ALBUMINES FONDAMENTALES DU SÉRUM
Telles sont les deux albumines fondamentales du sérum. Mais, des observations récentes de M. d'Arsonval tendent à établir que, dans certaines circonstances, le sang de la circulation générale contient dans son sérum certaines substances albuminoïdes, qu*on désigne sous le nom de peptones, et qui se trouvent en quelque sorte en permanence dans le sang de la veine porte. Suivant M. d'Arsonval, ce serait souvent après la saignée que l'existence des peptones dans la grande circulation serait facile à constater.
Messieurs,
Dans iiofrc dernière réunion, icvousaibiiiivemenlOnuméré lescundilions normales ou patliologiques dans lesquelles on peut reconnaître la présence de l'albumine dans les urinei;et, à ce propos, fiiisanL allusion à l'albuminurie normale lemporaire, donl les physiologistes se sont particulièrement occupés depuis quelques années, je vous rappelais les observations de MM. Leube et Edlelsen, relatives à des cas d'albuminurie transitoire survenant chez des soldats, consécutivement auï fatigues de l'exercice. Cette variété d'albumiimrie normalea été signalée égalemeni, pour la première fois, par M. le professeur Scmmola (de Naples), chez les débardeurs, chez les travailleurs de mine, etc. Le fait est assez Inléressant pour n'élre pas perdu de vue.
SBCRBTION DBS ALBUMINBS. 373
Puis, je me suis attaché à établir un parallèle entre les diverses espèces d'albumines qu'on distingue dans le sérum du sang et celles qu'on trouve dans les urines des albuminuriques. La conclusion qui est résultée de cette comparaison, vous ne l'avez pas oublié, est que toutes les variétés d'albumine que l'analyse chimique est parvenue à isoler dans l'urine des albuminuriques ordinaires, se retrouvent avec leurs caractères chimiques et physiques dans le sérum du sang normal.
Ce fait capital rend déjà très vraisemblable la proposition suivante : à part quelques exceptions absolument rares, toutes les albumines dont on constate la présence dans les urines, et qui nécessairement proviennent du sang, ne sont autres que les diverses albumines connues du sang normal, et le rein, qui les élimine, ne leur fait subir aucune modification physico-chimique appréciable. Dans un instant, nous verrons jusqu'à quel point cette proposition, fondée sur les caractères physico-chimiques, se trouve justifiée devant les faits physiologiques et pathologiques.
Actuellement, la première question qui se présente, et que nous devons essayer de résoudre, est la suivante : dans quelle partie de l'appareil urinifère s'opère la sécrétion des diverses variétés d'albumine qu'on trouve dans les urines ? D'après les travaux les plus récents, c'est, ainsi que je vous l'ai annoncé, par la voie du glomérule,et, à l'exclusion du labyrinthe, que s'opère cette sécrétion.
a) Je vous signalais l'autre jour que, contrairement à ce qui a lieu pour l'albumine du sérum, celle du blanc d'œuf cru, totalement étrangère d'ailleurs à la constitution du sang, passe dans les urines quand on l'ingère en assez grande quantité ou qu'on l'injecte dans les veines d'un animal. Il ne s'agit pas là, à proprement parler, d'un fait pathologique, car les animaux, pas plus que l'homme, ne souffrent de
tion glomérulaire, l'urée injectée peut-elle filre retrouvée Aam
la vessie.
Ce qui vient d'être dit à propos de l'albumine de l'teuf, on peut le répéter des peptones qui, elles aussi, suivant M. Nussbaum, passent dans les urines à l'état normal chez. la grenouille et sont sécrétées par le glomérule.
b) La mi^no expérience de M. Nussbaum, légèrement modifiée, peut être encore appliquée à la solution d'un autre problème. Celte fois, il ne s'agit plus de l'albumine du blanc d'œuf, mais bien de l'albumine mt^mc du sang passant dans les urines, c'esl-i-dire, qu'en pareil cas, OR est eu présence de* conditions de l'albuminurie vulgaire chez l'homme.
Vous n'avei pas oublié la fameuse expérience d'Overbeck.
