôts se composent de deux parties : l'une centrale, amorphe, occupe le canalicule dont elle obstrue la lumière ; l'autre, cristalline, se présente sous forme de longues aiguilles qui rayonnent en tous sens dans les intervalles des tubuli. Ces infarctus uratiques oblitèrent ainsi un certain nombre d'orifices papillaires ; mais ils sont rarement très nombreux ; pourtant il ne paraît pas impossible que, lorsqu'ils occupent une grande partie des papilles des deux reins, ils puissent contribuer à produire les symptômes graves de l'anurie ou de l'ischurie goutteuse.

2** A côté des infarctus uratiques cristallins, il faut placer une forme de gravelle qu'onpourrait appeler ^rav^/fe du rein, et que Rayer a rencontrée également chez les goutteux. Il s'agit là d'acide urique coloré en jaune et qui se présente sous forme de petits blocs amorphes, à la fois dans la couche corticale et les pyramides ; on trouve toujours en même temps un très grand nombre de petits grains de même nature dans la cavité des bassinets.

3* Il existe encore une autre forme d'infarctus uratiques,

. auxquels on a fait jouer un grand rôle dans la pathologie ou

mieux dans la physiologie du nouveaurné. Ce sont de petites

masses noirâtres, que Rayer avait déjà décrites, mais qui

(1) Mém. de taSêc. de Biologie, 1863, PI. iv, fig. 3, et Leçons sur les^ maladies des vieiltards, PI. m, flg. 3,

en même temps, les conduits collecteurs sont oblitérés en grand nombre par des amas cylindriques formés par des globules de sang aggloméré» et plus ou moins profondément altérés, mais encore facilement reconnaissables. Les masses qui composent ces cylindres se rencontrent isolées et peu volumineuses dans les canaux contournés et dans l'anse de Henle. Il est probable qu'il se fait là une Iranssudation des hématies, rendue possible par l'alti^ration du sang ; toujours est-il que, par suite de l'oblitération d'un certain nombre de canalicules par les infarctus de sang concrète, il peut se développer des accidents urémiques capables d'amener rapidement la mort.

6' Dans l'ictère très foncé, la bilirubine peut se concentrer dans le liquide urinairc et former des infarctus biliairet qui obstruent les canalicules droits, ainsi que le montre une

CTLINDBBS URINAIRFS. 285

planche de Tatlas deFrerichs. (Taf. 1, fig. 9.) Je ne sache pas que des accidents quelconques aient été rattachés jamais à la présence de ces concrétions biliaires des reins.

7* De tous les infarctus tubulaires, les plus intéressants à étudier sont incontestablement ceux qu*on désigne sous le nom de cylindres fibrineux, et que j'appellerais plus volontiers cylindres urinaires, car ils ne sont pas formés de fibrine (i).

Vous savez, Messieurs, quelle importance les cliniciens attachent, en général, aujourd'hui à la recherche de ces cylindres dans Turine : on suppose que, comme ils proviennent desprofondeurs des tubes urinifères dont ils représentent le moule interne, ils peuvent donner des renseignements sur Tétatanatomique de ces tubes. C'est là une vue ingénieuse, mais dont l'importance dansrappUcation,aété, je crois, singuUèrement exagérée.

Les cylindres urinaires méritent d'être étudiés dans deux circonstances : A. Dans le rein lui-môme, à l'aide des procédés anatomiques ; B. Pendant la vie, dans l'urine.

A. L'étude des cylindres dans le rein permet de reconnaître le lieu où ils se sont formés. On n'a jamais vu les capsules de Bowmann obstruées par la matière qui les forme ; mais en dehors de ce point, on les peut trouver à peu près partout dans les conduits urinifères ; pourtant c'est surtout dans l'anse de Henle et principalement dans la branche montante qu'on les rencontre en abondance ; ils se voient aussi assez fréquemment dans les canaux collecteurs de divers diamètres. Dans ces deux points, on les reconnaît facilement soit

(1) CoDsulter sur les cylindres, an intéressant travail de M. le D' A Barkart : — IHe Hamcylinder mit bejon derer Berucksicktigung ihrer diagnostischen Bedeutung. Berlin, 1874.

ru. a. - cauft i iT-arcr, vn rtin ciinai Ht rfroits mais Buftout dans les »o"kt'tÛb^.'!iMÎ'it™itL(.""" nZif!?''^^ anses de Henle. Dans ce der- ™'"°b"'".' Ï'ÏS''"' "t^*"!'**"""' *d" ■'''^'' ^^^' '^'* cellules épilhé- (»(injr«*ï«iiw, Grn^iiHmcDLdBixid»- liales entrent dans la constilulion des cylindres, qui se présentent bous forme d'un magma granulo -graisseux composé d'une masse albuminoïde et de granulations graisseuses. Des cylindres plus ou moins analogues aux précédents peuvent ainsi se former dans les canaux conlountés dans certaines conditions : ainsi, dans la néphrite parencliymateuse, la lumière de ces canaux peut se trouver obstruée par une

CYUNDBB9 DBB CANAUX CONTOOBNéS. 287

masse hyaline au centre et granuleuee k la périphérie ; cette apparence est produite par un cylindre entouré de cellules épHhélîales altérées. Dans la néphrite interstitielle avancée, où, parsuitedeiadisparitionderépithélium, le tubeurinîfère n'est plus représenté que par la membrane fondamentale, le canal est complètement rempli par une substance colloïde, dans

!■ 4f ttipArÙ9 trilfrtliliellf trét ^etinfit- — n. Tluq IM pliUfi. - b. Steiton <1'un tube arinllAra itropkié

laquelle se trouve compris le cylindre. Deux des planches de 11. Comil (Thèse d'agrég., 186d) vous représentent parfaitement ces deux variétés différentes.

