‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 122 sur 723 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Grofez-moi, vous n'y perdrei Troorez senlemeiil le moyen De me sohrre en ma destinée ()n de fiUage', OQ d'hyménée; Et tenez pour diose asBorée Que, si je ne tous fols da hien, Je solide près éclairée.

Qoeœ ftt OQ non son dessein , Pwraesenrir d*Hîspal il fellait tout promettre. Dès qu'il troinre à propos de se mettre en chemin , Lm&nle pour Zalr le charge d*mie lettre. Il s'embarque, il fint voile; il vogue, il a hon vent. Daime àla oonr, où chacun lui demande

S'Q est mort , s'il est vivant ,

Tant la surprise fut grande; Eocpels lieux est Tinfente , enfin ce qu'elle foit.

Dès qu*il eut à tout satisfidt , I

Od fit partir une escorte puissante.

Hapsl fiit retenu; non qu'on eût en effêt

Le moindre soupçon de rinfante. LedKfde cette escorte était jeune et bien fidt Abofdé près dn parc , avant tout il partage Si troupe en deux , laisse Tune au rivage;

Va àoitavec Fautre au château.

Labeauté de Tinfonte était beaucoup accrue : D en devint épris à la première vue ; Hais Idlement épris , qu'attendant qu'il fît beau , Poorne point perdre temps, il lui dit sa pensée.

Elle s'en tint fort offensée ,

Et l'avertît de son devoir.

TéoMigiier en tel cas on peu de désespoir

Est qoelquefois ime bonne recette.

Cest ce que fiât notre homme :il forme le dessein

De se laisser mourir de feim; Car de se poignarder la chose est trop tôt faite :

On n*a pas le temps d'en venir ^ An repentir.

D^abord Aladel riait de sa sottise.

Ub jour se passe entier , lui sans cesse jeûnant ,

Elle toujours le détournant

D'one si terrible entreprise, le second jour commence à la toucher.

EUe rêve à cette aventure :

l^ÛKr mourir un homme , et pouvoir l'empèchef I

C'est avoir l'âme un peu trop dure.

Par pitié mit elle condescendit

Aux volontés dn capitaine,

Et cet offioe loi rendit ^^"■ow&t, de bonne grâce, et sans montrer de peine : ^o^Rownt le remède eût été sans effet.

Tandis que le galant se tnmve satisAdt , Et remet les autres aflbdres , Disant tantôt que les vents sont contraires , Tantôt qu'il feut radouber ses galères - Pour être en état de partir; Tantôt qu'on vient de Tavertlr Qu'il est attendu des ciyrsaires :

Un corsaire en effet arrive ; et surprenant

Ses gens demeurés à la rade , Les tue , et va donner au château l'escalade : Du lier Grifonio c'était le lieutenant.

n prend le château d'emblée.

Voilà la fête troublée.

Le jeûneur maudit son sort.

Le corsaire apprend d'abord

L'aventure de la belle ;

Et , la tirant à l'écart ,

n en veut avoir sa part. .

Elle fit fort la rd)ëlle.

D ne s'en étonna pas ,

N'étant novice en tel cas.

Le mieux que vous puissiez fbire ,

Loi dit tout fhmc ce corsûre ,

C'est de m'avoir pour ami ;

Je suis corsaire et demi.

Vous avez fidt jeûner un pauvre misérable

Qui se mourait pour vous d'amour ;

Vous jeûnerez à votre tour ,

On vous me serez favorable.

La justice le veut : nous autres gens de mer Savons rendre à chacun selon ce qu'il mérite ;

Attendez-vous de n'avoir à manger Que quand de ce côté vous aurez été quitte. Ne marchandez point tant, madame , et croyez-moL Qu'eût hïi Aladel ? force n'a point de loi. S'accommoder à tout est chose nécessaire. Ce qu'on né voudrait pas , souvent il le feut foire, Quand il plaît au destin que l'on en vienne là ; Augmenter sa souffiranoe est une erreur extrême : Si par pitié d'autrui la belle se fbrça , Que ne point essayer par pitié de soi-même? Elle se force donc, et prend en gré le tout, n n'est affliction dont on ne vienne àbout.

Si le corsaire eût été sage , n eût mené Tinfante en un autre rivage.

Sage en amour f hélas I il n'en est pofait . Tandis que oelni-d croit avoir tout à point ,

Vent pour partir , lien propre pour attendre , Fortune, qui ne dort que lorsque nous veillonSi Et veille quand nous sommeillons, Lui trame en secret cet esclandre.

