‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 154 sur 723 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

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Poor qm ménagez-vous les trésors de ramoiir? Poor oelni qui, je crois, ne s'en servira guère ; Yoos n'aurez pas grand'peine à fêter son retour.

La fiiusse vieille sut tant dire , Que lont se réduisit seulement à douter Da merveilles du diien et des charmes du sire.

Pour cela Ton les fil monter :

La belle était au lit encore.

L'univers n'eut jamais d'aimure

Plus paresseuse à se lever.

Notre feint pèlerin traversa la ruelle ' Gonme on hooime afant tu d'autres gens que des lainU. Son compliment parut galant ^ et des plus fins :

n surprit et charma la beUe.

Vous n'avez pas, ce lui dit-elle ,

La mine de vous en aller

A SaintpJacques de Compostelle.

Cependant, pour la régaler,

Le chien à son tour entre en lice.

On eAt vu sauter Favori

Pour la dame et pour la nourrice ,

Mais point du tout pour le mari.

Ce n*est pas tout; il se secoue :

Aoasitdt perles de tomber ,

Nourrice de les ramasser,

Soubrettes de les enfiler ,

Pèlerin de les attadier

A de certains bras, dont il loue U Uaodieur et le reste. Enfin il (kit si bien ,

Qu'avant que partir de la place

On traite avec lui de son chien.

On lui donne un baiser poor arrhes de la grâce

Qu'il danandait : et la nuit vint.

Aussitôt que le drôle tint

Entre ses bras madame Argie, /

U redevint Atis. La dame en fut ravie :

C^était avec bien plus d'honneur

Traiter monsieur Tambassadeur.

Cette nnit eut des tœnn« et même en très-bon nombre. Chacnn 8*en aperçut; car d'enfermer sous Tombre

Une telle aise, le moyen?

Jeunes gens font-ils jamais rien

Que le plus aveugle ne voie?

A quelques mois de là , le saint-père renvoie Anselme avec force pardons , Et beaucoup d'autres menus dons.

Les biens et les honneurs pieu valent sur sa personne. De son vioe-gérent il apprend tous les soins :

■ Ici , aani les éâifloos originales , le mot galant est écrit par on d; mtb à tort . sekm la règle de Vaogelai. Vofei la note.

Bons certificats des voisins.

Pour les valets , nul ne lui donne

D'éclaircissements sur cela.

Monsieur le juge interrogea

La nourrice avec les soubrettes.

Sages personnes et discrètes;

n n'en put tirer ce secret.

Mais, comme parmi les femelles

Volontiers le diable se met,

Il survint de telles querelles, La dame et la nourrice eurent de tels débats,

Que celle-ci ne manqua pas A se venger de l'autre, et dêdarer TafTaire : Dût-elle aussi se perdre, il fallut tout conter.

D'exprimer jusqu'où la colère Ou plutôt la fureur de l'époux put monter,

Je ne tiens pas qu*il soit possible.

Ainsi je m'en tairai : on peut par les effets Juger combien Anselme était homme sensible.

n choisit un de ses valets , Le charge d'un billet , et mande que madame Vienne voir son mari malade en la cité. La belle n'avait point son village quitté : L'époux allait, venait, et laissait là sa femme, n te fout en chemin écarter tous ses gens , Dit Anselme au porteur de ses ordres pressants. La perfide a couvert mon front d'ignominie : Pour satisfoction je veux avoir sa vie.

Poignarde-la : mais prends ton temps , Tâche de te sauver : voilà pour ta retraite ; Prends cet or : si tu fais ce qu'Anselme souhaîlCi

Et punis cette ofTense-là , Quelque part que tu sois, rien ne te manquera.

Le valet va trouver Argie,

Qui par son chien est avertie.

Si vous me demandez comme un dùen avertit.

Je crois que par la jupe il tire ;

n se plaint , il jappe, il soupire.

Il en veut à chacun : pour peu qu'on ait d'esprit ,

On entend bien ce qu'il veut dire.

Favori fit bien plus; et tout bas il apprit

Un tel péril à sa maîtresse.

Partez pourtant, dit-il , on ne vous fera rien : Reposez-vous sur moi ; j'en empêcherai bien

Ce valet à l'âme traîtresse.

Ils éUient en chemin, près d'un bois qui servait

Souvent aux voleurs de refuge :

Le ministre cruel des vengeances du juge Envoie un peu devant le train qui les suivait, ^

Puis il dit Tordre qu'il avait.

La dame disparaît aux yeux du personnage ;

CONTES ET NOUVELLES

Manto la cache en un nuage.

Le valet étonné retourne vers Fépoux , Lui conte le miracle; et son maître en courroux Va lui-même à Tendroit. 0 [yrodige 1 à merveille ! Jl y trouve un palais de beauté sans pareille : Une heure auparavant , c'était un champ tout nu.

Anselme, à son tour éperdu , Admire ce palais bâti non pour des hommes ,

Mais apparemment pour des dieux; Appartements dorés, meubles très-précieux ,

Jardins et bois délicieux :

On aurait peine à voir, en ce siècle ou nous sommes, Chose si magmfique et si riante aux yeux.

Toutes les portes sont ouvertes ;

Les chambres sans hôte et désertes; Pas une âme en ce louvre; excepté qu'à la fin Un More très-lippa , très-hidenx, très-vilain , S'offre aux regards du juge , et semble la copie

D'un Ésope d'Ethiopie.

Notre magistrat ï^ayant pris

Pour le balayeur du logis , Et croyant l'honorer lui donnant cet ofiice : Cher ami, lui dit-il, ap(Nrend»-nous A quel dieu

Appartient un tel édifice;

Car,de dire un roi c'est trop peu.

n est â moi, reprit le More.