▲LBUMINURIB CARDIAQUE. 375
OÙ il s^agitdela ligature temporaire de Tartère rénale. La ligature ayant duré quelques minutes seulement, la sécrétion urînaire, d'abord supprimée, reparaît une demi-heure on trois quarts d'heure après rablation de la ligature. Or, la première urine qui psisse est rare et albumineuse. D'autre part, il est clair que cette albumine vient du sang, et il y a lieu de rechercher dans quelle partie du rein s'est faite la filtration. La question peut être résolue expérimentalement encore chez la grenouille.
Après avoir lié l'artère rénale, on injecte dans le sang une certaine quantité d*urée qui passe naturellement dans la vessie. Tant que la ligature subsiste, celte urine ne contient pas d*albumine. Mais, si l'on enlève la ligature, pendant les quatre ou cinq heures qui suivent cette ablation, les urines contiendront, en outre de Turée, de l'albumine. Contrairement à ce qui a lieu chez les mammifères, on peut, vous le voyez, chez la grenouille, localiser avec précision le point où se fait la sécrétion de l'albumine et montrer que cette sécrétion s'effectue par le glomérule, sans participation aucune des canaux du labyrinthe, lesquels cependant, malgré la ligature de l'artère, fonctionnent à leur façon, c'est-à-dire en éliminant l'urée.
c)Nous retrouverons d'ailleurs, Messieurs, dans la pathologie de l'homme, plus d'un exemple propre à montrer cette indépendance qui, dans l'albuminurie, peut exister entre 1^ fonctionnement du glomérule et celui des canaliculi contorti, A titre d'espèce de ce genre, je puis citer cette sorte d'albuminurie qu'on peut désigner sous le nom de cardiaque et qui survient lorsque, parsuite d'asyslolie, la pression baisse dans le système artériel, tandis qu'elle s'élève, du moins relativement, dans le système veineux. Alors, les urines sont rares, foncées en couleur, d'un poids spécifique de 10-35 et 1040 (supérieure par conséquent à la normale), et elles renferment une certaine proportion d'albumine. Mais, le fait important dans l'espèce, c'est que Turine des vingt-quatre heures étant recueillie, on trouve que la proportion d'urée et d'acide urique s*y élève au moins au taux normal. Ainsi tandis
Mais, voici l'indical ion sommaire des résultats obtenus par une mélliode dilTércnte de ccllo ((n'a mise en œuvre M. Nussbauni. Ces résiillals, mninsdûcisifsqire les pn'Cédenls. offrent cependant lin grand iiitérût, car ils concernent des animaux supérieurs. Je fuis allusion aux observations récentes el presque simnlUinées de MM. Itîbb?rt, Posner cl Litton, observalion^ d'ailleurs absolument cnnrordanles.
a) Lorsqu'on pratique chez, le chien ou le lapin l'expérience d'Overbeck, con.iistant dans la lifrature temporaire de Tarière rénale, l'albuminnrie se produit dans les conditions que vous savez. Or, si le* reins provenant d'un animal soumis à ce genre d'expérience sont, peu après le début de l'albuminurie, arrachés rapidement de l'abdomen et jetés immédiatement dans de l'eau bouillanle, on comprend que l'albumine qui traverse le rein, étant coagulée, se fixe en quelque sorte dans le lieu mûme où elle aura été sècrélée:
BXPBRIBNCBS DB RIBBBBT, P03NUB, LITTBN. 377
et voici, en effet, ce qu'on trouve : la capsule glomérulaîre qui, dans les conditions normales, est toujours appliquée contre la houpe vasculaire du glomérule, en est ici séparée par une masse amorphe, transparente, granuleuse, qui la distend. Cette substance présente d'ailleurs tous les caractères de l'albumine coagulée. En même temps on remarque — et cela surtout quand la ligature a été maintenue pendant un temps relativement long — que répithélium glomérulaîre a subi toutes les modifications décrites par Langhans et que cet auteur rapporte à l'inflammation aiguë (épaississèment, au voisinage du noyau, du protoplasme de la cellule, lequel fait en ce point saillie sous forme de promontoire dans la cavité du glomérule). Sans doute, une certaine quantité de celte matière amorphe se rencontre toujours aussi dans quelques-uns des canaux du labyrinthe ; mais comme l'épithélium y est intact, il y a tout lieu de penser que c'est par le glomérule d'abord que l'albumine a filtré et que c'est consécutivement qu'elle s'est répandue dans les canalicules.