Je me borne à ces exemples, car les infarctus des canaux conloamés devront être spécialement étudiés à propos des diverses formes anatomiques de la maladie de Brighl ; mais il est un point que je veux faire remarquer, c'est que les cylindres formés dans l'anse de Henle ou dans les canaux d'union et le^^ tubes collecteurs, sont les seuls qui puissent, suivant toute vraisemblance, passer dans l'urine, à cause du petit calibre de l'anse descendante. Les cylindres des canaux contournés ne pourront, en elTet, que bien difficilement franchir cette branche étroite, et, par conséquent, on ne doit pas s'attendre à les rencontrer souvent dans l'urine. Cette remar-

6) En raisun de cerla.iaesvar\élêsda!is\es caractères opliquit ou micro-chimiqaes des cylindres urinaires, il y a lieu d'établir parmi eux plusieurs groupes :

i" Les cylindres hyalins sont formés de substance amorphe, non colorés, peu rérringenU; ils sont llexibleâet non cassants. Kovida, qui les a analysés {Centralblatt, 1872), les a trouvés constitués par une matière albuminoïdequi dilTère à la fois de la Tibrine et d>j la chondrine, et se rapproche plutôt de la gélatine. Déjà, en 1855, H. Robin avait protesté contre la dé- Domination de cylindres fibrineux, qu'on leur donne encore quelquefois, et qui n'est fondée que sur des analogies grossières. On peut trouver, à la surface de ces cylindres hyèklins ou dans leur intérieur, des leucocytes, des bématies, des noyaux de cellules, ou même des cellules épithéliales plus ou moins chargées de granulations graisseuses.

TkaiiriB cuniqdbs.

Ce sont les plus vnlgùrea de tous les cylindres urinaires ; on les trouve dans les affections rénales les plug diverges, aiguës ou chroniques ; on peut même les rencontrer à l'étal normal, et dans les conditions où la structure du rein n'est pas altérée.

2* Les cylindres grcmuleux sont de deux sortes. — Les uns ont la même origine que les précédents, seulement ils ont subi une sorte de dégénération granuleuse ; ils s'éclaircissent. du reste, sous l'în- Queace de l'acide acétique (Dickinson) ; la présence de ces cylindres, constatée pendant longtemps dans les urines, aurait, d'après Dickinson, une certaine importance ; elle indiquerait une lésion essentiellement chronique du rein, surtout la néphnte interstitielle.

— Il faut distinguer deces cylindres granuleux les cylindres granulo-graiiseux, décrits par Ranvier dans la stéatose phospho- ' rée. Constatée dansun état aigu, l'existence de ces der- '^'.^/."J^, " rîi.M'n™^"- 'î|"c»'iiî!^™ ™îl! oiers doit éveiller l'atlen- '"°""' '^or"" •' R""i«ntîon sur la possibilité d'une intoxication par le phosphore.

3* Les cylindres cireux ressemblent à beaucoup d'égards aux cylindres hyalins, mais ils sont plus réfringents et présentent habituellement une coloration JaunMre ; ils sont aussi plus cassants et leurs bords sont souvent comme entaillés. Ils résistent plus que les cylindres hyalins aux réactifs, mais ils se colorent facilement par l'action des matières colorantes, en particuher par le carmin et surtout par l'iode, qui les teint en jaune brun. Les cylindres cireux se rencontrent surtout dans la néphrite interstitielle ; ils n'ont aucune

CllMOT. 19

- CyliHitrfi Allaient de In

1° D'une matiièro générale, l'importance clinique des cyliiiilres urinairesa OU- fort exagérée. Cène sont pas, autant qu'on l'a dit, (les messagers fidèles annonçant au clinicien l'étal anati)mi<ine du rein, des miroin réfléchissant les diverses lésions rénales. Formés dans les dernières parties de l'appareil des tubes urinifères, ils ne peuvent, en tout état <I« cause, rournirde renseignements que sur Tétat de cespartie^: j'ai insisté plus haut sur ce fait que les cylindres formés dans les lubos ciuitouniés ne peuvent probablement que raremeul passer dans l'urine.

2* Les cylindres hyalins peuvent se rencontrer à l'état nor" mal dans l'urine : indiqué déjà par M. Robin en 1833, ce fait a étéconfirmé par Axel Key, Itosenstein, et beaucoup d'autres auteurs ^1). Un les observe aussi dans des affections trèsdi-

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