II. LA MANDRAGORE
NOUTELLE TIEÉ£ DE MACHIAVEL '.
An présent conte on verra la sottise
D^un Florentin. Il avait femme prise,
Honnête et sage , autant qu'il est besoin ,
Jeune pourtant , do reste toute belle :
Et n'eût-on cru de jouissance telle
Dans le pays , ni même encor plus loin.
Chacun l'aimait , chacun la jugeait digne
D'un autre époux : car quant à celui-d ,
Qu'on appelait Nicia Calfticci ,
Ce fut un sot en son temps très-insigne.
Bien le montra lorsque , bon gré, mal gré ,
Il résolut d'être père appelé ;
Crut qu'il ferait beaucoup pour sa patrie
S'il la pouvait orner de Calfuccis :
Sainte ni saint n'était en paradis
Qui de ses vœux n'eût la tête étourdie ;
Tous ne savaient où mettre ses présents.
n consultait matrones, diarlatans ,
Diseurs de mots , experts sur cette affiiire :
Le tout en vain ; car il ne put tant foire
Que d'être père. Il était buté là ,
Quand un jeune homme , après avoir en France
Etudié , s'en revint à Florence ,
Aussi leurré * qu'aucun de par delà ;
Propre, galant , cherchant partout fortune,
Bien foit de corps, bien voulu de chacune.
n sut dans peu la carte du pays;
Connut les bons et les méchants maris ,
Et de quel bois se diauflkient leurs femelles %
Quels surveillants ils avaient mis près d'elles ,
Les si , les car, enfin tous les détours;
Conmient gagner les confidents d'amours ,
* Cert-è-dire,d'iiiie oomMie en dni actfli de ISachitfel« intitulée la MÊandragota. Vojei Opéré di Nidlolù itatskUneUi, 4SI3, ln-a>, t. V, p. 69-130.
* Tenue de baconoerie. qui veut dire bien drené: iliignilie idnné.
* BipieMioo pravertriale, pour dira quelle était leur oondoite, «1 oe qu'eilci étalent capaUei de firirb
Et la nourrice , et le confesseur même, Jusques au chien : tout y fait quand on aime; Tout tend aux fins , dont un seul iota N'étant omis , d'abord le personnage Jette son plomb ^ sur messer Nitia Pour lui donner Tordre de cocuage.
Hardi dessein ! l'épouse de léans % A dire vrai , recevait bien les gens ; Mais c'était tout , aucun de ses amants Ne s'en pouvait promettre davantage.
Celui-ci seul , Callimaque nommé , Dès qu'il parut fut très-fort à son gré. Le galant donc près de la forteresse Assied son camp, vous mvestit Lucrèce , Qui ne manqua de foire la tigresse A l'ordinaire , et l'envoya jouer.
Il ne savait à quel saint se vouer, Quand le mari , par sa sottise extrême , Lui fit juger qu'il n'était stratagème , Panneau n'était , tant étrange semblât , Où le pauvre homme à la fin ne donnftt De tout son cœur, et ne s'en affublât. L'amant et lui , comme étant gens d'étude, Avaient entre eux lié quelque habitude ; Car Niceétait docteur endroit canon :
Mieux eût valu l'être en autre sdence.
Et qu'il n'eût pris si grande confiance En Callimaque. Un jour ^ au compagnon U se plaignit de se voir sans lignée.
A qui la foute? 0 était vert galant, Lucrèce jeune , et drue , et bien taillée.
Lorsque j'étais à Paris , dit l'amant , Un curieux y passa d'aventure.
Je l'allai voir : il m'apprit cent secrets, Entre autres un pour avoir géniture; Et n'était chose à son compte plus sûre. Le grand Mogol l'avait avec succès Depuis deux ans éprouvé sur sa (femme : Mainte princesse et mainte et mainte dame En avaient fait aussi d'heureux essais.
Il disait vrai : j'en ai vu des effets. Cette recette est une médedne Faite du jus de certaine radne , Ayant pour nom mandragore ; et ce jus Pris par la femme opère beaucoup plus Que ne fit onc ' nulle ombre monacale D'aucun couvent de jeunes firères plein : Dans dix mois d'huit je vous fois (èfe enfin,
< Bzpranlon proTeiMale, pour dire bnne nn deiieiB.
> De ce losli, dece tten-U.
'Jamais.
4 D'aqJounTbuL