‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 137 sur 723 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Si rime des nomudiis la louait de beauté , HooDiea, fil disait-elle ; ah l ma sœor, soyez sage; Reconsidérez point des traits qui périront ;' Ceit terre que cela , les vers le mangeront. Ad reste , elle n'ayait au monde sa pareille

 manier un canevas , Filait mieux que Clothon , brodait mieux que Pallas , Tl^Haait mieux qu'Anchoe , et niaiate aatre merreille. Si sagesse, son bien, le bruit de ses beautés , Mais le bien plus que tout , y fit mettre la [iresse ; Car la belle était là comme en lieux empruntés , Attendant mieux , ainsi que Ton y laisse

Les bons partis , qui vont souvent

An moutier * sortant du couvent.

Vous saurez que le père avait , longtemps devant ,

Cette fille légitimée.

Calîste (c'est le nom de notre renfermée) Vent pas la def des champs, qu'adieu les livres saints.

n se présenta des blondins ,

De bons bourgeois , des paladins , Des gens de tous états , de tout poil , de tout âge. La belle en choisit un , bien fait , beau personnage ,

Dliumeur commode , à ce qu'il lui sembla ; Et pour gendre aussitôt le père Tagréa.

La dot fut simple , ample fut le douaire : La fille était unique , et le garçon aussi. Mais cène fut pas là le meilleur de Taffaire :

Les mariés n'avaient souci

Que de s'aimer et de se plaire.

Deux ans de paradis s^étant passés ainsi ,

L'enfer des enfers vint ensuite.

Tœ jalouse humeur saisit soudaineméit

Notre époux , qui fort sottement S'alla mettre en l'esprit de craindre la poursuite D*an amant qui sans lui se serait morfondu ;

Sans lui le pauvre homme eût perdu

Son temps à l'entour de la dame , Quoique pour la gagner il tentât tout moyen . Que doit foire un mari quand on aime sa femme?

Rien.

Void pourquoi je lui conseille De dormir, s'il se peut , d'un et d'autre côté.

Si le galant est écouté , Vos soius ne feront pas qu^on lui ferme l'oreille. Qoantà l'occasion, cent pour une. Mais si Dei<fiacours du blondin la belle n'a soud , ?0B8 le lui feites naître , et la chance se tourne.

YoiontîerB où soupçon séjourne

Cocuage séjourne aussi.

DamoD (C'est notre époux) ne comprit pas ceci. * Cflrt-à-dire, qai TOotie marier. Moutier on mouitier rigû-

Je Fexcuse et le plains, d'autant plus que Tombrage Lui vint par conseil seulement, n eût fait un trait d'homme sage , S'il n'eût cru que son mouvement.

Vous allez entendre comment.

L^enchanteresse Nérie Fleurissait lors; et Circé, Au prix d'elle, en diablerie N'eût été qu'à l'A B C.

Car Nérie eut à ses gages Les intendants des orages, Et tint le destin lié :

Les Zéphyrs étaient ses pages :

Quant à ses valets de pied , C'étaient messieurs les Borées , .

Qui portaient par les contrées Ses mandats souventes fois \ Gens dispos , mais peu courtois.

Avec toute sa sdence , Elle ne put trouver de remède à l'amour : Damon la captiva. Celle dont la puissance

Eût arrêté l'astre du jour Brûle pour un mortel , qu'en vain elle souhaite Posséder une nuit à son contentement.

Si Nérie eût voulu des baisers seulement , .

C'était une affaire fiiiie -, Mais elle allait au point , et ne marchandait pas.

Damon, quoiqu'elle eût des appas. Ne pouvait se résoudre à fausser la promesse

D'être fidèle à sa moitié .

Et voulait que l'enchanteresse

Se tint aux marques d'amitié.

Où sont-ils ces maris? la race en est cessée , Et même je ne sais a jamais on en vit. L'histoire en cet endroit est , sdon ma pensée ,

Un peu sujette à contredit.

L'hippogriffe n'a rien qui me choque l'esprit ,

Non plus que la lance enchantée ; Mais ced , c'est un point qui d'abord me surprit : n passera pourtant , j^en ai fait passer d^autres. Les gens d'alors étaient'd'autres gens que les nôtres t

On ne rivait pas comme en vit.

Pour venir à ses fins , l'amoureuse Nérie

Employa philtres et brevets , Eut recours aux regards remplis d'afféterie ;

Enfin n'omit aucuns secrets.

Damon à ses ressorts opposait l'hyménée.

Nérie en fut fort étonnée.

Elle lui dit un jour : Votre fidélité Vous parait héroïque et digne de louange;

* Nombn de fols.

