‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 140 sur 723 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Cbaeoii te dit, et diacon 8*en tmt là :

Or de prêter à moins que sur Ixm gage,

Poiotde DOOTellç : on oublia les dons

Et le m^te , et les belles raisons

De Fédérk , et sa première vie.

Le prolestant ' de madame Clitie

N'eat dn crédit qu'autant qu'il eut du fonds.

Tant qui! dura, le bal, la comédie

Ne manqua point à cet heureux objet ;

De maints tournois elle fut le siiget ;

Faisant gagner marchands de toutes guises,

Faiseurs d*babits , et feiseurs de devises ,

Musiciens , gens du sacré vallon :

Fédéric eut à sa table Apollon.

Femme n'était ni fille dans Florence

Qui n'employât , pour débaucher le opeur

Du cavalier , Tune un mot suborneur ,

L'autre un coupd'osil, l'autre quelqueautre avance :

Mais tout cela ne foisait que blanchir.

Il aimait mieux Clitie inexorable

Qu'il n'aurait foit Hélène fevorable.

Conclusion , qu'il ne la put fléchir.

Or , en œ train de dépense efAroyable , il envoya les marquisats au diable Premi^ement ; puis en vint aux comtés , Titres par lui {dus qu'aucuns regrettés , Et dont alors on toait plus de compte. Delà les monts chacun veut être comte , Ici marquis, baron peut-être ailleurs.

Je ne sab pas lesquds sont les meilleurs ; Mab je sais bien qu'aveoque la patente De œs beaux noms on s'en aille au niaithé , L'on reviendra comme on était allé :

Prenez le titre , et laissez-moi la rente. Clitie avait aussi beaucoup de bien ; Son mari même était grand terrien.

Almi jamais la belle ne prit rien , Aigent ni dons , mais souffrit la dépense Et les cadeaux , sans croire pour cela Etre obligée à nulle récompense.

S'O m'en souvient , j'ai dit qu'il ne resta Aq pauvre amant rien qu'une métairie , Chétive encore , et pauvrement bâtie. liFédéric alla se confiner , Honteux qu'on vit sa misère en Florence ; Honteux encor de n'avoir su gagner ,

Ifipar amonr , ni par magnificence ,

Ni par six ans de devoirs et de soins ,

Une beauté qn'il n*en aimait pas moins

H s'en prenait à son peu de mérite ,

Non à Clitie ; elle n'ouït jamais ,

oontinneltement des proCesCaUons d* amoor.

Ni pour froidenr , ni pour antres sqetSi Plainte de lui , ni grande ni petite.

Notre amoureux subsista comme il put Dans sa retraite , où le pauvre homme n'eiit Pour le servir qu'une vieille édentée ; Cuisine froide et fort peu fréquentée; A récurie , un cheval assez bon , Mais non pas fin ; sur la perche , un faucon Dont à l'entour de cette métairie Défunt marquis s'en allait , sans valets, Sacrifiant à sa mélancolie Mainte perdrix , qui , las l ne pouvait mais ' Des cruautés de madame Clitie.

Ainsi vivait le malheureux amant ; Sage s'il eût , en perdant sa fortune , Perdu l'amour qui Fallait consumant :

Mais de ses feux la mémoii*e importune Le talonnait ; toujours un double ennui Allait en croupe à la chasse avec lui.

Mort vint saisir le mari de Clitie.

Comme ils n'avaient qu'un fils pour tous enfants , ' Fils n'ayant pas pour un pouce de vie , Et que répoox , dont les biens étaient grands , Avait toujours considéré sa femme.

Par testament il déclare U dame Son héritière , arrivant le décès De l'enfançon ' , qui peu de temps après Devint malade. On sait que d'ordinaire A .ses enfants mère ne sait que faire Pour leur montrer l'amour qu'elle a pour eux; Zèle souvent aux enfants dangereux.

Celle-ci , tendre et fort passionnée , Autour du sien est toute la journée , Lui demandant ce qu'il veut , ce qu'il a ;, S'il mangerait volontiers de cela ; Si ce jouet , enfin si cette chose Est à son gré. Quoi que Ton lui propose , n le refuse y^et pour toute raison Il dit qu'il veut seulement le faucon De Fédéric ; pleure , et mène une vie A faire gens de bon cœur détester.

Ce qu'un enfant a dans la fantaisie Incontinent il faut l'exécuter , Si l'on ne veut l'ouïr toujours crier.

Or il est bon de savoir que Clitie A cinq cents pas de cette métairie Avait du bien , possédait un château :

Ainsi l'enfant avait pu de l'oiseau Ouïr parler. On en disait merveUles :

■ Ify pouvait rien. Mais slgnifle ici pitu, davinUge, et vient de mogU.

■ Du petit enbnt

CONTES ET NOUVELLES

On en comptait des dioses nonpareiUeB ; Que devant lui jamais une perdrix Ne se sauvait, et qii^il en avait pris Tant ce matin , tant cette après-dln^.