à) Les mêmes obsen'ations ont été faites dans les cas d'albuminurie artificiellement produite chez les animaux par l'injection du blanc d'œuf cru. Là encore, on reconnaît que cette sorte d'albumine est sécrétée par le glomérule et non par les canalicules. Il est bien entendu que des expériences de contrôle ont été instituées qui démontrent que, dans l'état normal, tant chez l'homme que chez les animaux, lorsqu'il n'existe pas d'iilbiiminurie, le coagulum ne se voit jamais dans la cavité de la capsule.
C'est là, remarquez-le bien, dans l'espèce, un fait capital, parce qu'il renverse définitivement la théorie physiologique proposée par MM. v. Wittich et Kiiss. Vous savez que d'après ces auteurs, dans les conditions de la sécrétion normale, l'urine filtrée par le glomérule entraîne avec elle toutes les parties contenues dans le plasma du sang, y compris l'albumine. Mais cette albumine ne passe jamais dans les urines. Elle est reprise, chemin faisant, dans son trajet, à travers les canali-
ralbumine esl prùscnlc dans la cavilé d'un curlain nombre de capsules.
d) Les recIiercliL'S faites récemment par MM. Brovviciet Coriiil sur li?s allt-rations que priisenlenl les reins chei les animaux empoisonnés par la caiitharide, peuvent être rapprochées (les ub^en'alions qui précèdent. Il s'agil, en pareil cas, vijus 11! savez, d'une inflammation suraigut-, et l'albumine, <|ui passe dans les urines y est accompagnée d'éléments (leucocytes et liématies) qui témoignent de la nature du processus. Or, si le rein est examiné \0 minutes seulement après l'injection sous-cutanée de la cantharide, on trouve déjà l'exsudcit alliumincux dans la cavité du ^lomérule et il y a tout lieu de croire, d'après la relation détaillée des faits, i|ue c'est là, dans le glomérule, que se dépose en premier lieu l'exsudat et que c'est secondairement seulement qu'il passe dans les canaux du labyrinthe.
CONDITIONS PATHOOÉNIQUBS DE L'aLUUMI NUBIE. 379
Ainsi, Messieurs, vous le voyez, en nous basant sur les documents qui précèdent, nous sommes conduits à établir en principe que c^est en toute circonstance par la voie du glomérule et sans participation du labyrinthe que Talbumine est éliminée.
Munis des connaissances anatomiques, physiologiques et pathologiques que nous avons recueillies chemin faisant daus nos précédentes éludes, nous sommes maintenant en mesure d*aborder, avec quelques chances de nous y orienter convenablement, la question éminemment difficile, compliquée, obscure entre toutes, qu*on trouve traitée dans les auteurs sous ce titre : des conditions pathogéniques de Palbuminurie.
Les conditions pathogéniques invoquées par les auteurs pour expliquer le passage de Talbuminc dans les urines aibuminuriques peuvent être ramenées, quelque nombreuses qu'elles soient, à trois chefs principaux : 1** Tantôt on invoque une altération préalable de la crase du sang, dont ra>buminurie serait la conséquence immédiate ; — 2^ tantôt c'est un trouble de la circulation locale du rein ; — 3* tantôt c'est une modifîcation anatomique survenue dans les éléments épithélieux de la glande rénale. — A chacun de ces groupes correspond une théorie. Or, quelques auteurs éclectiques admettent la validité des trois systèmes et appliquent tantôt Tun, tantôt Tautre, suivant le cas, à Tinterprétation des faits. Mais d'autres, plus exclusifs, s'attachent à l'un de ces systèmes et l'appliquent à tous les cas, quels qu'ils soient.