CONTES ET NOUVELLES

Mab je Yondrais saToir oomment de son odté

Galiste en ose, et lai rendre le change. Quoi donc 1 si votre femme avait un fevori , Vous feriez l*homme chaste auprès d'une maîtresse? Et pendant que Caliste, attrapant son mari , Pousserait jusqu'au bout ce qu'on nomme tendresse ,

Vous n'iriez qu'à moitié chemin ?

Je vous croyais beaucoup plus fin , Et ne vous tenais pas homme de mariage. . Laissez les bons bourgeois se plaire en leur ménage ; C'est pour eux seuls qu'hymen fit les plaisirs permis. Mais vous , ne pas chercher ce qu'amours d'exquis ! Les plaisirs défendus n'auront rien qui vous pique I Et vous les bannirez de votre république I Non, non; je veux qu'ils soient désormais vos amis.

Faites-en seulement l'épreuve ; Us vous feront trouver Caliste toute, neuve

Quand vous reviendrez au logis.

Apprenez tout au moins si votre femme est chaste.

Je trouve qu'un certain Éraste

Va chez vous fort assidûment.

Serait-ce en qualité d'amant , Reprit Damon , qu'Éraste nous visite?

n est trop mon ami pour toucher ce point-là.

Votre ami tant qu'il vous plaira ,

DitNérîe, honteuse et dépite^:

Caliste a des appas , Eraste a dn mérite; Du cdté de l'adresse il ne leur manque rien ;

Tout cela s'accommode

Ce discours porta coup , et fit songer notre homme. Une épouse fringante , et jeune , et dans son feu ,

Et prenant plaisir à ce jeu

Qu'il n'est pas besoin que je nomme ; Un personnage expert aux choses de J'amom',

Hardi comme un homme de cour, Bien ftit , et promettant beaucoup de sa personne : Où Damon jusqu'alors availril mis ses yeux ? Car d'amis... moquez-vous; c'est -une bagatelle.

En est-il de religieux Jusqu'à désemparer, alors qne la donzelle Montre àdami son sein, sort du lit un bras blanc , Se tourne , s'inquiète , et regarde un galant En cent foçons , de qui la moins friponne Veut dire : S y fait bon , l'heure du berger sonne ' ;

Êtes-vous sourd? Damon a dans l'esprit Que tout cela s'est feit , du moins qu'il s'est pu faire. Sur ce beau fondement le pauvre homme bâtit

Maint ombrage et mainte chimère.

Nérie en a bientôt le vent ;

Et , pour tourner en certitude

* Poor dépitée, piqnée, filchée.

*f,'heure du berger, expreadoD proTerbia&e« pour dite l'oo* OMiOD et le moment hTonUe à l'amour.

Le soapçon et rinqmétude Dont Damon s^est coiffé si malheureusement ,

L'enchanteresse lui propose Une chose ;

C^est de se frotter le poignet D'ime eau dont les sorciers (mt trouvé le secret, Et qu'ils appellent l'eau de la métamorphose ,

Ou des miracles autrement.

Cette drogpe , en moins d'un moment , Lui donnerait d'Éraste et l'air et le visage,

Et le maintien , et le corsage , Et la voix ; et Damon , sous ce feint personnage , Pourrait voir si Caliste en viendrait à l'effet.

Damon n'attend pas davantage :

Il se frotte; il devient l'Éraste le mieux fait

Que la nature ait jamais fait.

En cet état il va trouver sa femme , Met la fleurette au vent * ; et, cachant son ennui,

Que vous êtes belle aujourd'hui!

Lui dit-il; qu'avez -vous , madame, Qui vous donne cetmr d'un vrai jour de printemps? Caliste , qui savait les propos des amants ,

Tourna la chose en raillerie.

Damon changea de batterie.

Pleurs et soupirs furent tentés ^

Et pleurs et soupirs rebutés.

Caliste était un roc; rien n'émouvait la belle. Pour dernière machine , à la fin notre époux Proposa de Targent; et la somme fut telle

Qu'on ne s'en mit point en courroux.

La quantité rend excusable.

Caliste enfin Tinexpugnable

Commença d'écouter raison ; Sa diasteté plia : car comment tenir bon

Contre ce dernier adversaire ?

Si tout ne s'ensuivit , il ne tint qu'à Damon ,

L^argent en aurait fait l'aflaire.

Et quelle affaire ne fait point Ce bienheureux métal , l'argent maître du monde? Soyez beau , bien disant ,. ayez perruque blonde ,

N'omettez un seul petit point; En financier viendra qui sous votre moustache Enlèvera la belle ; et dès le premier jour

Il ftira présent du panache ; Vous languirez encore après un an d'amour.

L'argent sut donc fléchir ce coeur inexorable. Le rocher disparut ; un mouton succéda ,

Un mouton qui s'acconunoda A tout ce qu'on voulut, mouton doux et Mouton qui , sur le point de ne rien refoser,

' C'eit-à-dire ^prodfgiielci propoi galiBlt.

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