Son maître n'eût donné pour un trésor Un tel faucon. Qui fat bien empêchée?

Ce fut Clitie. Aller ôter encor A Fédéric Tunique et seule chose Qui lui restait ! et supposé qu'elle ose Lui demander ce qu'il a pour tout bien , Auprès de lui méritait-elle rien?

Elle Tavait payé d'ingratitude; Point de faveurs ; toujours hautaine et rode En son endroit. De quel front s'en aller Après cela le voir et lui parler , Ayant été cause de sa ruine?

D'autre côté Tenfant s'en va moniir , Refuse tout , tient tout pour médecine ; Afin qu'il mange, il fout l'entretenir De ce faucon; il se tourmente , il crie : . S'il n'a l'oiseau, c*est fait que de sa vie.

Ces raisons-d remportèrent enfin.

Chez Fédéric la dame un beau matin S'en va sans suite et sans nul équipage. Fédéric prend pour un ange des deux Celle qui vient d'apparaître à seas yenx ; Mais cependant il a honte , il enrage De n'avoir pas chez soi pour lui donner Tant seulement un malheureux dîner.

Le pauvre état on sa dame le treuve * Le rend confus. Il dit donc à la veuve : Quoi I venir voir le plus humble de ceux Que vos beautés ont rendus amoureux ; Un villageois , un hère , nn misérable ! C'est trop d'honneur, votre bonté m'accable. Assurément vous alliez autre part.

A ce propos notre veuve repart :

Non , non , seigneur ; c'est pour vous la visite ;* Je viens manger avec vous ce matin.

Je n'ai , dit-il , cuismier ni marmite : Que vous donner? N'avez-vous pas du pain ? Reprit la dame. Incontinent lui-même Il va chercher quelque œuf au poulailler , Qodqne morceau de lard en son grenier.

Le pauvre amant , en ce besoin extrême Voit son fanoon , sans raisonner le prend , Luitordlecou,leplume, lefricasse, Et l'assaisonne , et court de place en place. Tandis la vieille a soin du demeurant ; FouUle au bahut ; dioîsit pour cette fête Ce qu'ils avaient de tinge plus honnête ;

* Le trouve

Met le couvert; va cueillir an jardin

Dn serp(^et , nn peu de romarin ,

Cinq on six fleurs , dont la table est jonchée*

Ponr abréger f on sert la fricassée.

La dame en mange , et fdnt d'y prendre godt.

Le repas foit , cette femme résout

De haurder l'indvite requête ,

Et parle ainsi : Je suis folle, seigneur,

De m'en venir vous arracher le corar ;

Encore un coup , il ne m'est guère honnête

De demander à mon défunt amant

L'oiseau qui foit son seul contentement :

Doit-il pour moi s'en priver nn moment?

Mais excusez une mère affligée :

Mon fils se meurt; il veut votre fouoon.

Mon procédé ne mérite un tel don ;

La raison veut que je sois refusée :

Je ne vous ai jamais accordé rien.

Votre repos , votre honneur , votre bien,

S'en sont allés aux plaisirs de Clitie.

Vous m'aimiez plus que votre propre vie :

A cet amour j'ai très-mal répondu;

Et je m'en viens , pour comble d'injustice ,

Vous demander... et quoi ? c'est terni» podu ;

Votre foucon. Mais non : plutôt périsse

L'enfant , la mère , avec le demeurant ,

Que de vous faire nn déplaisir si grand !

Sonfh^ sans plus que cette triste mère.

Aimant d'amour la chose la plus chère

Qne jamais liemme au monde puisse avoir ,

Un fils nnlqne , une unique espérance ,

S'en vienne an moins s'acquitter du devoir

De la nature , et pour tonte allégeance

En votre sein décharge sa douleur.

Vons savez bien par vôtre expérience

Qne c'est d'aimer ; vous le savez , seigneur.

Ainsi je crois trouver chez voos excuse.

Hélas ! reprit l'amant infortuné.

L'oiseau n'est plus ; vous en avez dîné. L'oiseau n;est plus! dit la veuve confuse. Non , reprit-il : plût au ckl vous avoir Servi mon cœur , et qu'il edt pris la place De ce foucon ! Mais le sort me foit voir Qu'il ne sera jamais en mon pouvoir De mériter de vous aucune grâce.

En mon pailler rien ne m'était resté : Depuis deux jours la bête ^ a tout mangé. J'ai vu l'oiseau ; je l'ai tué sans peine : Rien coûte-t-il quand <m reçoit sa reine? Ce que je puis ponr vous est de chercher

>C*e8t4<Urele loup, le renard, le putob. le fuel, et lo autres bétes lanvaga qui a'introdaiteot dam let btMUiuniri el détruWentla volaUe.

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