Notre juge, à ces mots , se prosterne, l'adore, Lui demande pardon de sa témérité.

Seigneur, ajouta-t-il, que votre déité

Excuse un peu mon ignorance.

Certes, tout Tunivers ne vaut pas la chevance * Que je rencontre ici. Le More lui répond :

Veux-tu que je t'en fasse un don ?

De ces lieux enchantés je te rendrai le maître ,

A ccArlaine condition.

Je ne ris point; tu pourras être

De ces lieux absolu seigneur, Si tu veux me servir deux jours d'enfant d*honneur .

.... Entends-tu ce langage?

Et sais-tu quel est cet usage?

Il te le faut expliquer mieux.

Tu connais lechanson du monarque des dieux?

AI«SELMB.

Oanymède?

LE MORE

Celui-là même.

Prends que je sois Jupin le monarque suprême.

Et que tu sois un jouvenceau :

Tu n'es pas tout à fait si jeitne ni si beau.

ANSELME

Ah ! seigneur, vous raillez, c'est chose par trop sûre : Regardez la vieillesse et la magistrature.

■ Lff richcKcs. lei bieni. '

LE MORE

Moi railler I point du tout.

▲HSBLME.

Seigneur...

LE MORE

Ne venx-Ui point?

AI<iSfiLME.

Seigneur... Anselme ayant examiné ce point

Consent à la fin au mystère.

Maudit amour des dons, que ne foifr4n pas faire I En page incontinent son habit est changé : Toque au lieu de chapeau, haut-de-chausses troussé; La barbe seulement demeure au personnage.

L'enfant d'honneur Ansdme, avec cet équipage, Suit le More partout. Aigie avait ou!

Le dialogue entier, en certain coin cachée. Pour le More lippu, c'était Manto la fée.

Par son art métamorphosée,

Et par son art ayant bâti Ce louvre en un moment; par son art fait an page Sexagénaire et grave. A la fin, au passage D'une chambre en une autre, Argie à son mari Se montre tout d'un coup : Est-ce Anselme, dit-elle,

Qucje vois ainsi dégaisé ? Anselme 1 il ne se peut ; mon (ril s'est abusé. Le vertueux Anselme à la sage cervelle Me voudrait-il donner une telle leçon ? C'est lui pourtant. Oh ! oh 1 monsieur notre barbon, Notre législateur, notre honune d'ambassade, Vous êtes à cet âge homme de mascarade! Honune de... La pudeur me défend d'achever. Quoi I vous jugez les gens à mort pour mon aflaire ;

Vous qu' Argie a pensé trouver

En un fort plaisant adultère!

Du moins n'ai-je pas pris vtn More pour galant : Tout me rend excusable, Atis et son mérite,

Et la qualité du présent.

Vous verrez tout incontinent Si femme qu'un tel don à l'amour sollicite

Peut résister un seul moment.

More, devenez chien. Tout aussitôt le More

Redevint petit chien encore. — Favori ! que l'on danse ! A ces mots. Favori

Danse, et tend la patte au mari. -*

Qu*on fasse tomber des pistoles I —

Pistoles tombent à foison.

Eh bienl qu'en ditefr-vous? sont-ce choses friroles?

C'est de ce chien qu'on m'a fait don

n a bâti cette maison.

Pub faites-moi trouver au monde une excellence,

Une altesse, une majesté,

Qui refuse sa jouissance

A dons de cette qualité,

SorUmlqnaiidlecloiiiieDr esl bien ftdt et qnll aime,

El qo'il mérite d être aimé !

En échange do chien , Ton me Toolait moi-même : Ce que toqs possédez de trop, je l'ai donné , Bien entendu , monsieur ; «oîs-je chose si chère f Yniment toos me croiriez bien paune ménagère S je laissais aller tel chien à ce prix-là. Sivez-Toos qu'il a fiût le lonne que voilà? Le louvre pour lequel... Mais oublions cela ,

Et n'ordonnez plus qu'on me tue , Moi qu'Àtis seulement en ses lacs a fait choir : Je le donne à Lucrèce , et voudrais bien la voir

Des mêmes armes combattue.

ToQchez là , mon mari ; la paix : car atissi bien

Je vous défie , ayant ce chien :

Le fer ni le poison pour moi ne sont à craindre ; D m avertit de tout ; fl confond les jaloux : Ne le soyez donc point; plus on veut nous contraindre.

Moins on doit s'assurer de nous.

Anselme accorda tout : qu'eût ftilt le pauvre sire?

On lui promit de ne pas dire Qa*il avait été page. Un tel cas étant tu ,

Cocuage , s*il edi voulu ,

Aurait eu ses franches coudées.

Argie en rendit grâce; et , compensations

D*une et d'autre part accordées , On quitta la campagne à ces conditions. Qœ devint.le palais 7 dira quelque critique. Le palais? que m'importe? il devient ce qu'il put. A moi ces questions I suis-je homme qui se pique D'être si régulier? Le palais disparut.

Et le chien? Le chien fit ce que l'amant voulut. Nais que voulut Tamant? Censeur , tu m'importunes : Il Toolut par ce chien tenter d'autres fortunes. D'une seule conquête est-on jamais content?

Favori se perdait souvent :

Hais chez sa première maltresse D revenait toujours. Pour elle , sa tendresse Devint bonne amitié. Sur ce pied , notre amant

L'allait voir fort assidûment :

Et même en raccommodement Argîe à son époux fit un serment sincère

De n'avoir plus aucune affaiie.

L'époax jura de son côté

Qu'il n'aurait plus aucun ombrage ,

Et qo^il voulût être fouetté

Si jamais on le voyait page.

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