CONTES ET NOUVELLES

Le seigneur d'un diâteaa voisin de celoi-ci , Homme fort ami de li joie , Sans nulle attache , et sans soud Que de chercher toujours quelque nouyelle proie , Ayant eu le vent des beautés , Perfections , commodités , Qu^en sa voisine on disait être , Ne songeait nuit et jour qu'à s'en rendre le maître : 0 avait des amis, de Targent, du crédit ,

Pouvait assembler deux mille hommes, n les assemble donc un beau jour , et leur dit :

Souffrirons-nous , braves gens que nous sommes , Qu'un pirate à nos yeux se gorge de butin , Qu'il traite comme esclave une beauté divine ? Allons tirer notre voisine D'entre les griffes du mâtin.

Que ce soir chacun soit en armes , Mais doucement et sans donner d'alarmes : Sous les auspices de la nuit, '

Nous pourrons nous rendre sans bniit Au pied de ce chAteau , dès la petite pointe

Du jour.

La surprise à Tombre étant jointe Nous rendra sans hasard maîtres de œ s^oor. Pour ma part du butin je ne veux que la dame : Non pas pour en user ainsi que ce voleur ;

Je me sens un désir en TAme De lui restituer ses biens et son honneor. Tout le reste est à vous, hommes, dievaux, bagage. Vivres , munitions , enfin tout Téquipage Dont ces brigands ont empli la maison.

Je vous demande encore un don ; Cest qu'on pende aux créneaux , haut et court , le

(corsaire.

Cette harangue militaire Leur sut tant d'ardeur inspirer , Qu'il en fUlut une autre afin de modérer Le trop grand désir de bien f^ire Chacun repidt , le soir étant venu :

L'on mange peu , l'on boit en récompense :

Quelques tonneaux sont mis sur eu.

' Pour avoir fiiit cette dépense , n s'est gagné plusieurs combats Tant en Allemagne qu'en France.

Ce seigneur donc n'y manqua pas ; Et ce fut un trait de prudence.

Mainte échelle est portée, et point d autre embarras, Point de tambours , force boas coutelas ; On part sans bruit , on arrive en silence. L'orient venait de s'ouvrir :

C'est un temps où le somme est dans sa violence. Et qui par sa fhddieur nous contraint de donnir.

Presque tout le peuple oonaire , Du sommeil à la mort n'ayant qu'on pas à faire,

Fut assommé tans le sentir.

Le chef pendu, l'on amène l'inftoite.

Son peu d'amour pour le voleur, Sa surprise et son épouvante , Et les civilités de son libérateur , Ne lui permffent pas de répandre des larmes. Sa prière sauva la vie à quelques gens. Elle plaignit les morts , consola les mooranto ; Puis quitta sans regret ces lieux remplis d' ' On dit même qu'en peu de temps Elle perdit la mémoire De ses deux derniers galants :

Je n'ai pas peine à le croire.

Son voisin la reçut en un appartement

Tout brillant d'or et meublé richement.

On peut s'imaginer l'oi-dre qu'il y fit mettre. Nouvel hôte et nouvel amant , Ce n'était pas pour rien omette :

Grande chète surtout , et des vins fort exquis : Les dieux ne sont pas mieux servis.

Aladel , qui , de sa vie.

Selon sa loi , n'avait bu vin , Goûta ce soir, par compagnie , J)e ce breuvage si divin.

Elle ignorait l'effet d'une liqueur si douce ;

Insensiblement fit carronsse ' :

Et comme amour jadis lui troubla la raison , Ce fut lors un autre poison.

Tous deux sont à craindre des dames.

Aladd mise au lit par ses femmes , Ce bon seigneur s'en Ait la trou ver tout d'un pas. Quoi trouver? dira-t^on; d'immobiles appas? Si J'en trouvais autant , je saurais bien qu'en foire, Disait Tautre jour un certam :

Qu'il me vienne une même afbdre , On verra si j^aurai recours à mon voisin. Baccfausdonc', et Morphée , et l'hôte de la belle,

Cette nuit dbposèrent d'elle.

Les diarmes des premiers disâpés à la fin , La princesse, au sortir du somme.

Se trouva dans les bras d'un homme.

La frayeur lui glaça la voix :

Elle ne put crier « et de crainte saisie Permit tout à son hôte , et pour uhe autre fois

Lui laissa lier la partie.

Une nuit , lui dit-il , est de m^aie<pïFS^t ; Ce n'est que la première à quoi l'on trouve à dire. Alaciel le crut. L'hôte , enfin se lassant , Pour d'autres conquêtes soupire.

* C'ert-à-dlre,bat Jnaqa'à oe qu'oa eAt Hdé les boutefllei, oa JiiMia*à perdre la nifoo. CarroiiMeert dérivé da mot allonarf garant OBarairai)» qui tlsiiifle fin , issuê, ruême , oa perte lotah.

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