Nous allons passer en revue ces théories diverses et rcchercher, en particulier, jusqu'à quel point elles sont conformes aux données physiologiques que nous avons exposées.
a) La première théorie que nous aurions à considérer est celle de Yalbinurie hématogène. C'est ainsi qu'elle est dénommée par M. Stokvis dans un travail très important intitulé :
expiirience^, failcs d'une maniorc très sommaire du re=fe, par Ips premiers observateurs: 1" ou bien la quantité d"eaii injecti'fi C'Iait ctinsidô cable et l'injection rapide. En pareil cas, il y avait éléviiliou bru -que delà ten^ii)n arti-riclle. (Juelques-uns des vaisseaux du rein étanl soudainement dii^tendus, se brisaient et laissaient échapper du sang en nature, et, ainsi, provoquaient l'albuminurie ; 2" ou bien l'injection d'eau, abondante encore, était faite par petites doses. Dans ce cas, par le fait de l'action de l'eau sur les globules, ceux-ci s'altéraient et laissaient échapper l'hémoglobine qui se mêlait au siirum. Or, celle hémoglobine est une substance albuminuïdc particulière qui filtre à travers les membranes, tout aussi facilement que l'albumine du blanc d'œuf. On no doit pas être étonné, par conséquent, de la voir, après dissolulion des globules rouges, passer très aisément dans le?
(1) Journal dtméd. de Bruxelles, 18CT, xuv.
HKMOOLOBINUttIB. 3S1
orines. Lorsque pareille chose a lieu, ce n*est pas de Talbumiourie proprement dite qu'il s*agit^ mais bien de Yhématinw'iey comme disait Yogel» ou mieux de Thémoglobinurie, comme on dit aujourd'hui. Ces urines sont colorées de diverses façons, tantôt en rouge vif, tantôt en rouge sombre, presque noir. Elles sont coagulables par la chaleur et Tacide nitrique comme Talbumine du blanc d'œuf, mais le précipité se redissout par un excès d'acide. L'hémoglobine, d'après ce caractère, se distingue déjà de l'albumine vulgaire. Ajoutons que l'analyse spectrale révélerait dans de telles urines la bande particulière qui est propre à l'hémoglobine.
Dans ces expériences d'injection d'eau suivie d'hémoglobinurie, la dilution du sang est poussée fort loin et se présente dans des conditions telles qu'on ne les observe jamais chez l'homme. D'ailleurs, si, chez un animal, l'eau est injectée en petite quantité, par petites doses, avec précaution, jamais, d'après les expériences de Stokwis et de Weslphal, les urines ne contiennent ni albumine ni hémoglobine. Il est vraisemblable, d'après cela, que Talbuminurie, ou mieux l'hémoglobinurie par dilution du sang, n'existe pas chez l'homme, mais je dirai, en passant, qu'elle se produit assez fréquemment chez lui dans d'autres conditions pathologiques ; ainsi, dans les maladies fébriles, graves, accompagnées d'accidents typhoïdes, avec putriditéy comme disaient les anciens, dans la dothiénentérie, dans la scarlatine, l'ictère grave, ou encore l'empoisonnement par l'acide sulfhydrique ou l'hydrogène arsénié. L'étude de l'hémoglobinurie, longtemps négligée, a été reprise dans ces derniers temps, surtout en Allemagne, et, depuis une dizaine d'années, les recueils médicaux de ce pays renferment fréquemment des exemples de ce genre. Tout récemment encore le Journal hebdomadvtre de clinique de Berlin (1) publiait un cas fort inté-
(«] 3 mai 1880.
QUATRIÈME LEÇON
DesoonditioDspathogéniqnesde ralbmninurie. Théo riehématogène et théorie mécanique.
SoinfAiRB. — Albuminorie hématogène ethydrémic expérimentale; hémoglobinurie. — Modification supposée de Talbumine du sang ; les lésions rénales semient consécutives. — Théorie de M. Semmola, basée sor l'hypothèse d*un vice général de la nutrition. — Tentatives de Mialhe pour établir les caractères différentiels de ralbumine de Turine et de ralbumine du sang. — Recherches de Becquerel et Vemois concluant àndentiié.
Expériences de Stokvis démontrant que Talbuminurie ne peut pas dépendre d'une mndiflcaiion chimique ou physique du sang. — Albuminuries anormales : Travaux récents de M. Lépine. — Albuminurie latente.
