‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 197 sur 723 · LES FILLES DE MINÉE · texte numérisé non relu

LES FILLES DE MINÉE

SUJET TIRÉ DES IféTAMORPBOSES D'OVIDE.

Je chante dans ces vers les filles de Minée , Troupe aux arts de Pallas dès l'enfance adonnée j Et de qui le travail fit entrer en courroux Bacchus , ajuste droit de ses honneurs jaloux. Tout dieu veut aux humains se foire reconnaître : On ne voit point les diarops répondre aux soins dn maître. Si dans les jours sacrés , autour de ses guérets , U ne marche en triomphe à rhonfteur de Gérés

La Grèce était en jeux pour le fils de Sémèle. Seules on vit trois soeurs condamner ce saint zèle :

* Louange.

> j4net , château célèbre que Henri II . en 1882, fit oonstrqire pour Diane de Poitien , par Philibert de Lorme, ton architecte. Les aculptnres avaient été exécutées par Gonjon et les arabe»ques et les peintures sur verre par Jean Cousin. Ce château était situé sur la rivière d'Eure , au confluent de oeOe de l'Avre. à trois lieues et un quart an nord-est de Dreux , dans le départe* ment d'Eure-et-Loir. Il est ai^ourd'hui détruit : et quelques débris intéressants de cette superbe construction furent transportés I Paris , au Musée des monuments français. (Voyez Lenoir. Musée des monuments français , t IV, p. 49 et S6. ) Lorsque U Fontaine écrivait * ce château appartenait an duc de Vendôme, et avait le Utre de principautés Le duc y reçut le Dauphin en I6S8, et f fit alors représenter Âcis et Gaiatée, le dernier des opéras de LullL

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CONTES ET NOUVELLES

▲Idthoé, rainée, ayant pris ses ftiseaox , Dit aoz antres : Qnoi doDCl toojonrt des dieux nooTeau 1 L^Olympe ne peat plus contenir tant de têtes , Ni l'an foarnir de jours assez pour tant de fêtes. Je ne dis rien des tgbux dus aux travaux divers De ce dieu qui purgea de monstres l'univers : Mais à quoi sert Bacchus , qu^à causer des querelles, Aibiblir les {dus sains , enlaidir les plus belles , Souvent mener au Styx par de tristes chemins? Et nous irons chômer la peste des humains I Pour moi , j'ai résolu de poursuivre ma tâche. Se donne qui voudra , ce jour-ci , du relâche ; Ces mains n'en prendront point. Je suis encor d'avis Que nous rendions le temps moins long par des récits : Toutes trois , tour à tour , racontons quelque histoire. Je pourrais retrouver sans peine en ma mémoire Du monarque des dieux les divers changements; Mais, comme chacun sait tous ces événements, Disons ce que l'Amour inspire à nos pareilles : Non toutefois qu'il faille , en contant ces merveilles , Accoutumer nos cœurs à goûter son poison ; Car, ainsi que Bacchus, il trouble la raison. Rédtons-nous les maux que ses biens nous attirent. Alcithoé se tut , et ses soeurs applaudirent. Après quelques moments , haussant un peu la voix :

Dans Thèbes , reprit-elle , on conte qu'autrefois Deux jeunes cœurs s'aimaient d'une égaie tendresse : Pyrame ( c'est l'amant) eut Thisbé pour maîtresse. Jamais couple ne fût si bien assorti qu*eux : L'un bien fiiit , l'autre belle, agréables tous deux , Tous deux dignes de plaire , ils s'aimèrent sans peine ; D'autant plus tôt épris , qu'une invincible haine Divisant leurs parents ces deux amants unit. Et concourut aux traits dont PAmour se servit. Le hasard, non le choix , avait rendu voisines Leurs maisons , on régnaient ces guerres intestines : Ce fut un avantage à leurs désirs naissants. Le cours en commença par des jeux innocents : La première étincelle eut embrasé leur âme , Qu'ils ignoraient encor ce que c'était que flamme. Chacun favorisait leurs transports mutuels ; Mais c'était à l'insu de leurs parents cruels. La défense est tm charme : on dit qu'elle assaisonne Les plaisirs , et surtout ceux que l'Amour nous donne. D'un des logis à l'autre , elle instruisit du moins Nos amants à se dire avec signes leurs soins. Ce léger réconfort ne les put satisfoire ; Il fkllut recourir à quelque autre mystère. Un vieux mur entr'ouvert séparait leurs maisons ; Le temps avait miné ses antiques clo.isons : Là souvent de leurs maux ils déploraient la cause ; Les paroles passaient , mais c*était peu de chose. Se plaignant d'un tel sort , Pyrame dit un Jour .*

Chère Thisbé , le del vent cpi'on s'aide en amour; Nous avons à nous voir une peine inflkûe; Fuyons de nos parents l'injuste tyrannie : J'en ai d'autres en Grèce ; ils se tiendront heureux Que vous daigniez chercher un asile chez eux; Leur amitié , leur bien , leur pouvoir , tout m'Iuvite A prendre le parti dont je vous sollicite. C'est votre seul repos qui me le fait choisir; Car je n'ose parler , hélas ! de mon désir. Faut-il à votre gloire en faire utt sacrifice? Deicrainte des vains bruits faut-il que je languisse? Ordonnez : j'y consens ; tout me sonblera do(&: Je vous aime , Thisbé , moins pour moi que pour vous. J*en pourrais dire autant , lui repartit Tamante : Votre amour étant pure, encor que véhémente , Je vous âuivrai partout; notre commun repos Me doit mettre au-dessus de tous les vains propos : Tant que de ma vertu je serai satisfaite , Je rirai des discours d'une langue indiscrète , Et m'abandonnerai sans crainte à votre ardeur, Contente que je suis des soins de ma pudeur. Jugez ce que sentit Pyrame à ces paroles. Je n'en fais point ici de peintures frivoles : Suppléez au peu d'art que le del mit en moi; Vous-même peignez-vous cet amant hors de soi. Demain , dit-il , il font sortir avant l'aurore; N'attendez point les traits que son diar fait édore. Tenez-vous aux degrés du terme de Gérés; Là , nous nous attendrons : le rivage est tout près, Une barque est au bord ; les rameurs , le vent m^me, Tout pour notre départ montre une hâte extrême; L'augure en est heureux , notre sort va changer; Et les dieux sont pour nous , â je sais bien juger. Thisbé consent à tout : elle en donne pour gage Deux baisers , par le mur arrêtés au passage. Heureux mur! tu devais servir mieux leur dè^ir; Ils n'obtinrent de toi qu'une ombre de plaisir. Le lendemain Thisbé sort, et pr^ient Pyrame; L'impatience , hélas 1 ma)fresse de son âme, La ^t arriver seule et sans guide aux degrés. L'ombre et le jour luttaient dans les champs aznr^. Une lionne vient, monstre imprimant la crainte: D'un carnage récent sa gueule est toute teinte. Thisbé ftiit ; et son voile , emporté par les airs, Source d'un sort cruel , tombe dans ces déserts. La lionne le voit , le souille , le déchire ; Et , l'ayant teint de sang , aux forêts se retire. Thisbé s'était cachée en un buisson épais. Pyrame arrive , et voit ces vestiges tout frais. O dieux I que deTient-ilr Un froid court dans sei îeioei. Il aperçoit le voile étendu dans ces plaines , U le lève; et le sang, joint aux traces des pas, L'empêche de douter d'un funeste trépas. Thisbé I 8'écria-t41 , Thisbé , je t'ai perdue I

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