Théorie mécanique : Augmentation de la pression sanguine intra-gloméralure. — Diminution de lu pression. — Artériosténoseet phlébosténose. — L^ pression n'est pas l'élément physique le plus propre à favoriser la transsudation. — Influence de la diminution de vite^«se du courant sanguin et de Tanoxbémie qui en résulte, sur les phénomènes osmotiques dans le glomérule. — Exemples chimiques propres à démontrer la réalité de cette influence. — Urines cardiaques.
Messieurs,
Ainsi que je Tai dit dans la dernière leçon, les conditions patfaogéniques invoquées par les auteurs pour expliquer le passage de Falbumine dans les urines peuvent, quelque nombreuses qu'elles soient, être ramenées à trois chefs principaux : 1® tantôt on invoque, en effet, une altération préalable de la crase du sang, altération dont l'albuminurie serait la conséquence pour ainsi dire immédiate ; 2^ tantôt on invoque un trouble de la circulation générale ou un trouble de la circulation locale du rein : 3® enfin, on fait intervenir une
ordres de faits.
Actuellement, nous devons coiicenlrLT notre allenlion sur l'iilbuminurepropremenl dite, et rechercher si cl le ne se présente jamiiii ciminie conséquence immédiate d'une altération primordiale du âang.
C'est «ne opinion très ancienne déjà, que, dans la maladie de Brighl, en général, et dans la majorité des albuminuries dites fonction nclles ou transitoires, la cause du passage doit C'tre cherchée, non danj une altération du parenchyme rénal non plus que dans un trouble circulatoire, mai$ bien dans une alléraliun préalable que subirait l'albumine du sang. Celte albumine altérée, modifié-e dans sa conslitution chimique, jouerait dans l'organisme le rùlc d'un corps
THBORIB DB M. SBMMOLA. 385
étranger. Yoili^ le fait primordial. En conséquence, cette albumine non assimilable serait rejetée par le rein. Voilà le fait secondaire.
Conformément à cette théorie, les lésions du rein qu'on rencontre habituellement dans les albuminuries de quelque durée, ne seraient donc pas le phénomène initial ; elles ne se produiraient qu'à la longu«', en conséquence de la persistance du trouble fonctionnel ; elles seraient, en tout cas, an fait subordonné, consécutif. Canslatt est peut-être le premier qui, dans son Traité de pa'holngie, qui date de 1845 ait formulé celte opinion, et il n'est pas hors de propos do rappeler les termes dont il s'est servi : « 11 y a, dit-il, beaucoup d'arguments qui tendent à prouver que la cause de tous les symptômes dans ralbuminurie doit être cherchée dans une disposition anormale, spécifique de l'albumine du sang. Celle disposition qui consiste probablement dans une qualité imparfaite de celte substance, a pour effet de dérober Talbumine à sa destination assimilalrice et de la tourner vers les reins pour y être excrétée. » Voilà des termes un peu vagues sans doute. Ils deviennent plus précis dans la bouche de l'auteur très recommandable qui, le dernier et tout récemment, a combattu en faveur de cette théorie. C'est de M. le professeur Semmola (de Naples) que je veux parler : « L'albuminurie, dit-il, dans la maladie de Bright, répond à un vice général de la nutrition, par suite duquel l'albumine étant devenue incapable d'être assimilée doit être éliminée par le rein, comme une substance étrangère à l'organisme...; en effet, il existe un rapport frappant entre les réactions de l'albumine de l'urine et celles de l'albumine du sérum, chez les albuminuriques par maladie de Bright ; et, puisque ces réactions ne sont pas les mêmes que celles de l'albumine du sérum physiologique, il est évident que la constitution de l'albumine du sang, dans la maladie de Bright, est plus ou moins profondément modifiée et diffère de lalbumine normale. »
Des hommes éminents, tels que Proust et Graves, ont résolument adopté cette manière de voir ; Bright lui-même semble ravoir un instant admise ; parmi les contemporains, il est
Cbarcot. Tô
au miiiiH cace qui conccnie Imirs caraclùrcs chimique; ; ilétublircnt également que ces albumines diffèrent tolalcraeri! lie l'albumine de IVeuf, ù laquelle M. Mialhe avait à tori compariî l'albumine du sérum.
Tous les auteurs n'-cenls ont reconnu la validilê dea observations de Becquerel. Slokvis en parliculier a beaucoup insisté sur les caraclères qui permetlenl d'assimiler l'albuniini' des urines albuminuriques à la serine normale, et de la distinguer nettement de l'albumine de l'œuT, substance étrangère au Sitii^ dans l'organisme sain.
Pour ceux d'entre vous qui désireraient reproduire les réactions relatives à cette distinction fondamentale, je croi= devoir rappeler dan* quelles conditions il faut procéder pour oblenirdes résultats décisifs. Les solutions albumineuses que l'on veut comparer ne diùvent être ni trop ni trop peu concentrées, c'est-à-dire qu'elles doivent contenir de 2 ù Û,iO 0,0
EXPERIENCES DE STOKVIS. 387
d'albumine. Dans une solution plus concentrée, un excès d'acide ne suffirait pas pour dissoudre Talbumine du sérum ; et dans une solution plus étendue, Talbumine de Tœuf précipitée pourrait ne pas être redissoute. La quantité d'acide qu'il convient d'ajouter doit représenter trois ou quatre fois le volume du liquide à examiner. Dans ces conditions, la réaction est prompte, et, au bout de quelques minutes, on peut voir, dans Téprouvctle qui contient la serine, le liquide tout à fait transparent, tandis que, dans celle qui contient l'albumine de l'œuf, il se forme à la surface une condensation jaunâtre qui représente le précipité non redissous. — C'est surtout à l'aide de ce procédé que M. Stokvis a examiné un très grand nombre d'urines albumineuses de diverses provenances et qu'il a reconnu que, sans exception, l'albumine de ces urines offre identiquement les mêmes caractères que la serine normale.
Par conséquent, Messieurs, on devait «Hre fondé à dire» d'une façon générale, qu'à ne considère?* que la réaction chi^ mique^ l'existence d'une altération de l'albumine du sang, dans les divers cas d'albuminurie organique ou fonctionnelle, est tout à fait hypothétique, puisque l'albumine des urines, en pareille circonstance, ne diffère en rien de la serine du sang normal.
Mais il ne suffit p:\s, suivant M. Stokvis, d'avoir établi ce premier fait ; il faut démontrer en outre que l'albumine des urines albuminuriques jouit des mêmes propriétés physiologiques que la serine du sang normal. Voici ce qu'il faut entendre par là. L'albumine de l'œuf, qui se distingue chimiquement de la serine, s'en distingue aussi parla propriété qu'elle a de traverser le rein dans les conditions normales ; c'est donc là, au premier chef, un corps étranger pour l'organisme, et, à ce propos, on peut remarquer que cette albumineinjectée dans le sang passe non seulement à travers l'épithélium du rein mais encore à travers celui des glandes salivaires. Vnt) expérience remarquable, très propre à montrer jusqu'à quel point cette albumine est peu assimilable, consiste à rendre un chien albuminurique en lui injectant du blanc d'œuf
blement rendu albumînurique par une injeclion d'urine provenant d'un autre chien aiifjwol on avait transfusa du blanc d'œuf. Or, rlipz ce cliîoii, ra!liiuniiu,' rendue par le mnlade ne [las.tc pasdiins les urines.
Kn second lieu, de l'albumine du sanfî provenant de malades albumiunriqucs est injnctije :-ans succès dans le sang de quelques animaux ; cl il en est dr- mi''me de la scrosité péritnnéale cl |ilcuralc de malades alloinls d'anasarriiie brighliqne.
Ainsi, vous le viiyen, celle albumine soi-disanl altérée du -!ang, dont la préseucc est irivfn|uûe comme une condition nécessaire par les partisans de la tliéorie bématogène, ne >:c comporte ni iiliy-iiologiimcmenl ni chimii^iicjnent comme l'albumine iuassimilable du blanc d'œuF. Kllc ne se distingue -lU contraire de la serine du sang norm.il par aucuns caractères chimiques ou |)liysiolof;ii]ues. De tout cela. M. Stokvis i-onclul que la cause de l'élimination de l'albumine ne peut
ALBUMINUBIB LATKNTU. 389
pas résider dans une modilication de la constitution chimique ou physiologique du sang. Cette conclusion, Messieurs, je n'y contredis pas absolument. Toutefois, je ferai remarquer que, très récemment, on a trouvé, dans des circonstances à la vérité fort rares, et assez mal déterminées, des albuminuries dites anormales, en ce sens que l'albumine de Turine y diffère notablement, au moins par ses caractères chimiques et physiques, des albumines connues . du sérum du sang.
On sait, par exemple, que, chez les sujets atteints du mal de Bright, les urines rendues après les repas sont plus riches en albumine que celles qui sont rendues dans les intervalles ; que même quelques malades ne rendent d'albumine qu'après les repas. Parkes, Gubler et Pavy ont insisté sur ces faits.
Pour expliquer cet accroissement temporaire de la proportion d*albumine, Gubler admet qu'elle résulte d'un accroissement également temporaire de la quantité d'albumine dissoute dans le sang. D'autres invoquent une augmentation momentanée de la pression artérielle. Ce sont là deux hypothèses fort difficiles à défendre. Parkes, de son côté, prétend, sans le démontrer, que celle albumine de l'albuminurie alimentaire est qualitativement difîérenle de celle de l'albuminurie vulgaire.
Les recherches entreprises à ce sujet par M. Lépine ont démontré que l'albumine de l'urine de la digestion, chez les albuminuriques, présente en effet des caractères spéciaux : l*Elle diffuse mieux que l'urine du jeûne ; 2® soumise, parallèlement à cette dernière, à l'influence de la digestion artificielle, elle se transforme beaucoup plus vite en peptone.
Ainsi, non seulement, chez les albuminuriques, l'urine de la digestion est plus riche en albumine, mais elle contient une albumine d'une autre qualité. Or, on ne peut se refuser à admettre ici que cette albumine modifiée vient du sang ; et il est clair que ce n'est pas dans le rein lui-même qu'elle a subi cette modification. Donc, c'est une albumine préalable-
soumol à une coclion également prolongt'e, s'est Iransformct^ en pejUnnes, le.'iquclles passent ensuite dans k'^
On pourrait encore citer ([uelques autres exemples ijii même genre, plus ou muins fivorubles à la lh^■o^ie liématogène. Maiit, en somme, tous ces fails ne constituent qu'un groupe fort restreint, el l'on conçoit que jusqu'à preuve du contraire, les conclusions de Slokvis restent les plus séduisantes.
C'en est assez pour la théorie hûmalo^ènc. Celle que nous allons maintenant discnlor csl, ù l'inverse do lapi-écédente,
THÉORIE MBCANIQUU. 391
considérée par la majorité des auteurs, comme ayant une portée très générale. On l'appelle théorie mécanique^ parce qu'elle invoque pour cause un trouble de la circulation générale ou de la circulation locale dans le rein, amenant dans les vaisseaux de cet organe, une modification par excès de la pression sanguine.
Cette théorie courante, si Ton peut ainsi dire, semble, au premier abord, reposer sur un grand nombre de faits indiscutables. Mais si Ton y regarde d'un peu près, on reconnaît bientôt que, dans les termes où elle vient d'être formulée, elle ne repose pas sur des assises aussi solides qu'on pouvait le croire.
Il paraît simple et facile, en effet, de rapporter, comme le font aujourd'hui bon nombre d'auteurs, l'albuminurie à une augmentation de pression survenue dans le glomérule, soit par le fait d'une slase veineuse, soit par le fait d'une fluxion artérielle. Mais, nous allons voir, dans un instant, qu'une augmentation de pression dans les vaisseaux du rein ne suffit pas pour produire l'albuminurie, et que dans les cas où il y a à la fois augmentation de pression (+ P) et albuminurie, il y a toujours intervention d'un autre élément qui paraît jouer le rôle capital. — D'un autre côté, il est des cas où très certainement l'augmentation de pression ne peut être invoquée. L'albuminurie survient alors dans (des conditions où l'abaissement de la pression glomérulaire — P) est évidente.
Les cas du dernier genre sont môme assez nombreux pour que M. Riineberg, renversant, dans un travail récent, l'ordre de chose établi, ait cru devoir substituer à la théorie de la pression augmentée, comme cause d'albuminurie, ce qu'on pourrait appeler la théorie de la pression diminuée.
M. Rûneberg se base d'abord sur des expériences de physique qui démontreraient, contrairement à ce que l'on a admis jusqu'ici, que la filtration des substances albuminoïdes et des émulsions, en général, est d'autant plus abondante
et plus snuvenl encoie i|ue celle-ci, esl une condition de pas- Nige de l'albumine ilanis Jes uriin'?.
Cil [H'cmier lieu, il importe de fain.' ressortir que l'on cun>idùrc ù tort comme une loi générale, que les parois des capillaires se laissent traverser par une proportion plus considérable de Iranssudals quand la pression du sang augmente dans ces vaisseaux, .\in3i, en dehors du rein, on peut ciler l'expérience fort remarquable de Ludwig et Pasctiutin qui consiste en ceci : on coupe toutes les branches du plexus brachial qui se rendent à l'un des membres antérieurs d'un chien. Puis, on irrite la moelle épiniérc de manière à rendre la pression sanguine énorme, en général, et plus particulièrement dans le membre dont les vaso-moteurs ont été section-
AHTBBIOSTKNOSE. 293
Dés. Eh bien I malgré ces conditions, en apparence si favorables, il ne s*épanche pas dans ce membre plus de lymphe qu'il n'y en a dans les conditions normales.
Mais il n'est pas nécessaire d'aller chercher des termes de comparaison en dehors du rein. 11 existe un certain genre d'expériences où les troubles artificiellement portés à la circulation de cet organe sont observés dans leurs rapports avec la production de l'albuminurie ; et les faits pathologiques offrant une signification du même genre ne font certes pas défaut non plus.
Il faudra distinguer, dans l'exposé qui va suivre, les cas où le trouble circulatoire ne concerne pas le rein en particulier mais le système vasculaire en général, et ceux, au contraire, où il s'agit d'un trouble partiel de la circulation limité au rein.
!• Considérons d'abord le cas où la circulation locale du rein est modiGée par artério-sténose. Dans l'expérience tant de fois citée d'Overbeck, il ne peut s'agir d'une augmentation de la pression sanguine à l'intérieur du glomérule. En effet, dès que la circulation se rétablit, les urines sont rares et albumincuses.
Le résultat est peut-être encore plus remarquable lorsque, au lieu d'une ligature temporaire, mais complète, on produit un simple rétrécissement de Tarière, qu'on augmente ou qu'on diminue à loisir au moyen d'un instrument spécial. En pareil cas, le sang est ralenti, mais il persiste pendant toute Texpérience. Or, si le rétrécissement est considérable, l'urine cesse de couler ; si on le diminue, Turine apparaît, mais rare et albumineuse. Nous verrons dans un instant l'application qu^on peut faire de cette expérience à la théorie de l'albuminurie cardiaque. Actuellement, je me bornerai à relever ce fait que les conditions du passage de l'albumine peuvent être représentées ici par la formule : — P — V (P signifiant pression, et V vitesse) ; c'est-à-dire que la pression sanguine diminue dans le glomérule en même temps que le cours du sang y est ralenti. En un mot, il y a
adluer dans le glomérule. La situation peut donc Être re-
pri'-iienlée ici par la formule ^iiiivanfe : -|- P — V, la circulaliniiL'tiint lividomment ralentii.' comme dans le cas pri'Ci!'fteiit.
Par constjiiiipiil, Mcssiruri, vous voyo/. <nic, dans des cirt'onslanccs très opposées oi'i un (rouble do la circulation avec-f-P ou — P produit de l'albuminurie. l'élément conslant est — V, c'est-à-dire le ralentissement du cours du .sanjiç ; ce qui revient à dire que les conditions qui produisent la sécrétion de l'alhuminesont les mémos que celles qui, suivant la physiologie, diminuent la sécrétion de l'eau ; et en cfîel, voui voyez, dans toutes les observations d'albuminurie survenue en conséquence d'un (rouble circulatoire rénal, la quantité d'eau diminuer.
lin pathologie, on retrouve reproduites eu assez grand